Travailleurs sans-papiers : un an de grève et toujours pas de droits à la retraite
Des promesses, et toujours pas d’amélioration en vue. Au terme de 12 mois de grève, les travailleurs sans-papiers sont toujours dans l’incertitude. Après la place de la Bastille en juin dernier, ils sont 500 à occuper depuis 15 jours la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration. En grève reconductible, pour obtenir - peut-être - des papiers leur permettant de travailler en toute légalité.
1800. C’est le nombre de dossiers déposés par les travailleurs sans-papiers en Île-de-France en août, après un an de grève dans la restauration, le bâtiment ou l’intérim. Les négociations avec le gouvernement ont permis de fixer de nouveaux critères pour que ces salariés obtiennent une carte de séjour d’un an. Résultat : pour le moment, hormis quelques réponses - surtout en Seine Saint-Denis - silence radio. « On devrait recevoir automatiquement le récépissé autorisant à travailler. Mais là... on a travaillé combien de mois ? Et pas de récépissé », déplore Konaté, travailleur pour des entreprises artisanales du BTP. Seuls 58 grévistes ont effectivement reçu l’autorisation provisoire de séjour de trois mois. Et sans que cela ne présage en rien de l’issue finale de la demande.
Les grévistes, toujours sans papiers, sont dans une extrême précarité financière. Beaucoup ont perdu leur logement. Il y a bien eu cette lettre « 340 » [1] envoyée par le gouvernement pour leur permettre de reprendre le chemin du travail, en attendant le traitement de leur dossier. Mais selon la CGT, « les patrons freinent des quatre fers, ils ne reconnaissent pas cette lettre alors qu’elle est valable au niveau syndical et gouvernemental ». Difficile donc de travailler avec seulement ce courrier en poche.
Fausses promesses
Les 6.000 grévistes sans-papiers espéraient pourtant mettre un terme à cette situation avant l’été. Le 18 juin, le « piquet des piquets de grève », place de la Bastille, avait été levé, après huit mois de lutte. Les négociations avec les onze organisations de soutiens ont abouti à la publication par le gouvernement d’un « addendum au guide des bonnes pratiques ». Un outil censé mettre un terme à l’arbitraire dans les préfectures. Cet « addendum » [2] prévoit des critères « d’admission exceptionnelle au séjour » des salariés, conformes à la loi du 20 novembre 2007. Justifier de 12 mois d’activité salariée sur les 18 derniers mois (ou 24 pour les intérimaires) et donner des preuves de cinq ans de présence sur le territoire, permettait de prétendre à la carte de séjour salarié d’un an.
Pourquoi la situation est-elle aujourd’hui au point mort ? Selon certains militants syndicaux, « le gouvernement fait traîner le cas des grévistes pour les punir de fait de grève ». Car beaucoup de non-grévistes pourraient être régularisés selon ces nouveaux critères. Pour sa part, le ministère argue que « bon nombre de dossiers sont incomplets ». Tout en reconnaissant des difficultés de traitement de dossiers auprès des organisations de soutien. Reste qu’au cours des dernières négociations, l’État aurait promis de fournir des autorisations provisoires de séjour à chaque gréviste, en attendant l’examen de leur dossier. Idem pour les 4000 dossiers restants.
« Le gouvernement ne s’intéresse aux sans-papiers que lorsqu’ils sont dans l’action », s’indigne un militant. Conséquence : les banderoles ne seront pas restées très longtemps dans les placards. Elles ont refleuri sur le jardin de la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration, tout juste un an après le début de la grève. Un lieu fortement symbolique.
12 mois de grève, ça occupe...
« On est arrivé le 7 octobre, à 10 heures, et les négociations ont repris dans l’après-midi », décrit un militant de la CGT, à l’initiative du mouvement en 2008. « C’est la journée mondiale pour le travail décent », rappelle le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, jusque-là plutôt discret sur le mouvement des sans-papiers. Nombre de ces sans-papiers travaillent de manière indécente, dans des conditions très précaires, avec des salaires qui ne correspondent pas à ce qu’ils font, et bien sûr sans protection sociale.
Occuper la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration n’est évidemment pas innocent. Inspiré en 1992 par des historiens et des associations, le projet de création d’un musée de l’immigration s’est concrétisé en 2007 mais n’a jamais été officiellement inaugurée. Brice Hortefeux, ministre de l’immigration de l’époque, n’a pas daigné s’y rendre. Peut-être en raison de probables manifestations hostiles à sa politique. En mars 2009, la cérémonie programmée par Eric Besson est interrompue par les slogans anti-expulsion des intermittents du spectacle et des étudiants, soutenus par des collectifs sans-papiers restés à l’extérieur.
Une occupation anti-coloniale ?
Le bâtiment, ancien palais de la Porte Dorée, a été construit à l’occasion de l’exposition coloniale internationale de 1931. Il s’est « imposé naturellement », apprend-t-on sur le site de la Cité nationale, comme lieu pour le musée de l’immigration, afin de « déconstruire l’imagerie héritée de la colonisation, de retourner les symboles ». Ce que ne se sont pas privés de faire les grévistes sans-papiers.
« Présentation de nègres vivants à l’exposition coloniale de la Porte Dorée », ironisait récemment le site internet satirique Brave Patrie. Nous sommes loin des exhibitions racistes du 20ème siècle, les fameux « zoo humains ». « Reviens l’an prochain, tu verras, on sera exposés en photo ! », raille Bakary, travailleur malien dans la démolition. Allusion cynique aux clichés que prend le directeur de la cité en se baladant fièrement dans le hall avec son appareil numérique. Portraits en tout genre, scène de prières, parties de baby-foot (faisant partie de l’exposition « Football et immigration »…). Pendant ce temps, le musée reste ouvert. « Il n’y a pas de raison, ils ne nous gênent pas, ils sont très corrects », expliquent des employés de l’accueil.
L’humour de Bakary dissimule mal une exaspération commune après un an de lutte et une quarantaine d’occupations [3]. « Les gens viennent, prennent leurs photos. Ils repartent et nous on reste. Ça fait un an qu’on nous parle de papiers, de droits... mais on a rien vu. Tout ça, ce sont des paroles ». « On n’aurait pas dû bouger de Bastille, c’était beaucoup plus symbolique qu’ici. En plus on est loin, on s’est fait avoir », constatent, amers, ses camarades. « Alors maintenant, on ne bouge pas tant qu’on n’a pas le récépissé en main ». Lors d’une négociation le 21 octobre, le ministère de l’Immigration se serait engagé à délivrer enfin les récépissés.
Ludo Simbille, Bastamag
Notes
[1] Les grévistes se voient reconnaître le droit de séjourner et de travailler dans l’attente du dépôt de leur dossier, conformément à la lettre du 24 juin 2010 (n° 340) signée par le Directeur de l’Immigration.
[2] relatif à la circulaire du 24 novembre 2009
[3] Fédération nationale des travaux publics, deux fois la tour Axa, la caisse des congés payés, Faf-Sab (le Fond d’Assurance Formation des Salariés de l’Artisanat du BTP), la Bastille...
Les jeunes, gibier privilégié de la police de Sarkozy
Loin des caméras, braquées sur les « casseurs » de la Place Bellecour, à Lyon, ou les émeutiers de Nanterre, les forces de police ont apparemment tout mis en œuvre pour juguler le mouvement lycéen. Par la violence et la peur. Récit non exhaustif d’une semaine de mobilisation en banlieue parisienne, où, des tirs de flash-ball à Montreuil à l’usage intensif de gaz lacrymogène aux Ulis, en passant par une chasse aux jeunes à Puteaux et Suresnes, les lycéens mobilisés s’en sont littéralement pris plein la gueule
Mercredi 13 octobre : « Ça se fighte à Simone »
« Ça se fighte à Simone. » C’est avec ce type de SMS que l’info commence à circuler entre lycéens à Garges-lès-Gonesse (Val d’Oise). Simone, c’est le surnom donné par les élèves au Lycée Simone de Beauvoir. Ce jour-là, ils tentent de manifester leur solidarité avec le mouvement de contestation sociale. Ils « tentent », car autour du lycée, les véhicules de police et les CRS grouillent. Au lieu de tempérer, de discuter avec les enseignants et les représentants des lycéens qui coordonnent, avec un certain succès, la protestation de leurs camarades, les forces de l’ordre laissent monter la tension.
Et l’ambiance s’envenime. Des élèves sont bousculés puis renversés par des policiers qui se positionnent et se repositionnent. Ceux-ci prennent alors prétexte d’un jet de projectile pour asperger les lycéens de gaz lacrymogène et charger. Au moins deux adolescents sont victimes de malaise respiratoire. Les élèves du Lycée polyvalent Arthur Rimbaud, toujours à Garges, vivent eux aussi une confrontation violente avec les forces de l’ordre. En fin de la journée, de nombreux parents d’élèves, inquiets, demandent à leurs enfants de ne plus participer au blocus de leur lycée. Le lendemain, un lycéen de 16 ans est gravement blessé par un tir de flash-ball à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Vendredi 15 octobre : des enseignants « écœurés »
A Massy, les élèves du Lycée professionnel Gustave Eiffel se mobilisent à leur tour. Immédiatement, un impressionnant cordon de CRS et de policiers se déploie. Retour au Lycée Arthur Rimbaud de Garges-lès-Gonesse. Cette fois, les élèves ne sont pas seuls à protester : des représentants des syndicats (CGT et Solidaires), ainsi que des élus de l’opposition, sont là. Ils ont été appelés par les lycéens pour que tout se déroule bien, pour que la police les laisse manifester en toute tranquillité. En dépit de cette présence, la répression est de nouveau au rendez-vous. Très vite, lycéens, enseignants, représentants politiques et syndicaux se retrouvent sous une pluie de grenades lacrymogènes.
Hugo a 17 ans, et il est bien conscient de l’enjeu de la réforme des retraites. Vers huit heures et demi du matin, avec d’autres lycéens, il invite les élèves du lycée professionnel Louis Blériot à Suresnes (Hauts-de-Seine) à bloquer leur « bahut ». Là encore, la police laisse la situation s’envenimer. Les forces de l’ordre n’engagent aucune discussion avec les élèves, les encerclent au fur à mesure qu’arrivent de nouvelles voitures et de nouveaux policiers. Vers 9h30, ils prennent la décision de dégager le blocus et chargent. Divers projectiles leur répondent. Les manifestants seront tous dispersés. Pendant ce temps, aux Ulis (Essonne), les habitants déplorent « une présence très agressive de la police ». Face aux lycéens, les policiers ont la détente des flash-balls facile. Heureusement, aucun élève du Lycée polyvalent de l’Essouriau ne souffre de blessures sérieuses.
Mannone vient de Fresnes (Val-de-Marne), il n’est plus lycéen mais étudiant. Il est de la génération qui a défilé contre le CPE. Il garde encore de nombreux contacts avec son ancien bahut, le lycée Frédéric Mistral. Des élèves l’appellent d’ailleurs le matin pour l’informer de leur mobilisation. Ils essaient de manifester « tranquillement » devant les grilles. A proximité, la police nationale est présente de « manière massive », sans pour autant intervenir quand quelques jeunes mettent le feu à des poubelles. « Les enseignants étaient écœurés par le comportement des jeunes… comme de la police nationale qui a laissé s’envenimer mes choses », raconte Mannone. Les CRS étaient tellement nombreux qu’ils bloquaient toute la rue menant au lycée, empêchant même des femmes et des enfants en poussettes de se déplacer. Le lycée est finalement fermé. « A mon époque, commente l’étudiant, on partait à 500 en manif et tout se passait bien. On allait voir les responsables des flics et on leur disait que l’on montait sur Paris tranquillement ». Cette époque semble révolue sous Brice Hortefeux.
Mardi 19 octobre : le marché des Ulis noyé dans le gaz lacrymogène
La veille, des affrontements opposent lycéens et membres des forces de l’ordre à Combs-la-ville (Seine-et-Marne). Aux Ulis, la tension est à son paroxysme. Les affrontements débordent jusqu’au marché. Un bus est incendié. Le véhicule était en stationnement et à l’arrêt. Il était vide et n’appartenait à aucune une ligne desservant la ville. La police recourt massivement au gaz lacrymogène, y compris sur le marché, pour disperser une foule composée de toutes les catégories de population de la commune. Les habitants - mères de familles, enfants en bas-âge, retraités - doivent évacuer tant bien que mal les étalages, l’air étant devenu irrespirable. « Ne touchez pas à nos mères ! », lancent les jeunes, passablement énervés. Pendant les trois jours suivants, aucun bus ne desservira la ville. Punition collective ?
A Fresnes, au prétexte de surveiller les jeunes lycéens et « d’assurer la protection des habitants », la police bloque de nombreuses rues, empêchant des riverains de circuler ou leur imposant d’importants détours. A Garges-lès Gonesse, la mobilisation se poursuit. Les lycéens « se montrent très responsables en dépit des provocations policières ou de celles venant d’éléments perturbateurs inconnus », assure Yassine Ayari, responsable associatif local, et ancien élève du lycée Simone de Beauvoir.
Mercredi 20 octobre : chasse aux lycéens à Puteaux
Les élèves de l’établissement Louis Blériot de Suresnes tentent de se rendre en transports en commun à Paris pour participer au cortège, à l’appel des organisations lycéennes et étudiantes. Autour de la gare de Puteaux, la police s’amuse à « courser » les jeunes qui s’approchent. Certains se mettent en danger en s’enfuyant par les voies ferrées, poursuivis par des policiers. Plusieurs témoins parlent d’usage de flash-ball. Toutes les personnes qui paraissent avoir moins de 25 ans sont systématiquement contrôlées. Des lycéens sont forcés de repartir vers leur lycée. Un élève qui ne manifestait aucun signe d’agressivité est « matraqué par les policiers ».
A Combs-la-Ville, en face du Lycée Galilée, Julie, élève de première, remarque que tous les « basanés, noirs et arabes et tous les gars en capuche » sont systématiquement pris en photo par la police massivement déployée. La répression a atteint un tel niveau que des syndicats d’enseignants et des associations de défense des Droits de l’Homme viennent de lancer « un appel à témoins ». « Loin de contenir le mouvement contre les projets de régression sociale, ces menées ne font que renforcer la détermination des salariés, des jeunes étudiants et lycéens et de toute la population à faire barrage à ces projets », commente les initiateurs.
Eros Sana, Bastamag
Succession dynastique à Pyongyang, promesses à Pékin
L’impressionnante parade militaire organisée à Pyongyang le 10 octobre 2010 pour célébrer le 65e anniversaire du Parti des travailleurs de la Corée du Nord a été l’occasion d’officialiser, auprès de la population nord-coréenne et de l’opinion étrangère, Kim Jong-un, le propre fils de Kim Jong-il, comme son prochain successeur à la tête du parti unique qui dirige le pays depuis 1945.
La date de cette succession n’a pas été annoncée. Mais tout indique que l’affaire devrait être réglée rapidement, étant donné le mauvais état de santé de l’actuel dirigeant – lui-même digne successeur de son père, Kim Il-sung, le fondateur de cette République populaire et de… la dynastie des Kim, dont les membres se relaient au pouvoir de père en fils depuis trois générations. Un fait unique dans un régime qui se dit encore communiste.
Les cérémonies nord-coréennes ont également mis en lumière le dirigeant chinois Zhou Yongkang, membre du Comité permanent du Parti communiste chinois, au sein duquel il occupe le neuvième rang dans l’ordre hiérarchique. Responsable des questions de sécurité et des services secrets chinois, il joue un rôle important dans les situations sensibles, comme récemment au Xinjiang. Seul représentant d’un pays étranger invité, il était fort symboliquement placé sur l’estrade aux côtés de Kim Jong-il. Cela aurait suffi pour réaffirmer les liens étroits qui continuent à unir ces deux pays voisins, par la géographie mais aussi par l’histoire et la politique. Mais plus significative encore est la longueur de la visite officielle : trois jours, au cours desquels Zhou Yongkang a rencontré Kim Jong-il à quatre reprises. Une fréquence exceptionnelle.
A quoi il faut ajouter que, pour « préparer le terrain » à sa succession et à d’éventuels changements, encore imprévisibles, pouvant en découler, le leader de la Corée du Nord a effectué deux visites successives en Chine lors des quatre derniers mois. L’une de ces rencontres a eu lieu à Changchun, dans la province du Jilin, au cœur de la région nord-est de la Chine, où il a rencontré longuement le secrétaire général du Parti communiste chinois et président de la République Hu Jintao. On sait que celui-ci l’a encouragé à entamer des réformes intérieures, en partie à l’image de celles menées en Chine, pour relever l’économie ; il l’a également poussé à ouvrir progressivement les frontières de son pays afin de faciliter le commerce avec ses voisins (Chine, mais aussi Russie et Mongolie) – sans exclure la Corée du Sud avec laquelle Pyongyang n’a jusqu’ici que des relations maritimes.
Or un corridor à la fois routier et ferroviaire le long des quelque 500 kilomètres de frontière sino-coréenne entre Dandong et Ji’an est prêt à être mis en service, dès qu’une nouvelle politique le permettra, pour stimuler les échanges et acheminer notamment les biens du sud et les matières premières du nord, dont les deux parties de la Corée ont un égal besoin pour leur développement économique.
Selon des sources chinoises bien informées qui ont suivi de près la visite du dirigeant nord-coréen, cet été, dans la Chine du nord-est, Kim Jong-il aurait donné l’assurance que son fils mènerait ces changements à bien dès la transition assurée.
Claude Dureste est sinologue à Pékin.
L’Inde envoie balader une multinationale
« Historique » : c’est ainsi que l’association Amnesty international qualifie le rejet, par le ministre indien de l’Environnement et des Forêts, d’un projet de mine de bauxite, dans l’État d’Orissa, à l’est du pays. Situé en plein territoire indigène, ce projet était porté par une filiale de la société Vedanta Resources, dont le siège est au Royaume-Uni, et par l’entreprise minière d’État Orissa Mining Corporation.
L’État indien a en plus suspendu la procédure visant à autoriser la multiplication par six des capacités de la raffinerie située sur le même territoire et que gère... Vedanta Aluminium. Épinglée, en février 2010 dans une enquête publiée par Amnesty international, Vedanta avait l’habitude de prendre la législation à la légère. En défrichant, par exemple, plus de 4.000 hectares de forêts situées sur des terres communales sans autorisation en vue de l’agrandissement de sa raffinerie ! Comme quoi, les politiques motivés peuvent faire passer les Droits des peuples et la législation environnementale avant les profits financiers.
Appels à témoins face aux violences policières
Tirs de grenades lacrymogènes ou de flash-ball, charges contre les manifestants, insultes et coups de matraques, évacuations musclées des grévistes des raffineries, arrestations arbitraires... Ces dernières semaines, les violences policières et atteintes aux droits constitutionnels de faire grève et de manifester se sont multipliées en France. A tel point que le Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP-FSU), en lien avec la FSU et la Ligue des droits de l’homme, a entrepris des démarches pour« faire condamner ces menées totalitaires, interpeller solennellement le gouvernement, saisir la Commission de Déontologie de la Sécurité et la Cour Européenne des Droits de l’Homme ». En attendant, le SNESUP-FSU invite associations et syndicats à « réunir des témoignages et interpeller vivement le pouvoir politique ».
Le pouvoir est à la rue
Deux millions de Français encore, ce 28 octobre 2010, tous ensemble sur tout le territoire, à clamer leur exigence du retrait de cette loi inique qui a fusillé leurs retraites. C’est énorme, tout simplement.
Après la loi, après le matraquage médiatique et policier, après un nombre d’appels à mobilisation record, les Français étaient toujours présents. Des tréfonds de leur citoyenneté, de leur dignité, de leur indépendance et de leurs valeurs les plus enracinées, les français se sont encore mobilisés pour dire NON.
Qui pourra dire qu’il n’y a pas là-dedans quelque chose de noble ?...Qui pourra oser le dénigrement de cette lutte acharnée contre la résolution têtue d’un pouvoir qui emploie tous les moyens pour ne pas entendre, pour refuser l’évidence du rejet de sa régression et pratiquer un actif déni contre des Français de tous âges qui ne demandaient finalement, au départ, qu’une véritable négociation sur un projet dont les objectifs, les modalités et les résultats leur paraissent inacceptables ?...
C’est évidemment quelque chose d’autre qui se joue dans le cœur des Français, aujourd’hui. L’intransigeance d’un pouvoir au-delà de toute raison et de toute justice mène les esprits à des conclusions amères autant que plus générales.
Placés devant une réforme qu’il n’acceptent décidément pas, les Français sont absolument conduits à regarder les responsables sur la durée. Une durée qui n’accorde aucun répit aux yeux dessillés.
Les réformes aussi bien économiques que politiques n’ont été qu’une succession d’échecs. Echecs que des rapports entérinent, les uns après les autres. Sur le front de l’emploi, du social, de la justice, de la santé, de la sécurité, de l’énergie, de la citoyenneté et de la répartition des richesses, le pouvoir sarkozyste advenu en 2007 a failli, complètement et irrémédiablement failli. Mieux, les prétendues réformes ont aggravé la situation, conduisant le pays dans une spirale d’inégalité, de chômage et de disparition du filet social sans précédent.
Se pose aujourd’hui tout simplement la question de la conduite générale des affaires, par un pouvoir aussi manifestement incapable non seulement de proposer des solutions à la mesures des enjeux, mais totalement déterminé à poursuivre dans la voie d’un ultra-libéralisme dont les conséquences chaque jour apparaissent aux fançais dans toute leur horreur.
La France, dans sa très grande majorité, refuse l’équipe comme les dirigeants, jette le bébé avec l’eau du bain. Les sondages, leur direction univoque compensant leur fiabilité relative, l’indiquent sans ambiguïté.
Deux conclusions sautent aux yeux, si l’on suit ce fil qui conduit l’amertume d’une réforme imposée à la détestation d’une politique et des individus l’imposant pour une conduite générale du pays tout à fait néfaste.
Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa incarne la dérive que nous subissons. Il l’a pensée, conduite et imposée. Celle des équipes qui ont appliqué successivement et avec un même zèle ses directives est tout à fait majeure.
A l’institution parlementaire incombe un rôle déterminant dans cette déroute. Elle a permis que le processus se prolonge, inchangé, conforté par des années d’acquiescement. En ignorant, en acceptant l’existence de procédures de contrôle inexistantes, d’élus à la volonté captive, de moyens de riposte citoyenne absents ou empêchés.
Cette situation a dû clairement apparaître aux yeux des hommes, au cœur de l’appareil, qui nous ont dépossédé de notre pouvoir, qu’ils soient du côté de la majorité ou de l’opposition. Rien de significatif n’a pourtant été fait par les personnels élus et responsables divers, tant au plan de la dénonciation forte et globale d’une crise de gouvernement majeure - s’ajoutant à une crise économique mondiale également considérable -, que des actions pouvant amener à un changement rapide, profond et déterminé de la direction prise par le système.
