La Gauche Verte !

Journal d'informations alternatives.

samedi 14 novembre 2009

Choses vues à Caracas (et tues à Paris)

Dimanche 8 novembre 2009, aéroport Simon Bolivar, Caracas, Venezuela. Ciel chargé. La saison des pluies n’est pas terminée. Il est 16 H (21H30 « en France).Température :35 °. Il faisait 6° à 6 heures au départ de Toulouse.

Thierry Deronne, qui représente la puissance invitante (Vive TV) est venue m’accueillir. Ceux qui ont lu mon livre « La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux faucons du Pentagone » (Editions Aden) n’ont pas oublié qu’il l’a préfacé.

Il a prévu de m’emmener assister à un vote de « consejo comunal » dans un « barrio » (quartier pauvre). On fonce sur Caracas en 4X4 (oui, je sais...). Sur le bord de l’autoroute, et parfois sur les voies, au moindre bouchon, des vendeurs de beignets.

On traverse Caracas, ville dont je dirai seulement, pour ne vexer personne, qu’elle est moins belle que La Havane et que Toulouse.

On arrive à destination : une rue en pente raide, bordée de baraques faites de bric et de broc. Des petits terrains vagues se sont déguisés en dépotoirs. En haut de la rue, un bar à bière improvisé dans une sorte de garage peu reluisant et bas de plafond. La bière est fraîche et pas chère : 2,5 bolivares (en arrondissant, un euro vaut trois bolivares). Un orchestre est installé dans la rue, sous un abri de plastique. Une télé aussi, à écran plat, dont le son est amplifié par des hauts-parleurs. Elle diffuse un reportage de Vive TV sur le quartier, filmé le matin ou la veille. En bas, des tables pour le dépouillement du vote. Puis, la rue remonte vers les « ranchos », les bidonvilles qui ornent les collines de Caracas.

Il y a un monde fou. Le vote est une fête et tout le quartier est là. Beaucoup de jeunes, beaucoup de femmes. Les belles se mêlent à celles qui, si j’en juge aux volumes, ont échappé à la terrible anorexie et qui comptent sur leurs habits serrés pour le faire savoir.

Il y a eu 340 votants qui ont élu, non pas des conseillers qui se seraient portés candidats par ambition, mais des habitants pressentis par leurs voisins. Les conseillers sont appelés « voceros » (littéralement « porte-paroles ») pour bien montrer que l’élection en fait des obligés, pas des chefs.

Les bulletins de vote sont des feuilles A4 où figurent les noms et les photos couleur des candidats. Les votants les élisent mais, en même temps, leur attribuent des commissions. Il y en a 18 : urbanisme, école, santé, sport, alimentation, logement, transport, eau, énergie, communication, mères du quartier, finances, social, culture, légalité, égalité, sécurité, etc. (il en manque 1).

Le dépouillement prend un temps fou sous la haute surveillance de la foule tatillonne. On assiste à une protestation virulente pour une erreur d’un bulletin dans le décompte.

La nuit est tombée. Les tables sont éclairées par des ampoules à basses consommation.

Thierry Deronne, qui est très connu ici, me présente, et je suis chaleureusement accueilli dans ce quartier où je n’aurais pas mis les pieds seul, surtout la nuit. On boit (et on offre) des bières. Les vendeurs ne veulent pas que Thierry et son ami « el escritor francès » paient. On paie quand même. En France, le premier bistrot qui me dit : « Laisse, c’est pour moi », je lui obéis. Grégoire, un étudiant toulousain en stage à Vive TV questionne les gens et prend des notes. Il apprend que les élus peuvent être révoqués par les électeurs s’ils ne font pas le travail pour lequel ils ont été choisis.

On est abordé par une électrice entre deux âges qui s’alarme de voir deux touristes (Grégoire et moi) en danger de tomber dans le panneau de la propagande cháviste. Et pour nous sauver, elle nous récite le chapelet de la propagande des télés d’opposition. Rien ne nous est épargné. Chávez offre le pétrole à Castro, à Morales et aux autres. A Grégoire qui parle d’échanges internationalistes, elle réplique que, certes, mais le Venezuela d’abord. Poujade disait : « La Corrèze avant le Zambèze ».

L’opération Milagro (des dizaines de milliers de Vénézuéliens opérés des yeux par les médecins cubains qui vivent dans les « ranchos » (bidonvilles où ils ont ouverts des dispensaires) ? Pff, les gens deviennent aussitôt aveugles parce que les médecins cubains, en deux ans, hop, ils ont leur diplôme. Des charlatans ! Cependant, elle ne sait pas bien expliquer pourquoi la mortalité infantile à Cuba est la plus basse de toute l’Amérique latine et la longévité la plus longue. Un père de famille accompagné de trois enfants lui raconte comment il peut les faire soigner désormais. Il ne théorise pas, il rapporte du vécu. Du vécu vital, de liberté, donc. Celle de survivre aux maladies.

Elle vocifère dans la foule pour nous persuader que Chávez a tué la liberté d’expression. Il veut faire de ce pays un autre Cuba où les gens ont peur de parler. Je lui réplique que, dans ce pays où elle n’est jamais allé et qu’elle connaît donc moins bien que je ne connais le Venezuela, j’ai eu avec une Cubaine la même discussion qu’avec elle. Même véhémence, même volume sonore. Et c’était d’ailleurs dans la bibliothèque de la maison Victor Hugo, à La Havane.

Le plus beau dans son discours, que j’avais entendu, mot pour mot, dans un débat à la télé vénézuélienne il y a deux ans, a été : « Maintenant, Chávez, il veut décider aussi de ce qu’on met dans notre assiette ». La raison de cette indignation gastronomique est la suivante : le gouvernement distribue des repas gratuits aux pauvres. Je raconte à cette victime du bourrage de crâne des médias vénézuéliens qu’en France, pays riche, pays connu pour être la patrie des droits de l’homme, on distribue aussi des repas aux pauvres et que cette opération fait l’objet d’un consensus national.

Thierry lui énumère tout ce que les prédécesseurs de Chávez ne faisaient pas avec l’argent du pétrole et qu’ils ne feront pas s’ils reviennent au pouvoir parce que des pauvres comme elle regardent trop la télé des riches.

Autour de nous, les gens mènent leurs propres discussions, en général moins tranchées. La rue sait que son pays fait une révolution d’un type nouveau et qu’elle y participe.

J’ai repensé aux rues de Paris en mai 68. Nostalgie.

J’ai remis à Thierry trois exemplaires de mon dernier livre :« Victor Hugo à La Havane » qu’il fera envoyer au Palais (présidentiel) de Miraflores le lendemain matin. Chávez est un amoureux de Hugo (et de La Havane). Il a fait éditer en masse « Les Misérables », vendus à un prix dérisoire. Moi qui croyais, pour avoir été attentif aux médias français (qui lisent les journaux vénézuéliens), que le président du Venezuela était un « singe bolivarien » inculte, contrairement au nôtre dont le livre de chevet est « La princesse de Clèves » !

Ah oui, dernière chose ! Le vote et le dépouillement ont attiré une télé : Vive TV, bien sûr.

Ils ont des moyens techniques modernes. Le documentaire est envoyé directement de la caméra aux studios. Ainsi, le Vénézuéliens pourront apprendre presque en temps direct quel type de démocratie participative se construit pour et avec le peuple.

Mais le répétez pas à nos médias afin qu’ils puissent continuer à expliquer que le Venezuela est en marche vers la dictature derrière « un gorille en chemise rouge ».

Lundi 9, 14H30, avec une équipe de Vive TV : rendez-vous devant Fama de America, une usine de torréfaction et d’emballage de café que les travailleurs veulent faire nationaliser sous des prétextes futiles comme répression, détournements de stocks, ruptures volontaires des approvisionnements afin que la population soit mécontente et se révolte contre le « macaque » (c’est ainsi que les bourgeois blonds parlent ici des basanés. Un dirigeant politique a même écrit : « Chávez doit mourir comme un chien ». En d’autres temps, l’industriel Ford soutenait que les ouvriers qui soulèvent des « gueuses » de fonte sont semblables aux animaux).

La bourgeoisie vénézuélienne, plus forte que les états-uniens avec leur blocus contre Cuba, a inventé le « blocus de l’intérieur ».

J’aurai l’occasion de reparler de ces luttes si Internet, espace de liberté continue à m’accueillir. Elles laissent pantois un Français qui voit que, dans son pays, on privatise les services vitaux.

Serait-il possible de terminer ce billet par un cri de parti pris du genre : « Vive la Révolution bolivarienne ! » ? La brave opposante du barrio nous ramènerait à la réalité en faisant remarquer que, « Chávez, bientôt, il nous dira aussi ce qu’on doit avoir dans la tasse ! ».

Maxime VIVAS, Le Grand Soir
Caracas


Une première victoire pour les travailleurs du café. Décision gouvernementale prise dans la soirée.

"Fama de América" nationalisée !

Depuis trois mois, face à l´accaparement et à la spéculation sur les prix du café au détriment de la population, le gouvernement bolivarien a décidé l`occupation temporaire de deux quasi-monopoles privés de la torréfaction “Café Madrid” et “Fama de América”. Il a finalement décidé de faire de Café Madrid une entreprise mixte, et de nationaliser Fama de América avant la fin de l´année. Vive TV accompagne les travailleurs de Fama de América dans leur combat pour une véritable participation des travailleurs (voir le court-métrage diffusé en permanence sur la chaîne, qui diffuse régulièrement des reportages sur la lutte, ou l´article : Rencontre avec les travailleurs de Fama de América.). Cette premiére victoire ouvre la voie á l´organisation de véritables conseils de travailleurs au sein de l´entreprise.

Le ministre du Pouvoir Populaire pour l´Alimentation Félix Osorio, a rappelé lundi que pendant tout le mois d´octobre le gouvernement a étudié ces decisions. Faute d´accord définitif l´occupation temporaire avait été prolongée de quelques semaines.

"Dans le cas de Café Madrid le rachat de la compagnie permettra de créer une entreprise mixte, mais les accords ne sont pas finalisés. La majorité des actions appartiendront à l´État afin d´éviter les situations irrégulières et nous sommes disposés à prendre toutes les mesures nécessaires. Il ne s´agit pas de manque de matière première, en aucun cas.”

Le ministre a rappelé que la volonté de briser le monopole qui écrase les consommateurs comme les producteurs, s´applique aussi dans le cas des raffineries sucrières “Venezuela” et “Cazta”, respectivement situées dans le Zulia et dans le Táchira. Cazta est déjà entrée en action . le sucre est distribué à la population dans les états de Táchira, Apure, Barinas et Trujillo, tandis que la raffinerie Venezuela va démarrer ses opérations dès cette semaine.

Prolonger l´occupation temporaire de ces entreprises permet de poursuivre l´évaluation avec les travailleurs pour améliorer leurs conditions de travail, ainsi que les traitement, distribution et transformation du produit et de cette manière, offrir à la population la sécurité d´accès au produit sans restrictions, aux prix légaux.

Source :Agencia Bolivariana de Noticias

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La carte d’identité ne suffit pas ?

Hortefeux vient de lancer un débat pour définir « que veut dire être français ». Le fait que le pouvoir pose la question a un seul sens : posséder la carte d’identité nationale suffit pour être français pour un Blanc mais pas pour un non-Blanc. Pareil avec le fichier « nouvel Edvige » : le pouvoir, sous la forme camouflée de « l’origine géographique », officialise le fichage racial et/ou social. Exemple : un Blanc originaire du 93 pourra être fiché comme habitant du « 93 » avec tout ce qui va avec pour l’Etat : pauvre, criminel, dealer en puissance, un Noir du 93 sera fliqué de la même manière, mais en plus, lui il sera stigmatisé comme venant d’Afrique, des Antilles... Après la double peine, c’est le double fichage.
On est donc repartis pour un tour de manège et dans le rôle de l’occupant de l’auto-tamponneuse le bon vieux peuple français à qui le gouvernement jette des jetons pour mieux tamponner l’immigré pieds et poings liés au milieu de la piste. Quelle triste époque de voir cette peste brune digne des devises pétainistes « travail, famille, patrie » s’insérer dans les esprits sans réaction que ce soit de civils ou d’organisations politiques. Mais cette peste s’inscrit plus largement dans un plan des nations blanches qui veulent récupérer et nettoyer leurs territoires trop longtemps « souillés » par des hordes d’immigrés réputés « incivilisables » et pas assez clairs dans la déco locale.
Pour rafraîchir les mémoires à ceux qui croient que tout ceci n’est qu’une histoire de race, d’ethnie et de religion et qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez : ces hommes et ces femmes ont eu un droit d’entrée sur le territoire français non pas par la générosité de la France mais juste par intérêt du patronat de ces pays qui, à la sortie de 2ème guerre mondiale, avait besoin d’hommes et de femmes corvéables à merci et sous payés pour les exploiter en leur faisant subir une double oppression : sociale et raciale. Mais les trente glorieuses, comme le monde ouvrier et ses usines c’est fini donc que faire de ces populations qui font tâche dans le décor national, de cette génération née sur ce territoire le cul entre deux chaises ne sachant même pas choisir entre larbinage républicain ou port de tee-shirts à l’effigie de pays qu’elle ne connaît pas du genre "Algérie forever" ? Il est temps de laisser ces Blancs dans leur névrose et leur peur et que les immigrés organisent eux-même un contre-débat sur leur situation, qu’ils disent à tout le monde leurs exigences face à la montée des idées et des actes réactionnaires. Il est temps de s’organiser et de dire au bon vieux peuple français accepte nous comme nous sommes avec nos qualités et nos défauts et... tournons-nous, ensemble, contre nos ennemis.

Résistons Ensemble (http://resistons.lautre.net/)

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Derrière le Mur, les peuples ne rêvaient pas de capitalisme.

Vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre, célébrer cet événement devrait nous donner à réfléchir.

C’est un lieu commun que d’insister sur ce que ces événements ont eu de "miraculeux". Un rêve est devenu réalité, il s’est passé quelque chose qu’on n’aurait même pas envisagé quelques mois auparavant : des élections libres, la fin des régimes communistes qui se sont effondrés comme un château de cartes.

Qui en Pologne aurait pu imaginer Lech Walesa président de la République ? Mais à ce miracle s’en ajoute un plus grand encore, advenu quelques années plus tard : le retour au pouvoir des ex-communistes par la vertu du scrutin démocratique, la marginalisation du même Lech Walesa, désormais beaucoup moins populaire que le général Jaruzelski dont le coup d’Etat avait écrasé Solidarnosc quinze ans plus tôt.

L’explication classique de ce deuxième renversement renvoie aux espérances "infantiles" d’un peuple qui se faisait une image peu réaliste du capitalisme : il voulait le beurre et l’argent du beurre, il voulait la liberté du marché et de la démocratie, la prospérité sans les inconvénients de la "société du risque", sans renoncer à la sécurité et à la stabilité que garantissaient (plus ou moins) les régimes communistes. Comme certains Occidentaux l’ont fait remarquer sarcastiquement, le noble combat pour la liberté et la justice a viré à l’orgie de bananes et de pornographie. Au lendemain de la victoire, le peuple a déchanté : il lui a fallu se plier aux règles de la réalité nouvelle et payer le prix de la liberté politique et économique.

