jeudi 24 décembre 2009
"Les travailleu(r)ses du s e x e", le dernier film documentaire du Jean-Michel Carré en salles à partir du 3 février 2010
En France, depuis la loi Sarkozy de 2003, des femmes et des hommes revendiquent le droit de pouvoir louer librement leur corps alors même que l’économie de marché utilise une pseudo libération sexuelle pour justifier la légalisation de la marchandisation de l’intime.
Paroles et pratiques dérangeantes, stigmatisées par des jugements moralisateurs, qui nous questionnent sur les rapports hommes/femmes, la sexualité et son contrôle par le pouvoir.
« Plus de caresses, moins de CRS ! »,tel fût le slogan inédit que les membres d'un nouveau collectif de travailleu(r)ses du sexe, baptisé «Les Putes», ont scandé le samedi 18 mars 2006 sous les fenêtres du Premier ministre à l’issue d’une manifestation inaugurale : la « Pute Pride ».
Bien que passée inaperçue, avec ses 500 manifestant(e)s regroupées place Pigalle, car tenue le même jour que l’énorme manifestation contre le CPE avec plus d’un million de personnes, elle fut néanmoins la marque d’un nouveau type de revendication chez les prostituées, celui de revendiquer l’activité prostitutionnelle comme un métier avec ses droits et ses devoirs.
Il existe une prostitution forcée qui s'exerce dans la contrainte et qu’il faut combattre car elle est dominée par le "phénomène mafieux". Depuis longtemps, les prostituées ont droit à l’amalgame entre prostitution et exploitation sexuelle qui porte physiquement et psychologiquement atteinte aux femmes, et qui considère leur corps comme une marchandise pouvant être achetée et vendue. Mais la prostitution est aussi, selon plusieurs associations de prostituées "une activité humaine" que l'on doit libérer de ses anciens asservissements sacrés, culpabilisateurs et répressifs. Le jour de la manifestation elles et ils ont adressé une lettre à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, pour poser les risques d’une politique abolitionniste.
À force de s’entendre dire sans arrêt qu’elles ne sont que des marchandises, des corps qui se vendent, qu’elles ne se respectent pas, qu’elles auraient nécessairement été violées dans leur enfance, qu'il faut les réinsérer, qu’elles n’ont aucune conscience de ce qu’elles font, qu’elles portent atteinte à leur dignité, à leur santé psychique, beaucoup de prostituées considèrent que les abolitionnistes ont fini par briser des vies. Cet abolitionnisme est alors vécu par ces femmes et ces hommes comme une forme de maltraitance psychologique.
Pour les abolitionnistes, elles ne seraient acceptables que malheureuses afin de confirmer l'image qu'elles veulent donner d’elles. Mais si l'une d'entre elles se rebelle et revendique sa liberté de se prostituer, de disposer librement de son corps, elle sera de suite taxée : « non représentative, égoïste, salope, nymphomane forcément perturbée, légitimant les viols ». Une personne qu'il faut nécessairement punir : contrôle fiscal, retrait de la garde des enfants, amendes et PV, humiliations, harcèlement policier, expulsions, sans retraite, ni sécu. Aucun droit ne leur est accordé.
Peut-on questionner cette morale qui prétend interdire d’avoir une sexualité en dehors du couple, de sentiments amoureux avec des inconnus, avec ou sans désir, avec ou sans plaisir, ou juste par intérêt ?
S‘il faut lutter efficacement contre le proxénétisme et les réseaux de traite, les politiques devraient peut-être aider les prostituées à obtenir un statut de travailleuses indépendantes avec l’application des droits et des devoirs assimilés.
Les prostituées veulent lutter, à leur manière, contre toute forme d’exclusion sociale, contrairement aux abolitionnistes qui voudraient les exclure de la société. Ce n’est pas en voulant éradiquer la prostitution qu’ils les aideront. Elles ne veulent pas être éradiquées. Elles veulent seulement exercer leur métier dans les meilleures conditions possibles. C’est en sortant la prostitution de la clandestinité qu’elles pourront aider des personnes victimes de traite et qu’elles pourront s’appuyer sur des droits aujourd’hui inexistants en France.
Note de distribution
« Rendez-nous nos trottoirs » est un slogan entendu sur les manifestations de défense des droits des travailleuses du sexe. Il y a dans la chaleur et la virulence du débat un noeud, un problème que la question de la prostitution, la location du corps, le service sexuel incarne tant et tant que ces putes-là sont niées, repoussées, dissimulées...
Pourquoi? Pourquoi le sexe, sa marchandisation est-elle tellement stigmatisée dans une société où tout se vend, s'achète sous les auspices gracieux des lois du marché?
« Rendez nous notre débat » voulons-nous sans doute scander à travers la sortie de ce film en salles. Le sexe/la sexualité et son accès, son devenir dans notre société, celle-là même où il paraît que nous sommes libéré(e)s, est une clef incontournable de compréhension de comment nous vivons et ce que nous voulons pour notre projet d'avenir en commun. De quelle subversion si profonde et puissante est nourrie la parole de ces travailleu(r)ses? Si le film a été diffusé à la télévision en mars 2009, nous pensons que cela n'est pas suffisant et que le débat doit être public, que ces paroles-là doivent être entendues, partagées et questionnées. Et parce que le pouvoir s'emploie avec tant d'ardeur à les cacher, nous leur devons au moins ça, les écouter et les voir sur grand écran....
Quelques mots du réalisateur
L’économie de marché a généré la multiplication des salons de l’érotisme et de sociétés d’éditions de vidéos pornographiques, au nom de la prétendue liberté du consommateur. Dans un autre domaine du travail du sexe, la prostitution est restée plus ou moins tolérée dans la plupart des pays. En France, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, fait voter en mars 2003, une loi dite de « sécurité intérieure » incluant le racolage passif des prostituées. Si la prostitution devient très vite moins visible dans nos rues, la prostitution augmente considérablement sur les réseaux Internet et aux périphéries des villes, rendant à nouveau des prostituées à la merci des proxénètes et des réseaux mafieux.
Qualifiée de plus vieux métier du monde, la prostitution reste un « obscur objet de haine et de désir ». Elle a stigmatisé le symbole de l’exploitation de la femme par l’homme dans toutes les sociétés. Ces problématiques, je les avais traitées, il y a plusieurs années, dans un cycle sur la prostitution<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> Mais depuis la loi Sarkozy, certaines femmes et hommes revendiquent à nouveau haut et fort la volonté de pouvoir louer librement leur corps, de défendre leurs pratiques sexuelles et réclament que leur métier soit considéré comme aussi respectable qu’un autre, avec ses droits et ses devoirs.
Paroles dérangeantes qui nous questionnent sur un fait de société victime de jugements moralisateurs, d’anathèmes de certaines féministes et de mépris de beaucoup d’autres. Une activité qui interroge, naturellement la sexualité, mais aussi les rapports hommes / femmes, le pouvoir, l’argent, la définition d’un travail…<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> Une question sociétale où il est indispensable de sonder l’économie de marché qui utilise une pseudo libération sexuelle pour justifier la marchandisation de l’intime au nom de la prétendue liberté du consommateur.
Conjointement, chaque pays revendique unilatéralement ses lois permissives ou coercitives sans pour autant avoir été capable d’éradiquer la prostitution - esclavage.
C’est au travers de vies, de pratiques et de témoignages de femmes et d’hommes qui utilisent librement et professionnellement leur sexualité que ce film a été réalisé. Tourné en France, mais aussi en Belgique et en Suisse, ce film fait émerger les réflexions de fond qui implique le rapport du pouvoir et de la soumission, tout en questionnant les fantasmes qui agitent les hommes et les femmes.
QUELQUES PERSONNAGES DU FILM
SONIA
Sonia est prostituée depuis près de trente ans, elle travaille en vitrine à Bruxelles, elle a la cinquantaine passée.
Sonia est issue d’une famille bourgeoise, sa mère refait sa vie avec un homme avec qui elle ne s’entend pas. Elle tombe enceinte à 18 ans, son beau-père ne veut pas de l’enfant. On lui retirera son fils à la naissance. Elle quitte la famille, et commence à travailler à la caisse dans une maison de passe. Elle est fascinée par l’univers de la prostitution et découvre peu à peu qu’elle apprécie le métier de pute. Sonia aime le sexe. La prostitution lui permet de gagner son indépendance et de s’engager avec passion pour la cause des femmes, des prostituées et des étrangers. En 1995, elle fait la connaissance de Grisélidis Réal, une rencontre qui va la bouleverser. Une longue amitié va naître entre les deux femmes. Sonia va s’engager totalement au coté de Grisélidis pour la cause des prostituées. Grisélidis meurt en 2005, Sonia continue le combat. Sonia aime son métier : « je suis une assistante sociale avec le sperme en plus … ».
YVAN
Yvan a 72 ans. Depuis dix ans, suite à la disparition de la femme de sa vie, il a décidé un jour de casser sa solitude en se retrouvant devant la vitrine de Sonia. Il ne supportait plus l’idée de ne plus toucher le corps d’une femme. Seule une prostituée lui a permis de ressentir à nouveau le désir, la vie, l’émotion de passer quelques dizaines de minutes avec une femme. Depuis ces dix années, une fois par semaine, il vient rendre visite à Sonia.
ISABELLE
Isabelle a 32 ans, elle est prostituée depuis 18 ans à Toulouse. Isabelle a été attirée par la prostitution très jeune bien qu’issue d’une famille d’intello. Elle veut rapidement gagner son indépendance, abandonne ses études et débute occasionnellement à 21 ans comme serveuse en bar américain. Au bout de quelques mois, elle décide de monter en chambre. À 24 ans, elle décide de travailler dans la rue pour se sentir véritablement indépendante. Elle aime la prostitution et apprend comme elle dit à expérimenter les rapports humains. Elle aime parler de ses clients, elle est aussi celle qui dirige et dicte les règles.
Se prostituer est, dit-elle, un acte politique et féministe. Elle a toujours refusé la soi-disant réinsertion. Pour elle la prostitution devrait être la cause de toutes les femmes. Isabelle s’exprime sur les différentes composantes du stigmate de pute qui est actuellement son principal combat.
GABY ET PASCALE
Il y a quelques années, Gaby a arrêté de se prostituer pour se consacrer uniquement à son projet, l’ANA « A Nos Ainées ». Face à la misère et à la situation plus que précaire de vieilles prostituées, elle a décidé de créer une maison d’accueil pour les anciennes qui se retrouvent le plus souvent à faire encore des passes à 70 ou 80 ans pour survivre. Gaby veut aider ces femmes qu’elle côtoie chaque jour. Son projet est en attente de subventions, mais Gaby ne lâche pas. Jusque-là, elle n’a réussi à obtenir qu’un local pour accueillir et informer les anciennes sur leurs droits.
À 18 ans, elle décide de se prostituer. C’est l’époque de Pigalle et des putes traditionnelles. C’est à cette période qu’elle rencontre Pascale qui la conseille sur le métier. Depuis quelques années, du fait de la difficulté de survivre comme vieilles prostituées, Gaby et Pascale partagent un modeste appartement en banlieue parisienne. Pascale continue de se prostituer au bois de Boulogne. Gaby l’a entraîné dans l’aventure de son association, elle y sera la première salariée. Gaby a lié une longue amitié avec Grisélidis Réal et combattu à ses cotés pour les droits des prostituées.
Pascale a 68 ans et se prostitue depuis 45 ans. Diminuée par l’arthrose et les rhumatismes, Pascale ne peut plus travailler tous les jours, mais elle refuse de quitter sa place. Elle la défend comme son territoire et celui de celles qui sont mortes.
Pascale n’a jamais eu de proxénète, elle vit librement, fière d’être pute. Ses clients sont pour la plupart des habitués. Certains jeunes viennent la voir pour mieux connaître la sexualité féminine. Pascale pense elle aussi que le métier de pute s’est dégradé. Ces dernières années, elle s’est fait agresser plusieurs fois sur son lieu de travail. Le bois de Boulogne est devenu dangereux. Malgré cela, Pascale est déterminée à ne rien lâcher.
ALAIN
À la sortie de l’adolescence, Alain a commencé gratuitement, et pour le plaisir, son métier de prostituée homme, « escort » ou « gigolo » comme on dit pour ne pas froisser le politiquement correct, place Dauphine à Paris. Il y rencontrait principalement des couples. Informaticien de métier, il décide de se professionnaliser en créant son site d’escorte sur Internet, ce qui lui apporte de nombreuses clientes. Depuis il se partage entre ses deux métier. Parmi la vingtaine d’escortes que j’ai pu rencontrer, c’est le seul qui a accepter d’être filmé et encore en ne montrant pas son visage car explique-t-il, c’est le plus gros tabou qui existe encore sur la prostitution, celui de femmes clientes d’hommes prostitués.
MAITRESSE NIKITA
Il est le président de l’association « les Putes » qu’il a créée en 2005 pour faire face, entre autres, aux lois Sarkozy. C’est en rencontrant d’autres putes en Europe qu’il a pris conscience qu’il appartenait à une communauté. C’est peut-être là le sens de la création de son association dont l’histoire a commencé à la première Conférence européenne des travailleuses du sexe en 2005. Il a trois enfants de 16, 18 et 22 ans et 32 ans de prostitution. Pour lui, pute, c’est beaucoup plus qu’une histoire de cul, c’est un art de vivre. Nikita a aussi un cabinet de naturopathe. Plusieurs de ses patients sont des clients. Beaucoup de jeunes garçons qui démarrent dans la prostitution viennent lui demander des conseils. Il est présent dans toutes les actions autour de la prostitution comme dernièrement les Assises de la prostitution où s’est créé le premier syndicat français des travailleu(r)ses du sexe.
MARIANNE
Belge, âgée de 40 ans, prostituée pendant 17 ans après une longue période de chômage. Elle apprend les règles du métier avec des transsexuels et des travestis. Elle considère que grâce à l’argent de ses clients, elle a enfin pu vivre normalement. Elle se découvre bisexuelle et se paye des prostituées quand elle n’a pas d’amie au bout de quelque temps. Elle rencontre un neuropsychiatre qui lui parle du désespoir des hommes et femmes handicapés qu’il a dans son service et qui parfois, n’ont jamais eu de rapports sexuels. Elle va peu à peu se spécialiser avec ce type particulier de clientèle. Après quelques mois de pratique, qui lui donne encore plus qu’avant le sentiment d’être utile, le médecin lui avoue que ses patients prennent moitié moins de médicaments depuis que Marianne les rencontre. Avec ces hommes et ces femmes handicapés, elle découvre véritablement les signes du corps et se sent vivre des aventures passionnantes et différentes à chaque fois. Elle tente aujourd’hui de former d’autres prostituées dans ce domaine où la demande est malheureusement importante et s’est lancée depuis deux ans dans une formation d’infirmière psychiatrique.
QUELQUES PHRASES DES PERSONNAGES DU FILM
Isabelle, prostituée à Toulouse
- Je continue à m’interroger sur ce qui dérange tant chez les prostituées. Nous faisons partie de l’ensemble de l’industrie du sexe, sauf que lorsqu’on est prostituée, on ne répond à aucune logique justement de productivité. On maintient à toute force une petite activité à dimension humaine. Nous restons des artisanes.
- La distance entre le discours qui est tenu pour nous, les prostituées et ce qui se met en place socialement, c’est une distance infinie. Finalement dans le sex appeal qui s’est démocratisé et cette assignation à être sexy pour les femmes, il y a sans doute un vieux malentendu entre les putes et les autres femmes. Autrefois on reconnaissait une pute à la manière dont elle s’habillait, si ça continue avec la loi, ça va être l’inverse, on peut voir des nanas habillées super sexy, et les prostituées ont à cœur de s’habiller bien classique pour pas se faire repérer par les flics, pour pas finir au tribunal pour racolage.
- La loi Sarkozy qui pénalise le racolage est venue en même temps qu’une grande inquiétude au niveau du mouvement migratoire, à limiter les mouvements migratoires de personnes. C’est plus cela qui inquiète le politique à l’heure actuelle, plus que la victimisation ou l’exploitation.
- Le premier gros argument contre la prostitution, c’est la marchandisation des corps et le deuxième, incontournable, c’est l’esclavage. C’est dommage, pour les esclaves économiques en général, au-delà de la prostitution, parce que lorsque des travailleurs et des travailleuses immigrés sont exploités dans des ateliers clandestins, il y a pas grand monde pour le dénoncer avec autant de force et sur la place publique que la prostitution.
- Qu’est-ce qui se passe de si grave, de si douloureux pour une société dans le travail du sexe, qu’est-ce qui se joue là de si fondamental que tous les arguments convergent contre le travail du sexe ? Des arguments qui peuvent être justes mais qui sont justes pour l’ensemble du fonctionnement social et mondial. L'esclavagisme, malheureusement, en fait partie.
- La prostituée en tant qu’être humain n’intéresse pas. C’est l’idée de la prostitution qui intéresse. Tout ce qu’elle peut faire, c’est venir illustrer les mauvais exemples. Pour certains groupes dit féministes, une prostituée qui ne serait pas exploitée, qui ne répondrait pas à des critères de mise en souffrance, ça devient quelque chose de tellement plat, de tellement banal, de tellement tranquille, que finalement c’est beaucoup moins intéressant, c’est beaucoup moins photogénique que la souffrance !