Les Français sont bien obligés maintenant, dans l’urgence d’un appauvrissement général et annoncé par certaines voix marginalisées, de constater que le pays est en proie à une triple crise.
Crise du leadership, crise des réformes, crise des structures institutionnelles, tout cela débouchant actuellement sur une crise morale qui n’est que la traduction instantanée et humaine d’une perception obscure mais certaine de la triple défaillance pointée.
Il faut lucidement ajouter à ce constat terrible que les chiffres des salaires, revenus et mobilité sociale ascendante marquent une nette progression pour une minorité de personnes. Lesquelles possèdent déjà situations, biens et réseaux leur assurant la possession et la domination de tous les leviers du pays, avec une assurance que rien ni personne ne semble vouloir contester réellement.
En conséquence, il serait fort aventureux de penser que la détermination et le nombre, la volonté et le refus exprimés dans les multiples manifestations qui ont marqué les derniers mois, dans les grèves qui persistent partout, dans les opérations coups de poing que lancent les salariés à tout moment, vont soudainement s’évanouir.
Il serait même risible de croire que la prise de conscience taillée dans les exigences foulées aux pieds va laisser place à une acceptation tranquille, une résignation bon enfant qui demandera juste le retour à une espèce de normalité, pour attendre paisiblement le point de non retour.
TAIMOIN, Le Grand Soir
Comment on meurt dans la ville la plus polluée d’Europe
A Tarente, dans l’extrême sud italien, la population meurt à petit feu depuis un demi siècle, dans l’indifférence des autorités. En cause : les aciéries qui génèrent une pollution mortelle chargée d’amiante, de Co² et de dioxine. Elles fournissent 10 millions de tonnes d’acier par an, soit la plus grosse production d’Europe. Un système où les fortunes générées pour quelques uns valent bien le sacrifice de quelques milliers d’ouvriers et de riverains.
D’abord il y a la mer, immense. Le soleil, bien sûr, et les champs d’oliviers, d’oranges, de mandarines, à perte de vue. Une situation géographique exceptionnelle, pour la ville la plus méridionale d’Italie, située dans le talon de la botte italienne, où la terre agricole est si riche. Tarente fut jadis le port de commerce principal de la Grèce méditerranéenne, qui précéda la conquête romaine. Mais si Tarente est connue aujourd’hui dans toute l’Italie, et dans toute l’Europe, c’est en raison de son niveau extrême de pollution, et du taux record de cancers qui l’accompagne.
En 1960, les autorités italiennes décident de construire à Tarente la plus grande aciérie d’Europe, avec cinq hauts-fourneaux. C’est la société publique ILVA (nom de l’île d’Elbe d’où était extrait au 19ème le minerai de fer nécessaire à la fabrication de l’acier) qui est chargé de gérer ces hauts-fourneaux. Privatisée en 1988, l’Ilva tombe dans le giron du groupe Riva SPA, géant italien de la sidérurgie, et 10ème producteur mondial d’acier. 20 ans plus tard, le site de Tarente demeure le premier producteur européen d’acier : 10 millions de tonnes en sortent chaque année.
Contact direct avec l’amiante
Lorsque Ilva débarque à Tarente, on met en avant la création d’emplois, la modernité des installations, la fierté d’accueillir un tel investissement dans la région des Pouilles, l’une des plus pauvres d’Italie. Aujourd’hui, on parle plutôt, comme Roberto Missiani, ancien ouvrier de l’aciérie, du « sacrifice » pur et simple de la ville, au nom de la croissance économique. Fringuant jeune retraité, dont les mains s’agitent en tous sens lorsque la colère le prend, il manie désormais mieux l’ordinateur portable que les feuilles d’acier. Il a pu prendre sa retraite à 50 ans, pas trop usé. C’était la règle, avant, après 30 ans de travail au contact de l’amiante, une substance qui recouvre de nombreux équipements en aciéries, pour ses qualités isolantes et anti-incendie.
Roberto se souvient qu’avant d’entendre parler des ravages de l’amiante, on lui faisait manipuler ce matériau à la main, sans masque ni gants. Aux poussières de l’amiante dont il remplissait ses poumons s’ajoutaient le dioxyde de carbone, le benzopyrène issu de la combustion de l’acier, tous deux fortement cancérigènes. La dioxine, aussi, qui fit jadis la tragique réputation de Séveso, après l’explosion. Sans compter la poussière rouge du minerais d’acier, échappée des tas de minerais laissés à l’air libre dans l’usine, et qui recouvre chaque jour les rues du quartier de Tamburi - le quartier du Tambour - qui jouxte l’usine. Les enfants y respireraient l’équivalent de 800 cigarettes par an. Malade, il l’est, oui. Il a déjà subi plusieurs opérations à la gorge, à la tyroïde, et ses poumons sont empoisonnés. Il se sait condamné. On glisse sur le sujet.
Médecine du travail à la botte d’Ilva
Roberto, avec quelques-uns, a cependant décidé de se battre, après avoir découvert les causes de sa maladie. Pendant plusieurs décennies, il est comme les 11.000 employés que dévore chaque année le géant industriel. A la fois ignorant et soumis. Ignorant, parce que la médecine du travail, payée par ILVA, se contente d’examens superficiels de la santé du personnel, et que les maladies n’apparaissaient qu’après bien des années de travail dans le ventre d’acier.
Soumis, aussi, parce que le travail est rare dans la région et que la paie est correcte (1.000 à 1.500 Euros mensuels, aujourd’hui, un très bon salaire au sud de Naples). Parce que les vieux employés souffrants choisissaient de se taire, pour ne pas obérer les chances de leurs enfants de trouver un emploi à l’usine. Quelle famille de la ville, aujourd’hui encore, ne compte pas au moins un membre qui a travaillé ou travaille encore chez ILVA ?
En 2007, Roberto s’associe à une poignée d’habitants pour créer une association, Alta Marea, du nom de cette « marée haute » qui engloutira un jour, espèrent-ils, le monstre. Alta Marea est en fait une plateforme, qui réunit adhérents individuels, souvent d’anciens travailleurs d’ILVA, et une quinzaine d’associations écologistes (WWF, Peacelink, la Ligue de protection des oiseaux et la Ligue de protection de l’environnement italiennes...) ou de malades (la ligue national contre le cancer, l’association des leucémiques...).
1.500 morts par an
Et des malades, il y en a ! Tarente compte actuellement un peu moins de 200.000 habitants. D’après Roberto, elle a perdu 40.000 habitants en 10 ans. Morts prématurément, pour la moitié d’entre eux, ou partis s’installer ailleurs pour échapper aux fumées et à la contamination des sols. 1.500 personnes décèdent chaque année de causes liées aux pollutions de l’air, de l’eau et des sols. Chaque habitant respire plusieurs dizaines de tonnes de monoxyde et de dioxyde de carbone par an. 92% de la dioxine émise par les industries d’Italie (soient 8,8% des émissions totales de dioxine dans l’Union Européenne), provient des cheminées d’ILVA, et se répand sur la ville au gré des vents marins.
La liste est longue des maladies provoquées chez les habitants par l’exposition à ce cocktail chimique : tuberculose, hémorragie, embolie et œdème pulmonaire, cancer des poumons, du sang (leucémie), du plasma... On bat ici tous les records. Le propriétaire de l’usine, et du groupe international qui porte son nom, Emiliano Riva, 75 ans, est d’ailleurs condamné à la suite d’une plainte concernant les rejets de dioxine bien supérieurs aux normes européennes. Seulement, la justice italienne est ainsi faite que les procès y sont attendus plusieurs années, qu’ils se déroulent donc parfois après que le délais de prescription soient arrivés à terme. Et l’on n’y fait que rarement respecter les jugements lorsque ceux-ci frappent des personnalités puissantes.
Vers la désobéissance civile ?
Riva fut condamné en octobre 2008 à deux ans de prison, et le directeur Luigi Capogrosso, à un an et 8 mois de prison. Aucun des deux n’y passera le moindre jour. En guise de sanction financière, Riva n’eut à payer que les 8.000 Euros de frais de justice ! Curieusement, la ville de Tarente a même renoncé à demander son dû, des compensations pour les dégâts environnementaux causés par les rejets de l’aciérie. Dans un périmètre de 25 km autour de la ville, tous les champs sont considérés comme impropres à l’exploitation agricole : contaminés. Il y pousse pourtant de larges vergers qui nourrissent et empoisonnent à la fois la population de la sous-région.
Aujourd’hui, Alta Marea est arrivée à bout de sa patience. Elle a poussé de nombreuses portes, entendu de nombreuses promesses, mené pas mal d’opérations d’alerte et de sensibilisation, dont deux grandes manifestations de plus de 20.000 personnes, en 2008 et 2009. Elle a même obtenu avec d’autres la condamnation de la ville de Tarente au Tribunal : une pétition, signée par plusieurs milliers de personnes, fait obligation à la ville d’organiser un référendum consultatif sur la fermeture de l’aciérie. Pourtant la ville s’y refuse. Le juge a exigé, la ville a cédé et promis le référendum pour mars. Mais Tarente vient de faire machine arrière, sans explications, il y a à peine quelques jours. La démocratie fait peur au pays de la pollution. Les militants, très remontés, envisagent désormais de passer à la désobéissance civile. A suivre...
Xavier Renou, Bastamag
MANIFESTATION ET PROVOCATION
Le pouvoir actuel a trouvé un excellent, mais très classique moyen pour déconsidérer les manifestations qui, depuis des semaines, battent le pavé de nos villes.
Usant à profusion de tout un langage adapté pour susciter l’indignation : pillards, casseurs, violents, prise d’otages, blocage… il essaie de compenser le rejet qu’il inspire aux yeux d’une opinion publique qui lui échappe, en détournant l’attention sur des évènements qu’il provoque
L’ART SUBTIL DE LA PROVOCATION
De tout temps et quelle qu’ait été, la police, elle a toujours été un instrument de répression mais aussi de provocation.
Provoquer c’est, pour le pouvoir, déclencher une action illégale, qu’il ne peut assumer ouvertement, qu’il attribue publiquement à l’adversaire et dont il espère le rejet par l’opinion publique.
Montrer la violence, arrêter, juger, condamner,… a une double fonction :
- punir celles et ceux qui osent,
- dissuader toute action de contestation,
Une action non violente, massive et qui dure est parfaitement insupportable pour le Pouvoir, surtout si elle est populaire… il faut absolument la détourner et la dénaturer. C’est là qu’intervient la provocation.
La provocation policière c’est, utiliser soit des membres de la police « déguisés » en manifestants (vous en avez un excellent exemple dans la photo en fin de texte) et qui « agressent leurs collègues » en espérant entraîner de vrais manifestants, soit c’est s’acheter – pécuniairement - des provocateurs – non membres de la police – ou faire en sorte, en exerçant un chantage sur de petits délinquants (remises de peines, abandon de poursuites,…), qu’ils jouent le rôle de provocateurs.
Seuls les naïfs peuvent croire qu’une police qui se dit « républicaine » n’aura jamais recours à ce genre de procédé… L’Histoire – et même l’Histoire de ces derniers jours - nous éclaire abondamment sur ce dont elle est capable.
Une fois la provocation accomplie, la violence consommée, le cœur des « bien- pensants » a beau jeu de jouer les vierges effarouchées devant une opinion publique qu’elle essaye de manipuler.
PROVOCATION ET VIOLENCE SOCIALE
Mais va-t-on me dire, il n’y a pas que des provocateurs-policiers qui provoquent des incidents violent. C’est tout à fait exact !
Il est vrai que les jeunes, dits « des banlieues », exclus, méprisés, socialement désintégrés, victimes du racisme, de l’exclusion de l’emploi, traqué par les flics, victimes des contrôles au faciès, « accidentellement » renversés par la Police… qui se débrouillent comme ils peuvent pour survivre, sont tout à fait disposés à ne prendre aucun gant avec une société qui leur réserve un tel sort. Un moment de mobilisation sociale est aussi pour eux un moment d’expression qu’ils font avec « ce qu’ils savent faire »,… on peut même dire un « moment d’exister socialement ». Il n’est pas question de justifier la forme de leur expression,… d’un point de vue politique, absurde,… mais d’en comprendre le sens profond,…ce qu’elle exprime,… ce à quoi se refuse le Pouvoir.
Et même si ces faits étaient – en partie - l’œuvre de ces jeunes (ce qui n’est pas toujours le cas) – quel sens y a-t-il de les présenter systématiquement comme des personnage « hors scénario » social, des « extra sociaux » qui n’appartiennent finalement pas à la société des gens ordinaires (donc « respectables »)… une manière de les « surexclure » ? Jeter l’anathème sur eux c’est faire preuve d’une incompréhension totale, ou d’un refus de reconnaissance, du degré de décadence de notre société, de notre système,… car ils sont aussi un symptôme de la dégradation sociale que nous vivons aujourd’hui.
La violence policière s’articule parfaitement avec cette violence sociale, celle des exclus, des méprisés, des ghettoïsés … et les mercenaires du pouvoir ne s’y sont pas trompés quand ils se « déguisent en jeunes de banlieues » (voir photo). La provocation policière exploite cette fracture sociale.
Une fois accepté socialement, médiatiquement le terme générique de « casseur », alors on peut faire impasse sur l’essentiel et ne s’en tenir qu’à l’écume de la réalité sociale,… écume largement entretenue par les médias.
L’OMERTA SOCIALE
De tous ces faits, que chacun peut facilement constater, rien dans les médias, rien dans la classe politique, rien dans les syndicats. Rien bien évidemment dans les organisations syndicales policières, grandes donneuses de leçon de civisme… sauf quelques rares individus que l’on fait vite taire et que l’on marginalise.
Il y a comme une sorte de consensus visqueux, un « républicanisme » naïf qui attribue à la Police les valeurs – tout à fait théoriques – attribuées à la République ( ?). La République est devenue une sorte de mythe, dont on oublie un peu rapidement qu’elle « couvre » et légitime un système d’exploitation, d’exclusion, et que pour se faire « respecter » elle utilise des mercenaires qui sont sa force de frappe…
Que la classe politique fasse silence sur de telles pratiques, on peut le comprendre. Parasite de la société elle a tout intérêt à ce que l’ordre actuel soit par tous moyens assuré. Mais que dire de l’attitude du bon peuple, de nous ?
De même que pendant des siècles il se rendait dévotement à la messe, craignait Dieu et faisait confiance au clergé, aujourd’hui il adopte la même attitude à propos de ce que l’on veut lui faire croire : il vote, croit les politiciens et est persuadé que la Police est là pour le protéger. Il va même jusqu’à être compréhensif à l’égard des « robocops » qui le brutalisent en disant qu’ « ils ne font qu’obéir aux ordres »… grandeur charitable des âmes simples !. Quand à ceux qui les commandent, les politiciens, il – le peuple - est prêt à revoter pour eux… ce qui se reproduit d’ailleurs à chaque élection… grandeur et servitude du masochisme !
Un tel aveuglement, entretenu par tout ce qui constitue les « faiseurs d’opinion » ne peut aboutir qu’à un désastre social, à une impasse illustrée aujourd’hui par des manifestations à répétition dont le pouvoir se fout totalement et donnant lieu à de ridicules polémiques sur les chiffres, de vaines protestations et à terme à un écoeurement général générateur de… violence sociale.
Ainsi la boucle est bouclée mais… rien n’est résolu.
Octobre 2010 Patrick MIGNARD
« Une certaine exaspération » des usagers des transports, en version France 2.
Qu’il y ait des usagers exaspérés par les effets des grèves dans les transports publics, c’est probable. Mais attribuer cette exaspération aux usagers en général reposerait sur une extrapolation plus que difficile à justifier. Il existe pourtant une solution…
… Il suffit de mettre en perspective par un commentaire approprié un reportage qui ne montre aucun usager exaspéré, alors même que les auteurs de ce reportage, vu des centaines de fois en toutes circonstances, ne disent rien de cette prétendue exaspération.
Cette prouesse, banale, a été accomplie au JT de 13 h sur France 2 le 28 octobre 2010. Comme on peut l’entendre et le voir…
L’abus des micros-trottoirs nuit gravement à la qualité et à l’équilibre de l’information. Et quand, comme cela arrive fréquemment, leur présentation en plateau ne correspond pas à leur contenu, voire est démenti par lui, cet abus provoque l’irruption de petites pustules de désinformation.
Henri Maler, avec Ricar à la vidéo.
Du terrorisme que les Etats mijotent dans leur coin.
"Normalement, l’action humaine consiste à rassurer, à aider. Là, c’est inquiéter, comme on rend un chien méchant. Quel est le meilleur moyen de rendre un chien méchant ? C’est de le maltraiter. Là, c’est pareil."
Edouard Balladur au sujet du génocide des Tutsi rwandais.
Quel rapport entre la guerre d’Algérie, le plan Condor (qui pour mémoire correspond à la coopération à l’échelle de l’Amérique du Sud, sous le patronage en particulier des services français, de toutes les dictatures des Pinochet et consorts pour anéantir la dissidence et faire régner « l’ordre »), le génocide des Tutsi, la « guerre globale au terrorisme », la guerre en Irak, en Afghanistan, en Colombie, etc. ?
Ce sont toutes des guerres contre les populations et les dissidents à l’ordre établi qui sont très sales comme disent pudiquement les experts pour évoquer les crimes de la raison d’Etat. Dans chacune de ces zones sombres de l’Histoire contemporaine, l’implication de l’Etat terroriste concerné relève d’une certaine mouvance doctrinale qui vise à tenir les populations et à les empêcher de revendiquer leur émancipation légitime. Cette mouvance dans laquelle viennent s’agglutiner tous les machiavels en puissance n’ayant plus que le mot sécurité à la bouche doit beaucoup à ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’école française. Cette école de politiques et militaires fascistes dans l’âme ayant enfanté la "doctrine de la guerre révolutionnaire" (DGR).
Cette doctrine au service des luttes « antisubversives », « asymétriques », etc., est un corpus idéologique et stratégique qui préside à la fixation des règles de l’art en matière de contre-insurrection. La fin ultime de ses tenants : contrôler les populations pour conserver le pouvoir.
C’est sur cette base expérimentée pour les premières fois en Algérie et au Cameroun qu’ont été perpétrés nombre de crimes de masse depuis 60 ans et que les alliés de l’OTAN agissent aujourd’hui en Afghanistan et en Irak. Les militaires Etats-Uniens se sont inspirés en effet de leurs homologues français pour concocter ce qu’ils nomment « COIN » (pour COntre INsurrection ou COunter INsurgency en anglais). Dans la blogosphère militaire, il est souvent rappelé que c’est sur l’œuvre de David Galula, un ancien de l’Algérie ayant diffusé les méthodes françaises outre Atlantique, que s’est appuyé l’Etat Major états-unien pour concocter sa doctrine de contre insurrection. Mais il est souvent oublié que, dès le début des années 60, les Aussaresses (vous savez, celui qui assume ses actes de tortures en Algérie au plus grand dam de ses anciens collègues et supérieurs) et compagnie enseignaient déjà les méthodes de la bataille d’Alger à Fort Bragg, Texas.
Dans tous les foyers du monde où une rébellion menace un tant soit peu le pouvoir, c’est l’une ou l’autre des variantes de cette doctrine qui est appliquée. Mais le champs d’application couvert par cette doctrine et ses avatars est bien plus large que celui des seuls foyers d’insurrection. Il comprend aussi, et peut-être surtout, tout ce qui vise à tenir et museler les populations où que ce soit dans le « monde libre ». Là bien sûr, les méthodes de barbares qu’on s’autorise au loin sont finement dosées et ce sont bien plus les ressorts de la terreur psychologique et de la communication qui jouent à plein. Tout le but étant de faire passer cette communication pour de l’information. La communication est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures nous dit Chomsky.
Toutes les structures à activer en cas d’embrasement existent aussi chez nous mais c’est en relatif sommeil qu’elles s’étoffent, au cas où. Il s’agit avant tout de susciter l’adhésion et la cohésion du peuple autour du chef. Il faut maintenir un lien fort entre l’Armée et la Nation et que le peuple ait cet « esprit de défense » qui légitime in fine le recours à des méthodes relevant de crimes contre l’humanité. Mais une fois la phase de crise déclenchée (après un choc plus ou moins important), l’état d’exception se met en place et il est attendu du « corps social » préalablement préparé qu’il veuille bien se « défendre » ou du moins qu’il consente aux mesures qui seront prises pour le « protéger ».
Il ne faut pas s’y tromper, cette machine est on ne peut plus moderne. Elle relève de la haute technologie militaire, politique et psychologique. Elle est conçue sur la base d’une idéologie aussi fasciste que fascisante et dont la terreur et le racisme sont les principaux leviers d’action. Le programme de terreur qu’elle met en œuvre tend à dessaisir les individus de leur souveraineté, à les tourmenter pour en faire les sujets malléables d’un système de surveillance totale et de conditionnement permanent qui le moment venu saura les agiter à sa guise. Ce système carbure aussi au racisme : la stratégie de terreur qui permet de s’emparer des corps et des âmes comme se plaisent à le souligner nos militaires, est naturellement acceptée tant la menace qui est agitée semble réelle à force de martèlement.
Toutes les similitudes qui peuvent être relevées entre divers évènements qui a priori n’ont pas grand chose à voir sont donc tout à fait normales puisque ce sont les mêmes réseaux politico-militaires que l’on retrouve à chaque fois. L’histoire contemporaine des structures de contrôle social révèle de plus que ces réseaux sont incrustés au cœur de nos « démocraties » et qu’ils sont à l’origine des plus grandes catastrophes humanitaires.
S’il faut être concerné par ce qui s’est passé au Rwanda par exemple, ce n’est donc pas seulement parce que nous sommes responsables de ce que notre gouvernement a commis en notre nom au pays des mille collines, mais aussi parce qu’il y a urgence à connaître, comprendre et agir contre ces réseaux, idéologiques avant tout, et leurs méthodes qui « immunisent le corps social » pour reprendre leur jargon nauséabond. Nous défaire de leur emprise extraordinaire relève de cette raison impérieuse d’intérêt général que le droit européen consacre. Le Rwanda a été un laboratoire comme d’aucuns, chez les spécialistes, s’accordent à le reconnaître et l’expérimentation a été criminelle au plus haut point. Mais la logique testée dans ce laboratoire rwandais est celle qui s’applique aujourd’hui à grande échelle dans le cadre du paradigme du choc des civilisations. Les vannes de la barbarie ne sont pas ouvertes comme dans le cas du Rwanda. Cette logique globale est plus furtive quand il le faut, mais elle est plus ambitieuse et les idées et le cynisme sous-jacents sont les mêmes. Et surtout, les décideurs sont les mêmes. Il faut mater le cheptel et éliminer avec son consentement tous les moutons dissidents - ou relativement susceptibles de l’être - qui ne reconnaissent pas la légitimité des bergers. Et la fin justifie les moyens. Au sujet du Rwanda, Gabriel Périès, l’un des experts reconnus de la contre-insurrection à la française, écrit que « cette guerre moderne, au fin fond de l’Afrique, n’est pas celle que l’on croit » et que « des plus hautes instances de la finance mondiale aux fournisseurs des milices, tout un système se met en place. En silence. »(1) [1]
Le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 a fait plus d’un million de morts en quelques dizaines de jours. Loin des représentations médiatiques qui n’ont cessé de forger la vérité d’un accès spontané de fureur populaire, sa réalité correspond en effet à l’exécution intégrale – c’est la terminologie des stratèges à galons et que l’on retrouve par exemple en Colombie - d’un programme politique initié sous l’ère coloniale et jamais réellement interrompu malgré tous les pogroms anti-tutsi. De 1990 à 1994, c’est l’accomplissement de ce programme jusque dans sa phase ultime, celle qui consiste à tuer tous les ennemis intérieurs désignés, qui a conduit au génocide. Et ce programme est justement le produit de l’école française dont les hauts responsables politiques, militaires et médiatiques de l’hexagone connaissent intimement les mécanismes.