Après l’inévitable déception, trois réactions se sont fait jour (tantôt contradictoires, tantôt complémentaires) :

La nostalgie du "bon vieux temps" communiste ; le populisme nationaliste de droite ; la paranoïa anticommuniste à retardement. Les deux premières sont faciles à comprendre. La nostalgie ne mérite pas qu’on la prenne trop au sérieux : loin d’exprimer un désir sincère de retour à la grisaille socialiste, il s’agit plutôt d’un travail de deuil, d’une façon d’enterrer le passé. Quant à l’essor du populisme, ce n’est pas une spécialité est-européenne, mais un trait commun à tous les pays pris dans le tourbillon de la mondialisation.

Plus intéressante est l’étrange résurgence de l’anticommunisme vingt ans après. Ce phénomène vient en réponse à la question : "Si le capitalisme vaut tellement mieux que le socialisme, pourquoi notre vie est-elle toujours aussi médiocre ?" Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas vraiment entrés dans le capitalisme, parce que les communistes sont encore au pouvoir, dissimulés sous le masque de propriétaires et de managers...

D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Ils voulaient plus de solidarité et un semblant de justice, ils voulaient être libres de mener leur vie sans être sans cesse contrôlés par l’Etat, libres de se réunir et de parler ouvertement, ils voulaient une vie honnête et décente, débarrassée du bourrage de crâne, de l’hypocrisie et du cynisme. Comme plusieurs observateurs l’ont bien vu, les idéaux qui sous-tendaient leur révolte étaient largement inspirés de l’idéologie dominante : on aspirait à quelque chose comme "un socialisme à visage humain".

Mais la seule réponse à l’utopie socialiste est-elle le capitalisme réel ? La chute du Mur a-t-elle vraiment ouvert la voie à un capitalisme mature, rendant obsolète toute utopie ? Et s’il s’agissait là aussi d’une utopie ? Le 9 novembre 1989 annonçait les "joyeuses années 1990", le rêve de la "fin de l’histoire" chère à Fukuyama, la conviction que la démocratie libérale avait triomphé, que le but était atteint, que la communauté globale et libérale était au coin de la rue, que les obstacles résiduels à ce happy-ending hollywoodien n’étaient que contingents (quelques poches de résistance, là où les dirigeants n’avaient pas encore compris qu’ils avaient fait leur temps).

Le 11-Septembre est venu sonner la fin de l’ère Clinton : il inaugure une époque qui voit se dresser de nouveaux murs, entre Israël et la Cisjordanie, autour de l’Union européenne, à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, et à l’intérieur même des Etats. Comme si la thèse de Fukuyama avait dû mourir deux fois. En effet, l’effondrement de l’utopie politique de la démocratie libérale après le 11-Septembre n’a pas affecté l’autre utopie, économique celle-là, portée par le capitalisme mondialisé. Si la crise financière de 2008 a un sens historique, c’est qu’elle renverse le pan économique des rêveries "fukuyamesques".

Le libéralisme se voulait une anti-utopie, le néolibéralisme tournait le dos aux idéologies responsables de l’horreur totalitaire du XXe siècle. Mais on comprend aujourd’hui que la période utopique par excellence aura été les années 1990, dans leur croyance que l’humanité avait enfin trouvé la formule socio-économique optimale. Or l’expérience des dernières décennies montre clairement que le marché n’est pas un mécanisme inoffensif qui agit au mieux quand on le laisse faire. Pour créer les conditions de son fonctionnement, une grande violence préalable est requise. Face aux ravages qu’ils ont eux-mêmes provoqués, les fondamentalistes du marché retrouvent les réflexes typiques de la mentalité totalitaire : ils imputent leur échec aux compromis passés par ceux qui ont traduit leurs visions en politique (trop d’intervention étatique, etc.), et exigent une application plus radicale encore de la doctrine du marché.

Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Evoquons ici le destin de Victor Kravchenko (1905-1966), ce diplomate soviétique qui, en 1944, profita d’un voyage à New York pour faire défection. Sous le titre J’ai choisi la liberté, il publiera ses Mémoires, premier témoignage direct des horreurs du stalinisme, incluant un rapport détaillé sur la famine due aux collectivisations forcées en Ukraine, auxquelles il avait lui-même participé au début des années 1930, alors qu’il était encore un fidèle du système.

Sa biographie officielle s’achève en 1949, date à laquelle il gagne haut la main le procès intenté par ses accusateurs prosoviétiques de Paris, qui avaient appelé son épouse à témoigner de sa corruption, de son alcoolisme et de ses violences conjugales. Ce qu’on sait moins, c’est qu’aussitôt après sa victoire, alors qu’il est ovationné comme un héros de la guerre froide, Kravchenko est préoccupé par le maccarthysme. Pour lui, cet anticommunisme acharné risque de tomber mimétiquement dans les travers de ses adversaires. Il prend également conscience de l’injustice qui règne à l’Ouest et se met en tête d’élaborer une réforme radicale des sociétés démocratiques occidentales.

Suite à un deuxième volume (moins médiatisé) de ses Mémoires, publié sous le titre éloquent J’ai choisi la justice, le voilà qui se lance dans une croisade pour un nouveau mode de production, avec moins d’exploitation. Il se retrouve ainsi en Bolivie, où il va investir (et perdre) toute sa fortune dans l’organisation de collectivités de paysans pauvres. Abattu par ce fiasco, il se retire de la vie publique et finit par se suicider à New York.

Aujourd’hui, de nouveaux Kravchenko se font entendre un peu partout dans le monde, des Etats-Unis à l’Inde, à la Chine et au Japon, de l’Amérique latine à l’Afrique, du Moyen-Orient à l’Europe occidentale et orientale. Ils sont tous très différents, ils ne parlent pas la même langue, mais ils sont plus nombreux qu’on ne le pense, et les puissants ne craignent qu’une chose, c’est que leurs voix se fassent écho et s’amplifient.

Conscients que nous allons droit à la catastrophe, ils sont prêts à agir coûte que coûte. Déçus par le communisme du XXe siècle, ils n’hésitent pas à repartir de zéro et à réinventer la notion de justice. Traités de dangereux utopistes par leurs adversaires, ils sont pourtant les seuls à s’être vraiment réveillés du rêve qui nous aveugle encore presque tous. Ce sont eux qui, sans la moindre nostalgie du défunt "socialisme réel", portent le véritable espoir de la gauche.

Traduit de l’anglais par Myriam Dennehy

Philosophe, ancien candidat du parti Démocratie libérale slovène en 1991 à la première élection présidentielle libre qui a précédé l’indépendance de son pays en 1991.

Slavoj Zizek

http://www.lemonde.fr/opinions/arti...

(1) 9/11 en Allemagne : "ne pas oublier la Nuit de Cristal" http://www.lemonde.fr/web/depeches/...

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vendredi 13 novembre 2009

Terreur et démocratie : qui terrorise qui ?

Dans son petit bouquin paru aux éditions Libertalia, La terrorisation démocratique, Claude Guillon commence par analyser la constitution, en France, d’un épouvantail médiatique, la désormais célèbre « mouvance ultra-gauche anarcho-autonome », avant de mener un excellent travail de compilation réflexive sur l’entassement bi-décennal de lois sécuritaires. Il rappelle ce qui, dès 1986, constituait le fond de législations, qui, depuis, n’ont cessé de proliférer : l’amalgame entre « délinquance, terrorisme et immigration », pour reprendre les termes d’un communiqué du Syndicat des Avocats de France de cette année-là, cité par lui. La notion de « terrorisation » dissipant les brumes idéologiques du terme « terrorisme » (« est souverain qui désigne le terroriste », comme disait Coupat dans une interview au Monde), a le mérite de ramener sur le terrain des pratiques réelles, à savoir qui terrorise qui. L’analyse du Mandat d’arrêt européen offre une bonne illustration desdites pratiques et le fond de l’affaire est fort bien résumé en conclusion : « Pour l’heure, le ministre et le terroriste – celui qui pose sa bombe dans le métro – cherchent à susciter une identique sidération de la pensée critique, et concourent au maintien du même ordre social. »

Cet utile travail laisse néanmoins ouverte la question du rapport entre terrorisme et démocratie. En premier lieu parce que, si Guillon mène, avec la rigueur et l’ironie mordante qu’on lui connaît, la critique de la notion de « terrorisme » dans ses successives définitions légales, la démystification de la notion de « démocratie » est tenue pour acquise, une fois énoncé qu’elle est « un mode de régulation du capitalisme ». C’est peut-être bien un peu court. D’abord, parce que tous ceux qu’intéresse la critique radicale des discours sécuritaires ne sont pas forcément familiers de la critique radicale de la démocratie. Là-dessus, on ne saurait trop recommander la lecture de Mort à la démocratie, de Léon de Mattis, paru en 2007 aux éditions l’Altiplano. Sans jargonner, l’auteur démonte les arguments de ceux qui voudraient nous faire croire qu’effectuer le rite imbécile consistant à glisser un bulletin dans une urne nous donnerait un quelconque pouvoir sur nos vies.

On pourrait compléter utilement cette lecture par celle d’un texte dont je suis le principal rédacteur, et qui fut publié voilà vingt ans dans la revue Le Brise-Glace : "Le point d’implosion de l’idéologie démocratiste". En le lisant après s’être plongé dans le bouquin de Léon de Mattis, on ne manquera pas de remarquer combien les problématiques déjà explorées par d’autres sont périodiquement redécouvertes - parfois comme c’est le cas de Mattis, avec beaucoup de talent, mais sans que leur résolution s’en trouve beaucoup plus avancée. C’est que la théorie ne saurait aller beaucoup plus loin que la pratique : comme tente de l’expliquer, parfois de manière confuse, mon texte de 89, l’idéologie démocratiste est la mieux adaptée au capitalisme, forme sociale dont le dépassement n’a encore été esquissé nulle part. Le terme « démocratie » est aussi manipulable que le terme « terrorisme ». Pour l’État et les médias dominants, il n’y a pas d’autre démocratie possible que la démocratie représentative, et même que la démocratie parlementaire. Pour d’autres, qui peuvent nous être très proches dans leur refus de l’existant, tel un Jacques Rancière, la démocratie n’est pas réductible au vote ou à la représentation. Chez Rancière, la démocratie est identifiable au communisme, à l’exigence subversive d’égalité. Ce n’est donc pas sans raison que je préfère parler de critique radicale non pas de la démocratie, mais du démocratisme : « Le démocratisme est l’illusion selon laquelle la démocratie – ensemble de procédures de représentations et de production du droit - peut et doit régler l’ensemble de la vie sociale. Or c’est un fait que dans l’histoire des sociétés – du moins des sociétés modernes – comme dans celle des individus – du moins des individus du dernier siècle - les moment où l’on délibérait, où l’on fixait des normes, ont toujours alterné avec ceux où les rapports de force sous-jacents au cours ordinaire des choses éclataient brusquement et où la violence physique et symbolique s’exerçait. »

Plus loin, j’écrivais, allant en effet… plus avant que Guillon dans la compréhension du lien entre démocratie et terrorisme : « On a vu que, dès leur naissance, les droits de l’homme, loin d’être indéterminés, appartenaient à une société donnée. (…) Les textes fondateurs, les gloses de spécialistes, les litanies journalistiques ne sont que la partie élaborée, la pointe émergée d’un iceberg social. L’instance symbolique en est partie intégrante. Le droit n’existe pas seulement dans les constitutions et les codes, mais aussi dans la tête des gens, cause et effet de leur "manière d’être en société". C’est parce qu’ils ignorent cette réalité que tant d’activistes minoritaires ou de rebelles au consensus démocratique se retrouvent écrasés sans comprendre. Le spectacle de l’anti-terrorisme qui les liquide n’est pas pure manipulation de maîtres considérant la société du haut de leur donjon. Ce spectacle tire sa substance et son dynamisme du démocratisme spontané que sécrètent les rapports sociaux capitalistes. Le formalisme démocratique échange la pacification de la vie sociale contre mille humiliations et un grand renoncement. Lorsque des zigotos viennent troubler cette paix de telle manière que le citoyen ne se trouve rien de commun avec eux, il se sent menacé dans cette tranquillité si chèrement acquise. D’où un rejet qui nourrit toutes les manœuvres étatico-médiatiques. »

Dans mon Antiterrorisme en France ou la terreur intégrée, publié la même année à La Découverte, je posais la question : à quelles conditions la révolte radicale peut-elle échapper à sa caricature et à sa transformation en un spectacle qui l’écrase ? Pour répondre, il n’est pas indifférent que cette révolte s’exprime dans une société dictatoriale ou dans une société démocratique. Tous les régimes ont su se fabriquer des ennemis intérieurs, des monstres à jeter en pâture à la foule dans le cirque médiatique. Tous les régimes sont amenés, par moment, à gouverner par la peur. Mais tous ne le font pas de la même manière. Dans une société démocratique, la fabrication du monstre est le résultat d’un processus convergeant et contradictoire à la fois, fruit du jeu de pouvoirs interdépendants, mais qui ont leur propre logique autonome : police, justice, médias, politique. Savoir intervenir dans leur jeu et le gripper doit être le minimum d’intelligence stratégique que doivent déployer les individus et les groupes ennemis du capitalisme démocratique. Sans oublier que ce qui grippe mieux que tout ces mécanismes-là, ce sont les mouvements sociaux. Comme dit Guillon, « Quelques centaines de milliers de personnes dans les rues réduisent à néant n’importe quel plan Vigipirate. Aucune police politique n’est en mesure de faire échec à une grève générale. »

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Ps : sur la question de la démocratie aujourd’hui, deux grands bouquins à lire : Alain Brossat, Le sacre de la démocratie, tableau clinique d’une pandémie, éditions Anabet ; et Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, La Fabrique.

A voir : l’interview - en trois parties - de Jacques Rancière sur Siné-Hebdo.

2 Messages de forum

  • Terreur et démocratie : qui terrorise qui ?

    11 novembre 18:53, par Onmnia sunt communia

    Billet documenté et convaincant.

    Juste : si je comprends bien, la seule façon d’échapper à la fabrication du "monstre" est le mouvement d’ampleur ? Une grève massive pour seule voie ? Parce que dans ce cas, au regard de ce que je vois autour de moi, on est pas sorti de l’auberge…

    Répondre à ce message

    • Terreur et démocratie : qui terrorise qui ? 11 novembre 19:14, par Quadruppani

      Qu’on ne soit pas pas près de sortir de l’auberge capitaliste alors même qu’elle devient chaque jour moins habitable, et que seul un mouvement de grande ampleur en forcera les portes avec assez de puissance pour ne pas nous y faire retourner par la fenêtre, c’est une évidence. Que ce mouvement se fasse attendre c’est le moins qu’on puisse dire. Cela n’empêche pas les réfractaires à l’ordre mondial de se chercher, de (se) trouver, d’élaborer ensemble des stratégies pour échapper à la transformation en monstres et construire des ébauches d’autres modes d’être au monde, d’agir sur lui et d’y vivre. A propos de stratégies, tout ce qui tourne en dérision le pouvoir est le bienvenu (j’aime bien par exemple l’armée des clowns ou les raids d’entarteur(s)) mais on ne peut évidemment se cantonner dans la dérision. On peut aussi réfléchir à la notion de sabotage (ça ne veut pas dire forcément casser ou bloquer, ça peut vouloir dire détourner), au combat pour la décolonisation des imaginaires et la réappropriation de grands récits. On peut faire un tas de choses, quand on commence à se rencontrer. Il ne manque pas d’occasions de réfléchir ensemble. Par exemple, celle-ci, où je serai :

      Intervento - Luttes autonomes Italienne des 70’s

      Vendredi 13 novembre à 19h30 + apéro à la Coordination des Intermittents et Précaires, 14-16 quai de Charente, Métro Corentin Cariou à Paris

      Mise en scène (en lectures, films, chansons...) sur les mouvements sociaux autonomes qui ont bouleversé l’Italie pendant les années 70 : luttes dans les usines, quartiers, prisons, occupations de logements et auto-réductions, féminisme, radio libres, action directe, groupes en armes et illégalisme...