Sonia, prostituée à Bruxelles
- Une femme devient pute, quand elle demande de l’argent avant de faire l’amour. Comme disait Jacques Brel, une vraie pute se fait payer avant, les autres femmes se font payer après. C’est ça qui fait de nous une pute, et c’est de demander cet argent qui fait de nous des victimes. Si l’homme me paye, je dois rendre des comptes à la société.
- Des gens passent leur temps à m’appeler sale pute. Alors moi pour résoudre le problème, je m’appelle moi-même pute. Moi je suis une pute, voilà, il y a que le mot sale qui me dérange, j’ai déjà gagné la moitié. Moi je fais mon métier qui est la prostitution. On m’appelle travailleuse du sexe, on m’appelle personne prostituée, on m’appelle putain, on m’appelle pute, on m’appelle comme on veut, ça m’est égal.
- Quand je suis parfois face à des…, je les appelle pas des féministes, je les appelle des sexistes parce qu’une vraie féministe c’est pas ça. Une féministe, elle accepte d’entendre la parole de toutes les femmes, il n’y a pas des femmes qui méritent d’être défendues et d’autres qui ne méritent pas d’être défendues. Je crois que pour finir ça les arrange cette histoire d’esclavage. Elles nous empêchent d’avoir le droit à la parole, parce qu’elles sont ont très peur de ce qu’on pourrait dire. Dès qu’une fille dit qu’elle va bien, que c’est un métier qui lui convient alors là, on doit la tuer. Parce qu’est-ce qu’elle pourrait dire ? Elle pourrait dire que c’est un boulot qui n’est pas si terrible que ça, qui est chouette, qu’elle aime bien, que les hommes ici sont très gentils, et souvent les hommes ils sont jamais aussi gentils qu’avec une pute. Et ça, elles peuvent pas entendre, parce que leur mari est peut-être pas si gentil que ça, parce qu’elles ont des problèmes avec leur sexualité, parce qu’elles ont des problèmes avec leur mec, parce qu’elles savent pas gérer le fait que peut-être elles ont un côté noir qui voudrait bien faire la pute, et qu’elles n’osent pas.
- Moi j’ai jamais été interrogées par une prohibitionniste, elles ne m’ont jamais demandé comment j’allais. Elles vont chercher des filles qui vont dans la drogue, des toxs, elles vont chercher des filles qui travaillent dans des conditions abominables dans la rue, alors effectivement elles en trouvent des femmes qui vont pas bien, et c’est uniquement sur cela qu’il faut se battre et ne pas faire un amalgame qui n’est que du populisme politique.
- Les gens se demandent comment c’est possible d’avoir cinq, six queues par jour dans leur ventre, ou dans la bouche, ou ailleurs. Pour moi mon sexe n’est pas sacré, ça ne vient pas du divin, ce n’est pas fait que pour avoir des enfants, ou faire l’amour par désir pour l’homme que j’aime. Moi, mon sexe me sert au travail, et il me sert aussi dans ma vie privée. Mais ce n’est pas le même, parce qu’il n’est pas donné de la même manière. Il n’est pas donné ici en fait, ici, il est prêté, de manière très rapide.
- C’est un rapport gratuit, dans le sens qu’on ne se doit rien. Le client paye, on décide d’un contrat, c'est-à-dire tu me donnes tant, je te donne ça en échange. Il n’est pas obligé d’être puissant, il n’est pas obligé d’être fort, il est même pas obligé d’être poli, il doit juste être respectueux. Il est libre, totalement libre, c’est d’ailleurs ça le problème de la société, parce que la société justement, c’est un ensemble de personnes qui réprime un peu de leur liberté, pour que tout fonctionne. Et la société dit aussi que c’est dans le mariage qu’on doit trouver la situation la plus épanouissante, et un homme qui vient ici, il dit non. C’est pour ça aussi que la prostitution est tellement combattue par la société, parce qu’effectivement c’est une prise de liberté par rapport aux règles que la société impose à ses membres, mariés, famille, enfants, caravane, à la mer…
- Les clients payent aussi le droit de ne pas revenir, et là on est mal, parce que là c’est plus la pute mais c’est la femme qui a mal. Il faut justement pouvoir comprendre qu’il paye ce droit là à l’anonymat, qu’il paye le droit d’un abandon calculé.
- Dans le combat contre la prostitution, il y a un combat pour le contrôle de la sexualité des gens, que ça soit des hommes ou des femmes. Nous sommes utilisés comme des épouvantails, car grâce à nous justement on dit aux autres femmes qui auraient trop envie d’être libérées : « Attention, si vous devenez une pute on va vous démolir. » Mais on dit aussi aux hommes : « Les femmes que vous allez payer, c’est dans la boue que vous allez devoir les baiser. Que tirer un coup tranquille quand ils en ont envie ne soit pas une chose trop agréable et facile, que leur sexualité doit rester problématique et culpabilisante, qu’ils jouissent en payant s’ils veulent, mais alors qu’ils côtoient la pourriture, la honte et la misère ».
Sofia, juriste, prostituée :
- Toute la société pratique une prostitution voulue ou non voulue. Dans toute la société, quelle qu’elle soit. À tous les niveaux que ce soit, tout le monde se vend, se prostitue d’une façon ou d’une autre. Mais là bien sûr, là, c’est honorable, c’est noble.
Gaby, ex-prostituée, créatrice de l’association « A Nos Ainées »
- Il y a l’acte, il y a l’argent mais il y a aussi les récits, ce qu’ils nous confient, ce qu’ils nous disent. C’est pas toujours très drôle pour eux, et j’aurais tendance, comme on a tendance à taper sur les hommes, de vouloir prendre leur défense, parce que ce n’est pas juste. J’ai compris combien les femmes pouvaient être castratrices, que ce soient les mères, les femmes, les sœurs, et selon l’éducation que certains hommes avait reçue et bien comment effectivement certains hommes pouvaient devenir entre guillemets des masos et pourquoi.
Pascale, prostituée :
- Quelques fois il y en a qui viennent juste pour tenir la main d’une femme, en respirer l’odeur, sentir l’épaule, et puis ils sont contents. Ils se rappellent peut-être quelqu'un d’autre. Je remplace une femme, une mère, ou une sœur, je ne sais pas… Dans ces cas-là, je suis un substitut d’amour.
Lisa, prostituée, directrice de maison close à Genève, mariée, deux enfants :
- La légalisation en Suisse fait que les choses sont beaucoup plus claires, plus saines, à la fois pour la fille, et pour le client.
- Dans ce domaine d’activité, on a vraiment toutes les couches sociales. J’ai des filles qui n’ont exercé cette activité que pour payer leurs études. Dès qu’elles ont leur diplômes et leur travail, elles s’arrêtent. J’ai aussi des filles qui viennent travailler parce que elles sont en train de s’acheter un bien immobilier. Une fois qu’il sera payé, elles arrêteront et puis elles recommenceront leur vie courante.
- J’ai des filles ici qui se font jusqu’à 1000 euros par jour. Le client paye toujours directement à la fille, c'est-à-dire qu’elles encaissnt 150 euros, ou qu’elles ont encaissé 500 euros, pour moi, c’est exactement la même chose. La seule chose qui est comptabilisée c’est le temps d’occupation des chambres. Il faut que ça lui rapporte à elle, à titre personnel, et pas à quelqu'un d’autre.
Annexes
La loi pour la sécurité intérieure (LSI ou Loi Sarkozy II)
Cette loi a été adoptée par le parlement, le 18 mars 2003 et publié au journal officiel, le 19 mars de la même année. Cette loi crée une série de nouveaux délits et de nouvelles sanctions concernant la prostitution, la mendicité, les gens du voyage, les squatteurs, les rassemblements dans les halls d'immeubles, les menaces, le hooliganisme, l'homophobie ou le commerce des armes. Elle octroie par ailleurs de nouveaux pouvoirs aux forces de l'ordre comme l'élargissement de certains fichiers, des modifications des conditions de garde à vue, etc.
Le racolage passif
Concernant la prostitution, un nouveau délit a été défini: le racolage passif. Dans le Code pénal, une nouvelle infraction est prévue à l’article 225-10-1 : « Le fait, par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles en échange d’une rémunération ou d’une promesse de rémunération est puni de 2 mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende ».
Le délit de racolage est ainsi élargi et intègre désormais le racolage passif et aggrave cette infraction en la transformant en délit. Auparavant, le racolage actif était poursuivi au titre des contraventions de 5e classe (article R. 625-8 du Code pénal). Néanmoins, cette nouvelle disposition pénale n’a pas abrogé la contravention prévue par cet article.
Les principales conceptions juridiques de la prostitution :
La prostitution intéresse les autorités sur le plan fiscal, moral et sanitaire. Les politiques des pouvoirs temporels et religieux sont connues et expérimentées depuis longtemps. Toute politique vis-à-vis de la prostitution est difficile à cause de la difficulté de prouver qu'une relation sexuelle a eu lieu suite à un échange d'argent.
On peut distinguer globalement trois conceptions de la prostitution, produisant trois approches politiques des États sur l'existence de la prostitution :
Réglementariste : pour les réglementaristes, la prostitution est une activité comme une autre qu'il suffit de réglementer ; une activité professionnelle normale que l'État doit réguler comme toutes les autres, encadrer cette activité dans un cadre légal, c'est-à-dire en protégeant les droits des travailleurs de même qu'en prévenant et en limitant les abus des employeurs. Les prostituées sont des travailleuses sexuelles.
Abolitionniste : pour les abolitionnistes, la prostitution est une forme d'exploitation et une atteinte à la dignité humaine qui doit être abolie. Les personnes prostituées sont des victimes et les proxénètes des criminels. Les prostituées ne sont pas à priori sanctionnables (sauf en France); les clients peuvent être sanctionnés dans certains cas.
Prohibitionniste : les prostituées et les proxénètes sont des criminels ; police et justice sanctionnent ces activités. Les clients peuvent être sanctionnés.
Générique
Un film écrit, réalisé et filmé par
Jean-Michel Carré
Assistante de réalisation Arielle Hanoun
Montage Nathalie Delvoye
Mixage Henri Michiels
Musique originale Benoît Jarlan
Musique additionnelle "Chatte" groupe "Mauvais-Genre!"
Direction de production Sallah-Edine Ben Jamaa
Une coproduction :
Films Grain De Sable / Simple production / RTBF / Télévision Suisse Romande (TSR) et la participation de France 2 et de Planète
Avec la participation du Centre National de la Cinématographie, du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Communauté française de Belgique et les télédistributeurs Wallons et le soutien de la PROCIREP – Société des Producteurs – et de l’ANGOA
Ont aidé à ce film :
Les assises de la prostitution, Association ANA-A nos ainées, Association Aspasie, Marianne Schweizer, Genève, Association Cabiria, Lyon, Association Griselidis, Toulouse, Association Les Putes, Association ProCoRe, Association Stella, Canada, Association PASTT, Virginie Despentes , Françoise Gil, Femmes de droit, droit des femmes, Marie-Elisabeth Handman,
Les Films Grain de Sable présente
« LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE »
Un documentaire de Jean-Michel Carré
Produit par Films Grain de Sable / Simple production /
RTBF/télévision suisse romande et la participation de France 2
1h25 / France / 2009 / visa : 117 485
Distribution : Les films du Grain de Sable
Production et Distribution
206 rue de Charenton, 75012 Paris
Tel: +33 (0)1 43 44 16 72 / Fax: +33 (0)1 40 19 07 56
www.films-graindesable.com
Programmation: Antoine Bast
06 59 93 52 84
PRESSE ALTERNATIVE: Samantha LAVERGNOLLE
01 73 73 02 21 / 06 75 85 43 39 – lavergnolle@gmail.com
PRESSE GÉNÉRALE: Stanislas BAUDRY :
09 50 10 33 63 / 06 16 76 00 96 - sbaudry@madefor.fr
Jean-Michel CARRÉ
Bibliographie
1999 CHARBONS ARDENTS, CONSTRUCTION D’UNE UTOPIE
Editions Serpent à plumes - Arte
2008 POUTINE, LE PARRAIN DE TOUTES LES RUSSIES
Editions Saint-Simon
LA GUERRE DU GAZ
Editions du Rocher, avec Roumiana Ougartchinska
2010 LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE
Editions du Seuil (en cours d’écriture)
Filmographie principale
2010 CHINE, LE NOUVEL EMPIRE DU MONDE (DOC-90’)
2009 LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE (Doc-85’)
2007 LE SYSTÈME POUTINE (Doc-94’)
2006 J’AI très MAL AU TRAVAIL (Doc-90’)
2004 KOURSK, UN SOUS-MARIN EN EAUX TROUBLES (D.90’)
2003 DRÔLE DE GENRE (fiction tv -90’)
2001 TOWER OPERA (Doc – 52’)
2000 SUR LE FIL DU REFUGE (Doc-90’)
1999 CHARBONS ARDENTS (Doc -90’)
BEAUCOUP, PASSIONNEMENT, A LA FOLIE (Doc -70’)
QUESTION DE CLASSE(S) (Doc -70’)
1998 HISTOIRE D’ENFANCE (Doc –52’)
1997 RÉCITS DE LA JEUNESSE: Travail, Famille, etc.(D.3x52’)
1996 HONG-KONG / HANOÏ : Retour de camps (Doc -52’)
VIETNAM : LES ENFANTS DE LA PAIX (Doc -52’)
LA NOUVELLE VIE DE BÉNÉDICTE (Doc - 52’)
1995 LES CLIENTS DES PROSTITUÉES (Doc -52’)
VISIBLEMENT, JE VOUS AIME (Fiction Cinéma 90’)
1994 LES TROTTOIRS DE PARIS (Doc-55’)
1993 GALERES DE FEMMES (Doc. Cinéma-90’)
1992 LES ENFANTS DES PRISONS (Doc -52’)
LES POUSSINS DE LA GOUTTE D’OR (Doc -52’)
1991 FEMMES DE FLEURY (Doc -58’)
1990 L’ILE ROUGE (Doc -52’)
1981 VOTRE ENFANT M'INTÉRESSE (Doc. Cinéma 90’)
1978 ALERTEZ LES BÉBÉS ! (Doc. Cinéma -90’)
1971 LE GHETTO EXPÉRIMENTALCampagne pour la libération des prisonniers politiques en Colombie
En octobre 2009 a été lancée à Bruxelles (Belgique) la Campagne européenne 2009-2011 pour la libération des prisonniers politiques en Colombie. Ceux-ci sont au nombre de 7500 et sont pour la plupart des prisonniers d’opinion et des activistes sociaux -quand ils ne sont pas des ouvriers, des paysans, des indigènes ou des étudiants luttant pour une Colombie de dignité, de paix et de justice sociale !
Suite à l’attentat du 11 septembre 2001 à New York, les Etats-Unis ont conçu et imposé le « Plan Colombie », officiellement un programme intégral de développement destiné à régler le conflit intérieur colombien -en réalité destiné à anéantir toute opposition politique et sociale dans le pays et, en finalité, à servir les intérêts économiques du secteur privé. Arrivé au pouvoir en 2002, l’autoritaire Álvaro Uribe Velez a rapidement mis en oeuvre sa « politique de sécurité démocratique », véritable stratégie de guerre avec réseau d’un million d’indicateurs, compagnies de sécurité privée, soldats-paysans, entraînant une criminalisation de la pensée critique, un renforcement du code pénal, des rafles massives dans les villes et les campagnes, l’arrestation et l’incarcération souvent sans mandat ni preuves -sinon fabriquées de toutes pièces- de milliers de dirigeants et activistes des mouvements agraires, ouvriers et estudiantins, de défenseurs des droits de l’homme. S’est donc construit tout un système de justice répressive parallèle, sans juridiction ni compétences, le plus souvent sur base de montages de l’intelligence militaire et policière avalisés par le Procureur de la République.
La politique carcérale en Colombie recherche délibérément l’anéantissement, la désarticulation et l’isolement de la protestation sociale et politique qui s’oppose au gouvernement libéral et répressif. Les conditions de détention dans les prisons colombiennes sont infra-humaines. Selon les régions, les prisonniers meurent d’inanition ou de froid. Les détenus malades ou âgés y périssent par manque ou insuffisance de soins. Les bébés de moins de 3 ans y restent prisonniers avec leurs mères. Ces conditions inhumaines et l’utilisation régulière de la torture poussent paysans, indigènes ou étudiants à accepter des accusations et sentences injustifiées.
La Campagne européenne 2009-2011 pour la libération des prisonniers politiques en Colombie est lancée par les associations suivantes :
• ARLAC, Association des Réfugiés de l’Amérique Latine et des Caraïbes (Belgique)- avec l’appui d’INTAL, Globalize Solidarity
• ACP, Associació Catalana per la Pau (Espagne)
• COMADEHCO, Comité Madrileño por Defensa de los Derechos Humanos en Colombia (Espagne)
• FAL, France Amérique Latine (France)
• CPCP, Coordination Populaire Colombienne à Paris (France)
• Polo Democrático Alternativo (Suisse)
• Breites Bündnis für Kolumbien - Frente de Acciones por Colombia (Berlin, Allemagne)
Les autres associations en Europe qui souhaitent appuyer cette pétition sont bienvenues. Dans ce cas, écrire à armando58garcia(at)gmail(.)com.
Si vous aussi, vous voulez une Colombie de dignité, de paix et de justice sociale, rejoignez-nous en signant la pétition suivante :
CAMPAGNE POUR LA LIBÉRATION DES PRISONNIERS POLITIQUES EN COLOMBIE
NOUS TOUS QUI SIGNONS ICI NOUS JOIGNONS AUX ASSOCIATIONS MENTIONNEES POUR EXIGER DU GOUVERNEMENT COLOMBIEN LA LIBERTÉ IMMÉDIATE DE TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES EN COLOMBIE !