Un petit rapprochement au passage : l’ex ambassadeur de France au Rwanda de mai 1993 à avril 1994, passablement shooté à la DGR donc, officie aujourd’hui en Colombie où d’après les dires du général Vincent Desportes, ex responsable du Collège Inter-armée de Défense et du centre de doctrine d’emploi des forces, le responsable de la politique d’ « action intégrale » qui est mise en œuvre pour lutter contre les FARC a quasiment plus de pouvoir que le Premier ministre. Intéressant quand on connaît le bilan de cette politique que Piedad Cordoba, sénatrice colombienne, est venue dénoncer à Madrid au mois de mai dernier : des fosses communes dans tout le pays, 250 000 disparus ces dernières année, des millions de personnes déplacées...
De 1975 à 1990, au Rwanda, la France participera activement à la mise en place des structures de ce programme. De 1990 à 1994, elle suivra de très près sa mise à exécution en ne cessant de soutenir ceux qu’elle formait depuis très longtemps à ses subtilités et qui allaient le faire tourner à plein régime.
Seule la conscience de ce que cet appareil représente permet de comprendre comment, dans le contexte historique particulier du Rwanda, l’administration génocidaire rwandaise a pu être aussi « efficace » de 1990 à 1994.
Sitôt élaborée dans les années 50, la DGR s’est révélée pour ce qu’elle était : une arme de destruction massive. Au fondement du contrôle moderne des populations et des politiques sécuritaires qui visent fondamentalement à réduire la dissidence politique, son bilan est particulièrement lourd. Un échantillon représentatif suffit à s’en convaincre : des centaines de milliers de morts en Algérie et au Cameroun où pour éviter la contagion des revendications libertaires des partisans de Ruben Um Nyobé et Félix Moumié, 3 à 400 000 personnes seront massacrées et brûlées au napalm sous le patronage de Pierre Mesmer, des populations tenues et matées partout dans le monde (avec des phases actives de « pacification » actuellement en Afghanistan, en Irak, en Colombie, au Mexique), des millions de morts dans les ex colonies d’Afrique, un apport décisif aux dictatures des Pinochet et consorts sous la direction du couple Poniatowski/Giscard, et l’apothéose : un million de morts en cent jours au Rwanda encore que ce « rendement » soit largement sous-estimé et que l’essentiel des victimes a péri dans les trois ou quatre premières semaines du printemps 94.
Sur le plan des principes, les militaires français n’ont rien inventé bien sûr. S’inspirant des héritages les plus funestes, ils vont renouveler le concept de guerre totale pour rationaliser et systématiser sa pratique aux fins de « tenir » les populations, définitivement. En résultera une théorie formelle et une machinerie - politique, administrative et militaire – transposables clés en main.
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, les responsables de l’Etat major français refondent l’organisation de l’Armée sur cette base. Il faut désormais penser en terme de surface et non plus de front car l’ennemi peut être partout et venir miner son propre terrain. Il faut donc un encadrement beaucoup plus resserré de la population afin que celle-ci ne se laisse contaminer, par le péril rouge en l’espèce. Le contexte des mouvements sociaux en 1947 en France, et les soulèvements en Algérie, à Madagascar et ailleurs vont décider l’état major à mettre en place un système de contrôle des populations plus étroit.
Cette réforme s’engage alors sur la base d’un fondement idéologique fasciste. C’est en effet le concept de guerre totale qui va définitivement forger la doxa militaire et devenir la pierre angulaire non seulement de la réorganisation de l’armée française mais aussi de l’influence française dans les états-majors du monde entier. C’est peut-être parce que les militaires français ont été friands un peu plus et avant les autres de ce genre de doctrine que l’on va parler d’école française. Allons savoir. En tout cas, son application bientôt systématique qui implique que tous les compartiments d’une société soient mobilisés pour l’effort de guerre et que l’ennemi, civil ou militaire, soit anéanti, va parachever la fin de l’ère des guerres conventionnelles qui s’amorçait depuis déjà longtemps.
Le concept de guerre totale émerge plus nettement, semble-t-il, sous le régime de la terreur mis en place par les Montagnards en 1793 et dans le cadre de la guerre de Vendée où l’idée de génocider les contre-révolutionnaires et par extension tous les vendéens a non seulement fait son chemin mais a été décidée formellement. Un certain nombre d’illustres historiens dénoncent d’ailleurs la non reconnaissance de ce génocide dans notre histoire alors que les documents sont là pour avérer les faits. Mieux même, les dispositions légales ordonnant ce génocide n’ont jamais été abrogées. Cette « stratégie » ne cessera ensuite de faire des émules : campagnes napoléoniennes, expéditions coloniales, etc., n’ont fait que révéler toujours plus l’intérêt qu’il y avait à bien mobiliser sa population et massacrer complètement celle de l’ennemi.
Au 20ème siècle, ce changement de cap qui tend à faire des populations à la fois les enjeux et les cibles des conflits se concrétise après deux guerres mondiales plus totales que les précédentes. A partir de 1947 donc, l’armée française achève la conceptualisation de la guerre totale pour élaborer une doctrine prête à l’emploi. Les généraux De Lattre et Beaufre qui dirigent cette refonte s’inspirent ouvertement d’Erich Ludendorff, l’une des principales figures militaires du IIème Reich allemand, viscéralement antisémite et anticlérical. Ce dernier considère que, l’Allemagne ne devant sa défaite de 1918 qu’à la subversion intérieure des Juifs et de l’église catholique, il est fondamental de garantir en tout premier lieu la bonne gestion de sa population. Adversaire d’Hitler au sein du parti nazi et relégué après l’accession de ce dernier au pouvoir, il lèguera sa pensée dans « la guerre totale » paru en 1936.
Pour Ludendorff, la guerre est aussi bien une fin qu’un moyen pour la suprématie de la race aryenne. Toute la société doit donc lui être asservie, tant dans ses composantes économiques que sociales. La guerre totale devenant ainsi l’alpha et l’oméga de la vie sociale, elle justifie une politique totale avec le lot de censure, de contrôle, de répression, de verrouillages que cela signifie. Il renverse en ce sens la célèbre formule de Clausewitz selon laquelle la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens, considérant que c’est le militaire qui doit primer sur le politique et non le contraire. En temps de paix, il faut préparer la guerre – un précepte inscrit en latin sur l’un des frontons de notre institution militaire (« Si vis pacem, para belum » : « si tu veux la paix, prépare la guerre ») et en temps de guerre, il faut anéantir l’ennemi. Mais surtout Ludendorff insiste sur la nécessaire « cohésion animique du peuple » autour d’un général en chef dépositaire de tous les pouvoirs. Sans cette cohésion des âmes, le moral des troupes et de ceux qui produisent l’appareil de guerre serait rapidement miné par la propagande ennemie. Dans son esprit, « la cohésion animique d’un peuple, qui est et qui demeure la base nécessaire dans la conduite d’une guerre totale, ne saurait s’obtenir que par accord du fond racial et de la croyance religieuse, par l’observation consciencieuse des lois biologiques et psychiques et des caractéristiques de ce fond racial ». (2) [2]
Dans ce schéma de guerre totale, les distinctions intérieur/extérieur, civil/militaire, temps de paix/temps de guerre perdent de leur sens car l’ennemi peut être partout, chaque personne étant un combattant potentiel. Il faut dès lors organiser la défense du territoire contre les ennemis intérieurs.
L’une des conséquences immédiates de cette vision des choses, c’est la polarisation de la vie politique sur la distinction ami/ennemi. La figure de l’ennemi intérieur déjà bien présente au 19ème siècle dans les discours de défense sociale stigmatisant les délinquants, vagabonds et autres paria de la société responsables des troubles politiques, d’hygiènes, etc., devient une figure clé. La société peut être vue comme un organisme vivant menacé dans son équilibre par des éléments pathogènes et qu’il faut protéger en stimulant sa réponse immunitaire. L’ennemi est alors intérieur à double titre : il est dans la société et potentiellement en chacun de ses membres.
Employé à la chasse des ennemis de l’ordre colonial et impérialiste, ce socle idéologique est le pilier de la doctrine de la guerre révolutionnaire.
Durant la guerre d’Indochine, l’armée française est vaincue par un camp adverse moins doté en hommes et en armes. Lacheroy, l’un de ces officiers envoyés au front, se rend vite compte que l’organisation de l’ennemi sur ses arrières fait la différence, toute la différence. Les vietcongs sont embrigadés et conditionnés de la naissance à la mort et les effets en temps de guerre se font nettement sentir. Et là le déclic, la prise de conscience que la guerre de front, c’est du passé et qu’il faut raisonner en surface et avant tout assurer ses arrières. Et assurer ses arrières, c’est mettre en œuvre les conditions d’une cohésion de la population et de son adhésion aux objectifs poursuivis. Bien sûr, ce n’est pas un vrai déclic car cela fait bien longtemps que la conscience de l’importance du « facteur humain » a émergé dans la tête des stratèges à galons. Mais depuis Lénine et surtout Mao, les consciences militaires s’aiguisent de plus en plus sur le sujet.
Le fond idéologique se retrouve évidemment sur le terrain juridique. Pour que cette doctrine et ses méthodes opérationnelles soient applicables, il faut une certaine dose de droit, ce qui suppose de trouver, parmi les chantres de ce fascisme, des hérauts constitutionnels qui soutiennent l’insoutenable. Et pour cela, les militaires français convoqueront un autre nazi : Carl Schmitt, devenu malgré ses opinions une référence universitaire pour sa théorie fulgurante de l’Etat qui donne une importance primordiale à la distinction ami/ennemi. Pour Carl Schmitt, cette distinction ne fait pas partie du politique, elle est le politique, tout le politique. Il revendique logiquement la vision hobbesienne du Léviathan selon laquelle l’abandon mutuel et consenti des souverainetés individuelles au profit d’un chef suprême est la seule à même de garantir la paix sociale. Le souverain, dit-il, est celui qui décide de l’état d’exception. Et s’il est autant revenu sur le devant de la scène depuis le 11 septembre 2001, c’est que les états d’exceptions pullulent avec la tendance fâcheuse à se faire de plus en plus permanents.
L’état d’exception résulte de circonstances exceptionnelles qui légitiment l’Etat dans sa propension à rompre l’ordre juridique normal pour assurer sa survie. D’où des débats interminables d’experts pour savoir si les états d’exception ressortent du domaine du droit ou du non droit. C’est selon : pour certains, on est en dehors du droit, pour d’autres, c’est une façon de légaliser l’illégal, pour d’autres encore, l’état d’exception caractérise l’interface entre le droit et le non droit…Mais quelle importance ? La question est de savoir qui, en dernier ressort, du monarque ou du peuple, doit avoir le pouvoir. Pour Carl Schmitt, la réponse ne soufre aucune ambiguïté : c’est le chef suprême qui doit décider. Il faut un régime absolutiste et non un gouvernement du peuple.
C’est rigoureusement dans cet esprit que la constitution de la 5ème république a été rédigée. Quand les circonstances l’exigent, le souverain doit pouvoir agir comme bon lui semble. Il est à la fois seul juge du caractère exceptionnel des circonstances et des mesures législatives et réglementaires spéciales que ces circonstances l’autorisent à prendre. La séparation des pouvoirs déjà largement illusoire est alors officiellement suspendue. Bien sûr, aucune singularité du droit français à voir en cela ! Les experts de droit constitutionnel reconnaissent depuis longtemps déjà cette potentialité de légalité totalitaire des systèmes juridiques modernes. En 1950, cela faisait dire à l’un d’entre eux qu’ « il n’y a aucune sauvegarde institutionnelle capable de garantir que les pouvoirs d’urgence seront effectivement employés dans le but de garantir la Constitution », que « les dispositions quasi dictatoriales des systèmes constitutionnels modernes, que ce soit la loi martiale, l’état de siège ou les pouvoirs d’urgence constitutionnels, ne peuvent exercer de contrôle effectif sur la concentration des pouvoirs » et que « par conséquent, toutes ces institutions courent le risque d’être transformées en système totalitaire si des conditions favorables se présentent. » (3) [3]
Certains en 1958 ont crié au scandale que constituait une constitution permettant à un seul homme de s’arroger les pleins pouvoirs. On leur répondait alors qu’il y avait tout de même un certain équilibre. Un équilibre qui sera davantage déséquilibré dès 1962 avec l’élection au suffrage universel direct du Président de la République dont on peut relever qu’elle ne pouvait que favoriser cette cohésion animique du peuple autour d’un chef…Chef qui déjà pouvait s’arroger tous les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Pour l’anecdote, le premier à avoir imposé pareille disposition est Napoléon 3. En avant pour la démocratie plébiscitaire et publicitaire. On relèvera aussi au passage que le calage du calendrier des élections législatives sur celui des élections présidentielles renforce encore davantage le président.
Résumons : la société est un organisme qui contient des agents pathogènes - les ennemis intérieurs désignés (sur une base plutôt raciale) – et il faut assurer un bon système immunitaire qui garantisse l’éradication de ces agents, sous peine de voir bientôt la situation pourrir. Pour ce faire, si les circonstances sont devenues « exceptionnelles », il faut avoir les mains libres pour employer les moyens qui s’imposent, juridiquement s’entend. Il convient en effet en particulier de ne pas avoir à s’embarrasser de libertés et droits fondamentaux par trop contraignantes, droit à la vie compris. Les questions de droit sont relativement accessoires dès lors que l’impunité est garantie mais tout de même il faut faire attention des fois que...Pour illustrer le décalage légal entre temps ordinaire et état d’exception, on peut par exemple relever qu’en cas circonstances exceptionnelles, la peine de mort pouvait être décrétée en France par un seul homme jusqu’en…2008, date à laquelle son abolition a été inscrite dans la constitution.(4) [4] Jusqu’à cette date, la loi Badinter n’était qu’une loi ordinaire dont l’application pouvait être suspendue dans le cadre d’un état d’exception.
Voilà esquissée la nature d’un système de répression qui, en France, dans les ex colonies mais aussi un peu partout ailleurs et notamment au Rwanda, aura plus que fait la preuve de son efficacité dans l’élimination de masse . (5) [5]
L’objectif de la DGR est donc le contrôle des corps et des esprits. Pour être en mesure à tout instant de localiser le poisson et lui faire sentir une présence constante et pesante, le quadrillage territorial, le fichage des populations et le contrôle des déplacements. Pour agir sur les esprits, le recours aux outils de la propagande moderne telle qu’elle s’est développée depuis le début du 20ème siècle. En particulier, on retiendra utilement que la peur rend les foules sensibles aux suggestions. Autrement dit, terrorisé, on ne pense plus et l’on gobe ce qui est suffisamment martelé comme Goebels l’avait retenu. C’est la théorie de l’homme récipient : il faut bien tenir le vase pour ensuite le remplir à sa guise de l’idéologie souhaitée. C’est en temps de paix que la population doit être conditionnée à stigmatiser l’ennemi intérieur. Dès lors, si les choses dégénèrent, il sera possible d’agir efficacement via la formation de groupes citoyens d’autodéfense, autrement dit de milices, via l’action des hiérarchies parallèles de l’Etat-Parti-Garnison, la prise de relais du militaire pour l’exercice du pouvoir, le basculement en régime d’exception et le « renseignement », c’est-à-dire la torture dont la fonction n’est évidemment pas de recueillir des informations mais de terroriser. Dans le jargon, on parlera d’action psychologique pour les populations amies et de guerre psychologique pour les populations ennemies.
C’est en effet en Algérie que cette théorie sera testée in situ pour la 1ère fois avec les « succès » que l’on connaît. Des écoles militaires seront créées sur place pour former moult officiers du monde entier. Parmi eux, un Belge, du nom de Marlière qui transmettra son savoir à l’un de ses collègues, Logiest, pour « gérer » l’indépendance du Rwanda, c’est-à-dire pour pérenniser une certaine tutelle de l’ex puissance coloniale.
Au Rwanda, les responsables extrémistes au pouvoir l’ont appliquée sous la supervision de parrains français ayant pleinement conscience que ce territoire constituait un terrain d’expérimentation idéal. Et pour cause ! Le Rwanda, avec son histoire toute particulière, n’avait jamais cessé depuis son indépendance d’être spécifiquement « profilé » suivant les préceptes de cette doctrine. Les Belges avaient sérieusement commencé le travail lors de l’indépendance (6) [6] et les Français avaient pris le relais dès 1975 avec la formation de la gendarmerie qui joue un rôle clé dans ce dispositif. En 1990, cela faisait alors 30 ans que les responsables rwandais s’aguerrissaient à la DGR, au besoin en venant se perfectionner à l’école de guerre à Paris, à l’IHEDN. Ce sera le cas notamment de celui qu’on surnomme le « cerveau du génocide », Théoneste Bagosora, qui croupit aujourd’hui dans les geôles du tribunal pénal international pour crime de génocide. Pas étonnant après cela que des chercheurs découvrent que la guerre révolutionnaire » était « dans tous les esprits » en octobre 1990 au Rwanda.
En 1990, après 15 ans d’une coopération étroite et ciblée, les responsables français connaissent très bien la poudrière que les Occidentaux ont fait du Rwanda en près d’un siècle alors que celle-ci est sur le point de s’enflammer. Ils n’ignorent rien de l’antagonisme racial Hutu/Tutsi, falsificateur et fantasmatique, que les « civilisateurs » ont inculqué pendant des lustres au plus profond des consciences rwandaises. Ils n’ignorent pas que pour contrer les velléités d’émancipation qui se font jour dans les années 50, l’église et la Belgique, le manuel de la guerre révolutionnaire en poche, vont opérer un renversement d’alliance et cristalliser définitivement dans la société rwandaise l’image du Tutsi arrogant, menteur, dominateur et cause de tous les maux rwandais. Enfin, ils n’ignorent pas plus que c’est la multiplication des coups tordus pour exciter ce racisme là, construit de toute pièce, qui va provoquer les pogroms anti-tutsi à la fin des années 50, au début des années 60 et en 1972-73.
Tout ce contexte, les stratèges français l’ont parfaitement intégré durant cette coopération. Connaître cette histoire pour ajuster le paramétrage de leur machine au cas rwandais, c’était leur cœur de métier. Autrement dit, en 1990, les Français ont depuis longtemps pris la température de la société rwandaise et ils sont les maîtres du jeu, les experts ès DGR. Et c’est le plus logiquement du monde que ce sont eux que les Rwandais sollicitent pour mettre la machine en route alors que le besoin politique s’en fait sentir. A l’heure des massacres, cette machine fonctionnera « à plein régime » nous dit Gabriel Périès. Et demandant ce que la France savait au moment des faits, il répond sans détour : « tout ou presque tout ».
Vu sous cet angle, le constat d’une France qui de 1990 à 1994 sera restée sur le terrain sans jamais lâcher ses apprentis génocidaires, contemplant les dégâts en silence, prend une autre dimension.
Un laboratoire nous dit-on du Rwanda entre 1990 et 1994 ? On relèvera en tout cas que le terrain rwandais était idéal ! Très favorable sur le plan socio-historique, il n’avait cessé d’être « profilé » durant 40 ans alors imaginez les conditions initiales de mise à feu et à sang au début de « l’expérience » en 1990 ! Mais qui sont les expérimentateurs au fait ? Les seuls Rwandais en charge du programme ? C’est plus confortable de le penser mais c’est aussi peu réaliste que déplacé tant les politiques et militaires français alors aux commandes savent de quoi il retourne. Ils connaissent le Rwanda et savent, précisément, que la DGR consiste, à travers un dispositif opérationnel très élaboré, à cultiver le racisme au sein d’une population et à réveiller et attiser la haine lorsque le basculement dans l’horreur est politiquement opportun.
Il est vraiment fondamental d’avoir pleinement conscience et de ne jamais oublier ce qu’Alison Des Forges (7) [7] faisait déjà observer aux députés de la Mission d’information parlementaire en 1998, à savoir que le génocide des Tutsi au Rwanda n’a pas été le résultat des forces impersonnelles de l’Histoire mais bien le résultat de décisions politiques concrètes prises par des hommes politiques tout le long d’un processus initié à la fin des années 80. Il s’agit d’un crime de masse, d’un crime d’Etat perpétré par des acteurs qui n’auront eu de cesse d’activer tous les rouages de cette machine conçue pour des crimes de masse.
Cette intention spécifique d’individus d’en tuer d’autres pour ce qu’ils sont à leurs yeux et le passage à l’acte qui s’ensuit caractérisent le crime de génocide. A cet égard, on relèvera que les actes de génocide commis contre les Tutsi rwandais dès 1990 et qui jalonneront toute la période allant de 1990 à 1994 ont été détachés du génocide lui-même par l’ONU puisque le tribunal pénal international pour le Rwanda créé en novembre 1994 a vu sa compétence restreinte à la seule année 1994. Au-delà cette infamie qui déjà pose question, comment le conseil de sécurité de l’ONU a-t-il pu considérer que remonter à janvier 94 garantissait que l’on puisse appréhender toute la phase de planification ? Ne doit-on pas faire le lien avec le départ officiel du gros des troupes françaises en décembre 1993 ? Ne s’est-il pas agi de limiter l’exposition de l’implication française aux foudres de la justice internationale ? A s’y pencher de plus près, il semble évident qu’il s’est agi de garantir une certaine impunité dans les statuts même du TPIR. Il ne restait ensuite, pour qu’aucun des occidentaux pouvant être présumés coupables ou complices ne soit déféré devant le TPIR (ses statuts ne pouvaient décemment l’interdire), qu’à bien tenir les juges, leur fournir peu de moyens, et évidemment surtout refouler les informations susceptibles de légitimer l’action de la justice dans l’opinion.