      Suivie d’une discussion sur ce que ces fragments d’histoires, leurs failles, leurs passions et leurs forces peuvent faire émerger dans des stratégies de lutte aujourd’hui.

    • Serge Quadruppani

      Voir en ligne : http://quadruppani.blogspot.com/

À l'affiche !


    Source : sur ARTICLE XI

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    Juanes et Bono : les émissaires culturels de l’impérialisme

    Il faut distinguer, pour reprendre l’idée de Paul Ricoeur, la politique sensu lato, comme structure de l’action en commun, et la politique sensu stricto comme activité gravitant autour du pouvoir, de sa conquête et de son exercice. On peut donc faire de la politique sans être engagé en politique.

    Dans l’intention et immanquablement dans les conséquences, l’initiative de Juanes de se produire à Cuba sous la bannière de la paix est un acte politique au sens large du terme. Ce concert s’inscrit dans la stratégie de détente envers Cuba engagée par l’administration Obama. Les propres promoteurs du projet en ont fait mezza voce l’aveu : « c’est le moment pour commencer quelque chose » a déclaré Juanes. Le chanteur espagnol Miguel Bosé, co-organisateur de l’événement, a confirmé qu’il bénéficiait de l’appui des Etats-Unis et a ajouté prendre les mesures pour éviter toute instrumentalisation du concert par les autorités cubaines.

    Il a fallu avant tout l’agrément de l’administration étasunienne pour mener à bien l’entreprise. Juanes s’est réuni le 9 juin avec Hillary Clinton et d’autres hauts responsables usaméricains en vue de la préparation de la seconde édition du concept « Paz sin fronteras ». On comptait en effet la présence à cette réunion de Thomas Shannon, sous-secrétaire du département d’Etat en charge de l’hémisphère occidental , et de Dan Restrepo, conseiller du Président concernant les affaires latino-américaines.

    Juanes s’est déjà livrée à ce genre de messe propagandiste lorsque les tensions entre la Colombie et le Venezuela étaient à leur comble suite à l’assassinat du commandant des Farc Raul Reyes en Equateur. Il a chanté avec quelques compagnons à la frontière des deux pays au nom de la fraternité des peuples. Ce faisant, il mettait dos à dos Uribe d’une part et Chavez/Correa d’autre part sans distinguer l’agresseur et l’agressé. Il faut savoir que Juanes soutient sans réserve Alvaro Uribe Velez pour qui il n’a jamais caché son admiration. Il a déjà chanté face à un parterre de militaires colombien qu’il a qualifié de « héros de la patrie ». Il est clairement engagé aux côtés des « paracos » au pouvoir en Colombie pour qui il joue fidèlement son rôle d’ambassadeur culturel. Il ne manque d’ailleurs jamais une occasion pour vilipender les Farc ; alors qu’il avait exigé un concert pur de toute prise de position à La Havane, il a une fois encore critiqué la guérilla. A la fin du concert, il s’est permis de lancer sans vergogne « Cuba libre ». A moins de faire référence à un Cuba libéré de l’hostilité des USA et de leurs ingérences incessantes, cette exclamation est une véritable provocation contre-révolutionnaire.

    Avec l’administration Obama, les USA n’ont pas modifié l’essence de leur politique à l’égard de Cuba mais ils l’ont simplement ajustée. Au lieu d’une politique d’hostilité frontale qui a montré ses limites, Obama et Hillary Clinton font prévaloir une stratégie pluridimensionnelle (diplomatique, médiatique, culturelle, économique, politique,…) sans renoncer d’aucune façon à leur objectif final : la restauration du capitalisme à Cuba. Toute relation de domination, même si elle est institutionnalisée, est constitutive de violence. Hormis quelques mesures sans portée significative, le blocus est prolongé au nom d’une supposée « atteinte à la sécurité nationale ». L’harmonisation des relations souhaitée par Obama ne voile qu’un rapport de domination politique et économique à l’instar des relations usuelles entre les USA et les pays latino-américains. .

    Bono, chanteur du groupe U2, est un autre chantre emblématique de l’impérialisme anglo-saxon et du capitalisme. Que ce soit sous le pavillon de la paix et de lutte contre la pauvreté, Bono fait de la morale le principe de changement. Il incombe en d’autres termes à l’homme de se transformer, de muer de conscience, de changer d’esprit pour changer la physiologie du monde. Par suite, les structures sociales paraissent étrangères à la question de la pauvreté qui devient un problème de conscience individuelle. L’engagement citoyen, politique n’a plus donc de raison d’être et il n’est plus nécessaire de développer une doctrine politico-économique pour changer le monde. C’est ainsi que l’on retrouve Bono lors des sommets mondiaux capitalistes quémander une « aide » humanitaire et la moralisation des règles du jeu capitaliste. Il conviendrait plutôt, par rapport aux objectifs assignés, d’inciter les masses à l’action pour qu’elles deviennent l’agent de leur propre histoire.

    Lorsque Bono chante devant la porte de Brandebourg pour commémorer la chute du mur de Berlin, il pose un acte politique clair et évident ; lorsque Juanes et ses compères chantent sur la place de la Révolution à La Havane pour décongeler les relations entre les Etats-Unis et Cuba, ils s’impliquent dans les affaires de la cité. La date de l’événement ainsi que le choix du lieu trahissent leurs options idéologiques, leurs échelles de valeurs. N’aurait-il pas été plus judicieux de chanter pour la paix à Gaza, à Bagdad, à Kaboul ou à New York ? Ce sont les Etats-Unis en effet qui mènent de front plusieurs guerres et c’est auprès de leurs autorités qu’il conviendrait de peser ; c’est Israël qui refuse obstinément d’engager un processus de paix sincère avec ses voisins arabes et qui poursuit sa colonisation scélérate ; c’est en Colombie que pas moins de sept bases usaméricaines qui menacent la paix régionale ont été implantées.

    La vocation démocratique, apolitique et pacifiste de ces artistes est une mystification réactionnaire. Poser la paix en valeur absolue équivaut à acquiescer le statu quo social. La paix est une valeur secondaire par rapport aux valeurs de justice et liberté. Lorsque les peuples cubains, équatoriens, boliviens, vénézuéliens ou colombiens affirment leur volonté émancipatrice, ils subissent instantanément l’agression de leur bourgeoisie nationale appuyée par l’empire usaméricain. Le mouvement social latino-américain s’est mis en marche et il est disposé à lutter pour la conquête de ses droits et d’une paix juste.

    Emrah KAYNAK, Le Grand Soir

    Posté par redacteurs à 07:54 - Impérialisme made in USA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Solidarité avec la Fédération Anarchiste Gaucha contre la répression d’État au Brésil

    --> Rassemblement le samedi 14 novembre 2009 à 15 heures consulat du Brésil, 11 bis rue St Ferréol, 1er ardt Marseille

    Lu sur Alternative libertaire : "Le jeudi 29 octobre 2009, la police civile de Rio Grande do Sul (région du brésil), commando au service de la Gouverneure Yeda Crusius, a fait irruption au local de la Fédération Anarchiste Gaucha (organisation libertaire Brésilienne). La police a saisi du matériel divers, comme des affiches, des procès-verbaux de réunions, la CPU d'un ordinateur, et même les poubelles du local. Elle a aussi tenté d'intimider ceux qui ne faisaient qu'apporter leur solidarité et qui se trouvaient enregistrés sur le site web de l'organisation. Il y a deux compañeros inculpés.

    Cela fait des années que les compagnons de la FAG luttent contre l'exclusion et la précarité, en défendant la justice et des conditions de vie dignes. Leur travail avec les chiffonniers et cartonniers, avec les sans toit, avec les sans terre, est bien connu. En définitive, un travail qu'ils mènent depuis des années avec ceux d'en bas.

    C'est là le motif pour lequel la police de l'État du Rio Grande do Sul a exercé la répression contre les compagnons de la FAG, un État plongé dans des scandales de corruption et qui adopte une attitude répressive face aux collectifs et organisations qui exercent simplement leur liberté d'expression pour critiquer les différentes politiques antipopulaires du gouvernement. C'est là la réponse gouvernementale face au refus social. Et la FAG n'est pas la première agressée, il faut rappeler l'assassinat du paysan sans terre Elton Brum ou la mort de Marcelo Cavalcante en février dernier.

    A la suite d'un appel de différentes organisations libertaires internationales, nous tenons à faire part de notre condamnation énergique de ces actes répressifs. Nous voulons dénoncer l'incongruité de la politique gouvernementale brésilienne, une politique de droite avec un discours de gauche. Une politique qui est régie par les mêmes paramètres économiques que dictent les multinationales, et qui applique par conséquent les mêmes tactiques militaristes et répressives.

    Non seulement nous condamnons la répression gouvernementale, mais nous voulons aussi manifester notre solidarité et notre soutien aux compañeros et compañeras de la FAG pour le travail qu'ils réalisent avec les gens simples de leur peuple, un travail constant et tenace que les pouvoirs gouvernementaux ont prétendu faire cesser au moyen de la terreur, de l'intimidation et de la répression, mais nous sommes certains qu'ils ne vont pas y parvenir.

    En ces moments, nous considérons que les marques de soutien et de solidarité sont importantes, c'est pourquoi nous appelons à manifester devant le consulat du Brésil.

    Alternative Libertaire Marseille

    Federação Anarquista Gaúcha

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    jeudi 12 novembre 2009

    Campagne pour le droit à la dignité des détenus

    En 2009, au mépris des règles pénitentiaires européennes, la France persiste à bafouer la dignité de plus de 60000 détenus en niant quotidiennement leur droit à l’intimité.

    Il est urgent d’avoir une véritable politique de maintien des liens conjugaux, respectant l’intimité et la dignité de chacun des prisonniers et de leurs partenaires.

    Pour que la prison respecte ses ambitions de réinsertion, nous réclamons, qu’elle se limite, comme le droit l’indique, à une privation de liberté d’aller et venir.

    Dans l’exercice de sa mission de service public, l’administration pénitentiaire est tenue de favoriser la réinsertion sociale du détenu.

    C’est en outre l’engagement formel pris par Nicolas Sarkozy à l’occasion des Etats généraux de la condition pénitentiaire en 2007 : « Je me suis clairement engagé à ce que la dignité de la condition carcérale soit une priorité de notre action. Etre condamné à une peine de prison, ce n’est pas être condamné à être maltraité par d’autres détenus, à ne plus avoir de contacts avec sa famille, à vivre dans une cellule surpeuplée, à se sentir acculé au suicide (…). Le principe de l’encellulement individuel pour toute personne qui le souhaite, dans des conditions respectueuses de l’intimité, doit être garanti. Le maintien des liens familiaux, par la création d’unités de visites familiales dans toutes les prisons, la réinsertion (…) doivent faire l’objet de toutes nos attentions. »

    Or, sur les 190 établissements en France, seuls 7 bénéficient de structures à l’abri des regards permettant aux détenus d’entretenir des contacts affectifs avec leurs partenaires. Quel sort réserve-t-on aux détenus des 183 établissements restants ? Les relations sexuelles volées au regard des surveillants dans les parloirs collectifs. Le gavage quotidien de pornographie. Les viols et la prostitution teintés de violences homophobes.

    Alors que la loi pénitentiaire vient d’être adoptée en passant outre la révolution copernicienne qui s’imposait et qu’une nouvelle loi est envisagée sur la récidive, il est temps de mettre la question de la dignité des détenus à l’agenda politique et médiatique.

    Signez et faites signer la pétition en ligne pour le droit à l’intimité des détenus et engagez-vous auprès des associations mobilisées pour que les droits de l’Homme ne s’arrêtent pas aux portes de nos prisons.

    Source : http://www.raidh.org/-Campagne-pour-le-droit-a-la-.html

    Pétition : Pour un droit à l’intimité en prison

    NOUS, conjoints de détenus, responsables associatifs et politiques, défenseurs des droits de l’Homme, citoyens, réclamons par cette pétition - ainsi que par une lettre adressée conjointement au Président de la République - que soit prise en compte la dimension affective et sexuelle de toutes les personnes détenues en France, prévenues ou condamnées, quel que soit l’établissement pénitentiaire et la durée de la peine. Pour que la prison respecte ses ambitions de réinsertion, nous réclamons, qu’elle se limite, comme le droit l’indique, à une privation de liberté d’aller et venir.

    Nous reconnaissons tous que la possibilité d’avoir une sexualité participe de l’équilibre de chacun. Or, au mépris des règles pénitentiaires européennes (la règle 24-4 souligne l’importance des visites dont les modalités doivent « permettre aux détenus de maintenir et de développer des relations familiales de façon aussi normale que possible ») la France persiste à bafouer les droits de plus de 60000 détenus en niant quotidiennement leur droit à l’intimité. La privation de sexualité est appréhendée comme une double peine par les détenus : la privation de liberté ne devant pas nécessairement entraîner l’absence de tout contact humain. Doit-on s’étonner du nombre exponentiel de suicides dans nos prisons ?

    Dans l’exercice de sa mission de service public, l’administration pénitentiaire est tenue de favoriser la réinsertion sociale du détenu.

    C’est en outre l’engagement formel pris par Nicolas Sarkozy à l’occasion des Etats généraux de la condition pénitentiaire en 2007 : « Je me suis clairement engagé à ce que la dignité de la condition carcérale soit une priorité de notre action. Etre condamné à une peine de prison, ce n’est pas être condamné à être maltraité par d’autres détenus, à ne plus avoir de contacts avec sa famille, à vivre dans une cellule surpeuplée, à se sentir acculé au suicide (…). Le principe de l’encellulement individuel pour toute personne qui le souhaite, dans des conditions respectueuses de l’intimité, doit être garanti. Le maintien des liens familiaux, par la création d’unités de visites familiales dans toutes les prisons, la réinsertion (…) doivent faire l’objet de toutes nos attentions. »

    Or, sur les 190 établissements en France, seuls 7 bénéficient de structures à l’abri des regards permettant aux détenus d’entretenir des contacts affectifs avec leurs partenaires. Quel sort réserve-t-on aux détenus des 183 établissements restants ? Les relations sexuelles volées au regard des surveillants dans les parloirs collectifs. Le gavage quotidien de pornographie. Les viols et la prostitution teintés de violences homophobes.

    Une suite ininterrompue d’humiliations, donc.

    Maintenir des liens affectifs en respectant l’intimité de chacun contribue à pacifier les relations au sein des établissements pénitentiaires, notamment entre détenus, et à envisager la libération et la réinsertion avec optimisme. Consacrer juridiquement un droit à l’intiimité en prison constitue une étape urgente dans l’amélioration des conditions de détention.