Les « débats pipeau » sur les nanotechnologies
L’affaire des débats (qui ne manqueront pas d’être citoyens) sur l’arrivée massive des nanotechnologies (70 millionsd’investissement de l’Etat français) concentre une bonne partie des horreurs dont le monde capitaliste nous abreuve quotidiennement :
_ La nécessité de fabriquer des objets de plus en plus complexes dont la dangerosité va sans cesse croissante est devenu, depuis déjà quelques décennies déjà, une caractéristique des multinationales qui se sont ruées dernièrement dans la production des « nanotechnologies ». Que ces objets infiniment petits qui sont dotés de capacités très diverses soient disséminés dans la nature et deviennent incontrôlables ne soucient pas plus que ça un homme d’Etat malgré les expériences douloureuses de la ‘vache folle’ et autre Tchernobyl. Tout cela ne peut être pour tous ces technocrates que de fâcheux (et impondérables) accidents de parcours. Ils y voient même l’avenir radieux du système capitaliste …un peu éprouvé bien sûr par des crises ces temps-ci. Le rôle de l’Etat aurait été pourtant, selon la stricte idéologie officielle, de prendre quelque assurance sur l’innocuité, au moins relative, des nouvelles technologies. Bien au contraire, ne voulant pas ralentir la course mais la gagner, ils se gardent bien de construire quelque garde fou que ce soit. En la matière, les Etats ont pour objectif de faciliter et de garantir auprès des multinationales la fuite en avant technologique.
_ Le pouvoir économique de ces producteurs de nanotechnologies devient démentiel : seules quelques firmes dans le monde (Nestlé, Monsanto, …) seront capables de fabriquer ces nécro-technologies, dominant ainsi outrancièrement un marché qui s’annonce juteux. Les intérêts énormes qui sont déjà en jeu laissent augurer une guerre économique à l’échelle planétaire où les salariés n’ont rien à gagner. Il y a fort à parier que les recherches continuent à se faire dans les pays industrialisés, la production étant sous traitée dans les pays émergeants où la main d’œuvre est moins coûteuses et les législations moins regardantes. Par ailleurs, l’armée française a beaucoup investi dans Minatec, le pôle grenoblois des nanotechnologies, bien qu’elle s’en soit défendue pendant un certain temps. Alors pourquoi pas, une guerre tout court ? (Il faut noter que des essais d’utilisation des nanotechnologies ont été effectués pendant la guerre qu’Israël mena à Gaza. Avec une belle efficacité : ont été observées des blessures telles que les médecins n’en avaient jamais vu de pareilles et devant lesquelles ils restaient démunis.) Après nous avoir servi les OGM et la vache folle on reprendra bien un petit coup de nanotechnologies, histoire de changer le monde qui serait bien terne sans les multiples innovations qui le défigurent à un rythme accéléré. Il faut bien ça pour assurer l’avenir du système.
_ Les technologies convergentes (NBIC pour les intimes, N = nanotechnologies,…) contribueront graduellement mais rapidement à un monde sous contrôle permanent. Peu à peu les libertés individuelles et collectives s’amenuisent au profit de la sacro-sainte sécurité. Il faudra vaincre …la nature (encore et toujours), les terroristes (plus que jamais), canaliser les déviants et les malades mentaux (qui ne respectent vraiment rien), etc… tout ce qui éloigne les braves gens (…qui se lèvent de bonne heure !) de l’activité qui détermine leur existence : la production et la consommation des marchandises.
_ Les débats prévus par l’Etat sont une caricature du débat que tout être sensé serait à même d’exiger en pareilles circonstances. Ils sont supposés indépendants mais, prudemment, on ne dit pas de quoi …ni de qui. En tous cas plusieurs ministères sont les commanditaires de l’affaire et celui de l’écologie paie la note : qui ne voit là une garantie d’objectivité ne peut être qu’une mauvaise langue, n’est ce pas ?
Quant aux autres ils apprendront que …"Faire participer, c'est faire accepter." le techno-gratin le sait et agit en conséquence. Les Verts et toute la ‘piétaille associative de bonne volonté’ enchanteront les organisateurs en se ruant dans les débats (comme dans le grand-guignolesque Grenelle de l’environnement.) Les aspirants gestionnaires sont en attente d’un strapontin, d’une commission pour se faire reconnaître comme interlocuteurs valables avec tous les avantages que ça comporte. Gageons que le pouvoir saura un jour remercier ses ‘opposants fidèles’ d’avoir si bien joué le jeu.
La question n’est pas de ‘faire quelque chose’ en participant servilement aux mascarades organisées pour pérenniser le système. On est dans une manipulation dont l’Etat moderne a la recette et dont il use abondamment en cette période charnière. Il est urgent de mettre tout ça au grand jour, de refuser d’être bernés une fois de plus et de favoriser un mouvement qui ne manquera pas de cristalliser toute l’animosité qu’on peut avoir contre le système qui ne nous promet plus rien que d’adhérer à ses fantasmes. N’oublions pas que les débats auront lieu pendant que les multinationales seront en train de fabriquer leurs technologies mortifères (les débats ne sont que des consultations ; ils existent pour ‘écouter’ et ‘rendre compte’, c’est tout !) - ce qui signifie bien qu’ils doivent ‘accompagner’ des décisions déjà prises au sommet. Du reste, y a t-il des gens assez naïfs pour croire un seul instant que les multinationales attendent patiemment le feu vert des citoyens pour continuer leurs recherches et leurs productions ?
On pourra apprécier à la façon dont ces gens organisent des débats à grande échelle, l’estime qu’ils portent au peuple qu’ils appellent à y débattre. Ils produisent leurs nanotechnologies dont ils clament bien sûr l’innocuité vis à vis des libertés individuelles et collectives ;technologies (pour reprendre l’expression des contestataires strasbourgeois qui sont intervenus dans le premier débat le 15 octobre) qu’ils nous proposent aujourd’hui sont, dans la manipulation, à la hauteur des horreurs qu’ils projettent de mettre en œuvre demain avec leurs fichues technologies… et ce n’est pas peu dire !
AristideDurutte, L'En Dehors
mercredi 23 décembre 2009
OGM : les tests scientifiques doivent-ils être rendus publics ?
Les chercheurs français du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) ont "contre-expertisé" pour la première fois les tests scientifiques de trois maïs OGM de Monsanto, dont les autorités sanitaires avaient approuvé la commercialisation. Leur étude démontre que les maïs MON 810, MON 863 et NK 603 ont des effets néfastes sur les reins, le foie mais aussi la rate ou le cœur des mammifères. Mais les résultats des tests de Monsanto n’étant pas publics, le Criigen a dû multiplier les demandes officielles et les recours en justice avant d’obtenir le droit d’étudier les tests réalisés par Monsanto. Pour plus de transparence, l’organisme scientifique demande à ce que toutes les analyses de sang effectuées sur les rats soient rendues publiques.
OGM : les tests scientifiques doivent-ils être rendus publics ?
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Source : Geo.fr,
Source : combat Monsanto
Ces bases étasuniennes qui empoisonnent l’Amérique Latine.
Le problème des bases étasuniennes- et des intentions des Etats-Unis - dans la région est au cœur de toutes les discussions et réunions. Témoin, le conseiller d’Obama, Arturo Valenzuala, qui a entamé une tournée en Amérique Latine - n’a pas échappé à la question avec ses interlocuteurs au Brésil - qui ne voient pas dans cette présence massive en Colombie un signe positif- ni sans doute en Argentine hier.
Quant au sommet de l’Alba qui a réuni à la Havane, les Venezuela, Bolivie, Cuba, Nicaragua, Honduras, Equateur, République Dominicaine notamment, le communiqué commun fut très clair : ces bases "constituent un danger pour les pays de la région et une menace grave pour la paix, la sécurité et stabilité de l’Amérique Latine et des Caraïbes" (Agence Pulsar , 14 décembre).
Bref, les 7 bases étasuniennes en Colombie sont un sujet d’inquiétude depuis plusieurs mois. On le comprend d’autant plus que selon La "Comisión de Transparencia y Verdad" (commission de transparence et vérité) créée par le gouvernement équatorien, les Etats-Unis ont appuyé l’armée colombienne quand elle attaqué un campement des FARC en Equateur en mars 2008. Et c’est justement à travers la base militaire de Manta - qui se trouve au Sud Ouest de l’Equateur- que cet appui a été apporté. Selon le rapport, « l’intelligence stratégique mise en place depuis la base de Manta fut fondamentale pour suivre et localiser Raul Reyes… » (Selon l’Agence Pulsar, 11 décembre 2009) ; ce qui ne correspondait pas à la finalité de l’accord initial passé avec l’Equateur.
Les militaires étasuniens utilisaient la base de Manta depuis 1999, quand le président équatorien de l’époque a autorisé l’intervention dans cette région dans le cadre d’un soit-disant plan de lutte antidrogue. Dès sa prise de mandat l’actuel président Rafael Correa s’est opposé à cette base, considérant qu’elle violait la souveraineté équatorienne. Et le 18 septembre dernier, le gouvernement équatorien a repris le contrôle de Manta en ne renouvelant pas l’accord passé avec l’armée étasunienne.
Qu’a cela ne tienne. Non seulement dès avril de cette année, les Etats-Unis annonçaient la réactivation de la 4ème flotte (en sommeil depuis 1948) mais surtout quelques mois après ils faisaient part de leur intention de s’implanter dans 7 nouvelles bases en Colombie. Comme le soulignait Ignacio Ramonet, directeur de l’édition espagnole du Monde diplomatique et président de l’Association Mémoire des Luttes, [récemment dans une conférence [1], les Etats-Unis ont modifié leur politique militaire sur l’Amérique Latine, appliquant la doctrine Rumsfeld qui vise à transformer les lourds bataillons en une force très mobile, souple, réactive, avec des armes ultramodernes.
Il ne s’agit plus d’avoir en main leurs propres bases, lourdes en hommes et en matériel, mais plutôt de s’installer sur des sites opérationnels. Les Etats-Unis parasitent en quelque sorte des bases militaires locales, dans une perspective toutefois de long terme les accords portent par exemple en Colombie sur dix ans. Non seulement cela coûte moins (matériel, hommes) mais cette stratégie leur permet une plus grande dispersion. Dans le cadre de cette politique, il s’agit de mettre en place un maillage qui répond à leurs objectifs. Ainsi les Etats-Unis compteraient quelque 750 bases de cette nouvelle forme dans le monde.
A cela s’ajoute que les conflits contemporains sont des conflits asymétriques. Dans cette région le fait que plusieurs Etats ne s’inscrivent pas dans la logique néolibérale est une préoccupation pour les Etats-Unis ; le fait que d’importantes et stratégiques ressources naturelles y résident -eau, hydrocarbure, biodiversité- est un enjeu. La réponse est deux bases au Pérou, quatre au Panama, 7 en Colombie. Dès lors, il suffit de regarder la carte pour comprendre l’encerclement du Venezuela. Sans oublier que leur intention était d’en avoir une au Paraguay pour surveiller la triple frontière argentino-bresilienne et la Bolivie mais le président Lugo a mis son veto.
Pour mémoire enfin, alors que d’aucuns montrent du doigt les dépenses militaires du Venezuela, dans la région c’est le Brésil qui a le plus gros budget militaire suivi de la Colombie -les Etats-Unis à travers le plan Colombie lui versent 750 millions de dollars par an-, devant le Chili. Il serait temps de mettre fin à certaines idées reçues.
Estelle Leroy-Debiasi
http://www.elcorreo.eu.org/article.php3?id_article=4574
Notes :
[1] le 9 décembre 2009 à la Maison de l’Amérique Latine
Paysans contre business vert
A Jutichan au Mexique, des parcs éoliens fleurissent dans les champs. Au détriment des paysans, que les multinationales étrangères ne prennent guère en considération. Témoignage vidéo de ces dérives d’un capitalisme vert, plus attiré par les profits que par le respect de l’environnement et des populations locales.
A Juchitán, dans l’isthme du Mexique, le vent ne se repose jamais. Un souffle d’air chaud fait claquer les portes et secoue violemment les arbres. Les habitants comme la nature se sont adaptés à cette tempête permanente. Les femmes maintiennent leur coiffure en ordre en usant de gel. Le maïs s’est rétréci pour mieux résister aux rafales continuelles. Cette rareté climatique a attiré les entreprises développant les énergies alternatives. Et peu à peu sont sortis de terre des parcs entiers d’éoliennes. Il y en a actuellement 500. Ils projettent d’en implanter 5000 au total. Un business vert encouragé par le marché des droits d’émission de CO2.
Les entreprises concernées avaient lancé des campagnes informatives pour promouvoir auprès des paysans l’implantation de ces moulins à vent. Ce changement dans le paysage devait apporter un développement substantiel pour les communautés et générer des emplois. Les agriculteurs ont signé des contrats de location particulièrement bon marché avec les entreprises pour leur allouer une part de leur terrain où viendrait s’ériger l’éolienne. Mais installer une tour de trente mètres de hauteur ne se fait pas en douceur. Les drains et systèmes d’irrigation ont été détruits lors de l’installation et rendu des hectares entiers inutilisables pour le bétail ou la culture. Et une fois installées, les éoliennes ne nécessitent que quelques ingénieurs et ne génèrent pas d’emplois localement. Le montant des factures d’électricité a augmenté, l’électricité produite ne bénéficie pas aux populations locales mais est vendue aux pays voisins.
Des conflits se sont déclarés au sein des communautés car certains veulent signer les contrats et d’autres non. Aujourd’hui, quelques habitants de La Venta bloquent l’accès aux éoliennes qui se trouvent sur leur terrain car l’entreprise ne leur a toujours pas payé les sommes qu’elle leur doit depuis plus d’un an. Des habitants de Juchitán se sont organisés en constituant l’Assemblée de défense des terres et du territoire de Juchitán pour freiner l’arrivée de « nouveaux ventilateurs », comme ils les nomment là-bas.
La Banque inter-américaine de développement (BID) a annoncé il y a quelques jours qu’elle accordait un prêt de 50 millions de dollars pour ce parc d’éoliennes Eurus, aménagé par Acciona Energía México (AEM), une filiale de la société espagnole Acciona Energía. Ce projet s’intègre dans le marché des droits d’émissions de CO2 et peut générer des « crédits réduction certifiée des émissions ». Il bénéficiera ainsi de la vente de crédits carbone « d’une quantité totale de 600 000 tonnes d’émissions de CO2 évitées par an ». Juchitán est pourtant une illustration parmi d’autres de la façon dont des promoteurs de l’énergie verte, en développant des projets déconnectés des réalités locales, menacent le mode de vie de toute une communauté.
Adrien Trocmé - LARuta
Source : Basta !
mardi 22 décembre 2009
Des milices harcèlent et intimident des militants des droits de l’homme en Inde
Des enquêteurs de droits de l’homme ont été harcelés et intimidés par d’imposants gangs probablement enrôlés pour intercepter tout étranger pénétrant sur le site d’une future mine controversée en Inde.
Ces groupes, connus localement sous le nom de ‘goons’ (milices), sont devenus très actifs dans les villages situés aux alentours des collines de Niyamgiri en Orissa, où se trouve le chantier d’une gigantesque mine de bauxite construite par la compagnie Vedanta Resources. Ces collines sont le territoire ancestral de la tribu des Dongria Kondh qui s’opposent fermement à la mine.
Les gangs, équipés de moyens de communication sophistiqués et de motos, s’en sont pris aux enquêteurs peu de temps avant que Pavan Kaushik, responsable de la communication de Vedanta, n’écrive une lettre à certains journalistes.
Dans cette lettre, il attaque les ‘étrangers’ qui, ‘circulent librement dans la région’ et ‘interfèrent forcément dans les affaires de la tribu’, prétend qu’ils diffusent de ‘fausses informations’ et demande aux journalistes de ‘couvrir cette affaire’.
Deux représentants de Survival International et un avocat spécialiste des droits de l’homme, Gordon Bennett, se trouvaient dans les collines, enquêtant auprès des Dongria pour savoir s’ils avaient été consultés ou non sur le projet de Vedanta. La compagnie a récemment été vivement critiquée par le gouvernement britannique qui l’a accusée d’enfreindre les directives de l’OCDE sur les multinationales et a statué ‘qu’un changement de comportement de la compagnie’ était ‘nécessaire’.
Gordon Bennett et l’équipe de Survival ont été encerclés à trois reprises par des gangs d’hommes durant leur enquête auprès des Dongria. Certains d’entre eux, armés de haches, ont tenté de s’emparer de leurs carnets de notes et de leurs appareils photo.
La lettre de Kaushik invite également les journalistes à contacter le commissaire de police régional annonçant qu’il est ‘disponible pour interview’. Les Dongia et leurs sympathisants en Inde accusent depuis longtemps la police locale d’agir sur ordre de Vedanta. La police s’est rendue en pleine nuit dans un hôtel où ils pensaient trouver les représentants de Survival.
En dépit de ces harcèlements, l’équipe de Survival et Gordon Bennett ont réussi à échapper aux milices et ont pu se rendre dans plusieurs villages dongria affectés par le projet minier. Jo Woodman, une enquêtrice de Survival, a déclaré aujourd’hui : ‘La présence de ces gangs ne fait que renforcer la révolte des Dongria. Ils tentent de faire taire leur résistance, mais ils ont échoué : tous les Dongria que nous avons rencontrés étaient unis dans leur détermination à sauver leur montagne sacrée’.