En France, ç’aura notamment été le rôle de la Mission d’Information Parlementaire présidée par Paul Quilès, ancien ministre obligé de François Mitterrand, que de faire digérer médiatiquement cette implication dont on entendait parler sans trop savoir ce qu’elle recouvrait. Après avoir rejeté moult témoignages qui ne cadraient pas avec la ligne de défense préétablie, oublié d’entendre des protagonistes clés, esquivé les questions qui fâchent et refoulé en annexe la masse d’information reflétant l’esprit de la France au Rwanda, tous les parlementaires de la mission à l’exception de Jean-Claude Lefort qui ne signera pas le rapport, avaient beau jeu de conclure que l’exécutif français avaient commis des erreurs mais rien de plus. Une mission de communication plus que d’information comme il se doit. Tout ça avec la complicité des médias pour désamorcer le plus grand scandale de la République ! « Ils ont été bien à la mission QUILES, ils nous ont évité le TPIR » confiera plus tard un général à Gabriel Périès.
Pour conclure ici, si l’on garde bien à l’esprit que la DGR et ses avatars ont pour but de faire en sorte que la société s’immunise d’elle-même contre les troublions qui remettent en cause l’ordre dominant, il faut avoir conscience que la diffusion de cet « esprit de défense » si particulier qui a pour but de conquérir les individus, corps et âmes, c’est la mission on ne peut plus officielle, depuis plus de 60 ans, de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN) rattaché au Premier ministre. Chaque année, des centaines d’auditeurs cooptés parmi les « cadres de la Nation » (politiques, militaires, journalistes, professeurs, magistrats, hommes d’affaires, etc.) sont sensibilisés et appelés à proposer des « améliorations » au gouvernement. Une fois leur stage accompli, ils peuvent aider à enfoncer le clou et asseoir toujours davantage, à travers l’enrobage marketing qui va bien, la légitimité de politiques qui en réalité génèrent des actes criminels et des horreurs innommables. Un certain nombre des génocidaires rwandais sont d’anciens auditeurs. Il en va de même pour nombre de leurs complices civils et militaires français…
C’est cette nébuleuse pourrie, cette mouvance « sécuritaire » qui se charge de notre esprit de défense et qui façonnent notre politique de défense et de maintien de l’ordre dans laquelle sont englouties chaque année des dizaines et des dizaines de milliards d’euros.
Nul doute qu’il y a là un chantier citoyen d’investigation et de déconstruction absolument gigantesque et qui devient des plus urgent - c’est un euphémisme – dès lors que l’on comprend toute la responsabilité de cette toile fasciste dans l’aliénation des consciences.
Cet article est une ébauche et un appel à travailler collectivement le sujet.
Cyril Hauchecorne est membre de l’association France-Rwanda-Génocide, Enquête, Justice et Réparations http://www.francerwandagenocide.org/
[1] (1)Une guerre noire, La découverte, 2007
[2] (2) La Guerre Totale, p. 86, éditions Perrin de 2010
[3] (3) FRIEDRICH C., Constitutional Government and Democracy, Boston, Ginnand, 1950, pp. 828 et 829.
[4] (4) analyse de la décision du conseil constitutionnel du 13 octobre 2005 au lien suivant : http://www.droits-fondamentaux.org/...
[5] (5) lire une guerre noire, voir l’école française les escadrons de la mort
[6] (6) les managers militaires belges venaient de recevoir les enseignements de l’école française lorsqu’ils décidèrent de les appliquer au Rwanda pour éviter la reproduction des mésaventures qu’ils avaient connues au Congo voisin où il avait fallu en venir (avec le concours de la CIA en particulier) à assassiner Patrice Lumumba.
[7] (7) Reconnue pour ses travaux et ses recherches sur le génocide et auteure notamment avec Human Rights Watch et la FIDH de Aucun témoin ne doit survivre publié aux éditions Karthala en 1999.
La gauche et l’Iran
Depuis la révolution iranienne de 1978-1979, sans doute le plus grand mouvement populaire du dernier quart du XXe siècle, la gauche occidentale s’est divisée sur l’appréciation qu’elle pouvait porter sur ces événements et sur le régime mis en place. Ce débat s’est évidemment intensifié avec l’arrivée de Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir et encore davantage avec l’élection présidentielle contestée de juin 2009 (Lire Immanuel Wallerstein, « The World Left and the Iranian Elections », Zcommunications, 5 août 2009).
Parmi les points de désaccord à l’intérieur de la gauche, la place de la religion dans le mouvement politique. Souvent, au nom de l’anticléricalisme, elle rejette tout mouvement qui se réclame de la religion. Mais n’est-ce pas aussi, au nom de la religion, qu’ont été menés bien des combats anticolonialistes (mais pas tous, que l’on pense à l’Indochine, par exemple) au cours des XIXe et XXe siècles ? Et il est vrai aujourd’hui que, avec le recul des idées marxistes, nombre de combats intègrent une dimension religieuse. Que l’on songe à l’Amérique latine, au Brésil ou au Venezuela, avec des aspects parfois franchement réactionnaires, comme le refus du droit des femmes à l’avortement.
D’autre part, la dimension « anti-impérialiste » du combat mené par ces pays, de l’Iran au Venezuela – et qui est assumé par eux dans une alliance dont a témoigné la récente visite de Hugo Chavez en Iran – complique aussi le positionnement de la gauche radicale. On peut noter que des mouvements comme le Hamas et le Hezbollah allient une vision assez libérale de l’économie avec une résistance déterminée à ce qu’une grande partie des populations du monde arabe dénonce comme les tentatives israélo-américaines de contrôler la région.
Un dilemme plus ou moins similaire s’est posé avec le régime de Saddam Hussein en Irak (la dimension religieuse en moins), bien qu’il ait abandonné, dès la fin des années 1970, la moindre prétention à la lutte anti-impérialiste. Une partie de la gauche radicale américaine (et des progressistes irakiens en exil) s’est ralliée à l’intervention américaine de 2003, au nom du renversement des dictatures.
Je verse à ce dossier la traduction d’un article de Fayazmanesh Sasan, professeur émérite d’économie à l’université California State, Fresno, paru sur le site Counterpunch, 22-24 octobre (« The Left and Iranian Exiles »). Il est l’auteur de The United States and Iran : Sanctions, Wars and the Policy of Dual Containment (Routledge, 2008).
« Il ya quelques jours j’ai reçu un courriel intitulé “CounterPunch publie de l’agitprop ouvertement CIA-israélienne contre l’Iran.” L’e-mail faisait référence à un article paru récemment dans CounterPunch par une irano-américaine qui avait assisté à un dîner à New York organisé par le président Ahmadinejad pour des militants anti-guerre, pour la justice sociale et la paix, alors que M. Ahmadinejad était en visite aux Etats-Unis pour assister à l’Assemblée générale. L’auteur de l’article, qui soutient sans doute le “mouvement vert” en Iran, a été bouleversée par le fait que les activistes américains assistant au dîner n’ont pas contesté les violations des droits humains en Iran, et, au contraire pour la plupart, ont exprimé leur indignation devant la politique étrangère des Etats-Unis. L’auteur de l’e-mail a trouvé l’article similaire à ceux que l’Iran publie pour dénoncer les propagandistes israélo-américains. Qu’un tel article ait été publié sur un site progressiste semblait l’inquiéter.
J’avais également reçu des commentaires similaires sur d’autres articles écrits par certains des partisans du mouvement vert iranien et publiés sur le site CounterPunch. Ces billets étaient apparemment destinés à m’avertir que comme un contributeur de longue date de CounterPunch et un critique de “l’USrael” – un terme que certains croient à tort que j’ai inventé – je suis resté silencieux devant ces articles de certains partisans du mouvement vert en Iran.
(...) A la suite à de l’élection présidentielle controversée de 2009, j’ai exprimé mon avis sans détour sur la nature complexe du gouvernement iranien et les problèmes auxquels font face les progressistes américains lorsqu’ils traitent de cette complexité. Ces points de vue m’ont rendu persona non grata dans les médias en Iran. (...)
Dans un autre article dans CounterPunch, j’ai également mis en garde certains partisans du mouvement vert au sujet de leur liaison dangereuse avec les opposants pro-américains et israéliens au gouvernement iranien. Cet avertissement m’a valu de nombreux témoignages de reconnaissance de lecteurs de CounterPunch, notamment de nombreux Iraniens progressistes. Mais il a aussi suscité des grognements de certains exilés iraniens qui, souvent, essaient de dépeindre toute critique de leurs opinions politiques comme un “soutien au régime iranien.”
Entre autres choses, j’ai été accusé d’être indifférent aux violations des droits humains en Iran. On m’a aussi dit que je n’étais pas suffisamment informé, ignorant le fait que tel ou tel individu était mort ou avait perdu la vue sous la torture dans la célèbre prison d’Evine. Je n’ai pas répondu à toutes ces idioties. Si je l’avais fait, j’aurais certainement rappelé à ces critiques la déclaration de Martin Luther King que les Etats-Unis sont “le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde d’aujourd’hui”. La déclaration était vraie à l’époque de King et elle continue à l’être de nos jours. Alors pourquoi ignorer le grand pourvoyeur de violence et violateur des droits humains et se concentrer sur l’adversaire chétif ? Pire, pourquoi faire appel au premier contre le second ? (...)
La réaction des exilés iraniens verts était emblématique de leur politique et de leur tactique. Ces exilés sont aussi satisfaits d’eux-mêmes que les "principalists" qu’ils abhorrent (“principalist” est un terme utilisé pour désigner les différentes factions iraniennes qui sont opposés aux réformistes et au mouvement vert). Ces exilés sont aussi intolérants à d’autres vues que leurs homologues tyranniques en Iran sont dédaigneux de la voix de la dissidence. »
Chaque progressiste américain qui choisit de se concentrer sur la critique de la ligne politique israélo-américaine envers l’Iran, par opposition à la question des droits humains, est dénoncé par ces exilés, comme un fou gauchiste ou un ignorant des subtilités internes de l’Iran. Et ceci en dépit du fait que ces Américains montrent souvent, à travers leurs analyses approfondies, une meilleure connaissance de l’Iran que ces exilés qui écrivent de longs essais rhétoriques. Ainsi, tandis que le mouvement vert exilés est obsédé par “l’élection volée” de 2009, il faut surtout compter sur des observateurs non-iraniens pour analyser les derniers rapports de l’AIEA, les dernières sanctions américaines et résolutions de l’ONU, le rôle des groupes de lobbying israéliens dans la formulation de ces résolutions, l’effet de ces sanctions sur l’économie iranienne, etc. (...)
Visitez n’importe quel site web Internet iranien vert et tout ce que vous y trouvez est la critique du régime actuel. C’est comme si tous les troubles en Iran étaient causés par le pouvoir et que tous les problèmes disparaîtraient s’il y avait un changement de régime en faveur des Verts. Les accusations absurdes se sont tellement intensifiées que le site web vert le plus populaire, et le principal porte-parole du mouvement vert en Iran, a déclaré le 2 octobre 2010, que la crise financière récente en Iran et les fluctuations monétaires étaient le fait du gouvernement lui-même ! Sous le titre “La continuation de la crise des devises et de l’or : le bénéfice du gouvernement dans l’accroissement des échanges”, le site fait valoir que le gouvernement iranien a créé la crise et bénéficié de la dévaluation du rial parce que le gouvernement calcule ses dépenses en rial et ses revenus en dollars. Si ce site ne faisait pas une telle fixation sur la question du changement de régime, et s’il avait une seule personne à son comité de rédaction avec une certaine connaissance élémentaire de l’économie, de telles absurdités n’auraient pas été publiées.
Inutile de dire que la crise financière récente en Iran, comme la plupart des crises de ce type ailleurs, a été le résultat de l’incertitude, d’une peur intense, et de la spéculation sur le marché des devises. Et la peur et l’incertitude ont été largement causée par l’effet cumulatif de sanctions qui étouffent l’économie iranienne et provoquent de la douleur et la souffrance de masse.
L’obsession du mouvement vert iranien avec “l’élection volée”, comme je le craignais, a poussé ces exilés à se rapprocher de la politique “USraelienne”. Certains groupes de pression nationalistes iraniens qui durant l’administration Bush s’étaient opposés à l’adoption de sanctions supplémentaires contre l’Iran ont récemment activement poussé l’administration Obama à sanctionner le gouvernement iranien et le corps des pasdarans, comme si de telles sanctions n’existaient pas déjà et comme si une telle intensification n’était pas orchestrées par les groupes de lobbying israéliens et leurs représentants dans le gouvernement des Etats-Unis. Les exilés, bien sûr, ont vu leur souhait satisfait et plus de sanctions ont été adoptées. Le 29 Septembre 2010, le président Obama a signé un ordre exécutif qui a imposé des sanctions sur les huit fonctionnaires iraniens “considérés comme responsables ou complices de violations graves des droits humains”.
Bien sûr, une fois de plus, le cerveau derrière cette décision de l’exécutif n’était autre que le suspect habituel, le néo-conservateur Stuart Levey, sous-secrétaire pour le terrorisme et le renseignement financier du département du Trésor. Lors d’une cérémonie annonçant les sanctions, M. Levey a été félicité par les secrétaires Geithner et Clinton pour “la conception de ces actions financières significatives”.
Quelques jours plus tard, les médias “principalist” en Iran ont utilisé le fait que certains exilés verts avaient remercié l’administration Obama pour avoir imposé une nouvelle série de sanctions. Une de ces médias, a exploité le titre d’une émission Radio Free Europe / Radio Liberty : “Merci M. le président Obama, pour vos sanctions concernant les droits humains.” L’article visait l’activiste et lauréate du prix Nobel Shirin Ebadi se félicitant des sanctions. Dans un entretien avec le service persan de Deutsche Welle elle a affirmé que les sanctions marquent un “tournant” non seulement pour l’Iran, mais pour “l’histoire des droits humains”.
La même Radio Free Europe/Radio Liberty a publié plus récemment un autre article à l’occasion du voyage de M. Ahmadinejad au Liban intitulé : “Les intellectuels iraniens au peuple libanais : ‘Ahmadinejad ne mérite pas votre confiance’.” L’article indiquait qu’un groupe d’environ trente journalistes iraniens, intellectuels et universitaires en poste aux Etats-Unis, au Canada et en Europe avaient dit dans une lettre ouverte adressée au peuple du Liban qu’il ne devrait pas se laisser berner par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qu’ils accusent d’être bon à rien. La lettre, clairement inspirée par le mouvement vert comme le montrent sa référence élogieuse à la visite du président Mohammad Khatami au Liban en 2003 et la condamnation de “l’élection volée” en Iran, qualifie la politique d’Ahmadinejad de “dangereuse” et responsable des sanctions généralisées contre l’Iran et des risques d’un guerre potentielle. Elle mentionne également l’appui Ahmadinejad pour un “certain groupe” au Liban, qui est à l’origine de tensions dans ce pays (clairement il visait le Hezbollah libanais).
La lettre ci-dessus n’est pas vraiment sincère lorsqu’elle affirme que la politique d’Ahmadinejad est responsable des sanctions. Les intellectuels et les universitaires iraniens savent sûrement que l’Iran a fait l’objet de nombreuses sanctions depuis plus de trente ans. Ils savent aussi que l’une des sanctions les plus oppressives, à savoir, la Iran-Libya Sanctions Act, a été imposé à l’Iran en 1996, sous la présidence de Mohammad Khatami, l’un des principaux leaders du mouvement vert. La lettre n’est pas non plus sincère lorsqu’elle assure que la tension au Liban est provoquée par Ahmadinejad et le Hezbollah, et non par Israël et ses alliés traditionnels au Liban. Etant donné la popularité que le Hezbollah doit à sa résistance héroïque et à ses batailles contre Israël, il est difficile d’imaginer qu’une lettre d’opposition au Hezbollah rendrait le mouvement vert iranien beaucoup plus populaire au Liban.
« Ce compte-rendu partiel de la politique et des tactiques employées par certains partisans du mouvement vert en exil explique pourquoi de nombreux progressistes américains se méfient de ce mouvement et de son avenir. Ils se souviennent du fait que des exilés irakiens progressistes, face à un gouvernement despotique, sont devenus de plus en plus réactionnaires. Ils se souviennent du fait que la question des droits humains est devenue un des prétextes pour provoquer un changement de régime en Irak. Ils se souviennent du fait que dans le processus qui a pavé la voie à l’invasion de l’Irak, les exilés irakiens, dont certains progressistes, sont devenus d’utiles outils (aux mains des néoconservateurs). Ils se souviennent aussi que la dévastation de l’Irak, des millions de morts et de déplacés et une économie en ruine, ont été le prix de l’établissement d’un gouvernement ami des Etats-Unis qui ne soutient plus le mouvement de résistance contre Israël.
C’est pourquoi un certain nombre de lecteurs de CounterPunch semblent préoccupés par certains articles publiés sur ce site progressiste par les exilés iraniens. Mais ces lecteurs ne doivent pas oublier que CounterPunch a également publié de nombreux articles qui critiquent les Iraniens qui appuient les “USraeliens”. Ils doivent aussi se rappeler que la situation en Iran est complexe et qu’il est légitime de se préoccuper de l’actuelle intolérance du gouvernement iranien à l’égard de toute voix dissidente, même sincère et indépendante. Dans cette situation complexe, séparer le bon grain de l’ivraie, établir la différence entre les préoccupations légitimes et les prétentions exagérées, distinguer les analystes sincères des opportunistes politiques, et reconnaître la différence entre les nationalistes étroits et les internationalistes qui ne se rallieront pas à la politique américaine et israélienne, pourrait devenir extrêmement difficile. C’est pourquoi je n’envie pas le travail de ceux qui siègent au comité de rédaction des médias progressistes comme CounterPunch. Ils sont confrontés à des choix difficiles. »
Alain Gresh, Le Monde Diplomatique
Profanation de la terre. L’horreur de la récolte des olives en Palestine
"Brillant sur un olivier béni, une olive, ni de l’est ni de l’ouest, dont l’huile est presque lumineuse, bien que le feu l’ait à peine touchée..." Quoran 24:35
"Et quand il eut allumé les torches, il les lâcha dans les moissons des Philistins et brûla aussi bien les gerbes que le blé sur pied et même les vignes et les oliviers". Juges 15:5
les oliviers et l’huile d’olive symbolisent au plus haut degré la terre, l’identité et la culture palestinienne. Ils sont l’emblème de la fierté nationale et le coeur véritable de l’économie agricole.
Bien que la domination et les humiliations quotidiennes de l’occupation de Jérusalem Est et de la Cisjordanie prennent toutes sortes de formes - les fouilles humiliantes aux checkpoints ; les arrestations et interrogatoires de mineurs ; les retards imposés aux ambulances qui amènent les malades à l’hôpital ; l’expulsion des familles et la démolition de leurs maisons - peu d’actes sont plus préjudiciables et plus désolants que l’incendie des champs d’oliviers par des colons membres de groupes d’autodéfense.
La récolte des olives a commencé officiellement vendredi dernier dans les territoires occupés de Cisjordanie et les coups de feu à balle réelle ont salué son ouverture. Des centaines d’arbres ont été brûlés par les colons israéliens sous l’oeil des soldats israéliens. Ils ont empêché les véhicules des pompiers de venir éteindre le feu. Cela est devenu un rituel annuel de spoliation de la terre par ceux qui se sont illégalement installés en Cisjordanie.
En même temps que la récolte commençait, l’Agence d’Aide Internationale Oxfam a publié à Jérusalem son rapport "La route vers la production d’olives : Les défis pour développer la production d’huile d’olive en Cisjordanie".
Oxfam indique que la production d’huile d’olive apporte quelque 100 millions de dollars par an aux familles et aux communautés les plus pauvres et les plus démunies de Cisjordanie. C’est la source principale de revenus de l’économie et presque la moitié de la terre cultivable y est consacrée. C’est aussi la principale source d’exportation du territoire et l’importance des oliviers et de la fabrication d’huile d’olive qui procurent du travail et des revenus à 100 000 fermiers palestiniens ne peut être exagérée.
Cependant le gouvernement israélien interdit délibérément l’accès des terres où les fermes d’oliviers sont situées.
"Des barrières physiques, comme des checkpoints ou des gros blocs de pierres empêchent le libre déplacement des personnes et des marchandises et interdisent aux Palestiniens l’accès de leurs produits agricoles, y compris des olives et de l’huile d’olive, au marché israélien et international" stipule le rapport.
Le rapport recommande aussi de sanctionner les attaques des colons israéliens contre les champs d’oliviers qui vont de voler les olives, brûler ou arracher des dizaines de milliers d’oliviers à attaquer les fermiers pour les empêcher de récolter les olives.
"Les attaques contre les fermiers d’olives palestiniens et leur harcèlement par les colons sont monnaie courante."
Et vendredi dernier n’a pas fait exception. Comme l’a rapporté d’AFP, les colons sont descendus sur les champs d’oliviers avec des armes automatiques et ont incendié les arbres en psalmodiant : "Dehors, dehors."
Bien que le niveau de violence cette année-ci soit un des plus hauts, il est plus que probable qu’aucun colon ne sera poursuivi.
Selon une étude réalisée par l’Organisation pour les Droits Humains, Yesh Din, qui porte sur cinq ans et qui recense 97 cas de vandalisme de terre palestinienne, les enquêtes de police n’ont mené à aucune poursuite. "Les autorités légales ne font rien du tout en ce qui concerne le dommage causé aux moyens d’existence des Palestiniens" affirme l’auteur du rapport Yior Lavne.
Détruire l’héritage culturel et les ressources économiques d’un peuple sont des pratiques odieuses. Partout ailleurs la profanation intentionnelle et délibérée de la terre et le sabotage des moyens d’existence d’un peuple seraient considérés comme un crime de guerre. Il est temps que la communauté internationale qualifie ainsi ce qui s’est passé en Cisjordanie la semaine dernière.
Aidez les fermiers palestiniens en achetant leur huile à un prix honnête.
Rannie Amiri est en expert indépendant du Moyen Orient.
Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/amiri10... traduction : D. Muselet
Retraite : les salariés allemands et belges solidaires du mouvement français
Provenant d’Europe, d’Afrique ou d’Amérique latine, de nombreux messages de soutien au mouvement social hexagonal arrivent aux sièges des confédérations syndicales. Parmi eux, le principal syndicat allemand, la DGB (7 millions d’adhérents), dénonce les conséquences néfastes de l’allongement de l’âge de départ à la retraite. Quant aux Belges, ils viennent de passer concrètement à l’action en bloquant un dépôt pétrolier de Total.