    Signature en ligne : http://www.raidh.org/spip.php?page=petition&id_rubrique=57

    Posté par redacteurs à 20:12 - Anti-UMP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Vous aimez la critique sociale ? Soutenez la !

    La Brique est un journal précaire. Disons... en danger de mort permanent. Depuis le n°1 de mars 2007, nous n’avons guère franchi la ligne verte. A croire qu’on le fait exprès. Quelques soirées de soutien et quelques criées énergiques ont bien pu financer un ordinateur, une ligne téléphonique et du café. Mais ces derniers temps, le manque de liquide fait grogner le banquier « coopératif » et les fournisseurs...

    On pensait que le passage en mensuel susciterait l’emballement général. Mais notre compte bancaire fait toujours la gueule, rien à faire. On se console en se disant qu’on arrive tout de même à en diffuser autant qu’en deux mois. C’était le minimum. Mais c’est deux fois plus de boulot... et deux fois plus de risques de tomber dans le rouge.

    Toujours débordants d’ambition, on a doublé le tirage, on a déposé La Brique partout dans la région (1). L’augmentation des ventes a renfloué le surplus de facture d’impression, pas davantage. On arrive aujourd’hui de justesse au niveau des 900 exemplaires vendus (2). Pas terrible, hein ? 500 dans les kiosques de Lagardère (NMPP) qui nous arrachent 34 % du prix, 180 chez nos dealers, plus d’une centaine dans la rue. Ainsi qu’une centaine de personnes qui nous ont soutenus en s’abonnant.

    Tous ces efforts couvrent donc à peine l’impression. En théorie. Car le paiement par les NMPP (3) se fait deux, trois, parfois cinq mois après. C’est pourquoi on chute régulièrement dans le rouge. A la dernière impression, il a fallu ramener à l’imprimeur une preuve de bonne foi, soit un chèque de 2000 € pour qu’il nous laisse embarquer les 6000 exemplaires (4). On lui devait quand même 6800 €. Après règlement des n°13 et 14, reste encore à régler l’impression des n°15, 16 et 17, soit 4100 €.

    Alors il s’agit de convaincre sans relâche de nouveaux lecteurs et lectrices, de toujours faire progresser ce canard, son contenu et sa diffusion ; tout comme de rendre visible la nécessité d’une presse critique aujourd’hui.

    Mais à court terme, le meilleur moyen de s’en sortir, c’est d’amasser des abonnements par dizaines, par centaines ! Car à chaque fois, c’est dix numéros payés d’avance sans qu’un intermédiaire vienne grappiller sa part. Du flouze qui permet de régler les factures à temps. C’est vital pour un humble et frêle esquif comme La Brique, qui rame au milieu du marécage médiatique.

    D’autres vivent la même galère, du CQFD à L’envolée, en passant par le Postillon. La presse associative militante ouvre bien sa gueule, mais l’écho est trop faible, comme les soutiens. Alors les abonné-es sont le nerf de la guerre pour continuer à imprimer chaque mois. Et nous en avons trop peu.

    On n’a donc pas attendu d’être complètement dans la mouise pour vous alerter. Car on ne veut absolument pas prendre le risque que ce canard disparaisse. Notre peau, on la vendra chèrement. On espère que vous aussi, vous tenez à ce canard, en ces temps pourris. Pour nous voir paraître encore dans six mois, dans un an, il va falloir mettre la main à la poche. Alors, la bourse ou la vie, camarade ?

    Le Collectif de rédaction

    1 : Nous sommes diffusés par les dépositaires NMPP de Lesquin, Valenciennes, Calais, Lens, Douai, Dunkerque, Berck Plage et Maubeuge, auxquels s’ajoutent Amiens, Soissons, Abbeville et St Quentin à partir de ce numéro.

    2 : Selon les calculs usuels en la matière, environ 2 ou 3000 personnes pourraient lire La Brique, bien davantage que le nombre d’exemplaires vendus. Mais le Crédit Coopératif se fout du nombre de lecteurs... avec eux c’est l’oseille qui compte.

    3 : Les « Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne » qui fournissent les kiosques par l’intermédiaire des dépositaires, sont détenus à 49% par Hachette-Lagardère.

    4 : Pour les invendus, les NMPP détruisent plus de 3500 exemplaires et nous en gardons environ 1500, qu’on distribue ici et là dans les quartiers, dès qu’on a le temps.

    Posté par redacteurs à 07:58 - "Pluralisme" à la francaise ... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Agro-Business : Le Mur de la Honte…

    Les libertés publiques ne sont plus enserrées dans des murs en béton. Depuis la chute du symbole de l’étouffement des libertés qu’était Le Mur de Berlin.

    Du moins, sous nos latitudes…

    En Palestine, il est deux fois plus haut et plus solide. Il ne cesse de s’étendre.

    Ailleurs, coups d’Etat, tortures, exécutions, enlèvements, élections truquées, bombardements, occupations militaires, en sont un substitut encore plus atroce. Mais, il convient de ne jamais l’évoquer…

    Vingt ans !… Ne cessent de s’extasier les médias, célébrant cette disparition en chœur. Coordination, déploiement, ratissage, impeccables. Gros budgets. Tambours et trompettes. Pluies diluviennes d’euros et de dollars…

    Nous l’avons tous compris. Une de leurs grandiloquentes campagnes de propagande. Nous agrippant par les oreilles et le col, nous matraquant dès le petit-déjeuner, pour endormir les citoyens que nous sommes.

    Nous convaincre de notre état paradisiaque de « citoyen libre ».

    Restons lucides.

    Dans nos pays « riches », « développés », les progrès techniques de communication et de désinformation rendent obsolètes, archaïques, ces excroissances de béton et de fil de fer barbelé.

    Pour étouffer la liberté d’expression et l’esprit critique, s’élèvent des murs virtuels qui ne se perçoivent pas à première vue. Encore plus efficaces.

    Lentement, implacablement, s’érigeant dans le silence complice des politiciens. Pour ne pas changer…

    De nombreux piliers pour le soutenir. Dont l’architecture et la mise en œuvre sont élaborées par des officines spécialisées qui ne font que cela à longueur d’années. Concevoir stratagèmes, désinformations et contrevérités.

    Nous faire croire que la lune est carrée, qu’un dictateur sanguinaire est un démocrate. Qu’un dirigeant régulièrement élu est un dictateur, à partir du moment où il n’accepte pas ce qu’une « grande puissance » lui dicte. Qu’il y a des élections truquées où il n’y en a pas. Ou, vice-versa, qu’il n’y en a pas, là où il y en a. Même si l’arnaque crève les yeux, comme on vient de le voir en Afghanistan.

    L’étape ultime étant « la censure ».

    Censure déguisée, bien sûr. Nous sommes en « démocratie ». Comment transformer des citoyens en consommateurs, muets et autant que possible apeurés ? La peur renforçant leur mutisme.

    Pour les castes au pouvoir, « la peur » n’est pas le commencement de la sagesse des sujets qu’ils gouvernent. C’est l’instrument qui leur cloue le bec.

    Un des meilleurs artifices, pour étouffer liberté d’expression et esprit critique, est « l’arsenal juridique ». Sans cesse travaillé, modernisé, actualisé. Avoir la « justice » avec soi, pour bâillonner son peuple, le rêve de tout autocrate…

    Connaissez vous le SLAPP ?… Une pandémie, dans nos pays occidentaux.

    Le Strategic Lawsuit Against Public Participation. On pourrait traduire par : Action Judiciaire Stratégique contre la Mobilisation Citoyenne.

    Ce sont des actions en justice, dont le modèle est anglo-saxon à l’origine, destinées à intimider, dissuader, entraver, bloquer les actions menées par des groupes de citoyens, de consommateurs, de médias, qui ont le courage de dénoncer des produits, ou des services, qu’ils estiment contraires aux intérêts de la collectivité.

    Notamment, sur le plan des risques sanitaires que font prendre des groupes financiers de l’Agro-Business, de l’Industrie, de la Grande Distribution. Publics ou privés.

    L’objectif premier est d’étrangler financièrement, par le coût des procès à répétition et l’enjeu des sommes demandées, l’action des citoyens ou des médias se mobilisant pour une cause, dans l’intérêt d’une collectivité.

    Dans mon billet précédent, je vous ai cité un cas, Afrique : Pillage et Pollution… Il mettait en cause une société britannique pratiquant la mondialisation de la pollution.. (1)

    Je vous présente un autre cas, en France. Symbolique de la dégradation en cours, de nos libertés se délitant.

    Il y a un an, des associations de cinq pays européens, dont le MDRGF (Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures) pour la France, ont fait tester par un laboratoire allemand certifié des raisins de table, vendus dans des magasins relevant de 16 enseignes différentes. (2)

    Cette étude internationale examinait la politique de la « grande distribution » en matière de résidus de pesticides dans les produits alimentaires. Elle a été publiée le 24 novembre 2008.

    Conclusions accablantes…

    Non seulement la quasi-totalité des raisins analysés, issus de l’agriculture intensive, contenaient des résidus de pesticides à un niveau élevé. Mais les doses analysées dépassaient largement les limites autorisées, dans la plupart des cas.

    Pire : des produits interdits, en tant que pesticides, ont été trouvés sur ces produits « frais »…

    Inacceptable.

    Qu’ont fait les professionnels, en France ? Une contre-étude ? Une action immédiate pour remédier à cette situation ? Une réflexion commune, producteurs - grande distribution – consommateurs, pour élaborer les mesures à long terme garantissant qualité et sécurité alimentaires ?

    Non.

    Le 2 février 2009, devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, la Fédération Nationale des producteurs de Raisin de table (FNRT) a assigné en justice le MRDGF pour avoir « … dénigré le raisin de table ».

    Réclamant :

    => 500.000 euros de dommages et intérêts

    => La publication du jugement dans dix médias nationaux

    => La suppression du dossier sur son site Internet.

    Evidemment, l’association ne dispose pas des moyens et sommes demandées. Le but est clair : censurer l’information, tuer dans l’œuf toute résistance et action de ce type.

    Même réactions de ces milieux, que lors des études publiées sur les OGM, le sucre, le sel, etc. : intimider, menacer... Plus vite que son ombre...

    Que faire ?…

    Devant l’inaction des politiciens ? L’occultation des médias ?

    Devant les atteintes délibérées et répétées contre la liberté d’expression, le droit des consommateurs à une pluralité et une fiabilité de leur information, et le droit à la santé de la population ?…

    Les choix sont multiples, l’essentiel étant l’action citoyenne. Pour le cas présent :

    i) Faire circuler l’information autour de vous, pour franchir l’obstruction des médias

    ii) Adhérer au MDRGF : www.mdrgf.org

    iii) Soutenir l’association de solidarité avec le MDRGF, constituée pour lutter contre l’intimidation et les menaces qu’elle subit : http://www.generations-futures.org/

    iv) Bombarder, par mail, téléphone, ou courrier, le député et le sénateur de votre circonscription pour les sortir de leur assoupissement, via leurs permanences électorales ou leurs bureaux au Parlement, en exigeant leur intervention

    v) Bombarder, par mail, téléphone, ou courrier, les antennes des partis politiques de votre circonscription, de la majorité et de l’opposition, pour les sortir de leurs tripatouillages et de leurs guerres des chefs, en exigeant leur intervention.

    Que les élus, et ceux qui ambitionnent de l’être, sachent que leurs actions, actuelles et futures, seront jugées électoralement sur des actes, des principes et non pas sur des combines de notables à base de bla-bla-bla.

    Qu’ils sentent que les citoyens n’accepteront pas de voir les institutions politiques de leur nation gangrenées par les lobbies, au service exclusif de ceux qui souhaitent étouffer la liberté d’expression et d’information pour tondre confortablement la laine sur le dos de moutons amorphes.

    Dans l’enclos dont rêvent cyniquement ces nouveaux autocrates du TAF, « Totalitarisme de l’Argent Facile », détournant “l’Etat de droit” voulu par les citoyens en un nouveau …

    … Mur de la Honte.

    Georges Stanechy

    (1) http://stanechy.over-blog.com/artic...