Un aîné dongria a déclaré à l’équipe de Survival : ‘Vedanta veut nous prendre notre bauxite, mais nous ne la laisserons pas faire. Nous sommes tous ensemble – vous et nous. Ainsi nous sommes forts. Mais si l’un d’entre nous tombe, nous tomberons tous. Vous avez la parole. Vous pouvez porter nos voix à l’extérieur – nous ne pouvons pas continuer sans votre aide’.
Gordon Bennett et Jo Woodman sont disponibles pour interview.
Source : Survival
Ce qui s’est vraiment passé au Sommet de Copenhague
Ce sont les jeunes que l’avenir concerne plus que quiconque.
Encore tout récemment, la discussion portait sur le type de société où nous vivrions. Aujourd’hui, l’on discute si la société survivra…
Il ne s’agit pas là de phrases dramatiques. Il faut s’accoutumer aux faits réels. L’espoir est la dernière chose que les êtres humains peuvent perdre. C’est la vérité en main que des hommes et des femmes de tous âges, mais surtout des jeunes, ont livré au Sommet de Copenhague une bataille exemplaire, offrant ainsi au monde une grande leçon.
Le principal, maintenant, c’est que l’on sache le plus possible à Cuba et dans le monde ce qui s’est passé à Copenhague. La vérité possède une force qui surpasse l’intelligence médiatisée et bien souvent désinformée de ceux qui ont en main les destinées du monde.
Si quelque chose d’important a été obtenu dans la capitale danoise, c’est que l’opinion mondiale a pu observer à travers les médias le chaos politique qui s’y est engendré et le traitement humiliant infligé à des chefs d’État ou de gouvernement, à des ministres et à des milliers de représentants de mouvements sociaux et d’institutions qui, pleins d’illusions et d’espoirs, se sont rendus au siège du Sommet, à Copenhague. La brutale répression contre des manifestants pacifiques par la force publique rappelait la conduite des troupes d’assaut nazies qui occupèrent le Danemark en avril 1940. Ce que personne ne pouvait imaginer, c’est que, le 18 décembre 2009, dernier jour du Sommet, celui-ci serait interrompu par le gouvernement danois – allié de l’OTAN et associé à la boucherie afghane – pour céder la salle plénière au président Obama où celui-ci et un groupe sélect d’invités, seize au total, auraient le droit exclusif de parler. Obama y a prononcé un discours trompeur et démagogique, bourré d’ambigüités, qui n’impliquait aucun engagement contraignant et ignorait le Protocole de Kyoto. Il a abandonné la salle peu après avoir écouté quelques autres orateurs. Parmi les pays invités à prendre la parole, on trouvait les pays les plus industrialisés, plusieurs économies émergentes et quelques-uns des plus pauvres de la planète. Les dirigeants et représentants de plus de cent soixante pays n’ont eu que le droit d’écouter.
À la fin du discours du seizième élu, Evo Morales, fort de toute l’autorité de son origine aymara, frais réélu par 65 p. 100 des votants et jouissant du soutien des deux tiers de la Chambre et du Sénat bolivien, a demandé la parole. Le président danois n’a pas eu d’autre remède que de la lui céder à la demande des autres délégations. Quand Evo a conclu sa sage et profonde intervention, le Danois a dû la concéder ensuite à Hugo Chávez. Les deux interventions passeront à l’Histoire comme des exemples de discours brefs et opportuns. Une fois leur tâche dûment remplie, tous deux ont regagné leur pays respectif. Mais quand Obama est sorti de scène, il n’avait pas encore conclu la sienne au pays siège du Sommet.
Dans la nuit du 17 au 18, le Premier ministre danois et de hauts représentants des États-Unis s’étaient réunis avec le président de la Commission européenne et les dirigeants de vingt-sept pays pour leur proposer, au nom d’Obama, un projet d’accord à l’élaboration duquel aucun autre dirigeant du reste du monde ne devait participer. C’était là une initiative antidémocratique et virtuellement clandestine qui ignorait des milliers de représentants de mouvements sociaux, d’institutions scientifiques, religieuses et les autres invités au Sommet.
Dans la nuit du 18, alors que de nombreux chefs d’État étaient déjà partis, les représentants des pays ont attendu jusqu’à trois heure du matin du 19 la reprise des séances et la clôture de la réunion. Pendant toute la journée du 18, Obama avait soutenu des réunions et des conférences de presse. Tout comme les dirigeants européens. Puis ils sont partis.
Il s’est alors passé quelque chose d’insolite : le 19, à trois heures du matin donc, le Premier ministre danois a convoqué la clôture du Sommet. Les ministres, fonctionnaires, ambassadeur et personnels techniques étaient les seuls à représenter leur pays.
Mais un groupe de représentants de pays du Tiers-monde qui contestaient la tentative d’Obama et des plus riches de la planète de présenter comme un accord consensuel du Sommet le document imposé par les États-Unis a livré cette nuit-là une bataille étonnante.
La représentante vénézuélienne, Claudia Salerno, pleine d’une énergie impressionnante, montra le sang qui coulait de sa main droite à cause des coups qu’elle avait dû frapper sur la table pour pouvoir exercer son droit de parole. Le ton de sa voix et la dignité de ses arguments sont inoubliables.
Le ministre cubain des Relations extérieures a prononcé un discours énergique d’un millier de mots dont j’extrais plusieurs paragraphes pour les inclure dans mes Réflexions :
« Le document dont vous avez nié à plusieurs reprises l’existence, monsieur le Président, apparaît maintenant… Nous avons vu des versions qui circulent d’une manière subreptice et qui se discutent en petits conciliabules secrets.
« … je regrette profondément la façon dont vous avez conduit cette Conférence.
« …Cuba juge extrêmement insuffisant et inadmissible le texte de ce projet apocryphe. L’objectif de 2ºC est inacceptable, car il aurait des conséquences catastrophiques incalculables…
« Le document que vous nous présentez ne contient, hélas, aucun engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
« Je connais les versions antérieures qui se sont négociées elles aussi à travers des procédés contestables et clandestins, en coteries fermées…
« Le document que vous nous soumettez maintenant omet justement les phrases clefs déjà bien maigres et insuffisantes de cette version-là.
« …pour Cuba, cet objectif est incompatible avec le critère scientifique universellement accepté selon lequel il est urgent et incontournable de réduire les émissions d’au moins 45 p. 100 d’ici à 2020 et de non moins de 80 à 90 p. 100 d’ici à 2050.
« Toute proposition de poursuite des négociations en vue d’adopter à l’avenir des accords de réduction des émissions doit inclure impérativement le concept selon lequel le Protocole de Kyoto est toujours d’actualité. […] Votre papier, monsieur le Président, est l’acte de décès du Protocole de Kyoto, et ma délégation s’y refuse.
« La délégation cubaine tient à souligner la primauté du principe des "responsabilités communes mais différenciées" en tant que concept clef des futures négociations. Votre papier n’en dit mot.
« Ce projet de déclaration omet des engagements concrets en matière de financement et de transfert de technologies vers les pays en développement dans le cadre des obligations contractées par les pays développés au titre de la Convention-cadre des Nations sur les changements climatiques. […] Les pays développés qui imposent leurs intérêts par ce document interposé fuient tout engagement concret.
« …Ce que vous appelez, monsieur le Président, un "groupe de leaders représentatifs" constitue à mes yeux une violation grossière du principe de l’égalité souveraine des États que consacre le Charte des Nations Unies.
« Je vous demande formellement, monsieur le Président, de faire en sorte que ma déclaration fasse partie du rapport final sur les travaux de cette lamentable, de cette honteuse Quinzième Conférence des Parties.
On n’avait concédé qu’une heure aux représentants des États pour émettre des opinions, ce qui a provoqué des situations compliquées, honteuses et désagréables.
Il s’ensuivit un long débat durant lequel les délégations des pays développés ont exercé de fortes pressions pour que la Conférence adopte ce document comme résultats final de ses délibérations.
Un nombre réduit de pays a insisté fermement sur les sérieuses carences et ambigüités du document impulsé par les États-Unis, en particulier sur l’absence d’engagement de la part de pays développés en matière de réduction des émissions de carbone et de financement permettant aux pays du Sud de mettre en place des mesures d’atténuation et d’adaptation.
C’est au terme de discussions longues et extrêmement tendues que la position des pays de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) et du Soudan en tant que président en exercice du Groupe des 77 a fini par prévaloir : le document en question était inacceptable par la Conférence.
Devant le manque de consensus évident, la Conférence s’est bornée à « prendre note » de l’existence de ce document en tant que position d’un groupe d’environ vingt-cinq pays.
Une fois cette décision adoptée à 10 h 30 (heure de Copenhague), Bruno – après avoir discuté amicalement, aux côtés d’autres représentants de l’ALBA avec le Secrétaire général de l’ONU et lui avoir confirmé leur disposition de continuer de lutter de concert avec les Nations Unies pour empêcher les terribles conséquences des changements climatiques – a regagné notre pays en compagnie du vice-président cubain, Esteban Lazo, pour assister à la session de l’Assemblée nationale. Sa mission avait pris fin. Il n’est resté à Copenhague que quelques membres de notre délégation et l’ambassadeur pour participer aux démarches finales.
Ils ont informé cet après-midi :
« …comme ceux qui ont participé à l’élaboration du document aussi bien que ceux qui, comme le président des USA, se sont empressés d’annoncer son adoption par le Sommet… ne pouvaient refuser la décision de celui-ci de seulement "prendre note" du prétendu "Accord de Copenhague", ils ont tenté de proposer un procédé par lequel d’autres pays Parties qui n’avaient pas participé à cette manigance pourraient la seconder et y adhérer, afin de donner des dehors de légalité à cet accord, ce qui aurait pu de fait préjuger du résultat des négociations à venir.
« Cuba, le Venezuela et la Bolivie se sont opposés de nouveau fermement à cette tentative tardive, avertissant que ce document non entériné par la Conférence n’avait pas de caractère légal, qu’il n’existait pas comme document des Parties et qu’on ne pouvait établir aucune règle pour le faire censément adopter…
« Voilà dans quel esprit que se sont conclues les sessions de Copenhague, sans adoption de ce document préparé subrepticement ces derniers jours, sous la conduite idéologique évidente de l’administration étasunienne… »
Demain, notre attention sera centrée sur l’Assemblée nationale.
Lazo, Bruno et le reste de la délégation arriveront vers minuit. Notre ministre des Relations extérieures pourra expliquer lundi, avec luxe de détails et avec toute la précision requise, ce qui s’est vraiment passé au Sommet.
Fidel Castro Ruz
Que crève le vieux monde
Ah ! Ah ! C’est le jour de l’an !
La voix claire de l’enfant et la voix cassé du vieillard entonnent la même ballade : la ballade des vœux et souhaits.
L’ouvrier à son patron, le débiteur à son créancier, le locataire à son propriétaire disent la ritournelle de la bonne et heureuse année. Le pauvre et la pauvresse s’en vont par les rues chanter la complainte de la longue vie.
Ah ! Ah ! C’est le jour de l’an !
Il faut que l’on rie ! Il faut que l’on se réjouisse. Que toutes les figures prennent un air de fête. Que toutes les lèvres laissent échapper les meilleurs souhaits. Que sur toutes les faces se dessine le rictus de la joie.
C’est le jour du mensonge officiel, de l’hypocrisie sociale, de la charité pharisienne. C’est le jour du vernis et du convenu.
Les faces s’illuminent et les maisons s’éclairent ! Et l’estomac est noir et la maison est vide. Tout est apparent, tout est façade, tout est leurre, tout est tromperie ! La main qui vous accueille est un rictus ou une grimace. Le souhait qui vous reçoit est un blasphème ou une moquerie.
Dans la curée âpre des appétits, c’est l’armistice, c’est la trêve. Dans l’âpre curée des batailles, c’est le jour de l’an.
On entend l’écho qui répète la voix du canon et qui redit le sifflet de l’usine. La mitrailleuse fume encore et encore ; la chaudière laisse échapper la vapeur. L’ambulance regorge de blessés et l’hôpital refuse des malades. L’obus a ouvert ce ventre et la machine à couper ce bras. Les crimes des mères, les pleurs des enfants font retentir à nos oreilles l’affreuse mélodie de la douleur, toujours la même.
Le drapeau blanc flotte : c’est l’armistice, c’est la trêve, pour une heure et pour un jour, les mains se tendent, les faces se sourient, les lèvres bégaient des mot d’amitié : ricanements d’hypocrisie et de mensonges.
Bonne vie à toi, propriétaire ? qui me jettera sur le pavé de la ville sans t’occuper du froid ou de l’averse…
Bonne vie à toi patron ? qui me diminua ces jours derniers, parce que faiblissait mon corps après la dure maladie que je contractai à ton service…
Bonne vie, bonne vie à tous ! boulangers, épiciers, débitants qui enserriez ma misère de vos péages honteux et qui teniez commerce de chacun de mes besoins, de chacun de mes désirs.
Et bonne vie et bonne santé à tous, mâles et femelles, lâchés à travers la civilisation : bonne année à toi, l’ouvrier honnête ? à toi, maquereau régulier ? à toi, catalogué du mariage ? à toi, inscrit aux livres de police ? à vous tous dont chacun des gestes, chacun des pas est un geste et un pas contre ma liberté, contre mon individualité ?
Ah ! Ah ! bonne vie et bonne santé ?
Vous voulez des vœux, en voilà : que crève le propriétaire qui détient la place où j’étend mes membres et qui me vend l’air que je respire ! Que crève le patron qui, de longues heures, fait passer la charrue de ses exigences sur le champ de mon corps.
Que crèvent ces loups âpres à la curée qui prélèvent la dîme sur mon coucher, mon repos, mes besoins, trompant mon esprit et empoisonnant mon corps !
Que crèvent les catalogués de tous sexes avec qui les désirs humains ne se satisfont que contre promesses, fidélités, argent ou platitudes !
Que crève l’officier qui commande le meurtre et le soldat qui lui obéit ; que crève le député qui fait la loi et l’électeur qui fait le député !
Que crève le riche qui s’accapare une si large part du butin social ! mais que crève surtout l’imbécile qui prépare sa pâtée.
Ah ! Ah ! C’est le jour de l’an !
Regardez autour de vous. Vous sentez plus vivant que jamais le mensonge social. Le plus simple d’entre vous devine partout l’hypocrisie gluante des rapports sociaux. Le faux apparaît à tout pas. Ce jour-là, c’est la répétition d tous les autres jours de l’an. La vie actuelle n’est faite que de mensonge et de leurre. Les hommes sont en perpétuelle bataille. Les pauvres se baladent du sourire de la concierge au rictus du bistrot et les riches de l’obséquiosité du laquais aux flatteries de la courtisane. Face glabres et masques de joie.
La caresse de la putain a comme équivalent le sourire de la femme mariée. Et la défense du maquereau est pareille à la protection de l’époux. Truquages et intérêts.
Pour que nous puissions chanter la vie, un jour, en toute vérité, il faut, disons-le bien hautement, laisser le convenu et faire un âpre souhait : que crève le vieux monde avec son hypocrisie, sa morale, ses préjugés qui empoisonnent l’air et empêchent de respirer. Que les hommes décident tout à coup de dire ce qu’ils pensent.
Faisons un jour de l’an où l’on ne se fera pas de vœux et de souhaits mensongers, mais où, au contraire, on videra sa pensée à la face de tous.
Ce jour-là, les hommes comprendront qu’il n’est véritablement pas possible de vivre dans une pareille atmosphère de lute et d’antagonismes.
Ils chercheront à vivre d’autre façon. Ils voudront connaître les idées, les choses et les hommes qui les empêchent de venir à plus de bonheur.
La propriété, la patrie, les dieux, l »honneur courront risque d’être jetés à l’égout avec ceux qui vivent de ces puanteurs. Et sera universel ce souhait qui semble si méchant et qui est pourtant rempli de douceur : que crève le vieux monde !
Les faces s’illuminent et les maisons s’éclairent ! Et l’estomac est noir et la maison est vide. Tout est apparent, tout est façade, tout est leurre, tout est tromperie ! La main qui vous accueille est un rictus ou une grimace. Le souhait qui vous reçoit est un blasphème ou une moquerie
Dans la curée âpre des appétits, c’est l’armistice, c’est la trêve. Dans l’âpre curée des batailles, c’est le jour de l’an.
On entend l’écho qui répète la voix du canon et qui redit le sifflet de l’usine. La mitrailleuse fume encore et encore ; la chaudière laisse échapper la vapeur. L’ambulance regorge de blessés et l’hôpital refuse des malades. L’obus a ouvert ce ventre et la machine à couper ce bras. Les crimes des mères, les pleurs des enfants font retentir à nos oreilles l’affreuse mélodie de la douleur, toujours la même.
Le drapeau blanc flotte : c’est l’armistice, c’est la trêve, pour une heure et pour un jour, les mains se tendent, les faces se sourient, les lèvres bégaient des mot d’amitié : ricanements d’hypocrisie et de mensonges.
Bonne vie à toi, propriétaire ? qui me jettera sur le pavé de la ville sans t’occuper du froid ou de l’averse…
Bonne vie à toi patron ? qui me diminua ces jours derniers, parce que faiblissait mon corps après la dure maladie que je contractai à ton service…
Bonne vie, bonne vie à tous ! boulangers, épiciers, débitants qui enserriez ma misère de vos péages honteux et qui teniez commerce de chacun de mes besoins, de chacun de mes désirs.