La principale confédération syndicale allemande, la DGB (Deutscher Gewerkschaftsbund) qui revendique sept millions d’adhérents, vient d’apporter son « soutien » et sa « solidarité » à leurs « collègues françaises et français ». Dans une lettre adressée le 21 octobre à Bernard Thibault, les deux dirigeants de la DGB, Michael Sommer et Annelie Buntenbach, critiquent vivement les conséquences de la réforme des retraites en Allemagne : « Les expériences en Allemagne ont montré que l’allongement de l’âge de départ à la retraite n’a pas rendu la retraite plus « sûre ». Tant qu’aucune solution ne sera trouvée aux problèmes structurels du marché du travail, le recul de l’âge de la retraite ne signifie rien d’autre qu’une diminution pure et simple du niveau des pensions. »
En Allemagne, si l’âge légal de départ à la retraite est fixé à 67 ans, les salariés partent en moyenne entre 61 et 62 ans (contre 59 ans et demi en France). « Seule une petite partie des salariés parvient à tenir jusqu’à l’âge légal de la retraite - beaucoup partent avant pour raison de santé ou perdent leur emploi », précisent les responsables de la DGB. Le système de décote y est bien moins contraignant qu’en France où les salariés perdent 2,5% de leurs pensions par année de cotisation manquante. Et le taux d’emploi des 55-64 ans y est bien plus élevé (près de 60% contre 40% en France). Pour les syndicalistes allemands, « l’allongement de l’âge de départ à la retraite est donc socialement injuste et conduit à la privatisation des systèmes de sécurité sociale. » On est bien loin d’un certain discours médiatique qui vise à culpabiliser les salariés français sur la « chance » qu’ils auraient de ne partir qu’à 60 ans à taux plein comparé aux autres travailleurs européens.
Un dépôt pétrolier de Total bloqué en Belgique
La DGB n’est pas la seule à soutenir ce combat pour une « société solidaire » et « une juste répartition du fardeau de la crise ». La Confédération européenne des syndicats (CES) réaffirme également « son entière solidarité aux syndicats français dans leur lutte contre l’allongement de l’âge de la retraite », par la voix du britannique John Monks, secrétaire général de la CES. « L’ampleur de vos mobilisations confirme qu’au-delà de la réforme des retraites, l’emploi, les salaires, les conditions de travail mais aussi l’avenir des jeunes restent des problèmes centraux notamment depuis l’aggravation de la situation liée à la crise financière de 2008 », écrit-il dans un courrier adressé aux cinq syndicats français adhérents de la CES (CFDT, CGT, FO, CFTC, Unsa).
Les Belges vont plus loin : les fonctionnaires de la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) se déclarent prêts à empêcher le gouvernement français de contourner les effets de la grève dans les raffineries et les blocages de dépôts pétroliers via les voies navigables belges. Si le pétrole venu de Rotterdam devait emprunter les voies navigables belges, « nous procéderions immédiatement à des arrêts de travail le long de l’Escaut et de la Lys », prévient la Centrale générale des services publics (260.000 adhérents), affiliée à la FGTB.
La menace a été mise à exécution le 26 octobre à l’aube : des techniciens ont bloqué le dépôt pétrolier de Total à Feluy, en Belgique, non loin de Maubeuge. Les syndicalistes « soutiennent pleinement les mouvements des travailleurs en France et sont indignés devant la mise en cause pure et simple du droit de grève à travers la réquisition des salariés grévistes des raffineries du groupe Total. »
Le LKP en Guadeloupe, les Commissions ouvrières des Asturies (Espagne) et de nombreuses autres syndicats, de la Turquie au Brésil en passant par l’Afrique francophone, ont également adressé des messages de soutien au mouvement.
Ivan du Roy, Bastamag
« La question de la répartition des richesses est au cœur des débats »
Spécialiste du syndicalisme, Jean-Marie Pernot décrypte pour Basta ! les ressorts du mouvement social. Loin d’être une mobilisation par procuration, comme les précédentes grandes grèves qui reposaient sur la fonction publique, le mouvement est multiforme et propose à chacun d’y participer selon ses capacités. S’inscrira-t-il dans la durée ? Continuera-t-il d’être soutenu par les syndicats ? Voici quelques éléments de réponse.
Basta ! : Êtes-vous surpris par l’intensification du mouvement social ? Quels ont été les facteurs qui l’ont fait passer de journées espacées de mobilisation à des actions quasi quotidiennes sur tout le territoire ?
Jean-Marie Pernot [1] : Il y a un dynamisme social qui tranche avec les mouvements esquissés les années antérieures, qui étaient à ce moment très encadrés par les syndicats et sans grandes perspectives. Le mouvement actuel n’a pas forcément débordé le cadre syndical, mais les ambiguïtés au sein de l’intersyndicale ont finalement permis un cadre assez souple : un mouvement multiforme qui se développe sur tout le territoire. Il y a un an, les manifestations de janvier et de mars 2009 ont montré un mécontentement social assez fort. La crise est passée par là, avec un taux d’emplois qui se dégrade dans tous les secteurs, une précarité qui ne recule pas et des grèves d’usines relativement dures. C’est tout cela qui résonne aujourd’hui. Plus la perception d’un gouvernement qui gouverne pour les riches, l’affaire Bettencourt, et une arrogance du pouvoir de plus en plus mal vécue. Parallèlement, le taux d’endettement des ménages a pris dix points en cinq ans. Cela illustre la dégradation de la situation économique des gens, et aussi la difficulté pour certains d’entrer dans la grève. C’est l’envers de la question du travail.
En 1995 et en 2003, les mobilisations étaient portées par les salariés du public. Est-ce toujours le cas ? Quel est l’état des mobilisations dans le privé ?
Nous ne disposons pas d’outils pour mesurer les jours de grève dans l’ensemble du secteur privé. Dans la fonction publique, nous constatons des taux de grévistes relativement proches de ceux des grandes entreprises privées. Ce ne sont plus la RATP ou la SNCF - même si la grève des cheminots y est assez suivie - qui donnent la température mais les raffineries. Ce n’est pas plus mal. Cela devenait pénible que la température sociale du pays se résume à deux entreprises. Même si le secteur pétrolier est en pointe, nous ne sommes pas dans une logique de grève par procuration. C’est sûr que faire grève lorsque l’on achemine du pétrole offre plus de possibilités que de débrayer dans une boulangerie industrielle. Mais tout le monde s’engage : on bloque des routes, une zone industrielle, une voie ferrée… Le mouvement est multiforme. Le cadre installé est très large. La base est invitée à prendre des initiatives. Chacun peut y apporter sa contribution en fonction de ses capacités, faire grève, participer à une action ou simplement manifester le samedi.
Plusieurs médias évoquent un risque de radicalisation. Quelles en seraient, selon vous, les formes ?
Le mouvement lycéen me semble un peu fragile. Le manque des débats en son sein limite, pour l’instant, ses potentialités. Le mouvement étudiant reste très en retrait. C’est d’ailleurs curieux d’assister à une mobilisation des lycéens et des salariés, sans les étudiants au milieu. Parmi les salariés, vu le caractère extraordinaire du mouvement, faire des pronostics est très dangereux. Cela dépend aussi du niveau d’arrogance de Sarkozy. Y aura-t-il des changements d’axe dans la mobilisation ? La combativité est forte mais, si rien ne bouge sur les retraites, quels seront ses objectifs ? Le CPE a certes été supprimé après avoir été promulgué mais ce n’était qu’un aspect d’une loi qui a été maintenue dans l’ensemble. Le contexte de la réforme des retraites est différent. Car c’est l’ensemble du texte qui est en cause.
Au-delà de la réforme des retraites, le mouvement met-il l’accent sur d’autres revendications ?
La dynamique du conflit va, pour l’instant, croissante. Lors de la dernière journée nationale de mobilisation, nous avons recensé 270 manifestations dans toute la France, y compris dans des endroits improbables, des petites villes. C’est un moment de politisation très fort. Dans les familles, au bistro, dans les ateliers, les gens s’emparent du sujet des retraites. Et la question de la répartition des richesses est au cœur des débats. L’argument essentiel avancé par le gouvernement, la démographie, ne prend pas. Pour les gens, la question centrale n’est pas là, mais dans la part de la richesse consacrée aux retraites. Il existe une perception très forte que, dans une société comme la nôtre, il y a de l’argent : pour la rémunération des actionnaires, des traders ou des grandes fortunes… Le système est perçu comme roulant pour les riches. Quant aux autres, il faut qu’ils s’adaptent. C’est cela qui nourrit le conflit. Quelle forme politique portera, demain, tout cela ? C’est l’éternelle question du débouché politique.
Pourquoi, malgré des divergences de plus en plus grandes, l’intersyndicale s’est-elle maintenue ? La CGT et l’Union syndicale Solidaires risquent-elles de se retrouver isolées ?
La puissance du mouvement tient tout le monde, y compris la CGC dont les dirigeants sont plutôt proches de la droite. Le vécu des cadres dans la crise est tel que la CGC est poussé à y participer. Au sein de la CFDT, beaucoup soutiennent le mouvement même si les perceptions du danger de la radicalisation divergent en interne. Les syndicats ont trouvé quelques vertus à l’unité : cela leur confère une certaine utilité et visibilité tout en leur permettant de développer leur discours propre. Cela n’empêche pas, par exemple, la CFDT d’avancer ses pions, comme l’idée d’un régime de retraite à points qui devrait être discuté en 2013. Certains souhaitent la sortie du conflit, sur le thème : on a joué le jeu de la démocratie, mais avec ceux d’en face, on ne peut pas faire plus pour l’instant. Mais ils auront à gérer leurs troupes engagées dans le mouvement. Et en même temps, Sarkozy ne leur a laissé aucun espace. Tout cela les conduit à rester prudent, à éviter une débandade syndicale et à envisager une sortie sans rupture trop manifeste. En réalité, tout cela va dépendre du conflit en lui-même. Le risque, pour Solidaires et la CGT, est d’avoir à gérer les fins de conflits. Solidaires a adopté une position constante et pragmatique – en faveur de la grève générale sachant qu’il faut surmonter bien des difficultés pour y arriver – et ne devrait pas en souffrir. La CGT risque d’être accusée de ne pas avoir mis toutes ses forces dans le mouvement.
Assiste-t-on à un renouveau du syndicalisme ?
C’est trop tôt pour le dire. Depuis 1995, les mouvements sociaux n’ont pas renforcé le syndicalisme, dont le taux d’adhésion plafonne à 8% des salariés. Va-t-on assister à un frémissement, à une envie de syndicalisation ? C’est à observer.
Recueilli par Ivan du Roy (Bastamag)
Notes
[1] Chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales, spécialiste du syndicalisme (IRES).
Jean-Luc Mélenchon et les vaches sacrées du journalisme
Nul ne peut l’ignorer : Jean-Luc Mélenchon, confronté à l’interrogatoire de Xavier Mathieu par David Pujadas, a osé marmonner : « Salaud », « Larbin », « Ca me dégoûte ». Et cette réaction, enregistrée dans et pour le film « Fin de Concession » de Pierre Carles, diffusée sur Internet, a fait le tour de la planète médiatique.
Aussitôt les vaches sacrées du journalisme, flanquées des intouchables du commentaire, se sont mobilisées contre « l’Insulte ». On en trouvera une brève recension en « Annexe ».
Parmi tous les tribunaux d’exception appelés à condamner Jean-Luc Mélenchon pour outrage, on n’a que l’embarras du choix. Voici la transcription de l’un d’entre eux : « Le Débat des Éditorialistes », sur ITélé, lundi 11 octobre 2010 : les éditorialistes débattent, mais de quoi ? De rien, puisqu’ils sont d’accord : M. Mélenchon, qui a insulté M. Pujadas, a tort, quels que puissent être ses motifs dont on ne daignera pas discuter. Avec Audrey Pulvar en arbitre impartiale de ce grave dilemme : les propos de Mélenchon étaient-ils « inadmissibles » ou « inacceptables » ?
« Notre confrère David Pujadas »Le lancement du « débat » indique assez la direction qu’il va suivre :
_ - Audrey Pulvar : « On va poursuivre avec de vraies insultes […] Ce sont celles de Jean-Luc Mélenchon à l’égard de notre confrère David Pujadas . C’est dans le film de Pierre Carles, qui a déjà tant fait couler d’encre. Jean-Luc Mélenchon était l’invité de nos confrères d’RTL hier. Il ne regrette rien des propos peu amènes qu’il a tenus envers David Pujadas. Écoutez :
De « vraies insultes » à un « confrère » ? Seule, en effet, la question des regrets éventuels se pose...
Or voici le texte de la vidéo (insérée dans le « débat ») qu’Audrey Pulvar invite à écouter. Elle est extraite du « Grand Jury RTL-LCI » :
- Jean-Michel Aphatie : « … propos aujourd’hui, vous les assumez ? Ou vous les regrettez ? »
- Jean-Luc Mélenchon : « Oui, bien sûr, mais je suis un homme… »
- Jean-Michel Aphatie : « Vous ne les regrettez pas ? »
- Jean-Luc Mélenchon : « Mais bien sûr que non ! Je suis un homme tout à fait ordinaire - comme vous d’ailleurs, monsieur Aphatie, ou monsieur Revel, ou monsieur Mougeotte. Quand vous regardez la télé – pas vous, parce que vous êtes trop poli et bien élevé – quand je vois cette image, je suis totalement solidaire de l’ouvrier, et je ne suis pas d’accord avec le petit bonhomme qui est là et qui lui dit : "Baisse la tête !", "Vous regrettez ?", "Vous appelez au calme ?" et Xavier Mathieu lui dit : "Quoi ? Regretter quoi ? C’est nos vies, qui sont déchirées !". L’autre lui dit : "Est-ce que vous lancez un appel au calme ?". C’est-à-dire qu’il est là dans une fonction que je ne supporte pas, et donc, je réagis comme un homme. »
- (probablement Revel) : « Et monsieur Mélenchon… »
Qu’on n’aille pas s’imaginer que le comportement de David Pujadas méritera qu’on s’y arrête : cette vidéo est le seul moment où le fond de l’affaire est – indirectement – abordé. Mais c’est Mélenchon qui l’aborde, et nos « éditorialistes » se taisent sur leur « confrère ». En revanche, sur Mélenchon, ils sont « partagés » :
- Audrey Pulvar : « Bon, on est partagé entre le grand guignol et la consternation. »
- Philippe Tesson : « [inaudible] Vous ne passez pas les insultes, là ? »
- Audrey Pulvar : « Non, on n’a pas passé les insultes, mais bon, c’était quoi ? Il l’a traité de salaud, il l’a traité de laquais, de salaud… »
Mais pas de « guignol »...
Philippe Tesson élargit et approfondit le débat…
- Philippe Tesson : « […] Et puis, il n’est pas le seul, vous comprenez ! Moi, je ne supporte pas. Sans doute suis-je d’un autre âge. Je ne suis pas de l’âge de Claude, une fois de plus, mais enfin je trouve ça inadmissible qu’on traite Sarkozy de voyou, TF1 de délinquante, Pujadas de salaud, quoi encore… Moi, de fasciste ? Enfin, où va-t-on, là ? C’est absolument inadmissible ! Faut vraiment corriger cette tendance, ce mouvement. Ce n’est pas nouveau, c’est-à-dire, alors, vous allez me répondre… »
Un « homme du monde » du Monde intervient alors :
- Arnaud Leparmentier : « “Ce n’est pas nouveau”… Si, Philippe Tesson ! Moi, je pense qu’on est en dégénérescence, que je trouve assez inquiétante. On peut dire tout ce qu’on veut de manière courtoise… »
Ce qui n’est pas nouveau, c’est la façon dont les journalistes éminents font mine de ne pas entendre les critiques courtoises et s’indignent de celles qui le sont moins, avec un savoir-vivre démocratique digne de leur statut de vicomte ou de vicomtesse des principautés médiatiques, menacés par la dégénérescence… dont Arlette Chabot fut une autre victime :
- Audrey Pulvar : « … Jean-Luc Mélenchon qui avait déjà dit à Arlette Chabot… »
- Arnaud Leparmentier : « … Oui… »
- Audrey Pulvar : « … en direct : "Allez au diable !" »
« En direct » ! Quelle horreur ! Avoir osé protester – simple oubli de la part d’Audrey Pulvar – parce qu’Arlette Chabot, sans la moindre courtoisie, refusait la parole à Jean-Luc Mélenchon, au cours d’ une émission caricaturale, analysée ici-même.
Le Monde en pleine crise de sociologie
Vient alors le moment d’une nouvelle déclaration d’amour de la confrérie à elle-même :
- Arnaud Leparmentier : « Oui oui. C’est devenu un style, donc on n’est pas obligé de passer du temps à faire de la publicité à monsieur Mélenchon. »
- Audrey Pulvar : « Oui, mais on ne peut quand même pas ne pas défendre notre confrère David Pujadas ! »
- Arnaud Leparmentier : « Non non, mais bien sûr je défends nos confrères sans le moindre problème . Ce que je note […] »
La note est évidemment notable :
- Arnaud Leparmentier : Ce que je note c’est que sociologiquement, il y a une défiance absolument majeure qui se met sur les journalistes [incompréhensible]. J’ai vu l’autre jour une émission sur une télé concurrente où il y avait le même Mélenchon et Luc Ferry. Et donc, c’est devenu… comment dire ? Un sport un peu national de dire "Les journalistes, un : sont partisans, deux : ce qu’ils disent, c’est faux", et là je pense qu’il y a effectivement un problème, parce que ça prend ! Quand vous regardez les émissions de télévision, les gens applaudissent, Mélenchon a du succès. Donc, je pense que… »
Toute critique, courtoise ou non, est donc « inadmissible », d’autant plus aisément que cette défiance sociologique majeure est un sport national consistant à « dire »… des choses qui n’ont que de très lointains rapports avec ce que disent la plupart des critiques et aucun avec ce qu’a dit Mélenchon. Mais comme le « débat » risque de s’embourber, il est temps de le relancer :
- Audrey Pulvar : « … Mais on est même au-delà de ça, parce que la défiance envers les journalistes, ça a toujours été. Je veux dire que des sondages… »
- Arnaud Leparmentier : « … Oui, mais on est passé à l’insulte… »
- Audrey Pulvar : « … sur la défiance envers les journalistes, ils ont toujours existé. Qu’on passe à l’insulte systématique, qu’on traite les journalistes de fascistes, de salauds, de laquais, de larbins, bon, c’est quand même une dimension autre !? »
Mélenchon n’a jamais traité les journalistes de fascistes, comme pourrait le laisser croire l’énumération d’Audrey Pulvar, qui faisait peut-être allusion à Xavier Bertrand dénonçant les « méthodes fascistes » de Mediapart. Mais alors pourquoi ne pas rappeler cet épisode ?... Quoi qu’il en soit, si le secrétaire général de l’UMP s’était alors attiré quelques réactions, syndicales notamment, les éminents confrères n’avaient pas réuni en urgence des tribunaux d’exception ni appelé à la censure, comme le docteur en courtoisie du Monde :
- Arnaud Leparmentier : « La solution, c’est de pas lui donner la parole. Moi, je n’ai pas envie de passer du temps à débattre avec Mélenchon, ça ne m’intéresse pas. »
Et avec Xavier Bertrand ?…
L’Humanité en plein malaise
- Claude Cabannes : « Mélenchon est mon camarade du Front de Gauche n’est-ce pas... »
- Audrey Pulvar : « Mais justement, quand on est l’ami de quelqu’un on lui dit quelques vérités bien senties, en général. »
Mais quand on est l’amie de « nos confrères », on leur excuse tout.
La prise de distance qui suit est d’autant plus… étonnante, que Claude Cabannes ne dit pas un mot, quitte à ne pas souscrire à sa forme, du motif de la légitime colère de Mélenchon.
- Claude Cabannes : « ... Je veux simplement lui dire qu’il devrait être attentif au fait, par exemple que ce matin, Bernard Tapie l’a félicité. »
- Audrey Pulvar : « Absolument. »
- Claude Cabannes : « Bernard Tapie s’est conduit, je pèse mes mots, comme un cochon avec Patrick Cohen, qui lui a posé une question très simple en lui demandant s’il avait bien reçu le chèque de quarante-cinq millions d’euros. »
- Philippe Tesson : « Mais alors pourquoi de l’indulgence vis-à-vis de Mélenchon si vous le comparez à Tapie ? »
- Claude Cabannes : « Je n’ai pas d’indulgence vis-à-vis Mélenchon. Je dirais qu’il n’est pas assez léniniste ; autrement dit ferme sur le fond, très souple, très fluide... »
- Arnaud Leparmentier : « Vous êtes un jeune lycéen finalement. »
- Claude Cabannes : « ... très intelligent sur la tactique. »
- Audrey Pulvar : « On avait les derniers stals, les derniers léninistes, c’était une espèce éteinte. »
- Claude Cabannes : « Mon ami Jean-Luc, il fait l’amalgame entre tous les journalistes : il se trompe ; entre toutes les télévisions : il se trompe. »
Claude Cabannes, qui ne s’inquiète guère de l’amalgame entre Xavier Bertrand et Jean-Luc Mélenchon, prête à ce dernier des amalgames qu’en général il évite. Souplesse tactique ?
Intermède
- Audrey Pulvar : « Enfin moi, je ne connais pas de journalistes salauds, larbins, etc... »
- Claude Cabannes : « Audrey, on connaît des journalistes... »
- Audrey Pulvar : « Y a des bons et des mauvais journalistes pas des... »
- Claude Cabannes : « ... des bénis-oui-oui. »
- Audrey Pulvar : « ... pas des salauds, des fascistes. »
Audrey Pulvar, à qui il arrive de pousser des « coups de gueule » mieux ajustés [1], connaît des mauvais journalistes : Ouf ! Mais parmi eux il n’y en a aucun pour se comporter en salaud ou en larbin ? Bravo !
Le Monde sociologise (bis)
- Arnaud Leparmentier : « Attendez, on est quand même dans un pays pluraliste ou y a pluralisme de la presse ; y a de la presse d’opinion, la presse d’opinion, ça existe aussi... »
- Claude Cabannes : « Bien sûr. »
- Arnaud Leparmentier : « ... ne me dites pas. Le champ de la presse est absolument pluraliste, tout le monde peut lire tout ce qu’il veut, il y a tout sur internet, y’a tout ce qu’il veut ; donc l’anathème systématique de Mélenchon est une espèce de critique sur un système alors quele système est totalement pluraliste. Dites-moi ce qu’y a de commun entre Le Figaro, Marianne, l’Humanité, Le Monde, pour parler de la presse écrite ; donc il y a quand même, il y a quand même une prise en otage, un anathème sur la presse sur laquelle on ferait croire qu’elle n’est pas pluraliste, donc je pense qu’il devient absolument inacceptable. M. Mélenchon a ses porte-voix, M. Mélenchon peut s’exprimer, donc il n’a pas de raison de passer au stade de l’insulte dans une société à peu près civilisée. »
- Claude Cabannes : « Je suis d’accord... »
D’accord ? Mais avec quoi ? Avec l’idée saugrenue d’un système totalement pluraliste ? Un « système » qui trouve « inacceptable » de mettre en question, comme nous le faisons ici, son prodigieux pluralisme ? Et qui fort de sa prétention imposerait que l’on mette des formes mondaines à sa contestation ? Conclusion du mondain du Monde :
_- Arnaud Leparmentier : « ... Or, je ne sais pas s’il veut garder un débat civilisé, c’est ça la question. »
Et certainement pas de savoir si, en posant trois fois la même question (sur trois questions posées) sur la violence-que-les Conti-devraient-regretter, David Pujadas ne s’est par comporté en auxiliaire du maintien de l’ordre.