    (2) MDRGF, 40 rue de Malte, 75011 Paris, tel. : 01 45 79 07 59, www.mdrgf.org

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    A lire en novembre

    A plusieurs reprises, nous avons indiqué tout le bien que nous pensions de la revue de critique bibliographique A contretemps. Les Editions libertaires ont eu la bonne idée de regrouper quatre entretiens parus dans celle-ci et de nous offrir ainsi, réunis en un seul volume, les témoignages de Diego Abad de Santillán, Felix Carrasquer, Juan García Oliver et José Peirats sur la révolution espagnole. Dans A contretemps d'une Espagne rouge et noire (coll. A contretemps, 250 p., 15 euros), ces militants nous font part de leur vécu mais aussi et surtout, à travers leur vision de l'événement, nous permettent de l'appréhender dans toute sa complexité. Les mêmes éditions, après avoir publié plusieurs brûlots sur la religion chrétienne, se sont attaquées à l'islam avec L'Impasse islamique. La religion contre la vie, de Hamid Zanaz (préf. de Michel Onfray, coll. Propos mécréants, 176 p., 13 euros). Le réquisitoire est vigoureux et déplaira sans doute à ceux qui préfèrent ménager l'islam sous le prétexte fallacieux de ne pas hurler avec l'ennemi. Pour notre part, il nous semble que le combat contre l'obscurantisme est primordial, même si dans ce cas d'espèce l'idéalisation de l'Occident et de la « modernité » apparaît contre-productive. Souhaitons maintenant la parution d'un ouvrage critique de la religion juive car, comme l'a affirmé, Kateb Yacine : « Ces religions ont toujours joué un rôle néfaste. Il faut s'y opposer avec la dernière énergie. On les voit maintenant à l'œuvre en Palestine, on les voit partout. Ces trois monothéismes font le malheur de l'humanité. » Bruno Astarian nous amène sur un autre point du globe, là où un gouvernement communiste a choisi pour éviter le sort de ses congénères socialistes étatiques de l'Est de se lancer dans une politique de réformes économiques et d'ouverture commerciale contrôlées. Avec Luttes des classes dans la Chine des réformes (1978-2009) (Acratie, 180 p., 15 euros), il pronostique parmi les nombreux changements que connaît le pays la montée de la lutte des classes et le développement à venir des revendications du prolétariat que leur politique a engendré. En bons marxistes pragmatiques, les dirigeants chinois savent ce que cela signifie et le danger potentiel représenté. Saluons le sens de l'histoire ! Ronald Creagh, quant à lui, nous invite à (re)découvrir les expériences communautaires qui pendant près de deux siècles ont démontré avec plus ou moins de succès la possibilité de vivre en dehors de la logique de la société dominante. Ces Utopies américaines. Expériences libertaires du XIXe siècle à nos jours (Agone, coll. Mémoires sociales, 400 p., 24 euros) sont une réédition augmentée et réactualisée de Laboratoires de l'utopie, les communautés libertaires aux Etats-Unis, ouvrage paru chez Payot en 1983. Autre essai communautaire, mais au Costa Rica, une colonie anarchiste individualiste fondée par un Français au début du XXe siècle cristallisa les espoirs de divers compagnons désireux de changer de vie, et disparut sans laisser de traces. Malcolm Menzies, auteur d'un émouvant roman sur la bande à Bonnot (En exil chez les hommes), a longuement enquêté pour écrire cette étude historique à son sujet : Mastatal (Plein chant [route de Condé, 16120 Bassac ; tél. : 05-45-81-93-26 ; fax : 05-45-81-92-83], 310 p, avec des reproductions de photographies), 21 euros). D'un continent à l'autre, s'il y a un personnage qui a parcouru le monde et voulu appréhender ses multiples facettes, c'est bien Elisée Reclus (1830-1905, lire biographie). Philippe Pelletier, lui-même géographe et anarchiste, a voulu comprendre et expliquer les relations qui unissaient la géographie et l'anarchisme, ainsi que leur interaction. Qu'est-ce qui séparent le marxisme et l'anarchisme dans la compréhension du milieu ? Quelles sont les réponses apportées par la géographie reclusienne aux problématiques actuelles (géopolitique, environnement, civilisation…) ? Voilà les thèmes de réflexion d'Elisée Reclus, géographie et anarchie (Editions du Monde libertaire, coll. Brochure anarchiste, 220 p., 12 euros). Les 10 et 11 octobre 2008, se sont tenues les 25es Rencontres méditerranéennes (lire présentation) consacrées à « Albert Camus et les libertaires », et les actes du colloque viennent de paraître sous le titre : Le Don de la Liberté. Les relation d'Albert Camus avec les libertaires (De la Nuit, 136 p., 18 euros). Profitons de cette mise en valeur des relations de Camus avec les anarchistes français et espagnols, longtemps occultées, il n'en sera sans doute guère question lors des divers événements qui accompagneront en 2013 la célébration de « Marseille capitale européenne ». L'écrivain a en effet été choisi comme « figure tutélaire » et l'on peut craindre comme Jean-Pierre Barou (Libération, 9 juillet 2009) qu'il soit passé au « savon de Marseille (pour devenir) un écrivain aseptisé qui lave plus propre ». A Marseille comme ailleurs, l'antifascisme a souvent servi d'excuse à des unions sacrées et à des fronts unis pour des alliances contre-nature. Le fascisme ne fut, à chaque fois, que le repoussoir pour assurer la continuité de l'existant, de la démocratie garante d'une société de domination et d'exploitation, adversaire au même titre du projet libertaire. A ce sujet, L'Anarchisme contre l'antifascisme (recueil de textes d'Alfredo M. Bonanno, Antoine Gimenez, Belgrado Pedrini, Emilio Strafelini, Non Fides et Severino Di Giovanni) peut être téléchargé sur Infokiosques.net (28 p. A5, fichier pdf 24,5 Mo). Les militants libertaires ou non auront sans doute à cœur de lire la réédition (revue et corrigée) de Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression (avant-propos d'Eric Hazan en lien avec l'« affaire de Tarnac », Zones, 180 p., 14,50 euros, disponible en ligne), de Victor Serge, et Un nouvel art de militer (Alternatives, coll. Hors Collection, 144 p., 25 euros) de Sébastien Porte et Cyril Cavalié. Le premier est une sorte de guide pratique des techniques de répression policière (actualisé par Francis Dupuis-Déri) et livre des conseils de base aux militants. Le second présente (texte et photographies) des collectifs d'activistes (Jeudi noir, Brigade activiste des clowns, Sauvons les riches, Déboulonneurs, etc.) qui misent sur la « créativité » et les actions directes non violentes pour dénoncer et convaincre. Pour les inconditionnels de Pierre-Joseph Proudhon, signalons enfin la réédition (la précédente était datée de 1876) de son Manuel du spéculateur à la Bourse (introd. de Vincent Bourdeau, Edward Castleton et Georges Ribeill, postf. de Paul Jorion, è®e, coll. Chercheurs d'ère, 160 p., 15 euros). Ouvrage de commande à l'origine, il l'a refondu en 1856 pour dépeindre les comportements, les manœuvres et les mécanismes boursiers qui dressent les individus les uns contre les autres, tout en dessinant les traits de ce qui deviendra le mutuellisme proudhonien (réciprocité et justice dans les échanges). Bonnes lectures…

    Source : @narlivres

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    mercredi 11 novembre 2009

    Des BMW pour les dirigeants de La Poste

    La transformation de l’entreprise publique en société anonyme n’est même pas encore votée que les dirigeants de La Poste, pressés de faire leur entrée dans l’oligarchie top managériale, se précipitent déjà sur le catalogue de leurs avantages en nature. La priorité n’est pas encore aux stock-options, aux jetons de présence ou aux parachutes dorés mais – représentation virile du pouvoir oblige - à la voiture ! Selon la confidentielle Lettre de L’Expansion, citée par le site Marianne2, une trentaine de hauts dirigeants de La Poste ont fait l’acquisition, comme voiture de fonction, d’un parc de BMW pour 900.000 euros. Soit 30.000 euros par véhicule, deux fois le salaire annuel moyen d’un postier « de base » en CDI (1.400 euros nets mensuels en moyenne).

    La nouvelle provoque un certain émoi chez les 270.000 salariés du groupe postal, confrontés à l’incertitude de leur statut, à des plans d’optimisation et de réductions des coûts. En trois ans, de 2006 à 2008, 17 800 postes ont été supprimés, selon le bilan social de l’entreprise publique.

    Du côté de la direction, on précise que seule une poignée de hauts dirigeants ont choisi la berline allemande, sous prétexte qu’elle émettrait – sans rires - moins de CO2 que ses homologues françaises. « BMW est une entreprise européenne », écrit Patrick Widloecher, conseiller « développement durable » du PDG Jean-Claude Bailly, répondant à ceux qui reprochent à La Poste de ne pas acheter « français ». « De toutes les façons, le siège social des marques automobiles ne veut plus rien dire. Des Renault vendues en France sont fabriquées en Roumanie ou en République Tchèque, voire au-delà des frontières de l’Europe », explique-t-il, oubliant que le Mur de Berlin est tombé il y a vingt ans et que nos voisins de l’Est ont depuis intégré l’Union européenne.

    « Dans ma benz benz benz », le tube de NTM passera-t-il bientôt en boucle dans tous les bureaux de poste ?


    NTM feat. Lord Kossity - Ma benz

    Ivan du Roy, Bastamag

    Posté par redacteurs à 07:58 - Anti-UMP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    Un coup d’État se prépare-t-il au Paraguay ?

    « En ce moment, un coup d’État politique et militaire est en préparation au Paraguay, fomenté par le Congrès d’extrême-droite, à travers une mise en accusation du président Fernando Lugo de violer la Constitution et d’entreprendre rien de plus que la bataille contre la pauvreté qu’ils interprètent comme étant une lutte de classes » : c’est ce qu’a déclaré Carolus Wimmer, vice-président du groupe vénézuélien au Parlement latino-américain, à l’Agencia Bolivariana de Noticias.

    Selon certaines versions de la presse paraguayenne, le président de la Commission des Affaires Constitutionnelles du Sénat, Hugo Estigarribia, qualifie d’« irresponsables » ces déclarations faites par le député vénézuélien. Selon le sénateur paraguayen les appréciations du Vénézuélien sont « très loin de la réalité » car si l’on se réfère au jugement politique, « ce n’est pas un putsch militaire mais un moyen constitutionnel pour écarter Lugo de son poste ».

    Ce dernier argument, dévoile, pour le moins, l’intention certaine de destituer Lugo et permet alors de donner raison à l’affirmation du député vénézuélien C. Wimmer.

    Carolus Wimmer : Il y a un coup d’État dans l’air au Paraguay

    Caracas, 02 novembre 2009. - Le vice-président du Parlement d’Amérique Latine (Parlatino) et secrétaire des Relations Internationales du Parti Communiste du Venezuela (PCV), Carolus Wimmer, a dénoncé, hier lundi 2 novembre qu’une conspiration était en préparation au Paraguay, pour favoriser un coup d’État contre le président constitutionnel de ce pays, Fernando Lugo.

    « Ils espèrent faire le coup d’État en suivant la doctrine appliquée au Honduras, avec les mêmes acteurs : un Congrès manipulé par la droite et les USA cachés dans l’ombre », a t-il ajouté.

    Le parlementaire a souligné qu’une campagne féroce s’est déchaînée contre Lugo afin de faire croire qu’il est lié à différentes affaires dans l’intention d’instruire un procès politique devant le Congrès paraguayen.

    « En ce moment la campagne contre Lugo tourne autour de trois aspects principaux, d’abord ils veulent le compromettre dans le kidnapping d’un éleveur paraguayen, deuxièmement l’impliquer dans une supposée action de guérilla et troisièmement l’accuser de violer la Constitution du Paraguay, dans le sens où la lutte engagée par le président contre la pauvreté, et interprétée par la droite comme une haine de classe, serait interdit par le code de la Constitution de ce pays », a t-il précisé.

    Le dirigeant communiste a indiqué que cette campagne est dirigée par l’ex-général putschiste Lino Oviedo, le petit-fils du dictateur Alfredo Stroessner et un Chilien portant le nom d’Eduardo Avilés.

    Il a indiqué que ce Chilien demeurant au Paraguay parle de la nécessité de former un Commando Anticommuniste paraguayen, avec cinq objectifs immédiats qui doivent être diffusés dans les médias et propagés par tracts dans les rues du Paraguay.

    Selon Carolus Wimmer les 5 points auxquels la campagne fait référence sont les suivants :

    1 Réunir l’argent pour libérer l’éleveur kidnappé.

    2 Collecter de l’argent pour organiser le commando anticommuniste paraguayen.

    3 Récolter de l’argent pour acheter des armes.

    4 Poursuivre, attraper et liquider physiquement tous les communistes.

    5 Communiquer publiquement au gouvernement de « Monsieur Lugo que ses festivités vont se terminer, que les jours de son idylle avec Chávez, Morales, Correa, Castro et autres sont comptés ».

    Selon Wimmer, ce groupe met l’accent sur le fait qu’ils sont prêts à jouer le tout pour le tout et qu’« ils sont préparés à tuer et à mourir plutôt que de céder » et que cette menace est soutenue par d’autres organisations de la droite paraguayenne.

    Il a déclaré que cette situation s’inscrit dans le cadre de la perte de terrain des USA en Amérique latine avec les victoires populaires des peuples et que par conséquent le gouvernement d’Obama a recours à la solution des coups d’États dans la région.

    Carolus Wimmer a lancé un appel à tous les dirigeants, organisations et institutions, à manifester publiquement leur soutien au gouvernement constitutionnel du président Lugo, à maintenir l’état d’alerte face à la possibilité d’une escalade du conflit, à informer opportunément le peuple vénézuélien de la situation du Paraguay et à rejeter la campagne anticommuniste dirigée et financée par l’ambassade des USA.

    PRÉOCCUPATIONS

    Comme cela a filtré, ces dernières heures le président Fernando Lugo s’est réuni pendant plusieurs heures avec les principaux représentants du Parlement paraguayen et des mouvements sociaux, avec les représentants de l’aile la plus progressiste de son gouvernement, avec des paysans et des députés. Selon l’information de journaux paraguayens, les libéraux ne se sont pas présentés à cette réunion. Pour sa part la Table de Coordination de Groupements Paysans du Paraguay a informé, que ces secteurs putschistes qui cherchent à provoquer une explosion sociale, appartiennent à la droite rétrograde, et se recrutent parmi les éleveurs et planteurs de soja. Il est probable qu’un rassemblement en défense de la démocratie paraguayenne sera organisé le samedi 7 novembre.

    INTENTION PUTSCHISTE EN DIFFÉRENTES ÉTAPES

    PROCÈS POLITIQUE - PARLEMENT

    Actuellement, la situation est qualifiée d’intention imminente d’aller vers un coup d’État, qui se déroulerait en plusieurs étapes.

    D’après cette stratégie putschiste, le premier acte est : amener le Parlement à instruire un procès politique au Président, et mettre en place, dès lors, le vice-président paraguayen Federico Franco, qui fait partie de l’Alliance Patriotique pour le changement mais qui est une force qui a été en dissidence manifeste dans le gouvernement de Fernando Lugo.

    Dans l’après-midi, selon les informations de la presse paraguayenne, l’ambiance semblait être tendue dans l’environnement présidentiel, principalement à cause de la relation difficile entre le président, Fernando Lugo, et le vice-président, Federico Franco. Mais suite à la dernière réunion du Conseil des Ministres, ils avaient tous les deux affirmé qu’ils clarifieraient personnellement la situation.

    Pour situer le niveau de ce premier acte en tant que première étape, dans l’imaginaire journalistique, quelques professionnels se sont référés au putsch de Pinochet contre Salvador Allende au Chili.

    Le procès politique en tant que première étape du putsch serait lancé et soutenu par la presse au nom de la supposée « inaptitude et inefficacité à assurer la sécurité intérieure », c’est-à-dire le sempiternel thème cent fois rabâché « de l’insécurité comme cheval de bataille » qui s’appuie sur le cas du kidnapping de l’éleveur paraguayen.

    Voilà maintenant que sur le thème de « l’insécurité » apparait une hypothèse d’un mouvement de guérilla, supposé être une Armée du peuple paraguayen qui serait liée au Président Lugo selon les déclarations journalistiques d’un collègue paraguayen d’Asunción, pour Radio del Sur du Venezuela, annoncées cet après-midi, dans le programme de Marcos Salgado.

    SAMEDI 7 NOVEMBRE, LE PEUPLE PARAGUAYEN DANS LA RUE

    Selon les versions des journalistes de quotidiens on line paraguayens, certains affirment que « le gouvernement craint un éventuel coup d’État du fait qu’il a programmé ce samedi « une Rencontre avec les secteurs démocratiques et progressistes pour le changement », les secteurs populaires et l’Alliance Patriotique pour le Changement. Les critiques constantes de Franco contre le président, lui ont valu que plusieurs membres du gouvernement, parmi eux le sénateur du mouvement Tekojoja, Sixto Pereira, n’écarte pas l’idée qu’il soit mêlé à une tentative de conspiration contre Lugo.

    Pour l’instant, les actions décidées pour les prochains jours sont l’organisation de la mobilisation de ce samedi 7 novembre pour un grand rassemblement afin de soutenir la démocratie.

    LUGO-UNASUR CONTRE COMMANDEMENT SUD

    Nous rappelons qu’après la réunion de l’Unasur (Union des Nations d’Amérique du Sud), le président du Paraguay, Fernando Lugo, avait refusé la présence de 500 militaires usaméricains prévue pour 2010 dans son pays, dans le cadre d’un programme d’exercices de troupes nommé Nouveaux Horizons. Selon le compte rendu de journaux locaux le président Lugo avait déclaré : « Ce n’est pas un refus catégorique. Simplement nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire que le Commandement Sud des USA reste présent au Paraguay avec 500 effectifs pour ce type d’exercices ».

    Selon les mêmes sources, Lugo, expliquait qu’un nouveau scénario en ce qui concerne la défense, la sécurité et la souveraineté conçu par l’Unasur « parie d’abord sur l’intégration régionale ».

    Le Président du Paraguay indiquait que dans la réunion des ministres des Relations Extérieures et de la Défense des douze pays de l’Unasur, « la présence importante de soldats usaméricains dans des bases militaires de la région avait été un sujet de grande discussion ».

    Selon des agences d’informations la délégation diplomatique des USA à Asunción, déplorait la décision de refus prise par le président Fernando Lugo au sujet des exercices militaires programmés pour 2010 avec 500 soldats US au Paraguay.