Et bonne vie et bonne santé à tous, mâles et femelles, lâchés à travers la civilisation : bonne année à toi, l’ouvrier honnête ? à toi, maquereau régulier ? à toi, catalogué du mariage ? à toi, inscrit aux livres de police ? à vous tous dont chacun des gestes, chacun des pas est un geste et un pas contre ma liberté, contre mon individualité ?
Ah ! Ah ! bonne vie et bonne santé ?
Vous voulez des vœux, en voilà : que crève le propriétaire qui détient la place où j’étend mes membres et qui me vend l’air que je respire !
Que crève le patron qui, de longues heures, fait passer la charrue de ses exigences sur le champ de mon corps.
Que crèvent ces loups âpres à la curée qui prélèvent la dîme sur mon coucher, mon repos, mes besoins, trompant mon esprit et empoisonnant mon corps !
Que crèvent les catalogués de tous sexes avec qui les désirs humains ne se satisfont que contre promesses, fidélités, argent ou platitudes !
Que crève l’officier qui commande le meurtre et le soldat qui lui obéit ; que crève le député qui fait la loi et l’électeur qui fait le député !
Que crève le riche qui s’accapare une si large part du butin social ! mais que crève surtout l’imbécile qui prépare sa pâtée.
Ah ! Ah ! C’est le jour de l’an !
Regardez autour de vous. Vous sentez plus vivant que jamais le mensonge social. Le plus simple d’entre vous devine partout l’hypocrisie gluante des rapports sociaux. Le faux apparaît à tout pas. Ce jour-là, c’est la répétition d tous les autres jours de l’an. La vie actuelle n’est faite que de mensonge et de leurre. Les hommes sont en perpétuelle bataille. Les pauvres se baladent du sourire de la concierge au rictus du bistrot et les riches de l’obséquiosité du laquais aux flatteries de la courtisane. Face glabres et masques de joie.
La caresse de la putain a comme équivalent le sourire de la femme mariée. Et la défense du maquereau est pareille à la protection de l’époux. Truquages et intérêts.
Pour que nous puissions chanter la vie, un jour, en toute vérité, il faut, disons-le bien hautement, laisser le convenu et faire un âpre souhait : que crève le vieux monde avec son hypocrisie, sa morale, ses préjugés qui empoisonnent l’air et empêchent de respirer. Que les hommes décident tout à coup de dire ce qu’ils pensent.
Faisons un jour de l’an où l’on ne se fera pas de vœux et de souhaits mensongers, mais où, au contraire, on videra sa pensée à la face de tous.
Ce jour-là, les hommes comprendront qu’il n’est véritablement pas possible de vivre dans une pareille atmosphère de lutte et d’antagonismes.
Ils chercheront à vivre d’autre façon. Ils voudront connaître les idées, les choses et les hommes qui les empêchent de venir à plus de bonheur.
La propriété, la patrie, les dieux, l’honneur courront risque d’être jetés à l’égout avec ceux qui vivent de ces puanteurs. Et sera universel ce souhait qui semble si méchant et qui est pourtant rempli de douceur : que crève le vieux monde !
Albert Libertad dans L’anarchie, 27 décembre 1906.
Source : Base de Données Anarchistes
lundi 21 décembre 2009
LOBBY LABO
SUR LES SITES DAILYMOTION ou YouTube, nul ne peut désormais ignorer que la pandémie de grippe A est un complot mondial ourdi, selon les cas, par le Mossad, la CIA ou l’infâme Rumsfeld [2], avec la complicité active des multinationaux laboratoires du médicament. Sur France Inter, le débat, dans un premier temps, semblait mieux engagé, car plus au fait des enjeux d’une véritable manipulation de l’opinion. Ainsi, le 7 septembre dernier, le professeur Gentilini, invité de la tranche matinale d’informations, pouvait librement asséner quelques salutaires piqûres de rappel. Et l’ancien président de la Croix-Rouge française de regretter que les ressources utilisées pour la vaccination le soient au détriment d’autres actions plus primordiales, notamment contre le sida, le paludisme ou la pauvreté, « première maladie au monde ». Concédant que la campagne de vaccination contre la grippe A puisse être une bonne affaire, il précise que son succès dépendra du « terrorisme sanitaire ». Fichtre, l’éminent spécialiste ne fait pas dans la critique chirurgicale ! Las, les échéances gouvernementales approchant à grands pas et la perplexité de l’opinion demeurant intacte, les parangons de l’information différente ont muté en promoteurs zélés du seringage tous azimuts.
Le 29 octobre, alors que la vaccination a déjà commencé – dans le scepticisme – pour les professionnels de santé et qu’elle débutera une semaine après les vacances de la Toussaint pour le grand public, une singulière effervescence agite la rédaction de France Inter, suite à la mise en cause du conseiller grippe A de Bachelot et principal interlocuteur de la radio de service public. Une enquête du Parisien dévoile les liens du professeur Lina avec les cinq grands laboratoires pharmaceutiques produisant le vaccin, ce qui constitue bien sûr un risque de conflit d’intérêts. Hélène Cardin, spécialiste santé de France Inter, se sent alors obligée de monter au créneau pour défendre la probité de son expert attitré en expliquant que les liaisons dangereuses de celui-ci sont chose publique. Sauf que c’est la première fois qu’elle en fait état, comme d’ailleurs la plupart de ses confrères. Pourtant le Code de la santé publique, depuis 2007, contraint tous les professionnels du secteur s’exprimant publiquement de réveler leurs éventuels conflits d’intérêts. On sait bien que la chose est compliquée et elle le serait plus encore si l’on étendait cette obligation aux décideurs politiques… Imaginons qu’avant toute prise de parole publique de Bachelot, la journaliste doive égrener pendant de longues secondes les vingt années de bons et loyaux services de la ministre auprès de deux laboratoires pharmaceutiques… Ou, avant toute saillie de Kouchner sur la pandémie, une notice indicative sur les activités de son frangin, leader de la communication médicale en France. Ou, avant chaque coup de menton et haussement d’épaules de Sarkozy, un préambule sur son frère François, patron d’une chaîne TV entièrement consacrée à la maladie d’Alzheimer – celle-ci ayant été promue grande cause nationale par son aîné le petit Nicolas. Intenable, et puis cela accréditerait la thèse, démocratiquement malsaine, d’une confiscation du pouvoir par une minuscule élite cul et chemise avec le grand patronat mondialisé.
Non, si dévoiement de l’intérêt général par un lobby il doit y avoir, il faut chercher ailleurs. Toujours sur France Inter, Hélène Cardin a la réponse : l’immense pouvoir des ligues antivaccinales associées aux sectes. Comme elle ne cite aucun nom, c’est pratique : l’ensemble des opposants ou éventuels critiques de la vaccination peuvent se sentir visés. La circonspection des propos de la revue indépendante Prescrire assimilés aux anathèmes des Témoins de Jéhovah ? Les attaques virulentes du blog Pharmacritique renvoyées aux fumisteries de la Scientologie ? Tous ceux-là n’auront guère la possibilité d’exposer un autre son de stéthoscope puisque la station de Radio France, à partir du 12 novembre, n’invitera plus que des experts détenant la vérité ultime : « Les vaccins, ça protège. » Du même coup, ils balaient d’un doctoral revers de manche les irrationnelles questions du conflit d’intérêts, de la toxicité des adjuvants présents dans certains vaccins, de l’absurdité d’une vaccination en pleine épidémie, ou encore de l’immunité pénale – à l’américaine – accordée aux fabricants en cas de défectuosité de produits livrés dans l’urgence [3]… Rappelons simplement que l’un des devoirs déontologiques du corps médical est de favoriser chez les patients un consentement libre et informé, pas de faire fonctionner la planche à bi…, oups, à ordonnances.
Article publié dans CQFD N°73, décembre 2009, actuellement en kiosques.
Lettre au Président de la République
Monsieur le Président,
Vous avez jugé utile de faire publier un article en pleine période de débat sur l’identité nationale. Vous demandez aux musulmans « derniers venus » de la République de s’adapter afin de rassurer les français « premiers venus ».
Vous avancez l’idée de la remise en cause de l’équilibre du vivre ensemble par l’islam et les musulmans qui ne font pas un effort d’invisibilité. Vous avez jugé opportun de défendre le référendum suisse sur les minarets car il traduirait, d’abord la peur des Suisses ce qui nous renvoie à celle des français. Vous, qui avez rejeté la votation citoyenne sur l’avenir de la Poste.
Monsieur le Président,
Le débat sur l‘identité nationale n’est pas nouveau de votre part. Vous en aviez fait votre thème de campagne. Au lendemain de votre victoire aux élections présidentielles, vous aviez consacré un ministère à l’identité nationale afin de rassurer la frange des citoyens tentés par le vote F.N. Vous aviez privilégié une partie de la population contre une autre pour accéder aux plus hautes fonctions de l’Etat.
Vous aviez promis tant de choses, vous aviez proposé tant de rêves que la crise des subprimes est venue vous rappeler la dure réalité du pouvoir. Cette crise est venue vous rappeler qu’on ne gère pas un Etat, une Nation comme si on gérait une entreprise ou une équipe de football.
Monsieur le Président,
Votre incapacité à maintenir vos promesses électorales surréalistes vous pousse aux vieilles recettes de diversion afin de ne pas focaliser le débat sur votre gestion. Après avoir tenté l’affaire du « groupuscule d’extrême-gauche » dans le sabotage des rails de chemin de fer. Après avoir tenté une autre diversion sur l’affaire des quelques centaines de « burqas », vous continuez la charge sur l’identité nationale qui était la promesse pour l’électorat volatil d’extrême droite. Ceci n’a pas eu les résultats escomptés. Les français ont compris que face à la crise, face aux licenciements sans fin, vous cherchez à ne plus assumer vos engagements. Enfin, l’affaire des minarets en Suisse vient à votre secours pour réanimer le débat. Votre article dans le Monde traduit votre désespoir.
Monsieur le Président,
Rappelons-nous, que sur le dossier du CFCM, vous aviez usé de pressions sur ses futurs membres afin qu’ils ne refusent rien. Vous aviez finalisé en façade un projet qui n’est utile pour personne aujourd’hui. Rappelons-nous aussi, que vous aviez occupé les débats sur le thème de l’insécurité des jeunes et des rassemblements en bas des immeubles. Au lieu d’aider les jeunes, vous avez choisi la voie de la criminalisation de leurs sorts. Vous avez aussi tenté sur le terrain de la sécurité de transformer la police républicaine en une milice réduite à la religion du chiffre. Ceci non plus n’a pas eu les résultats escomptés. La liste est longue sur les échecs de votre politique.
Rappelons-nous, Monsieur le Président, que votre article suggérant aux musulmans de faire plus de concessions, nous renvoie à des heures sombres de notre histoire. Combien de concessions avions-nous demandé aux juifs de France pour qu’ils soient considérés « assez français » aux yeux de leurs concitoyens. Cela les a-t-il protégés de l’extermination opérée par les nazis et soutenus par le pourvoir tout légitime de Vichy, ainsi que l’intervention toute aussi légale de notre police républicaine pour les envoyer par dizaines de milliers dans les camps nazis.
Monsieur le Président,
Ressaisissez-vous avant qu’il ne soit trop tard. Vous avez tenté la diversité à la limite de la diversion. Les idées généreuses ne peuvent être réduites à de simples stratégies. Les idées généreuses de fraternité, de liberté et d’égalité sont bien vivantes en France. Car aujourd’hui celles et ceux qui s’accrochent à la France d’hier sont celles et ceux qui ne vivent pas dans la France d’aujourd’hui. Je pensais que vous n’en faisiez pas partie.
Monsieur le Présient,
Avec vous ou sans vous, la France se fera avec ses composantes, ses contradictions, ses échecs et ses réussites. L’école républicaine a pu donner les outils pour porter le flambeau d’une France, forte par ses idéaux, généreuse par ses citoyens, humble auprès des plus faibles et ferme avec les injustes.
C’est cette France qui se dessine aujourd’hui et ce n’est pas ce genre de faux débats qui arrêteront sa marche.
La diversité dans l’égalité se renforce au jour le jour. La diversité dans la laïcité se vit tous les jours mal gré bon gré. La diversité dans la liberté se répand de plus en plus malgré les résistances. La diversité en toute citoyenneté.
Fouad IMARRAINE
Militant associatif
Agriculture, une profession sinistrée
En deux ans (2008 et 2009), les revenus des agriculteurs ont baissé de plus de moitié : - 34 % cette année, - 20 % en 2008. Le revenu annuel moyen devrait atteindre 14 500 euros en 2009, soit près de la moitié moins que le record de 28 500 euros enregistré en 2007. Encore ne s’agit-il que d’une moyenne. Les petites exploitations sont souvent nettement en dessous. Cette baisse spectaculaire tient à l’accélération de la déréglementation, qui entraîne une chute des prix de la plupart des productions agricoles. Les éleveurs laitiers figurent parmi les plus touchés, ainsi que les arboriculteurs.
Le gouvernement a promis un plan d’aide de 650 millions d’euros et un programme de prêts bonifiés. Ce qui est mieux que rien, si les aides sont équitablement réparties. Mais on ne peut d’un côté faire semblant de se préoccuper des paysans en donnant l’aumône, et de l’autre supprimer tous les leviers de maintien des cours et d’intervention publique. C’est l’ensemble du système qu’il faut revoir pour aller vers une agriculture moins productiviste et apte à faire vivre ceux qui travaillent la terre.
dimanche 20 décembre 2009
Qu’est-ce que le terrorisme ?
En mai 1898, le roi Umberto I, préoccupé par les nouvelles qui lui parviennent de Milan où venait d’éclater une grève générale, confiait au général Bava Beccaris le soin de réprimer la révolte. L’ordre est donné aux soldats de tirer à vue, et Bava Beccaris fait ouvrir le feu sur la ville à coups de canon. Le bilan est de 80 morts et 450 blessés. Fier du devoir accompli, le général télégraphe au roi que Milan est désormais « pacifiée ». Le chef de gouvernement, le marquis Di Rudini, fait interdire plus de cent journaux d’opposition, les Bourses du Travail, les cercles socialistes, les Sociétés mutualistes, mais aussi pas moins de 70 comités diocésains et 2500 comités paroissiaux. De plus, les Universités de Rome, Naples, Padoue et Bologne sont fermées, tandis que se déroulent des milliers d’arrestations. Umberto I envoie immédiatement un télégramme de félicitations à Bava Beccaris et le décore de la croix de l’Ordre Militaire de Savoie « pour les précieux services rendus aux institutions et à la civilisation ». Deux ans plus tard, le 29 juillet 1900, l’anarchiste Gaetano Bresci allège le roi Umberto I du poids de ses responsabilités en le tuant à Monza. Le Roi et l’anarchiste. Deux assassins aux mains tâchées de sang, c’est indéniable. Pourtant, peut-on les mettre sur le même plan ? Je ne le pense pas, pas plus qu’on ne peut considérer les motivations et les conséquences de leurs actes de la même manière.
Et donc, puisqu’ils ne peuvent être unis dans une exécration commune, lequel des deux a commis un acte de terrorisme ? Le roi qui a fait massacrer la foule, ou l’anarchiste qui a abattu le roi ?
Se demander ce qu’est le terrorisme est une de ces questions qu’il est en apparence inutile de poser, parce qu’elle est destinée à recevoir une réponse univoque. En réalité – lorsqu’elle est formulée de manière rigoureuse –, elle ne manque pas de susciter des réactions étonnantes. Les réponses sont en effet toujours différentes et contradictoires. « Le terrorisme, c’est la violence de ceux qui combattent l’Etat » diront certains ; « le terrorisme c’est la violence de l’Etat » répondront d’autres ; « mais non, le terrorisme est tout acte de violence politique, d’où qu’elle vienne », préciseront les derniers. Et ne parlons pas des débats qui s’ouvrent face aux distinctions qui peuvent être faites par la suite en la matière : par exemple, le terrorisme est uniquement la violence contre les personnes ou également contre les choses ? Doit-il nécessairement posséder une motivation d’ordre politique ou se caractérise-t-il uniquement par la panique qu’il sème ?
La multiplicité de sens assignés à ce terme est suspecte. La sensation ici n’est pas de se trouver en présence des malentendus habituels liés à l’incapacité des mots à exprimer une réalité dont la complexité dépasse les symboles qui voudraient la représenter. Au contraire, l’impression est celle de se retrouver face à un confusionnisme intéressé, à une relativisation d’interprétations créée artificiellement, dans l’intention de vider les idées de leur sens, de neutraliser la force pratique, de banaliser toute la question en réduisant à du bavardage toute réflexion qu’on pourrait mener à son propos.
Pourtant, ce mot de dix lettres doit bien avoir une origine, une histoire, dont il serait possible de déduire un sens en mesure de dissiper au moins une bonne partie des ambiguïtés que son usage génère aujourd’hui. Et c’est en effet le cas.