Corporatistes ? « Nooon ! »
- Claude Cabannes : « ... pas d’insulte. Mais moi je voudrais, moi, je n’ai pas le corporatisme de la profession, j’ai une carte de presse, comme tout le monde, mais la profession est très diverse... »
- (?) : « Ca veut dire quoi le corporatisme ? »
- Claude Cabannes : « ... être par principe d’accord avec tous les journalistes qui travaillent etc. »
- Audrey Pulvar : « Ce n’est pas une question de principe. Là, en l’occurrence, dans cette interview, David Pujadas fait son travail de journaliste, pose une question à un gréviste, fait son travail de journaliste. »
- Claude Cabannes : « Y a des secteurs des médias que je n’aime pas parce qu’il y a conformisme peureux dans ce type de médias, voilà. »
- Audrey Pulvar : « Oui mais là, pas de là à les traiter de fascistes [Qui ? Où ? Quand ? Pourquoi ?], pas de là à les traiter de salauds. »
- Philippe Tesson [s’adressant à Cabannes] : « C’est trop compliqué, c’est une chose que vous ne feriez pas, vous ne vous abaissez pas à ça, c’est quelque chose qui vous distingue de ces types-là enfin quoi, c’est simple. »
- Claude Cabannes : « ... je n’insulte jamais. »
- Philippe Tesson [s’adressant à Cabannes] : « Alors pourquoi êtes-vous élégant et défendez-vous l’inélégance ? Je ne comprends pas. »
- Claude Cabannes : « Mais je ne défends pas l’inélégance, je défends l’idée qu’il peut y avoir des choses extrêmement critiquable sur le front des médias, voilà. » _ - Audrey Pulvar : « On peut critiquer sans insulter. »
C’est probable. Mais il existe des interrogatoires qui sont parfaitement insultants (n’est-ce pas, Monsieur Pujadas ?) et des « débats » qui sont de véritables insultes à l’intelligence. Critiquer sans insulter ? Pourquoi pas. Mais on ne saura rien de ce qui est critiquable dans les médias... dans ce sublime exercice proposé par ITélé. En revanche, sur le corporatisme…
Mais laissons la conclusion de ce « débat » au grand absent de cette confrontation : « Il n’y a pas de corporatisme dans le journalisme », expliquait doctement Jean-Michel Aphatie dans « Le Grand Journal », du 12 octobre 2010. Pas de corporatisme (qui n’existe que chez les autres), mais un bel esprit de corps du côté des grands professionnels. Vous ne voyez pas la différence ? À dire vrai, nous non plus.
Or il advint que Xavier Mathieu...
… interrogé par Le Journal du Dimanche et par Europe 1, reprit à son compte les critiques adressées à David Pujadas, et que nos moralistes indignés avaient – courtoisement – passées sous silence. Comme ils ont généralement passé sous silence la violence de la fermeture de l’usine Continental et le licenciement de Xavier Matthieu. Un silence qui vaut bien des violences verbales et bien des insultes : un silence dont sont coutumier les moralistes des ondes.
Dans une interview au JDD, Xavier Mathieu estimait ainsi que Mélenchon avait « parfaitement résumé la pensée qui était le mienne au moment de cette interview. J’ai eu l’impression, de la part de David Pujadas, qu’il me prenait pour un voyou. Que je devais avouer à la France entière que j’avais fait quelque chose de mal et que je devais m’excuser […] ».
Et à l’occasion d’une question… de journaliste (« Vous en voulez à David Pujadas ? »), Mathieu précise : « Disons que ce jour-là, j’aurais aimé qu’il interroge aussi les dirigeants de Continental en leur posant les mêmes questions, du style : "Est-ce que vous n’êtes pas allés trop loin en trahissant vos salariés ? Est-ce que vous ne regrettez pas de leur avoir menti après leur avoir promis la pérennité du site en contrepartie du retour aux 40 heures ?" J’aurais aimé entendre ces questions-là. […] »
Et nous aurions aimé – ou préféré… – entendre nos éditorialistes débattre de l’absence de « ces questions-là », plutôt que d’exécuter froidement Mélenchon, et de pardonner d’emblée au « confrère » offensé.
Quant à Arnaud Leparmentier et sa « défiance sociologique » binaire qui cache mal le mépris sous la caricature, il pourrait prendre quelques leçons auprès de Xavier Mathieu qui répond ainsi à cette « question » du JDD : « Journalistes, tous des "laquais" ? »
- Xavier Mathieu : « Non, pas du tout. Tout au long de ce conflit social, j’ai eu d’excellents rapports avec les journalistes de terrain qui venaient souvent nous voir. Le seul problème qu’on a eu, c’est avec TF1, qui avait refusé de flouter les visages des ouvriers qui ont saccagé la sous-préfecture. Malheureusement, des "laquais", des gens qui sont prêts à vendre la peau des autres pour leur propre intérêt, il y en a partout, y compris chez les journalistes. David Pujadas, ce n’est pas un journaliste, c’est une star du journalisme. C’est quelqu’un qui a avant tout une image à vendre, la sienne. Il est dans cette catégorie de journalistes "ultrastarisés" qui n’ont pour seul challenge que de poser "la bonne question". Les réponses aux questions, ils n’en ont rien à faire ! […] »
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, voici en guise de conclusion, une autre confrontation, avec Xavier Mathieu, dans le rôle de critique des médias et Alain Minc, dans le rôle d’Alain Minc.
Et l’on comprend que Mesdames et Messieurs les importants n’en ont pas fini avec la contestation.
Henri Maler et Olivier Poche (grâce à la transcription de Jean-Marie et à la vidéo de Ricar)
Annexe : quelques meuglements des vaches sacrées [2]
Mais d’abord, un éditorialiste méconnu, Guilhem Beauquier, directeur de la rédaction de L’Union, un quotidien en position de monopole (« pluraliste », Monsieur Leparmentier) sur sa région.
Éditorial : « Rouge... et brun » (publié le mardi 12 octobre 2010 à 11h11)
« Jadis trotskiste, longtemps médiocre apparatchik du PS puis terne sous-ministre de Jospin au début des années 2000, le camarade Mélenchon tente d’exister seul depuis le congrès de Reims où, se drapant dans sa vertu de jauréssien outragé, il tourna le dos à un parti qui, depuis plus de trente ans, faisait vivre ce professionnel de la politique. Hélas pour lui, l’ancien dirigeant de l’Organisation communiste internationaliste s’est depuis rendu compte que son groupuscule de cabine téléphonique, même allié à d’autres (PCF, Gauche unitaire) idéologiquement compatibles, lui permettrait peut-être d’obtenir quelques élus, mais certainement pas de jouer dans la cour des grands. [...] Dès lors, la stratégie est simple : pesant peu dans les urnes, l’agit’-prop’ Mélenchon et ses sbires s’efforcent de peser dans le débat. En usant depuis plusieurs mois d’une tactique aussi vieille que la politique : démagogie et populisme, assortis d’insultes parfois pittoresques et fleurant mauvais les années 30 contre l’establishment en général et les journalistes en particulier [...] L’enflure lui permet de tirer un pan de la couverture médiatique. À peu de frais et avec les mêmes méthodes nauséabondes que l’extrême droite. »
Sur Radio Monte Carlo, Bourdin (pour faire le malin ?) a soumis cette prose à Jean-Luc Mélenchon, comme on peut le voir sur cette vidéo (entre 13’ et 20’)
Lors du « Grand Jury RTL/LCI, Jean-Luc Mélenchon dut faire face à un trio d’éminences – Jean-Michel Aphatie, Etienne Mougeotte et Éric Revel [Et non Renaud comme nous l’avions initialement écrit par erreur. Merci au correspondant qui nous l’a signalé.]] - qui lui opposèrent les revendications non-corporatistes de la corporation [3]
Renaud Revel, lui, dans un délicat billet publié sur son blog, intitulé gracieusement « Jean-Luc qui ? », nous fait part de son exaspération : « le très populiste député européen Jean-Luc Mélenchon », cet « homme politique va-de-la-gueule », et pourtant « virtuel », « huluberlu (sic), qui ne représente, peu ou prou, que lui-même », s’est permis un de ces « numéros d’aboyeur » dont il a le secret. « Nauséeux mélange de poujadisme rampant et de démagogie poisseuse », « n’existe que par la grâce de ceux qui ont la bêtise de l’inviter ». Bref, un « gugus », qui n’est pas exempt de contradictions : « Ayatollah », « exécuteur de journalistes », Mélenchon promène son « regard plein de morgue qui en dit long sur le mépris » qu’ils lui inspirent, mais « on le voit arpenter les plateaux de télés et les studios de radios, au premier claquement de doigt ». Et c’est peut-être ce qui chagrine le plus Revel : qu’ « on s’obstine à convier un homme politique, dont le discours se résume à un chapelet d’oukases et d’invectives ». Ce qui est un bon résumé… du billet de Renaud Revel, invitant, comme Leparmentier, ses consœurs et ses confrères à censurer Jean-Luc Mélenchon.
Où l’on voit que certains des membres de la corporation non-corporatiste des grands du journalisme considèrent que l’espace médiatique est leur propriété.
Henri Maler et Olivier Poche, Acrimed
Notes
[1] Comme elle le fit sur les propos racistes de Guerlain sur France 2, restés sans réplique.
[2] Auxquels nous en ajouterons bientôt bien d’autres, comme l’interview de Jean-Luc Mélenchon sur France Info (présentation jusqu’à 3’30’’).
[3] Générique émission + présentation Aphatie (1mn) puis à 14’32’’ jusqu’à 28’.
Des firmes françaises financent les climatosceptiques
Les climatosceptiques financés par des firmes comme GDF-Suez ou Lafarge ? C’est ce qu’affirme la coalition environnementale européenne Climate Action Network (CAN-Europe) dans un rapport rendu public le 25 octobre 2010. S’appuyant sur les informations du site internet opensecrets, le CAN-Europe affirme que « plus de 306.000 euros ont été distribués en 2010 par les principaux pollueurs européens aux climato-sceptiques et autres opposants à la loi de lutte contre les changements climatiques, élus au Sénat américain ». Le cimentier Lafarge et le groupe énergétique français GDF-Suez auraient ainsi respectivement attribués 35.000 et 20.000 euros à des sénateurs américains.
Un double-jeu qui rapporte gros
Dans le même temps, Lafarge – comme bon nombre de groupes industriels - affirme sur son site « son engagement contre le changement climatique », sans mentionner les profits extraordinaires dont il bénéficie grâce au marché des crédits carbone. L’ONG Sandbag a ainsi évalué que les industriels européens vont réaliser des gains de l’ordre de 18 milliards d’euros entre 2008 et 2012, dont 330 millions d’euros pour le cimentier Lafarge. Des pratiques qui empêchent de véritables réductions de gaz à effets de serre sur le sol européen.
Finalement, pour le CAN-Europe, « ces entreprises ne se contentent pas de manœuvrer pour bloquer les tentatives d’engagement plus ambitieux de l’Europe vers la sobriété carbone, elles bloquent aussi les ambitions des États-Unis ». A ce jour, le Congrès des États-Unis n’a toujours pas voté de loi pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays, empêchant toute possibilité d’accord contraignant lors du prochain sommet international de négociations à Cancun (Mexique).
Sophie Chapelle, Bastamag
Synthèse et éléments de la mobilisation au 25 octobre
Stratégie du gouvernement
La loi a été adopté par le Sénat. La procédure parlementaire devrait aboutir à la promulgation de la loi autour du 15 novembre.
La communication du gouvernement et des médias est très forte pour tenter d’affaiblir la grève. Ils insistent en particulier sur les déblocages de dépôts pétroliers (sans évoquer leurs reblocages quand ils ont lieu) et sur les réquisitions de salarié-e-s des raffineries ou du nettoiement. Rappelons que de telles réquisitions sont légales seulement en période de guerre ou quand la sécurité des personnes est menacée. - Le Medef et la Cgpme s’inquiètent tout deux des pertes financières dues aux grèves
De fait, le mouvement social est dans une passe difficile et la question qui se pose de plus en plus est celle de rebondir après les vacances scolaires. Pour autant, de nombreuses régions ou secteurs professionnels sont encore mobilisés ou démarrent tout juste (comme les étudiants par exemple).
Grèves par secteurs
SNCF : Dans la plupart des assemblées générales ce matin, les cheminots ont décidé de suspendre là grève jusqu’à la journée d’action de jeudi ou de maintenir une grève de 59 minutes par jour. Le taux de grévistes a chuté à 16,7% selon la CGT.
Raffineries : Un tiers des pompes à essence sont à sec d’après le gouvernement.
A la raffinerie Petroplus de Reichstett, en Alsace, suite à l’annonce par la direction de la fermeture du site avec suppression de 253 emplois, les grévistes ont repris le travail ce lundi en échange du maintien de l’emploi, prévenant que des « actions beaucoup plus dures » étaient envisagées si Petroplus ne tenait pas sa parole.
Les deux raffineries Esso de Fos-sur-Mer et de Gravenchon ont voté la fin de la grève d’après la direction. La Cgt accuse la Cfdt d’avoir incité officieusement à reprendre le travail. Ces raffineries sont toujours en attente de brut pour reprendre le raffinage.
Les grévistes de Grandpuits appellent tous les militant-e-s à venir à la raffineries pour dissuader les flics d’utiliser la force. La solidarité financière avec cette raffinerie (caisse de grève en ligne sur www.raffineriegrandpuits.fr) a très bien fonctionné.
Toutes les autres raffineries ont reconduit la grève.
Universités et lycées :
La mobilisation étudiante continue de prendre de l’ampleur. La coordination nationale étudiante a émis un appel reprenant en gros la plate-forme de l’Unef et appelant à des journées d’action mardi 26 et jeudi 4, en plus des journées d’action interpro.
L’Unef estime que 37 facs sont mobilisées. La grève avec piquets en continu a été votée à Caen, Rennes 2, Pau, Paris 10, Paris 13, Montpellier 2, Lyon 2, Lille 3, piquets les jours de manifs à Paris 1, Paris 4, Paris 8 et barrages filtrants à Aix et Bordeaux 2. Dans une vingtaine de facs les AG dépassent les 300 participant-e-s. Certains établissements plus petits comme les IUT, les IRTS, les IUFM, les Beaux-Arts de Rennes, les IEP de Lyon, Rennes et Paris, et les ENS de Lyon et Paris sont également dans l’action.
Des personnels BIATOSS se mettent en grève (20 à Paris 1, site Panthéon, 60 sur le site Tolbiac).
Les lycéen-ne-s son actuellement en vacances mais se greffent aux journées d’action étudiante et appellent à faire grève le 4 novembre.
Eboueurs : à Marseille, Toulouse, Nantes, Agen, Paris-Ivry, Nantes, Lyon, Angers, Belfort, Morlaix, Brest, Saint-Brieuc, Périgueux et Clermont-Ferrand, la grève des éboueurs est reconduite depuis une ou deux semaines. La grève s’étend parfois au privé comme à Marseille où, après qu’on leur ai demandé de jeter des ordures au bord des routes, le centre de retraitement étant bloqué, les salarié-e-s de Derichebourg sont entrés en grève.
A Marseille, la préfecture réquisitionne des éboueurs, évoquant un risque sanitaire. FO (majoritaire) appelle à suspendre la grève. La CGT appelle à maintenir le blocage. Actions
Dans l’Ain, un calendrier d’actions est prévu pour la semaine : blocages de ronds points, actions en direction des grosses entreprises du transport et de la métallurgie du département.
Dans le Calvados, les Côtes d’Armor, le Gers, l’Ain, la Gironde, l’Hérault, le Nord, l’Ille-et-Villaine, Savoie, Seine-Maritime, Seine St Denis, Morbihan des blocages de ronds points, de zones industrielles et de dépôts de carburants sont prévues pour la semaine, ainsi que des barrages filtrants à l’entrée de grosses entreprises de la métallurgie. Des opérations « villes mortes » sont en préparation pour mardi et jeudi.
Dans d’autres villes, des barbecues ou pique-nique entre grévistes sont organisées.
La gare de Bordeaux a été envahie par des manifestant-e-s vendredi dernier et devait l’être de nouveau ce lundi.
Le centre des impôts de Toulouse Mirail est désormais bloqué par les agents, comme celui de Rangueil.
Il y a toujours relativement peu d’actions à Paris et Marseille. A Paris, une manifestation est organisée mardi 26 par l’UD CGT de l’hôpital de la Pitité Salpétrière (qui subit des restructurations importantes), à l’incinérateur de Paris-Ivry, occupée par les ouvriers. Les AG de facs en lutte appellent à s’y joindre.
La mobilisation à l’internationale
De nombreuses organisations syndicales d’autres pays ont envoyé leur soutien à la mobilisation actuelle : ACOD (Flandre, Belgique, procédera à des arrêts de travail si des barges belges contribuent à ravitailler la France en carburant.), ANEL (Equivalent brésilien de l’UNEF), CES (Europe), CGSP-FGTB (Wallonie, Belgique, procédera à des arrêts de travail si des barges belges contribuent à ravitailler la France en carburant.), CGT (Espagne), CGT-B (Burkina-Faso), COA (Asturies, Espagne), CONLUTAS (Brésil), CSA (Sénégal), CUB (Italie), CUT (Galice, Espagne), DGB (Allemagne), DISK (Turquie), FCOSI (Irak), Fédération Syndicale Européenne des Services Publics, FISEMARE (Madagascar), LKP (Guadeloupe), SEKRIMA (Madagascar), UDT (Djibouti), UGTCI (Côte-d’Ivoire), UMT (Maroc), UST (Tchad).
Notons que la CES, dont sont adhérentes la CGT, la CFDT, FO, l’UNSA et la CFTC, a beau jeu de soutenir le mouvement : elle a validé avec le patronat européen (UNICE) et les différents gouvernements la nécessité d’allonger la durée de cotisation et de repousser l’âge de départ à la retraite dans tous les pays d’Europe.
Le 26 octobre, LKP en Guadeloupe, le KSF en Martinique et le MKP en Guyane appelle à une journée d’action pour le respect des accords de 2009. C’est sans rapport direct avec les retraites, mais cela pèse dans le climat social.
Stratégie des organisations syndicales
L’intersyndicale appelle à deux nouvelles journées d’action jeudi 28 octobre et samedi 6 novembre. Le communiqué de l’intersyndicale est très mou, appelant à respecter la « sécurité des biens et des personnes », ce qui revient en gros à se démarquer des blocages organisés par les équipes syndicales dans bien des départements.
Aucun soutien aux grèves reconductibles en cours n’a été exprimé par l’intersyndicale. FO et Solidaires n’ont donc pas signé le communiqué.
La CFDT a publié une mise au point interne suite à l’intersyndicale du 21 octobre. Dans cette note, elle condamne les actions de blocages et les grèves reconductibles et considère que « Les actions décidées [par l’intersyndicale] le sont dans la perspective de la promulgation de la loi ». Il faut donc s’attendre à ce que la CFDT se retire de la mobilisation à partir du 15 novembre. Elle sera sans doute suivie par l’UNSA et la CGC au moins.
Coordinations de grévistes
Dans plusieurs villes en pointe dans le mouvement, des assemblées générales interprofessionnelles (AG interpro) ou intersyndicales émergent, comme au Havre ou dans l’agglomération rouennaise, et appellent directement à des actions.
Dans la plupart des villes, la participation aux assemblées générales interpro oscille entre 50 et 120 participant-e-s et servent avant tout de réseau de coordination entre syndicats de lutte.
A Paris, les personnels de l’université de Paris 1 en grève appellent à une coordination des personnels d’universités mercredi après-midi à Tolbiac.
Source : Alternative libertaire
Russie : Le Putsch des “Atlantistes”…
« Le régime “néolibéral” sape les fondements de la souveraineté populaire en transférant le pouvoir de décision des gouvernements nationaux à un “parlement virtuel” d’investisseurs et de prêteurs, préalablement organisés dans de grandes firmes. »
Noam Chomsky (1)
Iaroslavl. Prestigieuse cité, dans un site superbe offrant la rencontre de la Volga et de la Kotorosi, à 300 km au nord-est de Moscou. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Fêtant, cette année, son millénaire.
Davantage que Moscou, capitale devenue une mégalopole anarchique de clinquant, pollution et embouteillages. Mieux que la brillante Saint-Pétersbourg aux lumineuses façades du XVIII° siècle, inspirées de l’architecture baroque, italienne ou française. Nous sommes dans la Russie profonde, à taille humaine, où la sobriété des bâtiments historiques est plus proche de la ferveur que de la tristesse, où respirer n’est pas s’asphyxier, où déambuler n’est pas se perdre…
Les 9 et 10 septembre 2010, s’y est tenu un Forum politique international au titre inévitablement ambigu, comme l’exige ce genre de manifestation, pour rassembler le maximum de chalands :
« Etat moderne : standards de la démocratie et critères d’efficacité ».
Créé l’année dernière à l’initiative de la présidence russe, il a pour ambition d’attirer du monde entier : responsables politiques, “managers”, “businessmen”, analystes financiers, “leaders” d’opinion et médias. Avec, évidemment, les incontournables “experts” en tous genres : sciences politiques, économiques, techniques, juridiques, éducation, investissement, sécurité...
Pour y discuter, nous indique le sous-titre de ce colloque, tout aussi brumeux que son titre :
« Du rôle de l’Etat moderne dans la sécurité et la stabilité du monde dans le 21ème siècle ».
Ces manifestations entrent dans la stratégie de communication de la Russie. Accomplissant, depuis peu, des efforts considérables pour améliorer son image. Tout particulièrement auprès des investisseurs et des fonds d’investissements internationaux, afin de multiplier financements de projets et créations d’entreprises accélérant son développement économique.
Luttant ainsi contre la politique de diffamation, organisée par une “industrie de guerre psychologique”, aux moyens gigantesques, héritée de la Guerre Froide. Véhiculée par des pseudos “experts” de la Russie. En fait : “spécialistes” en propagande antirusse, aux visions apocalyptiques prédisant son effondrement imminent dans une ambiance de Guantanamo cyrillique.
Pour ne prendre qu’un exemple, en France, un de ces cuistots de la désinformation, Thierry Wolton, n’écrivait-il pas récemment (en 2008 !) :
« Les héritiers du KGB sont probablement fiers de l’image qu’ils donnent à voir de leur Russie d’ordre, alors qu’elle reflète l’incapacité chronique de ce pauvre pays, qui a déjà tellement souffert, à s’adapter au reste du monde. » (2)
Se débarrasser de ce goudron intellectuel, s’étalant à profusion sur tous les présentoirs des maisons d’édition, librairies et médias occidentaux, exige évidemment d’employer des instruments de communication efficaces…
Forum ou colloque, écouter et analyser les “non-dits”, “trous”, “manques”, derrière discours officiels, interventions savantes, et autres déclarations en séances plénières, sont essentiels. Tous ces bruissements, échanges, libres propos, « backstage », dans les coulisses. Là, se nouent, se dénouent, ou se découvrent, les enjeux véritables.