    Malgré les accords passés entre les USA et le Paraguay pour effectuer des exercices militaires en 2010, le programme avait été baptisé « Nouveaux Horizons ».

    MÉMOIRES DE L’EAU

    L’Aquifère Guarani est une des plus grandes réserves souterraines du monde. Il est situé dans une zone stratégique, la Triple Frontière, ce sont le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay qui se le partagent. Comme l’on sait, en Europe et aux USA, l’eau est une ressource déficiente.

    L’Aquifère Guarani, appelé ainsi en hommage au peuple originaire qui a majoritairement occupé ce territoire avant l’arrivée des Européens en Amérique, est situé entre les 16è et 32è parallèles latitude Sud et les 47è et 56è méridiens longitude Ouest, il s’étend jusqu’aux bassins alimentés par les fleuves Paraná, Paraguay et Uruguay. Il a une surface approximative de 1.194.000 km2, dont 839.000 se trouvent au Brésil, 226.000 en Argentine, 71.700 au Paraguay et 59.000 en Uruguay. La recharge (remplissage naturel) de l’aquifère, est estimée entre 160 et 250 km3 par an et seulement 40 km3 par an pourraient suffire à approvisionner 360.000.000 de personnes avec 300 litres par habitant et par jour.

    La guerre préventive, les bases militaires en Colombie, le récent putsch au Honduras et la décision qui circule à travers nos peuples pour éviter que demain cet extraordinaire territoire d’eau douce, patrimoine latino-américain, soit la cible d’un nouvel exercice militaire du pouvoir usaméricain, en appellent maintenant à la nécessité de prendre en compte cette réalité.

    L’UNASUR EST DÉJÀ EN ALERTE

    L’ALCA, le Plan Colombie, les Traités de libre échange (TLC) sont des outils hégémoniques. Il se trouve que le Paraguay, déjà membre du MERCOSUR, s’est également inscrit dans l’UNASUR. Les USA n’interviennent dans aucune de ces organisations régionales, et encore moins dans celui qui a été un des principaux promoteurs, le Conseil de la Défense de l’Unasur.

    L’Unasur devra agir, et son Conseil de sécurité devra très rapidement se mettre en alerte car le souvenir récent le réclame d’autant plus que la mémoire future de l’eau l’anticipe déjà.

    Matilde SOSA

    http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9200&lg=fr

    En espagnol : ¿Golpe de estado en Paraguay ?
    http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9180&lg=es

    Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice

    Posté par redacteurs à 07:56 - Impérialisme made in USA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    « Le Grand journal » sur Canal Plus : comment transformer la politique en spectacle

    Emission de politique dépolitisée, « Le Grand Journal » ? A n’en pas douter, oui [1].

    Alliant fausse impertinence et vraie superficialité show-bizness et politique, l’émission phare de Canal Plus est une émission de mélange des genres. Son dispositif, son déroulement, son contenu, ses animateurs et ses invités : tout et tous concourent à transformer la politique en spectacle médiatique. Comme si la politique qui se donne en spectacle et que l’on donne en spectacle était toute la politique. Comme si elle n’était et ne pouvait être que cela. Comme si le donner à croire n’avait aucune implication… « politique ».

    Imaginons une personne, férue de politique et passionnée de débats télévisés, qui, tombée dans un profond coma en 1980, en sortirait aujourd’hui. Imaginons que, à son réveil, depuis son lit, elle regarde « Le Grand Journal ». Il y a tout lieu de craindre que, sous le choc, elle rechute cette fois dans un coma définitif.

    En effet, l’apparition du tout publicitaire, des reportages montés comme des clips et de la mise en scène spectaculaire de l’affrontement d’idées ; le choix de l’instantané, la primauté de la forme sur le fond, et l’impertinence comme gage d’indépendance sont des ingrédients qui peuvent faire défaillir quiconque a pu, un jour, se passionner pour la politique. Défaillir devant la mise en spectacle de la politique à la télévision… dont le « Grand journal » est certainement l’exemple le plus abouti.

    Une émission structurée [2]

    La première partie du « Grand journal », de 19h10 à 19h50, traite de l’actualité politique, économique et sociale. La seconde partie, originalement appelée « Le Grand journal, la suite », débute après « les Guignols » vers 20h10 et aborde l’actualité culturelle. Elle permet aux artistes et vedettes du moment de faire leur ronde promotionnelle. Cela ressemble à ce que l’on voit partout ailleurs : les applaudissements encouragés se succèdent aux blagues téléphonées des invités, et les pages de publicité réelles précèdent ce que l’on pourrait appeler les placements de produits culturels… Seule nous concernera ici la première partie de l’émission. Celle-ci entraîne, par sa construction même, la déstructuration de tout discours politique. Quel que soit l’invité, son propos, noyé au milieu de la publicité, des chroniques et des questions de cuisine politicienne, ne pourra être que haché, coupé, fractionné, en un mot : mutilé.

    Si l’émission déstructure toute pensée politique, elle le fait de façon très… structurée.

    Présenté par Michel Denisot épaulé par Jean-Michel Aphatie, Ali Baddou et Ariane Massenet, le « Grand Journal » démarre donc vers 19h10. Cinq minutes plus tard, un sujet de deux minutes environ, monté comme un clip, et intitulé « La Petite question », interpelle l’invité [3]. A 19h20, il est grand temps de procéder à une première coupure publicitaire qui s’étend sur quatre minutes. Quand vient le moment du retour sur le plateau, vers 19h24, l’invité principal est souvent rejoint par un autre pour quelques minutes d’interview. Vers 19h30, Jean-Michel Aphatie, qui a déjà posé des questions, fait une sorte de revue de presse de l’actualité politique. Cela dure cinq minutes. L’invité peut rarement réagir à ce qui vient d’être dit puisque Yann Barthès démarre son « Petit journal actu » vers 19h35. La chronique – assemblage d’images d’actualité commentées (nous y reviendrons) – dure cinq à six minutes. S’ensuit la séquence ridicule de la météo sur deux minutes. Ouf ! Il est 19h42, le moment de la deuxième page de publicité. Ensuite, à 19h46, Michel Denisot annonce « le Zapping » qui s’étale sur quatre à cinq minutes. Une réaction est parfois demandée à l’invité, mais pas trop longue, car c’est, à 19h51, l’heure de la troisième séquence de publicité, qui dure cette fois cinq minutes… puisqu’elle précède l’émission désormais mythique des « Guignols ».

    En définitive, si l’on fait le calcul, l’invité n’est sollicité que pendant une bonne quinzaine de minutes (sur quarante), mais, répondant à des questions, s’exprime beaucoup moins longtemps. Difficile, donc, de développer des idées.

    Mais le pire est ailleurs. A la structure de l’émission correspond son contenu : l’émission s’est armée d’une équipe de journalistes dont les interventions contribuent à dépolitiser la politique en faisant ressortir les jeux politiciens plus que les enjeux politiques.

    Le sommet est atteint une fois par semaine, chaque vendredi : ce soir-là, « le Grand journal » cède, comme de nombreuses émissions, aux sirènes du spectacle de la polémique en utilisant les grosses ficelles des joutes verbales entre éditorialistes [4].

    Mais c’est quotidiennement que Michel Denisot et ses acolytes contribuent à transformer les questions politiques en sketches de cabaret. Selon deux modalités principales : d’abord, mélange des genres oblige, en badinant avec l’invité ou en se moquant de lui ; ensuite, en se préoccupant de cuisine politicienne, pimentée de tentatives de « se faire » l’invité, c’est-à-dire de le piéger afin de déposer un trophée sur sa cheminée.

    La futilité est réservée à Ariane Massenet (très bien épaulée par Michel Denisot), l’insolence d’apparence est partagée par Ali Baddou et Jean-Michel Aphatie, mais c’est ce dernier qui s’occupe du petit jeu politicien…

    Futilité et frivolité

    Lors de la venue de Ségolène Royal, le 30 septembre 2009, Michel Denisot accueille l’ex-candidate socialiste par une question qui tourne à vide (à relire deux fois) : « Alors on va commencer par les journées du Parti socialiste, les journées parlementaires qui ont lieu à Toulouse aujourd’hui et demain pour se prononcer sur la rénovation du parti socialiste qui n’interviendrait que l’été prochain… Euh, est-ce que vous y serez, et on a un peu l’impression d’assister à une course de lenteur pour un parti qui est en état d’urgence… Sur la rénovation… C’est toujours reporté. » Cette intervention est si amphigourique qu’elle trouble Ségolène Royal, qui demande : « La question, c’est les journées parlementaires ? »

    Apparemment effacé, Denisot ne s’en tient qu’au « travail » d’animation et à quelques questions futiles qui ne doivent pas lui demander de grands efforts de préparation avant chaque émission. Ainsi Pascal Bruckner, auteur d’un livre sur l’amour, dès son arrivée sur le plateau, doit faire face à cette pertinente question : « Alors on a d’abord envie de vous demander, comment va l’amour aujourd’hui ? » (1er octobre) Et à la fin de l’émission, Denisot se tourne vers Eric Besson : « Quelle est votre définition du paradoxe amoureux ? ».Abordant le procès Clearstream en compagnie d’une brochette d’éditorialistes habitués des plateaux de télévision (Alain Duhamel, Jean-Michel Aphatie, Hervé Gattegno et Renaud Dély), notre maître de cérémonie pose cette question (2 octobre) : « Est-ce que Dominique de Villepin, aujourd’hui, vous paraît condamnable, ou pas ? » Avant de préciser : « Si le procès s’arrêtait mercredi soir… » Soit une hypothèse idiote pour mieux éclairer la situation… Passant à un autre sujet, il effectue une transition très habile : « On passe au Parti socialiste, euh… Martine Aubry est en forme ?... Ou pas ? »

    Mais c’est à Ariane Massenet qu’incombe la mission de la légèreté. Régulièrement, elle pose des questions aux invités en précisant les règles : il s’agit de « répondre juste par oui ou par non. On ne développe pas. Juste oui/non. » Une règle qui rend impossible toute argumentation politique et qui, évidemment, ne s’applique qu’à des sujets qui peuvent se passer de toute argumentation. Lors de la venue de Ségolène Royal les trois questions posées ont été :

    - « Martine Aubry est-elle une bonne première secrétaire ? Oui/non, faut cocher. » Une question qualifiée de « sérieuse » par son auteure.

    - « Est-ce que vous avez eu envie à un moment de tout plaquer ? Oui/non. » Royal répond « non » et — mal lui en prend — veut développer… « C’est non », tranchent de concert Massenet et Denisot.

    - « Serez-vous candidate à la présidentielle de 2012 ? » Royal : « C’est trop tôt pour vous le dire, je ne sais pas encore… » Une réponse que Massenet interprète évidemment comme un « oui ».

    Un dernier exemple : quand Jean-Luc Mélenchon est invité avec Frédéric Lefebvre (5 octobre 2009), Massenet s’intéresse à la façon dont l’un perçoit l’autre, et demande à chacun de définir son rival par un mot, l’objectif à peine dissimulé étant de montrer qu’ils se ressemblent par leurs tempéraments. Et donc d’effacer les différences politiques.

    Politicailleries et anecdotes

    Jean-Michel Aphatie ne s’en cache pas : il adore la cuisine politique [5] et « Le Grand Journal » lui permet de se livrer sans retenue à cette passion. S’adressant à Christine Lagarde (comme aux autres personnalités politiques), il « ose » : « Vous êtes candidate pour 2012 ? » Si on ne se souvient pas de la réponse, c’est que l’éventualité d’une candidature de Mme Lagarde n’avait guère retenu l’attention, si ce n’est celle d’Aphatie lui-même. De même, lors de la venue de Ségolène Royal, Aphatie se garde bien de poser des questions d’orientation, seuls l’intéressent les troubles, certes bien réels, que connaît le Parti socialiste : « C’est votre parti. Vous avez pas envie de claquer la porte quand vous voyez tout ça ? » Réponse de Royal : « Mais j’en fais toujours partie pour l’instant. » Aphatie : « C’est pas définitif ? » Royal qui tente de se dépêtrer de la situation : « Je ne suis pas là pour parler de moi. Je suis là pour parler… » Aphatie, fort du rôle qu’il revendique : « Vous êtes là pour répondre aux questions aussi. » Royal : « Oui, mais je peux choisir les questions auxquelles je réponds. » La réponse est inacceptable pour notre chef-cuisinier politique qui rétorque : « Ah… ça ce serait une nouveauté tout de même… Je vous fais une liste de questions et vous choisirez ? » Et pourquoi pas ? Cela permettrait peut-être aux émissions qui se disent politiques de parler de… politique.

    Mais lorsque Ségolène Royal, énumère les différentes crises économiques et affirme qu’elle trouve cela « bien plus important que les questions sur telle ou telle organisation », l’intervieweur assène, en guise de conclusion : « Vous serez heureuse le jour où vous quitterez le Parti socialiste. C’est ça. » Sans réponse. Et il réitère, d’un ton catégorique : « Vous serez heureuse le jour où vous quitterez le Parti socialiste. » Royal se tourne alors vers lui : « Monsieur Aphatie, permettez-moi de réserver le précieux temps d’antenne que vous me consacrez et que vous m’offrez aujourd’hui… » Avant d’être coupée, cette fois, par Denisot : « Ce n’est pas un cadeau… hein ? »

    Denisot est content : Aphatie a tenu son rôle. Et le spectacle peut continuer. Mais si les cuisiniers et les bateleurs peuvent occuper ainsi le devant de la scène, c’est aussi parce que les représentants politiques se sont prêtés au jeu. Presque tous, quelle que soit leur position sur l’échiquier politique, ont cédé, parfois malgré eux, aux sirènes d’une personnalisation qui détourne des questions dont les politiques sont censés s’occuper.

    Souvent plus soucieux de rapporter des anecdotes que de traiter des problèmes eux-mêmes, Jean-Michel Aphatie fait aussi office de chroniqueur. Chaque soir, il se fend d’un compte rendu de l’actualité politique, parfois sous forme de revue de presse. Cela lui permet de commenter. Et ça, Jean-Michel Aphatie, il aime. Commenter le rapport de Nicolas Sarkozy avec François Fillon, commenter l’histoire d’amour fictive de Valéry Giscard d’Estaing avec Lady Diana, commenter la relation conflictuelle entre Martine Aubry et Ségolène Royal, etc. Et le 2 octobre, on apprend par exemple dans sa chronique que Jacques Chirac est « le mordu de la semaine » puisque… son chien vient de le mordre.

    Quatre moments de détente

    Entre 19h10 et 19h50, en plus des trois coupures publicitaires et de la chronique de Jean-Michel Aphatie, quatre rubriques scandent l’émission : la « Petite question » de Bruno Donnet, la météo, le « Petit journal de l’actu » présenté par Yann Barthès, et le Zapping.

    - La « Petite question » se veut provocatrice. Présentée sur un ton « décalé », elle est prend la forme d’un montage censément humoristique où des extraits télévisuels - souvent peu flatteurs - de l’invité répondent aux phrases de Donnet. En général, elle fait flop, l’invité préférant sourire que répondre. Après avoir évoqué les liens qui unissent Ségolène Royal et Georges Frêche, Bruno Donnet finit par poser, au bout de deux minutes, sa « petite question » à la socialiste : « Vous sentez-vous à ce point seule pour accepter d’être aussi mal accompagnée ? » Lors de la venue de Jean-Luc Mélenchon et Frédéric Lefebvre (5 octobre 2009), Donnet les présente ainsi : « deux gros clients, deux têtes de lard de la vie politique. (…) Venus pour s’étriper autour d’un mets de choix : la Poste. » « S’étriper »… c’est bien le sens que donne Canal Plus à la politique. Débattre, non. Se battre, oui. Et si tel est le cas, ce n’est pas parce que la question le mérite, mais parce que la personnalité des combattants le justifie [6].