La première définition qui est donnée à ce terme par la plus grande partie des dictionnaires est à caractère historique : « le gouvernement de la Terreur en France ». On connaît donc avec précision l’origine du vocable. Le terrorisme correspond à la période de la Révolution Française qui va d’avril 1793 à juillet 1794, lorsque le Comité de salut public mené par Robespierre et Saint-Just a ordonné un grand nombre d’exécutions capitales. La Terreur était donc représentée par cette guillotine dont la lame a tranché la tête à des milliers de personnes qui, présume-t-on, constituaient une menace pour la sécurité du nouvel Etat en formation. A partir de cette base, les mêmes dictionnaires ajoutent par extension une définition plus générale du terrorisme : « toute méthode de gouvernement fondée sur la terreur ». A présent, cette première interprétation du concept de terrorisme est extrêmement claire. Tout d’abord, elle met au jour le lien étroit qu’il y a entre terrorisme et Etat. Le terrorisme est né avec l’Etat, est exercé par l’Etat, est justement une « méthode de gouvernement » que l’Etat emploie contre ses ennemis pour garantir sa propre conservation. « La guillotine – disait Victor Hugo – est la concrétion de la loi ». Seul l’Etat peut promulguer des lois. Et la loi, loin d’être l’expression de ce contrat social garant de la cohabitation harmonieuse entre les êtres humains, représente le fil barbelé avec lequel le pouvoir protège ses privilèges. Quiconque oserait l’outrepasser aura à passer entre les mains du bourreau. Ainsi, avant le mois d’avril 1793, de prétendus criminels de droit commun et quelques insurgés étaient déjà montés à l’échafaud.
Quoi qu’on en pense, la guillotine n’est en effet pas une invention de monsieur Guillotin. En France, cet instrument d’exécution capitale avait déjà une histoire, mais personne ne parlait encore de Terreur. Ce n’est que lorsque l’autorité de l’Etat, alors aux mains des jacobins, sera menacée par une vague révolutionnaire, ce n’est que lorsqu’il n’aura plus seulement affaire à de simples hors-la-loi ou à des insurgés isolés, mais à un énorme mouvement social capable de le renverser, ce n’est qu’à ce moment que la violence répressive se nommera Terreur.
Mais, en plus de son caractère institutionnel, une autre caractéristique distingue le terrorisme : tout un chacun peut en être victime. Au cours de la période de la Terreur, rien que dans Paris, il y aurait eu pas moins de 4 000 exécutions. Louis Blanc aurait retrouvé l’identité de 2 750 guillotinés, découvrant que seulement 650 d’entre eux appartenaient aux classes aisées. Cela signifie que la machine étatique de la guillotine ne faisait pas tant de distinctions, décapitant quiconque était estimé incommode ou suspect. Il n’y a pas que les nobles, les militaires et les prêtres qui ont perdu leur tête lors de ces journées – comme le voudrait la propagande la plus conservatrice et traditionaliste –, mais surtout de simples artisans, des paysans, des pauvres. Le terrorisme est tel parce qu’il frappe à l’aveugle, d’où le sentiment de panique collective qu’il inspire. L’usage indiscriminé de la guillotine, systématisé grâce à la simplification des procédures judiciaires permise par la loi de Prairial, crée l’effet inéluctable d’opérations à la chaîne, annulant les différences individuelles entre tous ces décapités. Cette pratique de l’amalgame a un sens politique précis : regroupant en une même séance des personnes soupçonnées de « crimes » de nature ou d’identité complètement différents, la Terreur vise à anéantir les différences individuelles pour créer un consensus populaire, et à détruire « l’abjection du moi personnel » (Robespierre), vu qu’il ne doit exister qu’une seule entité dans laquelle fondre les individus : l’Etat. Le terrorisme est donc né comme instrument institutionnel et indiscriminé. Ces deux aspects retentissent aussi dans des expressions courantes, comme par exemple « des bombardements terrorisants ». Un bombardement, en effet, non seulement se déroule lors d’une guerre menée entre Etats, mais sème la mort et la désolation dans toute la population. On pourrait faire le même discours concernant le terrorisme psychologique, considéré comme « une forme d’intimidation ou de chantage afin de manipuler l’opinion publique, effectuée surtout à travers les moyens de communication, par l’exagération des dangers de certaines situations ou bien en les inventant, afin d’induire les masses à des comportements déterminés au plan politique, social, économique ». On voit bien comment seul celui qui détient le pouvoir est en mesure de manipuler les grands moyens de communication et, à travers eux, les « masses », afin d’atteindre son but.
Le terrorisme est donc la violence aveugle de l’Etat, comme le montre sans ambiguïté l’origine du terme. Mais le langage n’est jamais une expression neutre. Loin d’être uniquement descriptif, le langage est avant tout un code. Le sens des mots indique toujours le côté vers lequel penche la balance de la domination. Celui qui détient le pouvoir possède aussi le sens des mots. Cela explique comment il se fait que, le temps passant, le concept de terrorisme ait recouvert un nouveau sens qui contredit complètement sa genèse historique mais correspond aux exigences de la domination. Aujourd’hui, ce concept est défini comme « une méthode de lutte politique fondée sur des violences intimidatrices (meurtres, sabotages, attentats explosifs, etc), employés généralement par des groupes révolutionnaires ou subversifs (de gauche ou de droite) ». Comme on le voit, cette interprétation, qui a commencé à se diffuser à la fin du XIXe siècle, s’oppose complètement à ce qui a été dit jusqu’à présent. Dans l’acceptation initiale du terme, c’est l’Etat qui recourt au terrorisme contre ses ennemis ; dans la seconde, ce sont ses ennemis qui emploient le terrorisme contre l’Etat. Le renversement de sens ne pourrait être plus explicite. L’utilité d’une telle opération pour la Raison d’Etat n’est que trop évidente. Mais comment naît cette mystification ? La Terreur en France a été l’œuvre d’un Etat né lors d’une Révolution. Pour justifier le sens actuel du concept de terrorisme, l’idéologie dominante a du intervertir les sujets et attribuer à la Révolution la responsabilité qui appartenait en réalité à l’Etat. Ainsi, on nous enseigne aujourd’hui que la Terreur est l’œuvre de la Révolution qui, en ce lointain contexte historique, s’était incarnée dans l’Etat. La Terreur serait donc synonyme de violence révolutionnaire. Un saut acrobatique de la logique qui continue à enchanter les parterres de spectateurs du monde entier, qui ne semblent pas se rendre compte de l’arnaque plus qu’évidente.
En réalité, on ne peut attribuer la Terreur à la Révolution, au peuple insurgé, parce que ce n’est que lorsque la Révolution s’est faite Etat que la Terreur est apparue. C’est un énorme mensonge idéologique et un faux historique grossier que de faire de la Terreur l’expression même de la violence révolutionnaire « massacrante », celle des rues, des journées sur les barricades, de la vengeance populaire. Avant le 17 avril 1793 (jour de la fondation du tribunal révolutionnaire), la violence exercée contre le pouvoir, même celle particulièrement cruelle, n’avait jamais recouvert le nom de terrorisme. Ni les sanglantes Jacqueries du XIVe siècle, ni les excès qui se sont déroulés lors de la Grande Révolution (comme par exemple la manifestation des femmes de Marseille qui portaient à la ronde, au bout d’une pique, les viscères du major De Beausset au cri de « qui veut des tripes ? ») n’ont été considérés comme des actes de terrorisme. Ce terme n’indiquait que la violence répressive de l’appareil étatique au moment où il devait se défendre – pour la première fois dans l’histoire – d’un assaut révolutionnaire. En somme, l’aspect historique du terme montre comment le terrorisme est la violence du pouvoir qui se défend de la Révolution, non pas la Révolution qui attaque le pouvoir.
Il faut dire à ce propos que la persistance de cette ambiguïté a été encouragée pendant longtemps par les révolutionnaires eux-mêmes, qui ont accepté de bon gré ce qualificatif, sans se rendre compte que ce faisant, ils aidaient la propagande de cet Etat qu’ils souhaitaient frapper. Et si le concept de terrorisme peut légitimement trouver sa place dans un concept autoritaire de la révolution (comme Lénine et Staline l’ont démontré en Russie), il est absolument privé de sens, pour ne pas dire aberrant, dans une perspective de libération anti-autoritaire. Ce n’est pas par hasard si ce sont justement les anarchistes qui ont en premier revu l’usage impropre de ce terme, peut-être poussés par les événements. En 1921 eut lieu le tragique attentat contre le cinéma-théâtre Diana de Milan, qui a causé la mort et des blessures à de nombreux spectateurs, bien qu’ayant comme objectif le préfet de la ville, responsable de l’incarcération de quelques anarchistes célèbres. Malgré les intentions de ses auteurs, ce fut un acte de terrorisme. Comme on peut l’imaginer, cet acte a provoqué d’âpres discussions à l’intérieur du mouvement anarchiste. Ainsi, face à la condamnation du geste par de nombreux anarchistes, si la revue Anarchismo de Pise, sans aucun doute la publication plus diffusée de l’anarchisme autonome en Italie, continuait à défendre « cette vérité anarchiste cardinale, à savoir l’impossibilité de séparer le terrorisme de l’insurrectionnalisme », elle commençait d’un autre côté à esquisser les premières réflexions critiques sur le concept de terrorisme : « pourquoi nommer et taxer de “terreur catastrophique” – qui est le propre de l’Etat – l’acte de révolte individuel ? L’Etat est terroriste, le révolutionnaire qui s’insurge, jamais ! ». Un demi-siècle plus tard, en un contexte de fortes tensions sociales, cette critique sera reprise et développée par ceux qui n’entendaient pas accepter l’accusation de terrorisme lancée par l’Etat contre ses ennemis.
Les mots ont toujours été sujets à une évolution de leur sens. Il n’est pas surprenant que le sens du terme terrorisme se soit également modifié. Il n’est toutefois pas acceptable qu’il contredise chacune de ses caractéristiques originaires, qui sont celles de l’aspect institutionnel et indiscriminé de la violence. Cette violence peut être exercée contre les personnes ou contre les choses, peut être physique ou psychologique, mais pour qu’on puisse parler de terrorisme, il faut au moins qu’une de ces deux caractéristiques demeure. Par exemple, on a justement parlé de terrorisme pour indiquer les actions menées par des escadrons de la mort de l’Etat espagnol contre des militants d’ETA. Ces actions étaient dirigées contre un objectif précis, mais il s’agissait de toute façon d’une forme de violence institutionnelle contre une menace considérée comme révolutionnaire. De même, le terrorisme peut ne pas toujours être mené par des institutions. Mais pour qu’on puisse le considérer ainsi, ses manifestations doivent alors frapper de manière indiscriminée. Une bombe dans une gare ou dans un supermarché en service, ou sur une plage surpeuplée peut à juste titre être définie comme terroriste. Même lorsque c’est le fruit du délire d’un « fou » ou lorsque cela est revendiqué par une organisation révolutionnaire, le résultat d’une telle action est de semer la panique dans la population.
Lorsqu’en revanche la violence n’est ni institutionnelle ni indiscriminée, c’est un non-sens de parler de terrorisme. Un individu en proie à une crise de folie et qui extermine sa famille n’est pas un terroriste. Pas plus qu’un révolutionnaire ou une organisation subversive qui choisit avec soin les objectifs de ses actions. Bien sûr que c’est de la violence, de la violence révolutionnaire, mais pas du terrorisme. Elle ne vise ni à défendre l’Etat ni à semer la terreur dans la population. Si, lors de telles attaques, les médias parlent de « psychose collective » ou « de nations toutes entières qui tremblent », ce n’est qu’en référence au vieux mensonge qui veut identifier un pays entier avec ses représentants, pour mieux justifier la poursuite des intérêts privés de quelques uns au nom et aux dépends des intérêts sociaux de tous les autres. Si quelqu’un devait commencer à tuer les politiciens, les industriels et les magistrats, cela ne sèmerait la terreur que parmi les politiciens, les industriels et les magistrats. Personne d’autre ne serait matériellement touché. Mais si quelqu’un posait une bombe dans un train, n’importe qui pourrait en être victime, sans exclusive : le politicien comme l’ennemi de la politique, l’industriel comme l’ouvrier, le magistrat comme le repris de justice. Dans le premier cas, nous sommes face à un exemple de violence révolutionnaire, dans le second il s’agit en revanche de terrorisme. Et malgré toutes les objections, critiques et perplexité que puissent soulever la première forme de violence, on ne peut certainement pas la comparer à la seconde.
Ceci dit, revenons au problème initial. Entre le roi qui a fait massacrer la foule et l’anarchiste qui a tiré sur le roi, qui est le terroriste ?
Traduit de Diavolo in corpo, n°3 (Turin), novembre 2000, extrait d’A Corps Perdu N°1.
source : Base de Données Anarchistes
Copenhague : l’heure de la vérité
Les nouvelles qui nous parviennent de la capitale danoise traduisent le chaos. Les hôtes, après avoir promis de concevoir une réunion à laquelle participeraient environ quarante mille personnes, sont incapables de tenir parole.
Evo, le premier des deux présidents membres de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) à être arrivé, a exprimé de profondes vérités qui émanent de la culture millénaire de sa nation.
Selon les agences de presse, il a assuré avoir un mandat du peuple bolivien pour bloquer tout accord si le texte final n’offrait pas d’alternatives. Il a expliqué que les changements climatiques n’étaient pas une cause, mais un effet, que nous avions l’obligation de défendre les droits de la Terre nourricière face à un modèle de développement capitaliste, de défendre la culture de la vie face à la culture de la mort. Il a parlé de la dette climatique que les pays riches devaient payer aux pays pauvres et affirmé qu’ils devaient leur rendre l’espace atmosphérique qu’ils leur avaient enlevé.
Il a qualifié de ridicule la somme de dix milliards de dollars annuels offerte jusqu’en 2012, alors qu’il en faudrait en réalité des centaines de milliards par an, et il a accusé les États-Unis de dépenser des billions de dollars pour exporter le terrorisme en Iraq et en Afghanistan et créer des bases militaires en Amérique latine.
Le président de la République bolivarienne du Venezuela a pris la parole au Sommet le 16 à 8 h 40 (heure de Cuba). Il a prononcé un brillant discours, chaleureusement applaudi. Ce qu’il a dit était lapidaire.
Contestant un document proposé au Sommet par la ministre danoise qui le présidait, il a affirmé :
« C’est un texte qui vient du néant. Nous n’accepterons aucun texte qui n’émanerait pas des groupes de travail, car ce sont les textes légitimes sur lesquels nous avons négocié pendant deux années.
« Un groupe de pays se croit supérieur à nous, ceux du Sud, ceux du Tiers-monde…
« …ne nous en étonnons pas : la démocratie n’existe pas, nous sommes face à une dictature.
« …je lisais certains des slogans que les jeunes ont peints dans les rues… L’un disait : "Ne changez pas le climat, changez le système !" ; un autre : "Si le climat était une banque, il aurait déjà été sauvé !"
« Obama… a reçu le prix Nobel de la paix le jour même où il a envoyé trente mille soldats de plus tuer des innocents en Afghanistan.
« Je partage les vues des délégations brésilienne, bolivienne, chinoise, je voulais juste les appuyer…. mais on ne m’a pas donné la parole.
« Les riches détruisent la planète. Émigreront-ils sur une autre quand ils auront détruit celle-ci ?
« …les changements climatiques sont sans nul doute le problème environnemental le plus dévastateur de ce siècle.
« Les États-Unis ne comptent même pas 300 millions d’habitants ; la Chine, presque cinq fois plus. Les États-Unis consomment plus de vingt millions de barils de pétrole par jour ; la Chine, à peine cinq ou six millions. On ne peut pas demander à la Chine pareil qu’aux États-Unis !
« …réduire les émissions de gaz polluants et aboutir à une convention de coopération à long terme… semble pour le moment un objectif irréalisable. Pour quelle raison ? …l’attitude irresponsable et la carence de volonté politique des nations les plus puissantes de la planète.
« …l’écart qui sépare les pays riches des pays pauvres n’a cessé de se creuser, malgré tous nos Sommets et à cause des promesses non tenues, et le monde court à sa perte.
« …les 500 individus les plus riches du monde ont des revenus supérieurs à ceux des 416 millions les plus pauvres.
« La mortalité infantile est de 47 décès pour mille naissances vivantes, mais d’à peine 5 dans les pays riches.
« …jusqu’à quand allons-nous permettre que des millions d’enfants continuent de mourir de maladies curables ?
« 2,6 milliards de personnes vivent sans services d’assainissement.
« Le Brésilien Leonardo Boff a écrit : "Les plus forts survivent sur les cendres des plus pauvres."
« Jean-Jacques Rousseau disait : "Entre le fort et le faible, la liberté opprime." Voilà pourquoi l’Empire parle de liberté : de la liberté d’opprimer, d’envahir, d’assassiner, d’anéantir, d’exploiter… Voilà bien sa liberté. Et Rousseau ajoutait cette phrase salvatrice : "Seule la loi libère."
« Jusqu’à quand allons-nous permettre que les puissants déclenchent des conflits armés dans lesquels sont massacrés des millions d’innocents dans le seul but de s’approprier les ressources d’autres peuples ?
« Un libérateur universel, Simón Bolívar, disait voilà presque deux siècles : "Si la Nature s’y oppose, nous nous battrons contre elle et nous la ferons obéir."
« Cette planète-ci a vécu des milliards d’années sans nous, sans l’espèce humaine, elle n’a pas besoin de nous pour exister. En revanche, sans elle, nous n’existons pas. »
Evo a pris la parole ce jeudi matin. Son discours sera lui aussi inoubliable. Il a affirmé carrément dès le début :
« Je tiens à exprimer mon mécontentement devant la désorganisation et les retards qui caractérisent cette rencontre internationale. »
Ses idées-force :
Quand nous interrogeons nos hôtes au sujet de ce qu’il se passe… ils nous répondent que c’est un sommet des Nations Unies ; quand nous le demandons aux Nations Unies, elles nous répondent que c’est le Danemark, et nous ne savons pas qui désorganise cette réunion internationale.