A Iaroslavl, s’est dévoilée une formidable poussée. Un véritable putsch. Non violent, nous ne sommes pas en Equateur. “Soft”. Feutré. Néanmoins : redoutablement efficace. Car, il ne s’agissait pas d’une horde de policiers voyous et corrompus, instrumentalisés par des services secrets étrangers…
Mais, d’une caste s’autoproclamant “élite du pays”, se revendiquant “atlantiste”. Dans un refrain muet, silencieusement repris en chœur, dans la hargne, la servilité ou la béatitude, suivant les tempéraments, étouffant son hurlement : « L’Intégration à l’Otan ! ».
Se ruant à l’assaut de la doctrine défendue jusqu’à présent par la nation Russe, depuis son redressement succédant à son quasi-naufrage des années 90 : participer aux échanges internationaux, dans un monde « multipolaire ». Ces putschistes ne souhaitant qu’une “intégration” dans un Occident mythique, pôle de “La Civilisation”, la Russie se devant d’admettre la suzeraineté des USA…
Ce putsch va-t-il réussir, durer, prendre racine ?... La Russie est-elle prête à sacrifier son indépendance pour un développement promis par des pays en plein déclin économique ?... (3) Où sont les véritables intérêts de la Russie, pour la fin de ce siècle, et le siècle prochain ?
Ces forces centrifuges qui sont-elles, et sont-elles maitrisables ?
Forum politique ou cérémonie d’allégeance ?
S’immerger en Russie, venant d’Occident, c’est découvrir une intensité du débat, des tensions entre courants opposés, portant sur les conceptions et les orientations de la société Russe, au sein des membres du gouvernement, des responsables de l’administration, des dirigeants d’entreprises, de l’armée et des industries de l’armement, dont on a perdu l’habitude sous nos clochers.
A des années-lumière du monolithisme de la pensée et de l’action politiques des nomenklaturas occidentales imposant à nos nations, via leurs médias de propagande, le « parti unique », avec son ballet à deux casquettes et son alternance bidon.
Entre “démocrates” et “républicains” aux USA, “conservateurs” et “travaillistes” en Grande-Bretagne, UMP et PS en France, impossible de glisser une feuille de papier à cigarette, pour ne prendre que trois exemples. Tant visions, objectifs, pratiques, sont similaires. Hors slogans électoraux élaborés par les agences de Pub, appliquant les mêmes ficelles que pour distinguer deux lessives sortant de la même usine…
En Russie, ça bouge, en ce moment… Confrontations, bras de fer, ordres, contre-ordres, se succédant dans une cacophonie, une agitation, qui se ressentent de la diplomatie aux marchés de l’armement (4), de la gestion des municipalités à celles des régions autonomes, des investissements d’infrastructure à la hiérarchisation des grands projets.
Le meilleur historien français de la Russie, Michel Heller, le rappelait :
« Les contradictions, les conflits, les exigences de réformes et la résistance aux changements constituent le mode d’existence de tout Etat. En Russie, toutefois, conflits et contradictions prennent parfois un caractère plus aigu qu’ailleurs… ». (5)
Symptômes de mutation ?
Inévitable que ces courants, convergents ou hostiles, se soient retrouvés lors de l’organisation et la tenue du Forum. Trouver un point commun, un consensus, apaisant tiraillements et circonvolutions, étant difficile, tout le monde se mit à table autour de la tarte à la crème du moment : « La Sécurité »…
Florilège…
Le directeur de l’Institut du Droit Européen auprès du ministère russe des Affaires Etrangères, Mark Entine :
« Est-ce que le droit international est un système de sécurité réagissant aux menaces ? A l’évidence, la réponse est négative. Il nous faut donc avoir en tête toutes ces menaces mais discuter, avant tout, d’un moyen qui nous permettra de réagir à toutes ces menaces. » (6)
Le président de l’Institut du développement contemporain et modérateur de la section “Systèmes régionaux de sécurité mondiale” du Forum, Igor Iourgens, quant à lui : « … prône la création d’une union Russie-OTAN et l’intégration ultérieure de Moscou à l’Alliance renouvelée. » (7)
On comprend qu’une partie de la classe politique russe soit obsédée par la volonté de désarmer l’hostilité traditionnelle de l’Occident, notamment chez les anglo-américains. (8) Les nostalgiques de la Guerre Froide, manipulés par les lobbies de l’armement. Même fossilisée, “la bête” réapparaît, comme ces mammouths enfouis sous les glaces ressuscitant de vitalité débordante dans les musées, pour une seconde vie.
Subitement, nier le “droit international” pour “intégrer l’OTAN” afin d’assurer sa “sécurité”, ce n’est pas simplement tourner le dos au « multipolaire », c’est plus que verser dans « l’unipolaire »…
Contrer les “menaces”, assurer la “sécurité”, lutter contre le “terrorisme”, que recouvrent ces mots ?...
Le terrorisme, on le sait depuis longtemps, n’est que le mélange explosif de prédateurs gorgés de richesse s’imaginant cohabiter paisiblement avec des populations qu’ils spolient et humilient. Il suffit de respecter le droit des peuples à l’autodétermination, dans l’équité économique et sociale assurant leur prospérité, pour que le problème soit résolu.
L’ennemi de la liberté, c’est la pauvreté imposée. Ni plus, ni moins. Le mythe du terrorisme, succédant à la lutte contre le communisme international, est l’emballage de l’idéologie impériale charpentée par La Loi du Plus Fort, fondant sa prospérité sur la spoliation.
La Russie, issue des cendres de l’URSS, n’a aucune ambition impériale, éprouvant les plus grandes difficultés, avec sa faible démographie aggravée par la saignée de la deuxième guerre mondiale et ses 30 millions de morts, à peupler son immense territoire, aux colossales richesses naturelles. Comment un pays avec une population équivalente à 2 fois celle de la France et à 37 fois son territoire, au sous-sol débordant de trésors, nourrirait-il des volontés de prédation à l’égard d’autres pays ?...
En ce cas, pourquoi s’aligner sur un Occident déclinant, dont les ressources proviennent de pays assujettis et pillés ?... Tenir un même discours, pour quels objectifs communs ?...
Céder, par faiblesse ou par peur, aux pressions de l’OTAN exerçant sans discontinuer son encerclement : fusées à ses frontières avec la Pologne ; tensions entretenues en Ukraine, aux Pays Baltes ; agressions en Géorgie, Tchétchénie et dans l’ensemble du Caucase ; manœuvres hostiles du Japon autour des îles Kouriles et presqu’île du Kamchatka ?...
Apaiser les campagnes de déstabilisation a répétition sous prétexte des “droits de l’homme” et autres fariboles, que l’Empire et ses vassaux sont les derniers à respecter dès que leur soldatesque exerce ses talents de soudards en dehors de leurs propres frontières ?... Par un milieu d’affaires occidental rêvant de s’emparer de l’appareil d’extraction de ses ressources naturelles, et des rentes de situation que sont la privatisation des services publics.
Souscrire au délire de l’Empire de rassembler dans un même bloc avec l’Otan, Russie et Inde, contre la Chine ?... Vision entretenue par des bellicistes travaillant avec fébrilité dans la perspective d’un conflit avec la Chine pour la fin du XXI° siècle, afin de préserver son hégémonie pour le XXII° siècle ?...
Questions que le président Medvedev s’est bien gardé de soulever et, surtout, d’y répondre dans son discours du 10 septembre, devant le Forum réuni. Reprenant la rhétorique de l’idéologie néolibérale, avec l’inévitable couplet sur la démocratie rempart contre le terrorisme, dans ce qu’il a présenté comme un programme en 5 points (9) :
◊ Renforcer le cadre juridique des “valeurs et des idéaux humanistes”
◊ Multiplier les incitations de l’Etat pour assurer un haut niveau de développement technologique
◊ Renforcer le rôle de l’Etat, en veillant à l’indépendance de la justice, dans la protection de ses citoyens, par des programmes de lutte contre : terrorisme, drogues, trafics et immigration illégale
◊ Assurer un haut niveau de culture, d’éducation et de méthode de communication, en reconnaissant l’importance d’Internet en tant qu’apporteur d’information, d’espace de discussion et de débats, nécessaires à toute démocratie
◊ Encourager le rôle actif des citoyens indispensable à la vie d’un Etat démocratique.
Apparaissent en filigrane les “tabous” du Libéralisme : ne jamais évoquer les problèmes fondamentaux de justice économique et sociale, de redistribution des richesses nationales qui sont, en fait, les causes des profondes crises qui déchirent nos sociétés.
Mais, reprendre une rhétorique, une figure de style imposée, n’est-ce pas plier un genou face à celui dont on accepte la règle, reconnaître la suzeraineté de celui qui dicte cette doxa ?... Dont on sait, pertinemment, qu’elles ne recouvrent que ce qu’oligarchies et ploutocraties veulent bien accorder aux peuples qu’ils régentent. Main de fer dans un gant de velours à l’intérieur de leurs frontières, main de fer dans un gant d’uranium appauvri ou de phosphore blanc à l’extérieur…
Dans cet acte d’allégeance, le « monde multipolaire » auquel aspirait la Russie, érigé en principe cardinal de sa politique nationale est fortement, violemment, remis en cause. Par deux forces centrifuges. Leur travail de sape est si acharné, obstiné, puissant, qu’il commence à déstabiliser l’Etat au plus haut niveau.
Impact du “lobby des Russes-Israéliens”
Parmi les partisans exaltés de l’intégration de la Russie dans l’OTAN, et sa soumission aux USA, figure le puissant « lobby des Russes-Israéliens ». Idéologie, vision, action : un copié-collé de celles des néoconservateurs US et des extrémistes sionistes.
Un exemple…
Evgueni Satanovsky représente une des personnalités les plus éminentes et les plus actives de ce lobby de Russes à la double nationalité. Arborant le titre de “directeur de l’Institut du Proche-Orient”, il est portraituré en "expert" Russe du Moyen-Orient, y compris dans les médias occidentaux. En fait, il ne véhicule que l’idéologie coloniale de l’extrémisme sioniste le plus fanatique. Si j’étais moins gentil, je dirais : le plus crade…
Pour avoir une idée de ce niveau halluciné, je vous invite à regarder la vidéo (5mn18) de son interview traduite du russe en français, diffusée par RIA Novosti. Un concentré des pires clichés. La “Flottille de la Liberté”, sauvagement arraisonnée par les commandos sionistes, y est qualifiée, sans rire, de tentative « d’invasion d’Israël » !... Il faut se pincer très fort pour en croire ses oreilles et ses yeux. (10)
Cet « expert Russe du Moyen-Orient », très présent dans les médias et les couloirs du pouvoir, a été président du “Congrès Juif de Russie” de 2001-2004. Créé en 1996, apprend-on, par des « hommes d’affaires » en liaison avec le réseau international de ces congrès relevant de la même affiliation religieuse.
Confusion des genres, scrupule déontologique, ne semblent pas gêner outre mesure cet “expert”… Encore moins les médias, bien sûr, qui adorent batifoler dans cette tambouille.
Pas de quoi fouetter un chat, pourrait-on se dire. S’agissant de propagande, nous y sommes habitués. En France, ou ailleurs, nous subissons depuis longtemps les mêmes “experts” du Moyen-Orient, directeurs des mêmes “instituts” en carton-pâte, paravent des propagandes identiques. Il ne faut s’étonner de rien : le fast-food de la désinformation…
Sauf que l’impact du « lobby des Russes-Israéliens », commence à dépasser le cadre de la Russie et à inquiéter sérieusement certains responsables internationaux par son fanatisme, son radicalisme, son entêtement, obsessionnels.
Jusqu’à Bill Clinton, dont on connait pourtant le soutien inconditionnel aux positions les plus extrêmes d’Israël, avec sa pétulante épouse Hillary actuel ministre des affaires étrangères de son pays, qui vient de s’en émouvoir. Au point, de s’en inquiéter publiquement dans une conférence.
Ce lobby va trop loin !... La coupe est pleine !... Par son opposition résolue à toute application des résolutions de l’ONU, à toute paix en Palestine. Déterminer à perpétuer dans l’indifférence, l’horreur et l’injustice permanentes… (11)
C’était le 22 septembre dernier, à New York, au cours d’un entretien enregistré face à Maria Bartiromo de la chaîne CNBC, dans un programme intitulé “Meetings of Minds” de la Fondation Clinton Global Initiative.
Sacrilège, pour ne pas dire blasphème !...
Bill Clinton, le gai luron, devenu soudainement grave, osait déclarer :
« ‘Russian Israelis’ key obstacle to peace » (Les ‘Russes-Israéliens’ sont l’obstacle majeur de la paix).
Dénonçant l’afflux massif de colons venus de Russie en Palestine. Produisant des statistiques pour preuves : 16% de la population israélienne parle russe. Soulignant le rôle néfaste d’une majorité de jeunes recrues dans l’armée, d’origine russe, hooligans hyperviolents et racistes votant majoritairement pour l’extrême-droite. Condamnant la colonisation à outrance…. (12)
Panique dans les cuisines de la propagande !... Ce fut la course à l’étouffoir, à l’éteignoir… Immédiatement, méticuleusement, les médias occidentaux, se sont arrangés pour ne donner ni diffusion ni écho à pareils propos. Silence presse, radio & TV ! Préférant traiter du sort tragique des babouins dans les forêts en voie disparition du Kalimantan.
Car, Bill Clinton en est sidéré. On le sent excédé. Il rappelait dans sa conférence qu’en fin de son mandat présidentiel, essayant de rapprocher les positions des deux parties dans une négociation, il se heurtait constamment à l’intransigeance inflexible, fanatique, du “Russe-Israélien” Nartaan Sharansky, ministre du gouvernement du régime sioniste de l’époque.
A croire que cette fureur implacable, à l’encontre des Palestiniens, est vécue comme une vengeance par ces descendants des tribus Khazars converties au judaïsme au VIII° siècle (sur injonction de leur prince, Bulan, pour s’opposer à Byzance et à la Bulgarie chrétiennes), alors qu’ils colonisaient les bords de la Mer Noire et une partie du Caucase avant d’être dissous dans l’Empire Russe deux siècles plus tard, pour toutes les décennies de frustrations, d’humiliations, d’oppressions, endurées sous le communisme stalinien. (13)
On retrouve les mêmes Khazars, à l’origine turco-mongols venus d’Asie centrale, en Géorgie, sous la double identité « Géorgiens-Israéliens ». Temur Yakobashvili, ministre de la défense de la Géorgie s’est rendu célèbre en Russie pour avoir clamé en hébreu sur la radio militaire israélienne, les premiers jours de l’attaque surprise contre la Russie (les commandos géorgiens avaient égorgé et tué au silencieux, dans leur sommeil, les Russes “observateurs internationaux” d’interposition entre Ossétie du Sud et Géorgie, à l’aube de l’invasion) :
“ Israël doit être fier de son armée qui a entraîné les soldats géorgiens !”.
Ce sont les israéliens, avec les USA, en effet, qui financent, arment la Géorgie jusqu’aux oreilles, entraînent leurs forces armées, multipliant provocations, agressions et déstabilisations dans le Caucase. Le mettant à feu et sang. Sur le palier d’une des portes d’entrée de la Russie...
Autre personnalité phare « du lobby ‘Russes-Israéliens’ » : Avigdor Liebermann, russophone, actuel ministre des affaires étrangères d’Israël. Connu pour être un extrémiste, fanatique de la pire espèce, il a donné un aperçu du niveau d’éthique de sa conception de la diplomatie par son discours lors de la dernière assemblée générale à l’ONU. Choquant plus d’un, dans ce milieu pourtant blasé…
D’après lui, la solution la plus simple pour « résoudre le problème Palestinien » est d’abandonner le fondement de l’ensemble des résolutions, dispositions, accords antérieurs, pour ne tenir compte que de la réalité d’aujourd’hui : le fait accompli. Sous-entendu : l’application de "La Loi du Plus Fort". Droit international et accords internationaux n’étant, en fin de compte, que des chiffons de papier…
Certains Russes, accablés par tant de stupidité, n’ont pas hésité à brocarder ses outrances : « Les idées de Liebermann sont si larges qu’il faudrait les rétrécir », écrit Dimitri Babich dans RIA Novosti. (14)
Les coups de boutoir répétés et sauvages de ce lobby permettent de comprendre comment volonté et position d’apaisement ou d’équilibre, que la Russie s’imposait et souhaitait faire partager sur certains problèmes internationaux, fondent comme neige au soleil : Palestine, Iran, Syrie… Jusqu’à quel point ?...
Corrosion du cynisme affairiste
Une deuxième force centrifuge a pour vecteur le milieu des affaires, du moins une large proportion. Pour être plus précis : un milieu “affairiste”, se livrant à une corrosion des piliers de la nation Russe.
Ce sont les nouveaux riches, non pas ceux de l’ère Eltsine et de l’écroulement de l’URSS qui n’étaient que des mafieux. Déterminés à s’enrichir, par des valises de “cash”, inconscients des enjeux, en bradant les richesses nationales dont ils s’étaient rendus maîtres en cheville avec la nomenklatura décadente, aux groupes internationaux de l’énergie et des mines.
A présent, il s’agit d’une nouvelle génération plus instruite des mécanismes économiques et spéculatifs, moteurs du “Libéralisme” et de la “mondialisation”. Devenus riches, certains immensément riches, ils aspirent à le devenir plus encore. Toujours plus, avec leurs seconds couteaux, leurs médias, leurs courtisans et leurs bouffons.
Une richesse familiale surgissant en moins d’une génération, sans fondement d’une “découverte” répondant aux besoins ou à l’engouement d’un marché, sans spoliation, ne peut avoir pour origine qu’un mix de corruptions, délits d’initiés et trafics de marchés publics.
Le terreau de cet enrichissement rapide et exponentiel est toujours composé, quel que soit le pays, de marchés d’infrastructure (BTP, barrages, ports, aéroports, réseaux ferroviaires, oléoducs, etc.), d’armements (internes ou à l’export), ou de privatisations (notamment, le secteur banques & assurances, énergies, mines, aciéries, etc.). Marchés, ententes, arrangements, octrois de licences ou autres, opaques et générateurs de commissions occultes considérables. En proportion avec le montant des transactions.
Jamais ne s’édifie une fortune, en moins d’une génération, dans l’investissement industriel à partir de zéro (from scratch, comme disent les anglophones), hors marchés publics ou découvertes majeures (PC, dynamite, pénicilline, etc.). “Jamais”.
Mais, ces nouveaux riches, convaincus de leur génie, en junkies de l’affairisme, drogués au narcissisme ventilé par leurs courtisans ramassant les miettes, ont leur nombril pour centre du monde du fait, estiment-ils, d’appartenir à « l’élite des riches ». Adeptes du darwinisme social le plus extrême, ils n’ont ni le temps, ni le goût de s’intéresser aux autres. Même pas celui de dire au peuple, s’il n’a pas de pain pour calmer sa faim, de manger des brioches, comme nos aristocrates en talonnettes et bas de soie la veille de la Révolution.
Sentiment enivrant d’appartenir à une Caste supérieure représentant la quintessence du Libéralisme… Ils ne s’en cachent pas, en sont fiers.
Ces zélotes du capitalisme sauvage, ont encore moins le réflexe des grands barons du capitalisme américain appelés, dès la fin du XIX° siècle, les Barons Voleurs (Robber Barons) les Carnegie, Morgan, Rockefeller, Vanderbilt. S’intéressant à l’éducation en créant des universités, ou aux pauvres par des actions caritatives.
Tradition philanthropique toujours vivace aux USA (en France, une Liliane Bettencourt ne donnera qu’un vingtième de sa fortune à un copain photographe, mais c’est déjà un commencement…) :
« Une quarantaine de milliardaires américains et leurs familles se sont engagés mercredi à donner au moins la moitié de leur fortune à des organisations caritatives ». (15)
Ceux-là soignent leur image, pour faire oublier les voies et moyens de leur enrichissement.
Seule préoccupation, dans leur volonté d’enrichissement, de conserver leurs privilèges : se lier à « l’élite de l’Occident ». Pour cela, soumettre la Russie aux intérêts étrangers, dans l’abandon de son indépendance. Rêve d’une ploutocratie persuadée que renoncer à la souveraineté de son pays, dans la servilité, les couvrira, eux et leurs rejetons, de richesse infinie…
Les observant dans leur impatience d’intégrer l’OTAN et se coucher à la botte de l’Empire, on pourrait prendre à rebours la déclaration enflammée, en 1914, la veille de la première guerre mondiale, de l’intellectuel nationaliste allemand Adolf Bartels, du genre fanatique, auteur d’un mémorandum politique :
« Le prix de la victoire : une Russie occidentale allemande » (16)
Le credo de ces affairistes :
« Le prix de la fortune : une Russie occidentale ».
Evidemment, ils représentent la tête de pont des milieux d’affaires occidentaux qui les bichonnent, les font passer pour des génies dans leurs médias de propagande. A condition de reprendre et réciter la rhétorique souhaitée : « La Russie doit améliorer ses relations »…
C’est-à-dire ?...
Le Forum de Iaroslavl ne vibrait que de ce leitmotiv : “créer des conditions favorables aux investisseurs étrangers”, y compris aux expatriés occidentaux sur place, pour « moderniser » la Russie. Et, bien sûr : intégrer l’OTAN.
En clair : ne pas payer d’impôts sur les bénéfices, si ce n’est symbolique comme l’immatriculation des Rolls et Ferrari, libre circulation des capitaux spéculatifs, ne pas payer ses ouvriers dans la "paix sociale"... En bref : Tout pour nous, « élite ». Et, repris en chœur par les affairistes le poing levé : que les autres crèvent !
J’exagère ?... Je vais vous décevoir : même pas.
Connaissez-vous Maksim Shevchenko ?... C’est un analyste politique Russe, très influent dans ce Forum et ailleurs. Fondateur du “Strategic Research Center for Modern World Religion and Politics”, en 2000… >Un “institut” censé réunir spécialistes et “experts” des problèmes politiques, sociaux et religieux, contemporains…
On se doit de l’écouter attentivement. Je vous invite à lire son interview en anglais, sur le média russe RT, du 13 septembre dernier. Vous serez édifiés. (17)
A mon avis, il s’agit d’un des meilleurs analystes politiques actuels. Non pas en raison de la pertinence de ses analyses, dont je ne partage pas la finalité, mais parce qu’il énonce clairement, cartes sur table, sans hypocrisie, les croyances et objectifs du “milieu” qu’il représente. Du moins, en tant que porte-parole de ce qu’il appelle : « l’élite Russe ». Ce qu’il dit est révélateur de la mentalité de cette caste d’affairistes.
Singeant les aristocrates de la Cour de Catherine II, ils prétendent ne vouloir qu’intégrer « La Civilisation ». Méprisant à l’égard de leur propre peuple, considérant la Russie en pays attardé, composé de paysans arriérés, ces descendants de moujiks ne peuvent être que des ploucs incapables de comprendre l’évolution du monde. Tellement bornés qu’il n’est pas utile de perdre son temps à le leur expliquer. N’ayant le droit que de se taire et de suivre ce que l’élite leur dicte.