    - La météo, présentée par Pauline Lefèvre, adopte aussi le ton « branché » spécifique à Canal Plus. La présentatrice, forcément jolie, n’est pas confinée dans le rôle de récitante des prévisions de Météo France. Elle aussi a le droit de plaisanter avec l’invité ou à son propos, au risque que ses blagues de potache ne fassent rire que ses comparses.

    - Avec Ségolène Royal, elle lit un SMS (réel ou imaginaire ?) qui aurait été envoyé aux militants : « Non-cumul des mandats, primaires, renouvellement, parité, le 1er octobre tu as la parole. Viens voter. Fais circuler ce SMS autour de toi. Le parti socialiste. » La réponse (pas drôle) de Lefèvre : « Je ne viendrai pas voter le 1er octobre car g déjà voté l’année dernière é g retrouvé mon bulletin 2 vote en train 2 flotter dans la cuvette des toilettes. Plein de poutoux à tous ! Pauline. »

    - Au lendemain du « oui » irlandais au Traité de Lisbonne, Pauline Lefèvre débarque habillée en vert, accompagnée d’une musique irlandaise, des verres de Guinness pour tout le monde, et elle dit n’importe quoi : « On va continuer de fêter ensemble l’entrée de l’Irlande dans l’Europe (sic), enfin la continuité de tout ça, avec une bonne grosse averse demain matin. » (5 octobre 2009)

    - Le « Petit journal actu » de Yann Barthès achève de rendre dérisoires toutes ces tentatives de tourner en dérision. Yann Barthès, style branché bobo, barbe de deux jours, costume décontracté, retrace l’actualité politique des dernières 24 heures parfois avec humour, souvent avec moquerie, mais rarement avec finesse. Montée comme un véritable clip, la séquence, sur fond musical, est illustrée par de très courts extraits vidéos (environ une quarantaine de plans, sans compter ceux sur Barthès lui-même) s’attelant à décrédibiliser des personnes (une phrase répétée plusieurs fois dans le même discours, le nom des députés à l’assemblée nationale, un tic verbal d’un homme politique, une grimace, une coiffure, etc.). Le fond, déjà peu présent dans l’émission est laissé de côté pendant plus de cinq minutes. Le problème de cette rubrique n’est pas sa nature – elle contient parfois des séquences cocasses – mais sa place – vers 19h30, au milieu d’une émission dans laquelle on est censé parler de… l’actualité, traitée ici comme le sera, dans la deuxième partie de l’émission, l’actualité « people » qui permet à Yann Barthès de répéter, au fond, le même exercice avec « Le petit journal people » : un symptôme.

    - Reste « le Zapping » qui est sans doute l’une des rubriques les plus anciennes et les plus mythiques de Canal Plus. Généralement observateur très juste de la télévision, le Zapping n’a pas de fonction dépolitisante. Sa ligne éditoriale, qui se traduit par le choix de l’ordre des séquences sélectionnées, est réellement impertinente. Mais elle ne suffit pas à sauver le reste de l’émission…

    ***

    L’émission « Le Grand Journal » est un symptôme de l’évolution de la télévision en général et de celle de Canal Plus en particulier. Diffusée à la même heure que le fut le talk show « Nulle Part Ailleurs », elle en est une version profondément dégradée. Emission de mélange des genres « Nulle Part Ailleurs », avait déjà progressivement perdu de son caractère corrosif et atypique entre ses débuts en 1987 et sa disparition en 2001.

    Créée en septembre 2004, l’émission « Le Grand Journal » renoue avec la tradition des cabarets de chansonniers, avec, en vedettes, cette fois, des journalistes !

    Mathias Reymond et Franz Peultier, Acrimed

    Notes

    [1] Nous nous étions déjà penchés sur l’émission lors de la venue de José Bové. Chroniqueur dans l’émission, Jean-Michel Aphatie avait rejeté la responsabilité des médias sur les politiques. Voir ici-même.

    [2] Nous avions déjà fait une description de la structure de l’émission dans « Jean-Michel Aphatie et la mise en scène politicienne de la politique », déjà cité.

    [3] Cette séquence arrive parfois après la première page de publicité.

    [4] Le niveau est souvent comparable à celui du « Grand débat pour grands journalistes dans « le Grand Journal » de Canal Plus », que nous avions déjà remarqué ici même.

    [5] Voir par exemple : « Jean-Michel Aphatie, meilleur cuisinier de France ».

    [6] On avait déjà noté ici-même que Lefebvre et Mélenchon étaient les deux meilleurs « clients » du « Téléphone sonne de la semaine ».

    Posté par redacteurs à 07:54 - "Pluralisme" à la francaise ... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    mardi 10 novembre 2009

    Sauvons les riches, taxons les accidentés ?

    Dans quel aveuglement, étions-nous. Et dans quelle erreur ! Naïvement nous pensions que les accidentés du travail étaient des victimes. Les victimes d’une guerre économique innommée, qui prend l’intérieur des entreprises, pour théâtre des opérations. Des victimes de masse d’ailleurs : 720 150 accidents avec arrêt par an, 46 436 accidents avec incapacité permanente, 37 millions de journées d’indemnisation, 700 morts, 4500 mutilés. Des victimes mal indemnisées, qui perçoivent 80 % puis 60% seulement d’un salaire journalier assez faible, lié aux métiers d’exécution d’où proviennent la plupart des accidents du travail. Nous pensions les accidentés frappés par les franchises médicales, les déremboursements de soins. Nous savions irréparables, souvent, les conséquences sur leurs carrières.

    Nous avions tort. Les accidentés du travail sont des privilégiés. Les députés UMP le rappellent justement qui, par voie législative, proposent d’imposer leurs indemnités jusqu’alors épargnées. Cela rapportera 150 millions d’euros. Pour les accidentés, pourquoi accepter ce « passe-droit » fiscal, jusqu’alors toléré ?

    Pourquoi l’accepter, quand la France est déjà leader mondial des « niches fiscales ». En 2009, 464 dispositifs d’optimisation fiscale ont permis aux contribuables généralement les plus aisés d’économiser 70 milliards d’euros d’impôts ! Alors, autant mettre à contribution les accidentés du travail. N’est-ce pas la réponse appropriée ?

    Ce « passe-droit », pourquoi leur était-il consenti ? Après tout, des passe-droits, n’y en-a-t-il pas assez ? Avec le bouclier fiscal, les baisses de l’impôt sur la fortune, les allègements des droits de mutation et de succession, le prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes, le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier…Sur les 11 milliards d’euros par an de réduction d’impôt décidés par le gouvernement, 70 % profitent aux 20 % des foyers les plus aisés. Alors, oui, il était grand temps d’agir. Et urgent, vraiment, de récupérer 150 millions dans les poches des accidentés du travail.

    Cet été, Christian a eu le bras broyé dans un chantier Fiscalement, il est devenu privilégié. Etait-ce plus longtemps tolérable ? Eric s’est fait amputer de plusieurs doigts par sa machine. Fiscalement, il est devenu privilégié. N’est-ce pas dérogatoire à l’égalité ? Michele, épuisée par la mobilité forcée, les objectifs intenables, les harcèlements perpétuels du « new management », s’est enfoncée dans la dépression. Yohann a chuté d’un échafaudage, il est paralysé. Fiscalement, ce sont des privilégiés. Cela pouvait-il durer ?

    Certes, la Caisse nationale des accidents du travail et des maladies professionnelles est excédentaire du fait des sous évaluation qui reportent les frais sur la Caisse d’assurance maladie. Ne pas toucher aux indemnités des accidentés du travail était possible.

    Aurait-ce été juste ? Les accidentés du travail n’ont, après tout, perdu que la santé, perdu qu’un membre, perdu qu’une vie passée au travail, généralement pour rien, perdu qu’un avenir, perdu que leurs revenus, perdu parfois une vie familiale. Grâce aux députés UMP, l’administration fiscale saura, elle, ne pas les perdre de vue.

    Vestige, la République porte toujours, à son fronton, ce mot devenu vide de sens : « fraternité ! ». Mais si l’on veut fiscalement sauver les riches, il faut bien taxer les pauvres. Atomisés, ils ont le bon goût de se défendre rarement. Et des beaux quartiers, nul jamais ne les voit.

    Les pauvres ne doivent-ils pas manifester quelque solidarité envers les plus fortunés, de moins en moins imposés ?

    Les 150 millions d’euros ramassés là, sur les accidentés du travail, certainement serviront. Lors du récent rachat par BNP Paribas, avec six mois d’avance, des 5,1 milliards d’euros d’actions de préférence souscrites pendant la crise par l’Etat français, ce dernier n’a touché aucune plus-value. L’Etat a dû se contenter de 226 millions euros d’intérêts alors qu’il aurait pu, au regard de l’évolution du cours de BNP Paribas, encaisser 5,8 milliards d’euros.

    Tout est dit. Comparons les volumes financiers. Comparons les populations ciblées, les clientèles exonérées.

    LIRE : http://www.non-taxation-at.net

    Nathalie Arthaud (porte parole de Lutte Ouvrière)
    Olivier Besancenot (porte-parole du NPA)
    Martine Billard (députée écologiste)
    Gérard Filoche (inspecteur du travail, PS)
    Benoit Hamon (porte-parole national du PS)
    Pierre Laurent (coordinateur national du PCF)
    Willy Pelletier (coordinateur général de la Fondation Copernic)

    Posté par redacteurs à 07:58 - Anti-UMP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    L’annexion de la Colombie aux Etats-Unis

    Toute personne moyennement informée comprend aussitôt que l’Accord complémentaire pour la coopération et l’aide technique en matière de défense et de sécurité, signé entre les gouvernements de la Colombie et des Etats-Unis le 30 octobre et publié le 2 novembre dans l’après-midi, équivaut à l’annexion de la Colombie aux États-Unis.

    L’accord gêne théoriciens et politiciens. Il n’est pas honnête de se taire maintenant et de parler ensuite de souveraineté, de démocratie, des droits de l’homme, de liberté d’opinion et d’autres merveilles, quand un pays est dévoré par l’Empire aussi aisément qu’un lézard capture une mouche. C’est le peuple colombien qui est en jeu, dévoué, travailleur, batailleur. J’ai cherché dans ce gros document une justification digestible, et je n’en ai vu aucune.

    Des quarante-huit feuillets de vingt et une lignes chacun, cinq philosophent sur les antécédents de cette absorption honteuse qui convertit la Colombie en territoire d’outre-mer. Tout part des accords souscrits avec les USA à la suite de l’assassinat du prestigieux leader progressiste Jorge Eliécer Gaitán, le 9 avril 1948, et de la création de l’Organisation des États américains, le 30 avril 1948, discutée par les ministres des Affaires étrangères du continent qui étaient réunis à Bogota sous la baguette des États-Unis durant les journées tragiques au cours desquelles l’oligarchie colombienne faucha la vie de ce dirigeant et déclencha la lutte armée dans ce pays.

    L’Accord d’aide militaire entre la République colombienne et les États-Unis en avril 1952 ; celui ayant à voir avec « une mission terrestre, une mission navale et une mission aérienne des forces militaires des États-Unis », souscrit le 7 octobre 1974 ; la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, de 1988 ; la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée, de 2000 ; la Résolution 1373 du Conseil de sécurité de 2001, et la Charte démocratique interaméricaine ; la Politique de défense et de sécurité démocratique, et d’autres sont invoqués dans le document précité. Rien ne justifie la conversion d’un pays de 1 141 748 kilomètres carrés, situé au cœur de l’Amérique du Sud, en une base militaire des États-Unis. La Colombie fait 1,6 fois le Texas, le second État le plus étendu de l’Union, qui fut arraché au Mexique et qui servit ensuite de base pour conquérir à feu et à sang plus de la moitié de ce pays frère.

    Par ailleurs, cinquante-neuf ans se sont écoulés depuis que les soldats colombiens furent dépêchés dans la lointaine Asie pour combattre aux côtés des troupes yankees contre les Chinois et les Coréens en octobre 1950. Ce que l’Empire souhaite maintenant, c’est les envoyer se battre contre leurs frères vénézuéliens, équatoriens et contre d’autres peuples bolivariens et de l’ALBA pour écraser la Révolution vénézuélienne, comme ils ont tenté de le faire avec la Révolution cubaine en avril 1961.

    Pendant plus d’un mois et demi avant l’invasion de Cuba, le gouvernement yankee promut, arma et utilisa des bandes contre-révolutionnaires de l’Escambray, comme il utilise aujourd’hui les paramilitaires colombiens contre le Venezuela.

    Lors de l’attaque de Playa Girón, les B-26 yankees pilotés par des mercenaires opérèrent depuis le Nicaragua, leurs appareils de combat furent transportés vers la zone d’opérations à bord d’un porte-avions, et les envahisseurs d’origine cubaine qui débarquèrent à cet endroit étaient escortés par des navires de guerre et les marines des USA. Aujourd’hui, leurs moyens de guerre et leurs troupes seront cantonnés en Colombie, menaçant non seulement le Venezuela, mais aussi tous les États centraméricains et sud-américains.

    Il est vraiment cynique d’affirmer que cet accord infâme est une nécessité de la lutte contre le trafic de drogues et le terrorisme international. Cuba a prouvé qu’il n’y a pas besoin de troupes étrangères pour éviter la culture de plantes et le trafic de drogues et pour maintenir l’ordre interne, bien que les États-Unis, le pays le plus puissant du monde, aient promu, financé et armé durant des dizaines d’années les actions terroristes contre la Révolution cubaine.

    La paix intérieure est une prérogative élémentaire de chaque État ; la présence de troupes yankees dans n’importe quel pays latino-américain dans ce but est une ingérence étrangère éhontée dans ses affaires intérieures qui provoquera forcément le refus de la population.

    La lecture du document prouve que ce ne sont pas seulement les bases aériennes colombiennes qui passeront aux mains des Yankees, mais encore les aéroports civils et en fin de compte toute installation qui leur sera utile. L’espace radioélectrique sera aussi mis à la disposition de ce pays dont la culture est différente et dont les intérêts n’ont rien à voir avec ceux de la population colombienne.

    Les forces armées étasuniennes jouiront de prérogatives exceptionnelles.

    Les occupants pourront commettre des crimes partout en Colombie, contre les familles, les biens et les lois colombiennes, sans avoir à répondre devant les autorités du pays ; ils ont causé des scandales et des maladies à bien des endroits, comme ils l’ont fait depuis la base militaire de Palmerola au Honduras. À Cuba, à l’époque où ils visitaient la néo-colonie, ils montèrent à califourchon sur le cou de José Martí, en plein Parque Central de la capitale. Les limites imposées à la quantité de soldats peuvent être modifiées à la demande des USA, sans la moindre restriction. Les porte-avions et les bâtiments de guerre qui visiteront les bases navales concédées pourront emporter autant d’hommes qu’ils voudront, et un seul de ces grands porte-avions en emporte des milliers.