« …je suis très surpris de constater qu’on ne parle que des effets, mais pas des causes des changements climatiques.
« Si nous n’identifions pas d’où vient la destruction de notre environnement… nous ne réglerons jamais, assurément, ce problème…
« …deux cultures s’affrontent : la culture de la vie et la culture de la mort, la culture de la mort qui est le capitalisme. Nous, peuples indigènes, nous disons que le vivre-mieux revient à vivre mieux aux dépens d’autrui.
« …en exploitant autrui, en pillant les ressources naturelles, en violant la Terre nourricière, en privatisant les services de base…
« Vivre bien, c’est vivre dans la solidarité, dans l’égalité, dans la complémentarité, dans la réciprocité…
« Ces deux formes de vécu, ces deux cultures existentielles s’affrontent quand nous parlons des changements climatiques. Et si nous ne décidons pas quelle est la meilleure forme de vécu ou de vie, nous ne réglerons jamais ce problème. Il s’agit en effet de problèmes existentiels : le luxe, la surconsommation, qui font tort à l’humanité. Mais c’est là une vérité que nous ne voulons pas dire dans ce genre de réunion internationale.
« …dans notre façon de vivre, ne pas mentir est quelque chose de sacré, mais que nous ne pratiquons pas ici.
« …notre Constitution consacre l’ama sua¸l’ama llulla, l’ama quella, autrement dit ne pas voler, ne pas mentir, ne pas fuir.
« …la Terre nourricière ou la Nature existe et existera sans l’être humain, mais l’être humain ne peut vivre sans la planète Terre. Nous sommes donc obligés de défendre le droit de la Terre nourricière.
« …je salue les Nations Unies qui ont enfin déclaré cette année le Jour international de la Terre nourricière.
« …la mère est quelque chose de sacré, la mère est notre vie ; la mère, vous ne la louez pas, vous ne la vendez pas, vous ne la violez pas. La mère, vous devez la respecter.
« Nous avons de profonds désaccords avec le modèle occidental, et c’est de ça dont il faut débattre.
« Nous sommes en Europe. Vous savez que beaucoup de familles boliviennes, de familles latino-américaines viennent en Europe. Pourquoi y viennent-elles ? Pour améliorer leurs conditions de vie. Une personne peut gagner en Bolivie cent, deux cents dollars par mois ; mais si elle vient ici en Europe s’occuper d’une personne âgée, elle en gagne mille par mois.
« Voilà les asymétries qui existent d’un continent à l’autre, et nous devons débattre de la façon d’introduire un certain équilibre… de réduire ces profonds clivages entre les familles, entre les pays, et surtout entre les continents.
« Quand… nos sœurs et nos frères viennent ici pour survivre ou pour améliorer leurs conditions de vie, on les expulse… il existe ces fameux documents dits de retour… mais quand les ancêtres européens arrivaient jadis en Amérique latine, on ne les expulsait pas. Mes familles, mes frères ne viennent pas ici pour s’emparer des mines, ni de milliers d’hectares pour devenir propriétaires fonciers. On n’avait pas besoin jadis de visas ni de passeports pour arriver à l’Abya Yala, appelée maintenant l’Amérique.
« …si nous ne reconnaissons pas le droit de la Terre nourricière, nous parlerons en vain de ces dix milliards, de ces cent milliards, qui sont de toute façon une offense à l’humanité.
« …les pays riches doivent accueillir tous les émigrants engendrés par les changements climatiques, et non pas les renvoyer dans leurs pays, comme ils le font actuellement.
« … notre obligation est de sauver toute l’humanité, et non une moitié.
« …la Zone de libre-échange des Amérique… n’était pas une zone de libre-échange, mais une zone de libre-colonisation des Amériques… »
Parmi les questions qu’Evo a suggéré d’inclure dans un référendum mondial sur les changements climatiques, il a proposé celles-ci :
“Êtes-vous d’accord pour rétablir l’harmonie avec la Nature, en reconnaissant les droits de la Terre nourricière ?
« Êtes-vous d’accord de changer ce modèle de surconsommation et de gaspillage qu’est le système capitaliste ?
« Êtes-vous d’accord pour que les pays développés réduisent et réabsorbent leurs émissions de gaz à effet de serre ?
« Êtes-vous d’accord pour transférer tout ce qui se dépense dans les guerres et pour allouer aux changements climatiques un budget supérieur à celui de la défense ? »
Les Nations Unies ont, comme on le sait, adopté dans la ville japonaise de Kyoto, en 1997, la Convention sur les changements climatiques aux termes de laquelle trente-huit pays industrialisés s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’un pourcentage donné par rapport à leurs émission de 1990. L’Union européenne s’était engagée à les réduire de 8 p. 100. La Convention est entrée en vigueur en 2005 après ratification par la majorité des pays signataires. George W. Bush, alors président des USA – le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre, le quart du total – avait refusé cette Convention dès la mi-2001.
Les autres membres des Nations Unies sont allés de l’avant. Les centres de recherche ont poursuivi leur tâche. Il est d’ores et déjà évident qu’une grande catastrophe menace notre espèce. Le pire serait peut-être qu’une minorité privilégiée et riche, mais aveuglée par l’égoïsme, prétende faire retomber le poids des sacrifices nécessaires sur l’immense majorité des habitants de notre planète.
Cette contradiction se reflète à Copenhague où des milliers de personnes défendent très fermement leurs vues.
La force publique danoise utilise des méthodes brutales pour écraser la résistance ; beaucoup des contestataires sont arrêtés à titre préventif. Je suis entré en contact avec notre ministre des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, qui participait à un meeting de solidarité dans la capitale danoise aux côtés de Chávez, d’Evo, de Lazo et d’autres représentants de l’ALBA. Je lui ai demandé quels étaient les gens que la police danoise réprimait avec tant de haine, leur tordant les bras et les frappant à coups répétés dans le dos. Il m’a répondu que c’étaient des Danois et des citoyens d’autres nations et des membres des mouvements sociaux qui réclamaient que le Sommet apporte une solution réelle pour faire face aux changements climatiques. Il m’a dit que les débats du Sommet se poursuivraient à minuit. Quand je lui ai parlé, il faisait déjà nuit au Danemark, la différence étant de six heures.
De Copenhague, nos compagnons ont informé que le scénario prévu pour demain, vendredi 18, sera pire. Le Sommet des Nations Unies sera interrompu à dix heures du matin pendant deux heures afin que le chef du gouvernement danois puisse avoir une rencontre avec vingt chefs d’État qu’il a invités à discuter avec Obama de « problèmes mondiaux » Voilà comment s’appelle cette réunion qui vise à imposer un accord sur les changements climatiques.
Même si toutes les délégations officielles peuvent participer à cette réunion, seuls « les invités » auront droit de parole. Ni Chávez, ni Evo, bien entendu, ne font partie de ceux qui pourront présenter leurs vues. L’idée est que l’illustre Prix Nobel puisse prononcer son allocution préemballée, une fois que ladite réunion aura décidé de renvoyer l’accord à la fin de l’an prochain à Mexico. Les mouvements sociaux ne seront pas présents dans la salle. Ce show terminé, le « Sommet » se poursuivra dans la salle principale jusqu’à sa clôture inglorieuse.
La télévision ayant transmis des vues, le monde entier a pu constater les méthodes fascistes employées à Copenhague contre les gens. Jeunes dans leur majorité, les manifestants réprimés ont forcé la solidarité des peuples.
L’heure de la vérité sonne pour les chefs de l’Empire, malgré leurs manigances et leurs mensonges cyniques. Leurs propres alliés croient de moins en moins en eux. À Mexico, tout comme à Copenhague et partout ailleurs dans le monde, ils se heurteront à la résistance croissante des peuples qui n’ont pas perdu l’espoir de survivre.
Fidel Castro Ruz
L’ATOME S’REPOMPONNE
Le nouveau dada des tenants de la relance verte, sous couvert de lutte –nécessaire !– contre le réchauffement climatique, c’est de persuader le quidam soucieux d’écosystème que le nucléaire est aussi inoffensif qu’une éolienne au fond du jardin. Mèfi ! Au sommet de Copenhague sur le climat, qui se tiendra au Danemark du 7 au 18 décembre, les nations invitées s’évertueront à espérer une prochaine réduction des émissions carboniques. Évoquant cette rencontre, Nobuo Tanaka, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie [1] estimait récemment que le nucléaire peut être « non pas la seule solution mais une partie très importante de la solution ». Et il prophétisait : « La renaissance du nucléaire est en cours. L’énergie nucléaire va jouer un rôle beaucoup plus important à l’avenir. » Donnant raison à Môssieur Tanaka, l’Allemagne, pourtant pionnière dans la dénucléarisation, a récemment retourné son tablier de plomb. En 2002, le gouvernement de Gerhard Schröder avait imposé une disparition de l’atome du paysage énergétique pour 2020. C’était sans compter sur Angela Merkel et ses partenaires libéraux du Freie demokratische partei (FDP), qui viennent de prolonger la durée de vie des centrales teutonnes de dix ou vingt ans, sous prétexte que leur arrêt aurait dû être compensé par l’utilisation d’énergies impliquées dans le réchauffement climatique. L’alibi fallacieux de l’innocuité environnementale de l’atome permet aux États de refaire une beauté au nucléaire – à condition de l’enrichir aux énergies renouvelables pour rester dans le vent. Ô joie (toujours renouvelée) de la novlangue ! : le tout est regroupé sous la douce appellation « d’énergie non carbonée ». Selon la campagne internationale Don’t nuke the climate [2], lancée en vue de la conférence de Copenhague, « le nucléaire, pourtant exclu à juste titre des mécanismes du protocole de Kyoto, a refait surface », précisant que « de nombreux pays souhaitent que l’énergie nucléaire puisse bénéficier de financements par les pays industrialisés dans le cadre des futures actions de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays en développement ». Selon le réseau Sortir du nucléaire, cette proposition est défendue – entre autres – par la France, pays précurseur qui, en 2007, promettait au dictateur libyen Mouammar Kadhafi une centrale nucléaire pour –ce n’est pas une blague – « désaliniser l’eau de mer ». Article publié dans CQFD n°72, novembre 2009. [1] L’AIE, organisation internationale qui facilite la coordination des politiques énergétiques de ses pays membres. [2] Qui ne signifie pas « Ne pas niquer le climat » comme on pourrait l’imaginer, mais bien « Ni nucléaire, ni effet de serre ». www.dont-nuke-the-climate.org.
CHAQUE GRAND RAOUT officiel dont l’objectif affiché est de nous sauver la planète, l’énergie nucléaire fait figure de parent propre, comparée à toutes ces fumées noirâtres à effet de serre. L’atome ne fut-il pas soigneusement épargné lors du très médiatique Gredin de l’environnement ? « Il y a des dossiers stratégiques qui ne devaient pas rentrer dans le Grenelle, avouait le sénateur UMP Jean Bizet en janvier 2008. Il fallait en sortir le nucléaire, ça a été fait. »
Cette hypothétique subventiondu nucléaire préfigure une joyeuse prolifération planétaire qui,au regard de l’état de la filière française, peut légitimement faire craindre le pire. Notre ministre écolo-picolo Borloo augurait qu’ « à Copenhague se jouerait probablement le destin du monde ». Ce héraut de la lutte contre le réchauffement climatique, qui s’est dernièrement fait le chantre de la voiture électrique –donc à 80% nucléaire–, feint d’ignorer que le « destin du monde » se joue aussi dans la cour radioactive. Et elle est en bien mauvais état ! Début novembre, lors d’une opération de déchargement du combustible dans la centrale du Tricastin (Drôme), une des plus vieilles en France, une barre d’uranium est restée accrochée au système de maintien. « Il faut croiser les doigts pour que l’assemblage ne tombe pas ! », a déclaré un agent de la centrale à Reuters. Et il s’agit d’une multi-récidive, puisque le même incident a eu lieu en septembre 2008 au même endroit,et en août 2009 à Gravelines (Nord). Si on ajoute à cela des amas de déchets nucléaires qu’EDF laisse croupir en toute opacité sur un terre-plein en Sibérie, un logiciel de contrôle des nouveaux réacteurs EPR pas très fiable, un développement exponentiel de la sous-traitance dans les centrales, il y a de fortes chances pour que tout ça finisse par se réchauffer… brutalement.
samedi 19 décembre 2009
La Poste : Vers une multiplication des accidents du travail ?
Betty est factrice. Elle vient d’être mutée à une vingtaine de kilomètres de Leyr, village de Meurthe-et-Moselle, dont le bureau de poste, « restructuré » avant l’été, a vu partir ses quatre facteurs. Le 7 décembre, son véhicule postal se retourne sur une petite route, près d’Eulmont. Simple accident de voiture sur une petite route de campagne rendue glissante par le givre ? Pour les habitants de Leyr, fédérés au sein d’un collectif qui s’oppose à la fermeture de leur agence postale locale, il n’en est rien. Pour eux, cet accident est une des conséquences du processus de privatisation de La Poste.
« La transformation de la fonction de facteur en métier de livreur, la soif inassouvie de rentabilité, de performance et de gains de productivité », constituent également, pour le syndicat Sud-PTT, « autant d’éléments responsables de cet accident ». Les syndicalistes n’hésitent pas à comparer l’avenir de La Poste au présent de France Télécom – Orange, marqué par la profonde déprime de ses salariés et une vague de suicides. Combien de morts faudra-t-il « pour que la direction de La Poste et les élus de la Nation changent de route ? ». Si possible avant un accident plus dramatique.
Alors que la mobilisation des habitants de Leyr a obligé la direction départementale à négocier, Marie-Pierre, une des quatre factrices mutées à une vingtaine de kilomètres de là, confiait à Basta ! : « Moi qui n’avais jamais pris ma voiture pour aller au boulot, je me retrouve à faire quarante kilomètres par jour (aller-retour, ndlr). La fatigue, le stress, les conséquences écologiques... ça compte. Mais c’est surtout le lien social qui est en danger. » Désormais, non seulement le travail des salariés de La Poste est remis en cause, mais avec les restructurations des agences postales en campagne, c’est même leur intégrité physique qui est en jeu.
Julien Brygo, Bastamag
Désertons la terreur sanitaire
L’épidémie de grippe A est la nouvelle menace avec laquelle l’Etat et ses maîtres entreprennent de nous terroriser. Face à ce péril indiscutable, puisque décrété par l’autorité de « la science », nous sommes invités à participer corps et âme à l’effort de guerre sanitaire. L’unanimité est exigée, s’y soustraire ne serait qu’une faute morale ou une preuve de manque d’instruction. La réalité des conflits sociaux disparaît opportunément derrière cette fausse union et derrière le conflit factice qui en découle entre ceux qui sont « pour » et ceux qui sont « contre » le vaccin. Ce spectacle mobilise nos affects – la frustration, le ressentiment, l’angoisse – et les autorise à se décharger d’une manière valorisante et inoffensive pour l’ordre social qui les fait naître : contre un ennemi chimérique, contre ceux de nos concitoyens qui se font ses complices en refusant de se soumettre à la bienveillante protection du gouvernement et de l’industrie, ou tout aussi bien contre quelques méchants gouvernants et patrons – cela revient au même si l’on se laisse emporter dans la panique et si l’on ne voit pas la continuité politique derrière cette campagne.
Avec cette épidémie, les gestionnaires de ce monde prolongent et renforcent l’état d’urgence permanent qui justifie leur domination et leur permet d’imposer leurs décisions. N’est-il pas nécessaire qu’ils fassent tout ce qu’ils peuvent pour nous protéger des virus, des bactéries, des tumeurs, des terroristes ou, bientôt, du réchauffement climatique ? Pourtant, derrière chacun de ces ennemis, qu’ils présentent et réarrangent selon leurs intérêts, se cachent les désastres réels provoqués par l’ordre social qu’ils imposent.
Le virus est la nouvelle figure de l’ennemi absolu, clé de la représentation totalitaire du monde : l’ennemi omniprésent et diffus qui se répandrait par contagion, invisible, comme les mauvaises pensées, contre lequel il faut accroître la séparation entre les gens. Un mal face auquel l’individu serait impuissant, et qui rend nécessaire la « protection » de l’Etat, la soumission aux outils et aux armes de l’industrie. Un mal que nous serions tous susceptibles – suspects – de porter et transmettre, qui impose une surveillance généralisée. Bref, une raison justifiant la réorganisation policière de nos vies, la militarisation, l’enrégimentation de la population, son assujettissement au contrôle, à la surveillance et à la contrainte : on nous divise en une masse de cas individuels désarmés.
C’est cela, l’enjeu de cette campagne de terreur. Développer, expérimenter et imposer les outils et dispositifs de dépossession. Nous habituer à nous soumettre à de tels dispositifs – et même nous amener à souhaiter cette soumission : par la peur, la panique, la confusion, la désinformation, le chantage affectif, les pressions morales, nous convaincre que nous ne sommes que des victimes impuissantes et isolées, celles qui se reconnaissent dans la bienveillance des puissants, ou bien celles qui croient n’avoir plus d’autre choix que d’accepter leur protection (« la mafia vous protège ! »). Il s’agit bel et bien de briser nos résistances à cette forme de pouvoir qui aspire à totalement gérer nos vies, les réduire à la dépendance pour les exploiter toujours plus intensément. Au-delà de l’inoculation d’un probable poison, il s’agit de pousser un peu plus loin la destruction de ce qu’il nous reste d’autonomie vitale et de solidarité, accélérer la ruine de la conscience que nous avons de nous-mêmes, de notre santé, de notre puissance, de notre responsabilité, de notre participation à une unité sociale et à l’unité du monde vivant.