Parlant au nom de tout le pays, ils estiment que la “modernisation de la Russie” passe par l’application des règles du “club” qu’ils veulent rejoindre, impliquant une totale coopération avec les « élites » occidentales. La Russie ne veut pas être un pays du tiers-monde qui enrichit l’Occident. Préférant être une province éloignée de l’Occident que “leader” des pays de l’Est. Assumant un rôle d’auxiliaire au sens où l’entendait les romains. Payer tributs, fournir armes et troupes à l’Empire.
S’il y a une guerre déclenchée par l’Occident ?... Quels qu’en soient les motifs (contre la Chine, l’Iran, la Corée ou autre…), c’est à ses côtés qu’il faut se joindre. Ceux qui gèrent les crises, et non pas ceux qui la subissent, puisque les crises ne sont que l’expression de rapport de forces et de guerres économiques.
La mondialisation n’a pas pour objectif de sauver l’humanité, c’est une domination absolue de l’Occident fondée sur la suprématie militaire et économique. C’est pour cela que jamais il ne tolérera le même niveau de développement de l’Afrique et de l’Asie, etc.
Deux passages méritent d’être retenus.
Pauvreté, misère du monde, famine et maladies ravageant plus de la moitié de la planète ?... D’après Maksim Shevchenko, la ploutocratie russe ne marque aucune hésitation :
“They don’t want to be with the poor and the persecuted […] They prefer to side with the West, which is what the Russian elite have dreamed about for the past 300 years, except during the Soviet period.”
Traduction :
« Ils (les membres de l’élite) ne veulent pas être du côté des pauvres et des persécutés […] Ils préfèrent être du côté de l’Occident, qui représente ce dont l’élite russe a rêvé pendant les 300 dernières années, excepté pendant la période soviétique. »
Mégalomanie élitiste atteignant son paroxysme avec cette déclaration rendant désuète, en termes de métaphore, la célèbre formule « après nous le déluge ! » :
“So Russia wants to get on the ship called the Big West and sail to the shining city on a hill, from the foot of which flaming chaos will spread throughout the world”.
Traduction :
« La Russie veut monter à bord du vaisseau du Grand Occident et se diriger vers la Cité Radieuse sur la colline, au pied de laquelle les flammes du chaos se répandront sur le reste du monde ».
On se croirait dans un roman de science-fiction de Philip K. Dick… La Cité Radieuse, réservée à une caste, dans un monde livré au chaos…
Pétrifié par cette vision d’apocalypse, se terminant en apothéose pour « l’élite du Grand Occident » : c’est « la fin de l’Histoire », s’exclame-t-on ! Pour reprendre l’expression d’un historien-bidouilleur, un temps, à la mode.
Toutefois…
Dans les couloirs du Forum de Iaroslav, on entendait grincer quelques cailloux dans les chaussures en crocodile vernis de cette brillante élite, se précipitant à la queue-leu-leu pour embarquer sur le radeau de l’OTAN, en partance pour la Cité Radieuse. Le même grincement : Poutine 2012, Poutine 2012…
Oui, car suivant l’alternance, Poutine se présentera aux élections présidentielles de 2012.
Cette perspective semble déranger ce milieu. Du temps de sa présidence, Poutine était détesté par les gouvernements occidentaux, mondialistes, businessmen dominateurs, et, bien sûr, l’OTAN. Il avait donc droit au même traitement qu’un Chavez et autres épouvantails médiatiques de la propagande occidentale.
S’il sait se montrer accommodant, conciliant, il est vrai, ce n’est pas du genre à courber l’échine. Surtout sous la menace. Pas le genre impressionnable.
Les couloirs du Kremlin résonnent encore des éclats de rire suite à ses commentaires “off the record”, du temps de Bush Junior, sur Dick Cheney et Condolezza Rice (vice-président et ministre des affaires étrangères du moment) qui prétendaient à grands moulinets menacer la Russie, et lui donner des leçons de droits de l’homme du haut de la pile des corps suppliciés d’Abu Ghaïb, de Guantanamo, de Bagram et des dizaines de centres de torture de la CIA de par le monde…
Homme de dossier, très pointu, à l’humour pince-sans-rire, Poutine pouvait réciter par cœur, au centime près, la rémunération de ces deux compères sur les 10 dernières années par les groupes pétroliers et de l’armement US… De Dick Cheney qui, dans un accident de chasse, avait tiré du plomb dans son pied ainsi que dans celui de son voisin, il suggérait d’apprendre à tenir un fusil avant de menacer la Russie …
Alors, le cynisme affairiste, prenant ses désirs pour la réalité avec son copain l’OTAN, le laisse de marbre…
Aussi pragmatique que lucide, Poutine sait qu’il faut du fumier pour faire pousser les plantes. Mais, ce n’est pas au fumier à régenter le jardin. Il pourrait faire sienne la citation de l’écrivain, et courageux journaliste, américain Ambrose Bierce, rapportée par Michel Heller (18) :
« L’histoire est le récit généralement inexact d’évènements le plus souvent insignifiants, engendrés par l’action de gouvernants qui, dans leur immense majorité, sont de fieffés gredins, et de soldats presque tous imbéciles ».
Il n’est ni l’homme providentiel, ni le tsar au pouvoir absolu. Lui-même en est conscient. Trop serein, pour revendiquer ces rôles illusoires. Simplement, un Homme d’Etat au centre d’enjeux, de rapports de force, de conflits entre clans, où le conseil sincère côtoie le mensonge le mieux bétonné.
Mais, dont la force est de croire en l’avenir d’une Russie puissante, indépendante, abordant le siècle prochain dans la paix et la prospérité. Pour tous les Russes. Depuis qu’il est premier ministre, il n’a cessé de sillonner la Russie dans tous les sens, jusque dans les régions les plus reculées de la Sibérie. A la rencontre du “pays réel”, prenant à bras-le-corps les problèmes locaux, au contact des habitants les plus modestes. Sa popularité est immense.
Pour cela, il est craint par une partie de l’oligarchie corrompue. Encore plus en Occident que dans la chorale “atlantiste” de son pays.
Museler les grands oligarques qui dépassent les bornes, oubliant les intérêts premiers de la nation, ne le fait pas trembler. Le maire de Moscou, Luzhkov, se croyant intouchable du fait de la fortune considérable qu’il avait accumulée, de plus marié à une des femmes milliardaires de Russie, une des plus riches du monde, vient de l’apprendre à ses dépens. Se prenant pour un Grand Duc, voulant parler d’égal à égal avec le président de la Fédération Russe, il vient d’être remplacé par le bras droit de Poutine, le vice-premier ministre Sergey Sobyanim, authentique gestionnaire incorruptible.
Les affairistes sentent le vent de la steppe siffler à leurs oreilles…
La veille du Forum de Iaroslavl, au cours d’un déjeuner-débat avec les membres du club Valdaï, club truffé d’atlantistes, "d’experts" et journalistes, il s’y est montré souverain d’aisance face aux questions navrantes de bêtise des journalistes qui prétendaient vouloir le “déstabiliser”. Notamment, ceux des médias The Economist ou The Times : minables. Lisez ce court compte-rendu, un petit régal. (19)
Who knows ?... Qui sait ?...
A l’invitation souriante de Poutine, peut-être qu’en Russie les putschistes, « atlantistes » de tous poils, devront-ils descendre de leur Cité Radieuse perchée sur la colline, prendre pelles et seaux, pour contribuer à éteindre l’incendie du chaos que prédation et bellicisme des prétendues « élites du Grand Occident » ne cessent de répandre dans le monde ?...
Georges Stanechy
http://stanechy.over-blog.com/
(1) Noam Chomsky, Raison & Liberté – Sur la nature humaine, l’éducation et le rôle des intellectuels, préface de Jacques Bouveresse, Editions Agone, Collection Banc d’essais, 2010, p. 235.
(2) Thierry Wolton, Le KGB au pouvoir – Le système Poutine, Buchet-Chastel, 2008, p. 220.
Ouvrage caricatural de propagande antirusse… A la thématique identique pour la Chine, Cuba, Venezuela, Iran, etc. Il suffit de changer le nom des personnes et des lieux, en y ajoutant une pincée de couleur locale.
(3) Paul Craig Roberts, America’s Third World Economy – The Great Transformation, 8-10 October 2010, CounterPunch, http://www.counterpunch.org/roberts10082010.html
(4) Exemple : le projet de vente de porte-hélicoptères Mistral par la France. Ce fut la commande d’un, puis 4, puis 2 construits en France et 2 en Russie sous licence, puis l’annulation du marché au profit d’un navire du même genre et moins cher à La Corée du Sud : le Dokdo, puis finalement l’annulation du marché pour relancer un nouvel appel d’offres international… La valse à mille temps...
(5) Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Editions Plon, 1997, pp. 923-924.
Ouvrage fondamental à lire, pour sortir des feuilletons antirusses pondus par les primates de la propagande, et comprendre tensions ou mutations de la Russie actuelle.
(7) http://www.armees.com/Forum-de-Iaroslavl-creer-une-union,33810.html
(8) Beware friendship with Moscow, (Trad : Attention à l’amitié avec Moscou !) http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2010/sep/28/beware-friendship-moscow-russia-medvedev-putin
(9) Russia’s president addresses the Yaroslavl Forum, http://rt.com/Politics/2010-09-10/yaroslavl-forum-medvedev-address.html
(10) Entretien vidéo de Evgueni Satanovsky en tant que directeur de l’Institut du Proche-Orient, par RIA Novosti, le 12 août 2010, http://fr.rian.ru/video/20100812/187228048.html
(11) PO : Les ‘Israéliens Russes’ capables de torpiller le règlement (Clinton), RIA Novosti, 22 septembre 2010, http://fr.rian.ru/world/20100922/187486981.html
(12) Sergey Borisov, Bill Clinton : “Russian Israelis” key obstacle to peace, RT, 23 septembre 2010, http://rt.com/Politics/2010-09-23/israel-clinton-russian-immigrants.htm
(13) Michel Heller, Op. Cit., p. 26.
(14) Dimitri Babich, Les idées de Lieberman sont si larges qu’il faudrait les rétrécir, RIA Novosti, 1er octobre 2010, http://fr.rian.ru/discussion/20101001/187545097.htm
(15) 40 milliardaires américains prêts à offrir la moitié de leur fortune, InfoSud –Tribune des droits humains, 5 août 2010, http://infosud.org/spip.php?article8590
(16) Cité par Michel Heller, Op. Cit., p. 924.
(17) Maksim Shevchenko, RT, 13 septembre 2010, http://rt.com/Politics/2010-09-13/shevchenko-yaroslavl-forum-global.html
(18) Michel Heller, Op. Cit., p. 9.
(19) Prime Minister Vladimir Putin meets with participants of the 7th meeting of the Valdaï International Discussion Club in Sochi, 8 septembre 2010, http://en.rian.ru/valdai_context/20100908/160517335.html
L’Etat français encourage la déforestation
Située au coeur de l’Archipel des Moluques, en Indonésie, l’île d’Halmahera ressemble à un petit paradis, entourée de lagons et couverts de forêts. Cet Éden est menacé de destruction, selon les Amis de la Terre. Le sous-sol d’Hajmahera abrite en effet des minerais précieux, dont le nickel, qu’une grosse entreprise - Weda Bay Minerals- s’apprête à exploiter. Avec près de 60% des capitaux, Eramet, entreprise française détenue à 26 % par l’État, est l’actionnaire majoritaire de Weda Bay Minerals.
Alors que les réserves situées en nouvelle Calédonie s’épuisent, cette manne indonésienne, qui pourrait être la seconde réserve du monde, est une aubaine. Qui mériterait bien que l’on déboise un peu. Même si la France promet par ailleurs, main sur le cœur, qu’elle lutte contre la destruction des forêts. Précisons que le nickel est très utile aux technologies dites « vertes » (non, ce n’est pas une blague !). Il entre notamment dans la composition d’alliages utilisées pour les batteries rechargeables, indispensable aux voitures électriques.
La première fois
Cette histoire qui n’a - et j’en suis chaque jour un peu plus certain - rien d’exceptionnel, est arrivée en pleine nuit, dans le 18è arrondissement de Paris, à quelques pas de la Mairie et du Métro Jules Joffrin, au pied de l’immeuble situé au 129 rue Ordener. Rue passante si il en faut ! Mais l’heure à laquelle l’évènement s’est déroulé donnait la sensation d’une rue calme où planait, malgré la violente altercation que je venais d’avoir avec mon ex, une douceur printanière qui aurait été, en d’autres circonstances, bien plus propice à une balade amoureuse sous les néons jaunis de Montmartre, assis et enlacés, peut-être un pétard à la main et le sourire tourné vers ces étoiles de plus en plus insaisissables, sur les marches de la butte, posant parfois mécaniquement les yeux sur cette mer de scintillantes lucioles multicolores, qui donnent à Paris cette impression de féerie lumineuse.
Mais non. L’atmosphère générale respirait plus l’étouffement provoqué par la raréfaction et la pesanteur d’un air humide. Douloureux. La suavité d’un printemps déclaré n’avait pas non plus permis d’adoucir l’ambiance malheureuse qui imprégnait mon couple à cette époque. Et le paradoxe entre ce que ça aurait pu être et ce qui était réellement, ne s’arrêta pas à mes histoires de cœur, au demeurant personnelles et inintéressantes. En tous les cas, qui n’ont pas grand intérêt dans l’histoire que je voulais raconter. Mais c’est un décor, un climat, une plongée dans un bain d’incongruité et d’extravagance, qui fait que la scène qui se déroula sous mes yeux embués et mon esprit endolori, prît une dimension encore plus viscérale.
« Faites gaffe les gars, y’en a partout », dit-il en sortant, sourire en coin, l’œil brillant et satisfait. Il avait le visage de l’homme heureux qui vient de prendre du bon temps. Le mouchoir qu’il tenait dans sa main droite allait et venait sur sa main gauche dans un mouvement d’une douceur troublante et dérangeante, tant ces mains étaient capable de brutalité gratuite.
Un banc. Un arrêt de bus. Une porte d’immeuble et la vitrine de la mutuelle à laquelle j’étais adossé. Il est 4h du matin et une voiture vient de stopper sur les stries jaunes. Le pare-brise à manifestement subit un choc. Les fêlures qui s’étalent en toile d’araignée face à la place du conducteur ne laissent pas de doutes possibles sur les raisons qui ont poussées ses occupants à faire halte : la visibilité. Quelques minutes s’écoulent avant que le passager ne descende, le conducteur n’étant apparemment pas pressé de quitter la voiture. Un véhicule de la police nationale surgit et se gare juste sous mes yeux, à trois petits mètres devant la voiture stationnée. Un conducteur qui a un problème, le pare-brise fêlé à 4h du matin un vendredi et qui stationne sur un arrêt de bus, que faire d’autre pour des policiers en patrouille que de s’arrêter. Ses trois occupants en sortent dans leur tenue des plus communes et règlementaires. Matraque, flingue, menottes en position et poitrine gonflée à bloc par l’impression de représenter quelque chose d’important. Que de plus banal que cet arrêt légitime pour des représentants de la force publique, dont la première et légitime mission est d’être les garants de la sécurité des citoyens ? Le passager qui était alors sur le trottoir est interrogé par l’un des agents. Calme, il explique qu’ils ont eu un souci un peu plus haut dans la rue. Mais il reste assez évasif. Il a visiblement bu. Les bégaiements et trémolos de sa voix le trahissent. Un deuxième agent se poste face à la voiture alors que le troisième se dirige du côté de la porte conducteur.
« Petit con ! », me lança le civil, brassard orange vif de rigueur au bras droit, tout en se dirigeant – enfin ! – vers son véhicule. Ils s’étaient attroupés autour de moi. En 5 secondes, j’étais encerclé. Acculé à la vitrine de la mutuelle, le regard apeuré, les membres tremblants d’angoisse et de colère, mon cerveau sifflant à mes oreilles les insultes les plus justes et méritées, mais imprononçables, je faisais face tant bien que mal au troupeau bleu. J’avais osé tenter d’user de mes droits citoyens et j’avais surtout osé exprimer ma désapprobation envers leurs agissements.
Le conducteur sortit brutalement, envoyant son pied dans la portière, laquelle manqua de peu de toucher le policier : « Espèce d’enfoiré de fils de pute d’enculé de ta mère, ça te fais bander d’avoir le flingue hein gros connard que je nique trente fois dans tous les sens ! Qu’est ce que j’ai fait hein enculé d’condé de merde qui puaient vot’ race ! » Certes, et c’est ce dont je suis convenu en premier, ce n’est pas franchement agréable de s’en prendre autant dans la figure en si peu de temps, pour rien, mais quand on est flic, on est flic ! On le sait. On s’y attend et il paraît même qu’ils ont une formation pour gérer l’énervement et la tension que peuvent provoquer sur eux ce type de comportements gratuits, violents et insultants.
Alors, démontrant toute sa maîtrise et usant de toutes ces belles techniques de contrôle d’un individu qu’on lui a apprises, il plaqua l’énergumène contre la voiture, face écrasée violemment sur la partie anguleuse du toit, mains dans le dos, prêtes à être menottées. Ce qui fut fait. Quelques inutiles et derniers cris de détresse parvinrent à s’extirper de la gorge comprimée de l’homme, en direction d’une aide invisible et improbable au vu de ce qu’il venait d’envoyer comme insultes. L’individu, clairement excité, était fermement tenu, menotté, et bien que toujours assez nerveux et vocalement actif, il était maîtrisé.
« Toi de toute façon t’as bu, dit-il méprisant. Alors fait pas ton p’tit cador sinon on t’embarque direct, comme lui, pour entrave à une intervention de police. !
Ah ouais… Allez-y m’sieur l’agent faites moi souffler ! Vous trouv’rez rien du tout. Pas une goute ! Quoi ? J’ai pleuré. Et alors ?
Ouais p’tite fille…
Et puis c’est quoi c’t’intervention bordel ! Ils s’est juste fait défoncer dans vot’ bagnole…
Ferme ta p’tite gueule de merde, enfoiré ! T’as rien vu de toute manière ! Tu sais rien et nous on fait not’ job. Alors tu ferme ton clac merde sinon c’est nous qui allons t’aider à le fermer !
Tu veux passer la nuit au poste c’est ça ? Nous on t’embarque y’a pas de souci, et on trouv’ra bien un truc… T’as rien vu. C’était d’la légitime défense et on est tous d’accord. Alors va t’faire foutre et laisse nous bosser p’tit connard
Trainé par le col jusqu’à la Peugeot bleu-blanc-rouge alors qu’il continuait passablement à s’agiter et à vociférer ses insultes, le flic ouvrit la portière arrière gauche, le balança dedans avec force et violence et referma. Ses deux collègues étaient avec le passager, beaucoup plus coopérateur, et l’interrogeaient. L’un d’eux se retourna et lui lança « C’est bon !… », sur un air de vas-y. C’est alors que le flic rouvrit la portière et s’engouffra à son tour sur la banquette arrière…
Je voyais sa face écrasée contre la vitre. J’ai entendu ses cris et les bruits sourds et secs qui chaque fois les précédaient. J’ai senti les coups de tonfa envoyés dans ce petit espace clos, où il était fait comme une bête. Le prédateur étant censé être le protecteur. Je l’ai entendu s’éteindre, ses cris étant chaque fois plus inaudibles au rythme où ces bruits sourds et secs se faisaient moins fréquents et plus puissants. J’ai senti la violence gratuite et facile qui s’abattait dans cette voiture officielle telle une foudre hystérique et incontrôlable un jour de tempête tropicale en bordure du Pacifique au Salvador. C’était atroce et révoltant. Viscéral et paralysant. Apeurant et angoissant.
J’avais eu beau, dès les trois quatre premiers coups entendus, être allé voir celui qui me semblait être le chef (du moins celui qui ne se mouillait pas et qui observait) et lui avoir fait part, le plus cordialement et respectueusement du monde, de ma profonde désapprobation envers les agissements qui avaient cour sous mes yeux. Je n’eus droit en réponse qu’à un ferme « Dégage, y’a rien à voir ». Pendant ce temps, la voiture s’était transformée en salle de boxe à sens unique. Le mec était menotté et avait sûrement bu. Enfermé et acculé contre une portière à fermeture centralisée, le flic se défoulait allègrement et sans état d’âme. Ça se sentait qu’il aimait ça. Et ça s’est confirmé lorsqu’il s’est extirpé de la voiture enjambant le corps inerte et ensanglanté de son agresseur devenu victime d’abus de pouvoir et de violences aggravées. C’est là qu’il s’est essuyé les mains si délicatement, avec ce putain de sourire sadique et béat scotché à sa figure de rat. Entre temps, un fourgon de CRS et une voiture banalisée de la BAC s’étaient ramenés. Évidemment nécessaires pour embarquer un mec à moitié inconscient et consciencieusement tabassé ! En tout cas ils étaient là. Cet enfoiré avec son brassard orange vif s’est jeté sur moi à peine sorti de sa voiture de scélérats. Aussitôt ce charmant bourreau lui emboita le pas et tous les autres suivirent. Corporatistes et solidaires, leur version des faits n’eût même pas besoin d’être concertée, ils avaient déjà tous la même. Que j’ai été là, présent, témoin de la scène entière – ainsi que mon ex-compagne – n’a rien empêché, n’a rien troublé, ne les a pas dérangé pour un sou. Impunité et liberté d’agir, ils étaient plus que certains de leur protection. Ils étaient flics. C’était un ivrogne injurieux. Je n’étais rien. Ils ont tous les droits et ils le savent. Ces flics là étaient plusieurs, de divers corps, et ils se sont entendus sans même se concerter. Ces évènements, ce genre de passages à tabac, d’agressions gratuites, doivent avoir lieux quasi-quotidiennement si ce n’est quotidiennement dans les banlieues dîtes « sensibles » ! En tout cas, leurs décontraction et leur contentement ostensibles alors même qu’il y avait deux témoins directs potentiels, laissent imaginer allègrement ce qu’il peut se passer lorsqu’ils sont seuls, isolés, dans leur bureau ou dans une rue déserte, ou surtout lorsqu’ils interviennent dans ces cités, où ils interpellent toujours violemment, sans considération aucune pour quiconque et encore moins, bien sur, pour ces petites racailles de deuxième ou troisième génération.
J’ai eu besoin de le voir pour en prendre conscience. La Police blesse. La Police violente. La Police agresse. Et parfois, la Police tue. Et toute ces choses, elle les fait impunément, protégée par son corporatisme et sa solidarité sans faille, mais surtout, par son statut de représentant de l’Ordre Public. Mais de cet Ordre, elle en franchit régulièrement les limites, sans être pour autant inquiétée, déterminant ainsi la Police et la Justice comme des antithèses.
Camilo Sorto-Cazaux, Le Grand Soir