Nous ne sommes pas impuissants, ni isolés, ni victimes. Nous sommes plus que nombreux à nous méfier de ce vaccin et à le refuser, contrairement à ce que prétend la désinformation qui, comme toujours, met en scène l’assentiment de la majorité pour nous faire croire que nous sommes minoritaires. Nous ne voulons pas de cette terreur sanitaire – sinon, il n’y aurait pas besoin de tant de pressions et d’une propagande aussi acharnée pour nous l’imposer. Nous n’avons pas à céder à la crainte du pouvoir ou de ses épouvantails, mais à comprendre le réel rapport de forces qui se cache derrière le scandale du moment. Comprendre quelle guerre nous est menée et quelle est notre puissance réelle : le simple fait d’être vivants et humains fait de nous une force qui est à la fois une menace pour cet ordre social et la source de tout son pouvoir, de toute sa richesse. Redécouvrons nos capacités et besoins véritables.
Nous n’avons pas besoin de diplômes, de blouses blanches, ni de microscopes ou de cyclotrons pour comprendre la toxicité de ce vaccin comme de toutes les autres marchandises produites par l’industrie pharmaceutique, qui ne fait de profits que lorsque nous sommes malades et non en bonne santé. Ses produits ne sont pas toxiques seulement par leurs terribles effets secondaires – ceux sur lesquels seuls les laborantins ont le droit de se prononcer (et ils se disputent sur ceux des vaccins : de la simple fatigue chronique aux neuropathies, paralysies, cancers, maladies auto-immunes, sclérose en plaques, alzheimer, etc) – mais par leurs effets premiers : prendre la place des processus autonomes de guérison et d’immunité et même les combattre en prétendant qu’ils sont eux-mêmes le mal, affaiblir ainsi la santé, c’est-à-dire non pas l’absence de symptômes, mais la capacité générale de l’organisme à retrouver son équilibre en passant par des crises. La domination marchande se développe en substituant à chaque processus vivant, donc impropre à la possession, une marchandise : en nous privant d’une capacité d’agir, de réagir, d’être et en la plaçant en un objet commercialisable. Le système médical actuel, asservi depuis longtemps aux intérêts capitalistes, n’est pas un système de santé mais de dépendance. Nous ne sommes pour lui que des machines à réparer de l’extérieur. Nous avons à cesser de nous mépriser nous-mêmes et d’ignorer la vie en nous, à retrouver notre sensibilité au lieu de nous laisser abrutir, à développer les connaissances et pratiques qui nous rendent libres et solidaires. L’immunité n’est pas qu’une fonction biochimique, c’est notre capacité d’auto-défense : elle met aussi en jeu la conscience que nous avons de nous-mêmes et des rapports sociaux. Nous l’affaiblissons en acceptant de nous laisser dicter notre conscience par ceux qui se réservent le monopole de la connaissance, de l’enseignement, de l’information, de la parole publique.
Il est bien évident que cette campagne de vaccination profite directement à des fabricants de vaccins et indirectement à l’ensemble de la mafia médicale. De même, la collusion entre les intérêts industriels et financiers et ceux de l’Etat, des institutions internationales (OMS etc) et des médias, ne peut faire de doute qu’à ceux qui sont déjà en permanence vaccinés par ces médias contre la conscience critique. Mais le scandale ne vient pas seulement de quelques politiciens corrompus et financiers véreux. C’est notre système social qui fonctionne ainsi, amenant en permanence ses gestionnaires à conspirer contre notre vie. C’est lui qui fait que, autant que possible, on évince les solutions les moins industrialisables et on privilégie celles qui génèrent le plus de profit, peu importe que ces solutions provoquent de nouveaux désastres. Au contraire, ces désastres induisent de nouveaux besoins marchands et nourrissent ainsi le développement du capital. Cette grippe n’était-elle pas censée, au départ, être un effet secondaire de l’exploitation industrielle des porcs, laquelle ne se développe que grâce aux médicaments et vaccins pour porc... ? Dans les usines d’exploitation de vies humaines, les maladies dégénérescentes sont rentables. Nul besoin de prêter des intentions exterminatrices diaboliques aux soi-disant élites. Voyons plutôt en quoi nous y participons nous-mêmes, dans nos manières de faire même les plus quotidiennes, dans notre conscience de nous-mêmes, pour agir différemment et nous organiser contre cet ordre social qui se nourrit de notre énergie, de nos gestes comme de notre laisser-faire. Si la politique de la terreur fonctionne aussi bien, c’est parce qu’elle profite à la fausse conscience de tous ceux qui, en acceptant le rôle d’innocentes victimes de la violence du monde, refusent de reconnaître leur responsabilité, c’est-à-dire le pouvoir qu’ils ont sur leur vie et sur l’histoire, leur liberté.
source : Base de données anarchistes
La fin de la pauvreté, vraiment ?
La sortie en France du film « The end of poverty ? » de Philippe Diaz, le 6 décembre, est un évènement majeur pour qui veut mettre en perspective la crise économique et financière actuelle avec cinq siècles de mondialisation. Commencée en 1492 avec l’arrivée des Espagnols en Amérique, cette globalisation a vu au fil des ans l’appropriation mondiale des terres de manière illégitime par les empires européens (espagnol, hollandais, anglais, français…) et l’exploitation effrénée tant des êtres humains que des ressources naturelles du Sud. Le système capitaliste, qui commençait à se développer, a utilisé cette main d’œuvre quasi-gratuite et ces richesses volées aux peuples du Sud pour financer la révolution industrielle du 19e siècle. A partir des années 1850, les puissances dominantes (Europe, Amérique du Nord, Japon) ont imposé la monoculture à leurs colonies et ont brisé net toutes leurs industries, comme celle du textile en Indonésie ou en Inde, rendant toutes ces colonies complètement dépendantes de la métropole. Les produits bruts étaient exportés par les colonies qui devaient importer des produits transformés ailleurs, où la valeur ajoutée créait des profits colossaux. Aujourd’hui encore, le café et le thé produits au Kenya sont vendus à l’état brut pour une bouchée de pain à des transnationales de l’agrobusiness qui les transforment et les revendent partout dans le monde, y compris dans ces pays. Les indépendances officielles, dans les années 1950-1960 pour l’Asie et l’Afrique, n’ont pas apporté la moindre souveraineté économique.
Au contraire, la fin de la seconde guerre mondiale a vu l’instauration d’un ensemble institutionnel qui a réussi à imposer une nouvelle forme de colonialisme aux pays dits « en développement ». En fait, c’est plutôt le néolibéralisme qui y est en développement ! Au cœur de cet ensemble, figurent le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, renforcés en 1995 par la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Leur combat fut d’instaurer une forme plus subtile, mais tout aussi efficace, d’empire global. La dette en a été le ressort essentiel.
Nombre de pays ont hérité d’une dette coloniale au moment de leur indépendance. La Banque mondiale a notamment procédé à de telles manipulations complètement illégales. Cette dette les a poussés à rester connectés à l’économie mondiale et à servir les intérêts des puissances dominantes, dans un cadre de dépendance accrue. La corruption des élites locales a permis que cette transition s’effectue au mieux pour les grands créanciers. Loin d’orienter leur économie selon les besoins des populations, les pays du Sud se sont surendettés pour financer des mégaprojets, comme des grands barrages, destinés à faciliter l’extraction et l’exportation de leurs richesses. Tandis que les grandes entreprises du Nord bénéficient depuis lors de marchandises à très bas coût qui leur génèrent des profits gigantesques reversés à leurs actionnaires, le Sud subit une triple peine : ses richesses lui rapportent très peu alors que la dépendance se perpétue et que le remboursement de la dette provoque une véritable hémorragie de capitaux. La mondialisation néolibérale organise donc l’appauvrissement et la détérioration des conditions de vie du plus grand nombre pour parvenir à l’enrichissement démesuré d’une minorité. En 2008, les pouvoirs publics des pays en développement ont remboursé 182 milliards de dollars au titre de leur dette extérieure, soit 27 milliards de plus que ce qu’ils ont reçu en nouveaux prêts. Pendant ce temps, le nombre de millionnaires en dollars dans le monde s’élevait à 8,6 millions, pour un patrimoine cumulé de 32 800 milliards de dollars. Un prélèvement annuel de 0,25% sur ce patrimoine suffirait à trouver les 80 milliards de dollars nécessaires pour assurer en 10 ans à la totalité de la population les services sociaux essentiels (éducation primaire, santé, eau, assainissement).
Le FMI et la Banque mondiale sont parvenus à leurs fins en forçant les pays surendettés à signer des programmes d’ajustement structurel, comprenant la fin des subventions aux produits de base pour les rendre accessibles aux plus pauvres, la baisse des budgets sociaux, des politiques de recouvrement intégral des coûts dans le secteur de la santé et de l’éducation, la suppression des protections commerciales comme les barrières douanières, l’abandon du contrôle des mouvements de capitaux (ce qui crée une forte instabilité et renforce les paradis fiscaux), des privatisations massives (ce qui augmente les prix de biens essentiels et réduit l’accès aux services de base)… En Bolivie, à Cochabamba, la privatisation du secteur de l’eau en 2000 s’est accompagnée d’une forte hausse des prix et pour assurer les profits de l’opérateur privé, les sources, qui appartenaient jusque là aux communautés villageoises, ont été mises sous contrôle, tout comme les réserves contenant l’eau de pluie. Les populations se sont révoltées et, malgré la répression, ont réussi à obtenir l’expulsion de la multinationale Bechtel qui avait profité de cette privatisation. L’histoire s’est répétée en 2005 à El Alto, dans la banlieue de la capitale La Paz, avec l’expulsion de Suez.
Les dictatures des années 1970-1980, comme celle de Pinochet au Chili, ne sont plus la seule solution utilisée pour imposer le néolibéralisme à l’échelle de la planète. Les grandes puissances utilisent le levier de la dette et de la corruption pour imposer leurs volontés à ceux qui ont des velléités d’autonomie économique. En ultime recours, comme en Iran en 1953 ou en Irak récemment, une intervention militaire est programmée quand la persuasion habituelle a échoué : c’est l’armée qui vient ouvrir toutes grandes les portes permettant de faire entrer l’économie de marché. Les promoteurs de la mondialisation néolibérale, FMI et grandes puissances en tête, imposent donc de manière brutale un système économique antidémocratique, profondément inégalitaire, générateur de dette, de corruption et de pauvreté.
Depuis 1970, les pays en développement ont remboursé l’équivalent de 106 fois ce qu’ils devaient en 1970, mais entre temps leur dette a été multipliée par 52. A l’autre extrémité, les risques de plus en plus grands pris par les banques privées et les spéculateurs pour assurer des profits faramineux ont mené le monde à une crise aux multiples facettes d’une ampleur exceptionnelle. Cette crise a été rendue possible par les politiques de dérégulation de l’économie prônées partout par le FMI et la Banque mondiale, avec l’appui des dirigeants des pays riches. En 2009, le nombre de personnes sous-alimentées de manière chronique a franchi le cap du milliard : tout un symbole de l’échec du capitalisme imposé depuis cinq siècles. Une question doit être posée : qui doit à qui ?
Aujourd’hui, 25% des habitants de la planète utilisent 80% des ressources disponibles et génèrent 70% de la pollution mondiale. A l’heure du sommet de Copenhague sur le climat, il est nécessaire de comprendre que la logique du dieu Marché et de l’ajustement structurel fait partie du problème et non de la solution. L’aide apportée au Sud par les pays du Nord est d’un montant ridicule et orientée vers les pays qui présentent un intérêt géostratégique : ceux qui en profitent ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin. Au contraire, l’annulation totale et immédiate de la dette du tiers-monde, l’abandon des politiques d’ajustement structurel, le remplacement du FMI et de la Banque mondiale par des institutions démocratiques centrées sur la garantie des droits humains fondamentaux et le respect de l’environnement, la réappropriation des ressources naturelles par les peuples, la réforme agraire radicale, une vaste redistribution des richesses à l’échelle mondiale sont les étapes fondamentales qui doivent permettre un changement complet de système dont l’urgence s’impose un peu plus chaque jour.
Damien Millet
porte-parole du CADTM France (www.cadtm.org) et auteur avec Eric Toussaint du livre La Crise, Quelles Crises ?, Aden-CADTM-Cetim, à paraître début 2010.
vendredi 18 décembre 2009
Manifestation de soutien à Aminatou Haïdar samedi
Aminatou Haïdar a été hospitalisée dans la nuit de mercredi à jeudi en soins intensifs dans un hopital de Lanzarotte où elle poursuit sa grève de la faim avec la même détermination.
Soyons nombreux samedi 19 décembre pour manifester notre soutien,notre exigence de faire respecter le droit du peuple sahraoui, et que le gouvernement français joue enfin le rôle essentiel qui est le sien
| Rassemblement à la Fontaine des Innocents
Paris métro Chatelet / Les Halles
Samedi 19 décembre 2009 à 15H00 |
Association des Amis de la RASD/ AFASPA/CORELSO/ Droit et solidarité/AFAPREDESA/Association des travailleurs sahraouis en France/Front Polisario/PCF
Hugo Chávez à Copenhague : "Si le climat était une banque, les pays riches l’auraient déjà sauvé"
Le président Hugo Chávez se trouve à Copenhague pour y rencontrer les mouvements sociaux et les collectifs de lutte contre la destruction de la planète ainsi que pour participer à la XVème Conférence de l’Organisation de Nations Unies (ONU) sur le changement climatique. Comme le président Evo Morales, il a réitéré que le capitalisme est la cause fondamentale de la destruction de la Terre Mère.
Le mandataire vénézuélien a demandé aux représentants des pays présents au sommet de changer le monde. "Sans cynisme, sans double discours, avec la vérité pour point de départ". Il a accusé les pays riches d’être responsables de l’impasse actuelle, faute de "volonté politique" pour baisser les émissions de C02.
"Si le climat était une banque les gouvernements des pays riches l’auraient déjà sauvé", a-t-il déclaré en faisant allusion aux pancartes déployées par les manifestants qui exigent un accord juste pour sauver le monde.
Dans son discours en plenière il a expliqué pourquoi le socialisme est la voie pour le sauvetage de la Terre face au capitalisme destructeur et déprédateur des ressources naturelles. Il a exhorté les gouvernements de toute la Terre à lutter contre la nature destructrice de ce système.
"Dehors grondent les peuples. J’ai repris quelques uns de leurs slogans. Le premier : ne changez las le climat, changez le système. Changeons le système et nous commencerons à changer la planète" a-t-il expliqué.
L’Histoire, selon lui, oblige aujouird’hui les peuples à mener la lutte contre le capitalisme au nom de l’égalité, de la justice et de l’humanisme ; "si nous ne le faisons pas, cette merveilleuse création qu’est l’univers disparaîtra".
Il a averti les gouvernements du monde entier qu’"ils ne s’étonnent pas de ce qu’on cherche à imposer un document non participatif. Il y a un groupe de pays qui se croient supérieurs á nous, les pays écrasés comme nous appelle Eduardo Galeano. Nous ne pouvons rien attendre du système impérial, nous ne pouvons attendre aucune inclusion".
"Nous n’acceptons aucun texte qui ne provienne des groupes de travail, du protocole de Kyoto ou de la convention qui sont les moyens légaux de chercher une solution, il ne me semble pas logique qu’apparaisse un document du néant. Faisons pression pour que d’ici sorte un document contraignant, qui nous oblige à nous responsabiliser vis-à-vis de la planète".
"On pourrait dire qu’un spectre hante Copenhague, et parcourt en silence cette salle, rôde dans les couloirs. Il sort, revient. C’est le spectre du capitalisme. Avec leur modèle capitaliste les riches détruisent cette planète. Serait-ce qu’ils ont déjà fait leurs plans pour émigrer à une autre ?" a dénoncé Chávez.
Le mandataire a recommandé la lecture du livre "Comment les riches détruisent la planète" du journaliste et chercheur français Hervé Kempf, et a cité l’auteur en avertissant que nous ne "pourrons réduire la consommation matérielle, sur le plan global, sans faire descendre les puissants de quelques marches. Il est nécessaire de consommer moins et de répartir mieux".
Il a rappelé à l’audience que "sept pour cent de la population mondiale est responsable des 50 pour cent des émissions polluantes, alors que les 50 pour cent plus pauvres sont responsables des 7 pour cent des émissions globales".
Il a en outre affirmé que 60 pour cent des écosystèmes sont abîmés, que 20 pour cent de la terre est dégradée et que la diversité biologique s’éteint. "La planète est en train de perdre sa capacité de s’autoréguler, chaque jour se répandent des déchets qui ne peuvent plus être assimilés. Nous ne sommes pas nécessaires pour que la terre existe, mais sans elle nous ne pouvons vivre. Aidons à la sauver".
"Depuis les pays qui formons l’ALBA, nous exhortons les gouvernements et les peuples de la terre à lutter contre la nature destructrice du capitalisme, nous sommes obligés d’ouvrir la voie du sauvetage de l’espèce humaine", a-t-il ajouté.
Source : Radio Nacional de Venezuela
Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve
EN COMPLEMENT
Vidéo du discours (en espagnol) http://www.legrandsoir.info/Videos-...