    L’accord sera prorogé pour des périodes successives de dix ans, et personne ne pourra le modifier jusqu’à la fin de chaque période, avec un préavis d’une année. Que feront les USA si un gouvernement comme celui de Johnson, de Nixon, de Reagan, de Bush père ou de Bush fils et d’autres du même acabit est sommé d’abandonner la Colombie ? Les Yankees ont été capables de renverser des dizaines de gouvernements sur notre continent. Combien de temps un gouvernement colombien durerait s’il annonçait une telle décision ?

    Les politiciens d’Amérique latine se trouvent maintenant devant un problème délicat : le devoir élémentaire d’expliquer leurs points de vue sur le document annexionniste. Je comprends que ce qui se passe à ce moment décisif au Honduras occupe l’attention des médias et des ministres des affaires étrangères de ce continent, mais le problème très grave et capital qui a lieu en Colombie ne peut passer inaperçu aux yeux des gouvernements latino-américains.

    Je n’ai pas le moindre doute au sujet de la réaction des peuples ; ils sentiront le poignard qui s’enfonce au plus profond de ses sentiments, en particulier le peuple colombien : ils s’y opposeront, ils ne se résigneront à une telle infamie !

    Le monde se heurte aujourd’hui à des problèmes graves et urgents. Les changements climatiques menacent toute l’humanité. Des dirigeants européens implorent presque à genoux qu’il y ait à Copenhague un accord qui évite la catastrophe. Ils présentent comme une réalité que le Sommet n’atteindra pas son objectif d’un accord qui réduira drastiquement l’émission de gaz à effet de serre. Ils promettent de poursuivre la lutte pour l’atteindre d’ici à 2012 ; il existe un risque réel qu’on ne puisse l’atteindre avant qu’il ne soit trop tard.

    Les pays du Tiers-monde réclament à juste titre aux plus développés et aux plus riches des milliards de dollars annuels pour faire face aux dépenses de la bataille climatique.

    Est-il sensé que l’administration étasunienne dépense du temps et de l’argent à construire des bases militaires en Colombie pour imposer à nos peuples son odieuse tyrannie ? À ce train, s’il est vrai qu’une catastrophe menace le monde, une catastrophe plus grande et plus rapide menace l’Empire, et tout ceci sera la conséquence d’un même système d’exploitation et de pillage de la planète.

    Fidel Castro Ruz

    Posté par redacteurs à 07:54 - Impérialisme made in USA - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

    lundi 9 novembre 2009

    La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

    « Il est interdit de tuer ; par conséquent tous les assassins sont punis, à moins qu’ils ne tuent en grand nombre et au son des trompettes »
    Voltaire

    Question : avec combien de pays faut-il être en guerre pour ne plus pouvoir prétendre au Prix Nobel de la Paix ?

    Réponse : Cinq. Barack Obama n’est en guerre que contre le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak et la Somalie. En attendant de recevoir le prix en mains propres, il a mis l’Iran en liste d’attente.

    La société civile somalienne et l’appareil judiciaire sont tellement dévastés par des années de guerres qu’on ne s’attendrait pas à voir les Somaliens intenter un procès contre Washington et sa prétention de larguer des bombes sur ce misérable pays à chaque fois qu’il estime que les intérêts de l’empire sont en jeu. Mais un groupe de Pakistanais, qui se sont baptisés les « Avocats pour la Défense de la Constitution », qui se souviennent encore vaguement d’un passé plus civilisé pour leur pays, ont intenté un procés devant la Haute Cour pour obliger le gouvernement fédéral à faire cesser les innombrables attaques américaines par drones sur la population civile. Le groupe affirme qu’un porte-parole de l’armée pakistanaise avait déclaré qu’ils avaient les capacités d’abattre les drones, mais que le gouvernement avait fait le choix politique de laisser faire. (1)

    L’administration Obama, comme l’administration Bush, se comporte comme si le monde n’était qu’une grande Somalie sans foi ni loi et les Etats-Unis le chef de guerre. Le 20 octobre, le président a encore une fois démontré son amour profond pour la paix en rendant hommage à la Maison Blanche à quelques 80 vétérans de la guerre au Vietnam, après avoir attribué à leur régiment une « citation présidentielle » pour « leur héroïsme extraordinaire et leur bravoure éclatante » (2) Le correspondant de guerre Michael Herr a rendu hommage aux soldats du Vietnam à sa manière. : « Nous avons repris rapidement le terrain, avec les grands moyens, dans le chaos et avec un maximum de brutalité. Notre machine de guerre était dévastatrice. Et versatile. Elle était capable de tout sauf de s’arrêter ». (3)

    Que faudrait-il pour que les Obamaniaques se réveillent de leur transe amoureuse pour leur cher Lauréat du Prix Nobel ? Peut-être si le Président annonçait qu’il reverserait l’argent du Prix pour la construction d’un monument dédié à la Première – et oh combien grandiose – Guerre Mondiale ? Le monument pourrait être gravé ainsi :

    « Souvenons-nous que Rudyard Kipling avait réussi à convaincre son jeune fils John de s’engager dans la guerre. John est mort au cours de son premier jour de combat. Plus tard, Kipling écrivait ceci :

    « Si on demande pourquoi nous sommes morts,
    dites que c’est parce que nos pères ont menti.. »

    « La Constitution tient compte de ce que l’histoire de tous les gouvernements nous enseigne, à savoir que le pouvoir exécutif est le pouvoir le plus intéressé par la guerre, et le plus enclin à la faire. C’est pour cela qu’elle confie soigneusement la responsabilité de la guerre au pouvoir législatif. »
    James Mason, dans une lettre à Thomas Jefferson, le 2 avril 1798.

    Sage précaution, en effet. Cela dit, chaque président américain, l’un après l’autre, a entraîné le pays dans une guerre sanglante sans l’approbation du Congrès, du peuple américain, du droit international ou de l’opinion publique internationale. Des millions ont manifesté contre la guerre en Irak avant son déclenchement. Et encore plus de millions ont voté pour Barack Obama en croyant partager son dégoût pour les Guerres Sans Fin de l’Amérique. Ils n’avaient aucune raison concrète pour le croire – durant sa campagne, Obama a constamment réitéré des menaces guerrières contre l’Iran et l’Afghanistan – mais ils se sont accrochés à cette idée.

    Si le machisme suffisait pour expliquer les guerres, si les hommes aimaient tellement faire la guerre et se battre, alors pourquoi faut-il instaurer un service militaire et punir les récalcitrants ? Pourquoi sont-ils obligés de lancer des campagnes de publicité pour séduire les jeunes à s’engager dans l’armée ? Pourquoi certains font-ils tout pour être exemptés ou déclarés inaptes ? Pourquoi s’exilent-ils pour échapper au service ? Pourquoi désertent-ils en masse en plein milieu d’une guerre ? Pourquoi la Suède, la Suisse ou le Costa Rica n’ont pas de guerres ? Il y a pourtant sûrement de nombreux machos dans ces pays.

    « Engagez-vous,
    visitez des contrées lointaines,
    rencontrez des gens intéressants,
    puis tuez-les
    . »

    La guerre permet aux hommes d’avoir un comportement qui, en d’autres circonstances, serait qualifié de psychotique.

    « Parfois je me dis qu’il faudrait instaurer une loi de la guerre qui vous obligerait à vous rapprocher de quelqu’un le temps d’apprendre à le connaître, avant de lui tirer dessus. »
    Colonel Potter, dans M*A*S*H (film et série télé comique US – NDT)

    « Dans le combat entre le Bien et le Mal, ce sont toujours les gens qui se font tuer »
    Eduardo Galeano

    Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, un dirigeant Taliban a déclaré « Dieu est à nos côtés, et si les autres tentent de mettre le feu à l’Afghanistan, Dieu nous protégera et nous viendra en aide » (4)

    « Je crois que Dieu s’exprime à travers moi. Sans ça, je ne pourrais pas faire mon travail »
    George W. Bush, 2004, pendant la guerre contre l’Irak. (5)

    « Je crois que le Christ est mort pour mes péchés et que par Lui je trouve ma rédemption. C’est là que je puise ma force et trouve un soutien chaque jour. »
    Barack Obama (6)

    Pourquoi les chefs d’église n’interdisent pas aux catholiques de s’engager dans l’armée avec la même ferveur qu’ils leur interdisent de s’approcher d’une clinique où l’on pratique des avortements ?

    Dieu, la guerre, la Banque Mondiale, le FMI, les accords de libre échange, l’OTAN, la guerre contre le terrorisme, la guerre contre la drogue, les candidats « anti-guerre », les Prix Nobel de la Paix, peuvent tous être vus comme différents instruments au service de l’impérialisme US.

    Tom Lehrer, le merveilleux chanteur-compositeur engagé des années 50/60, a déclaré un jour : « la satire politique est devenue obsolète le jour où Henry Kissinger a reçu le Prix Nobel de la Paix. » Peut-être que chaque génération doit réapprendre à quel point ce prix est devenu une farce, ou qu’il l’a toujours été.

    Parmi ses lauréats, on trouve un certain nombre d’individus dont le rapport avec la paix dans le monde est le même que celui que l’administration Bush avait avec la vérité.

    Prenons un exemple d’actualité : Bernard Kouchner, co-fondateur de Médecins Sans Frontières, a remporté le Prix en 1998. Kouchner, qui est devenu le ministre français des affaires étrangères, milite depuis longtemps en faveur d’une intervention militaire contre l’Iran. La semaine dernière il a invité l’Iran à conclure un accord sur le nucléaire qui serait acceptable pour les puissances occidentales, sans quoi Israël pourrait infliger Dieu sait quelles horreurs sur les Iraniens. Israël « ne tolérera pas une bombe iranienne, » a-t-il dit. « Ne le savons. Tout le monde le sait. » (7) (traduction à partir de cette version anglaise – NDT). Il existe un mot pour désigner une telle menace voilée : « chantage ». Un mot normalement associé aux maffieux. « Faites ce que je vous dis et tout ira bien ». Ou, comme Al Capone l’a dit un jour : « Des mots aimables et une mitraillette sont plus efficaces que juste des mots aimables ».

    La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

    Il ne s’agit pas de l’extrême droite haineuse, ou d’un meeting de racistes agités... mais d’une droite respectable, celle qui occupe des postes de haut rang dans les académies et dans chaque administration, Républicaine ou Démocrate. Il s’agit de membres du très respecté Council on Foreign Relations (CFR).

    Voici Joshua Kurlantzick, « chargé des questions de l’Asie du Sud-est » au sein du CFR, qui écrit dans le non moins respecté Washington Post sur comment – malgré tous les discours alarmistes – il ne serait pas plus mal que l’Afghanistan se transforme en un autre Vietnam parce que « le Vietnam et les Etats-Unis sont devenus des partenaires en Asie du Sud-est, avec des échanges officiels, et sont en train de construire une relation commerciale et stratégique importante, et encouragent toutes les bonnes volontés des deux côtés... L’Amérique n’a pas gagné la guerre là-bas, mais avec le temps elle a gagné la paix... Les vétérans américains de la guerre se sont publiquement réconciliés avec leurs anciens adversaires... Un programme (d’échanges scolaires) pourrait garantir que la prochaine génération de dirigeants Afghans voient les Etats-Unis d’un autre oeil. » (8) Et ainsi de suite.

    A la réflexion, il s’agit là moins de propos extrémistes de droite que de propos... comment dire ? ... c’est quoi le terme déjà ? Ah oui, « idiots ». Car que cherche-t-il à démontrer exactement ? Que l’Allemagne et Israël sont en très bons termes... et qu’il faudrait donc en tirer des conclusions par rapport à l’Holocauste ?

    Quant à dire que l’Amérique a perdu la guerre, c’est encore pire. Parce que c’est faux. La plupart des gens croient que les Etats-Unis ont perdu la guerre. En détruisant le Vietnam de fond en comble, en empoisonnement les terres, les eaux, l’air et le patrimoine génétique pour plusieurs générations, les Etats-Unis ont en fait réussi à atteindre leur objectif initial : empêcher le Vietnam de représenter un bon exemple de développement en Asie, une alternative au modèle capitaliste. C’est pour la même raison que les Etats-Unis sont en guerre contre Cuba depuis plus de 50 ans, pour que le modèle alternatif cubain ne soit pas aussi séduisant qu’il aurait pu l’être si on lui avait fichu la paix.

    Et pendant toutes ces années depuis la fin de la guerre au Vietnam, les millions de vietnamiens qui souffrent de maladies et de malformations provoquées par les épandages US de « l’Agent Orange » n’ont reçu aucune aide médicale de la part des Etats-Unis, aucune réparation écologique, aucune indemnisation, aucune présentation d’excuses officielle.

    C’est exactement le même sort qui attend les Afghans – leurs terres et/ou corps touchés par l’uranium appauvri, les bombes à fragmentation, et toute une panoplie d’armes chimiques – dans le Nouvel Ordre Mondial de Kurlantzick. « Si les relations entre les Etats-Unis et l’Afghanistan ressemblent un jour à nos relations avec le Vietnam, ce serait une excellente chose », écrit-il. Que Dieu bénisse l’Amérique.

    Une dernière réflexion sur l’Afghanistan : la suggestion que les Etats-Unis pourraient, et devraient, résoudre ce dilemme (qu’ils ont crée) tout simplement en se retirant de ce trou perdu est fermement rejetée par le gouvernement et les médias. Même certains critiques de gauche sont réticents devant une décision si osée – car qui sait quelles horreurs pourraient en découler ?

    Mais lorsque l’Union Soviétique a entamé son retrait de l’Afghanistan (entre mai 1988 et février 1989), personne ne leur a demandé de rester. Peu importait la raison, peu importait les conséquences du retrait. Mais si les Russes ont pu se retirer plus facilement que les Américains c’est parce qu’ils n’y étaient pas pour des raisons impérialistes, comme le pétrole ou les gazoducs. Ces raisons pour lesquelles les Etats-Unis ne peuvent quitter l’Irak.

    [....]

    William Blum

    ARTICLE ORIGINAL
    http://killinghope.org/bblum6/aer75.html

    traduction (partielle) par Le Grand Soir

    Notes

    1. The Nation (journal pakistanais anglophone), 10 Octobre, 2009

    2. Washington Post, 20 Octobre, 2009

    3. Michael Herr, "Dispatches" (1991), p.71

    4. New York Daily News, 19 Septembre, 2001

    5. Washington Post, 20 Juillet, 2004, p.15, qui cite New Era (Lancaster, PA), sur une réunion privée en Bush et des familles Amish, le 9 juillet. La Maison Blanche a ensuite niée ces propos (ces Amish mentent beaucoup, c’est bien connu)

    6. Washington Post, 17 août, 2008

    7. Daily Telegraph (GB), 26 Octobre, 2009

    8. Washington Post, 25 Octobre, 2009

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    Forêt: place aux arbres OGM

    Les règles du «libre» échange de l'OMC ont non seulement encouragé un pillage sans vergogne des forêts des pays pauvres, elles ont aussi rendu impossible la mise en place de législations environnementales, accusées d'être des «obstacles au commerce». Les accords de libre échange liquident aussi les droits – notamment les titres de propriété collective – des communautés paysannes, indigènes et afro-descendantes facilitant la saisie de leurs terres, forêts et sous-sols. C'est contre de tels accords de libre échange que les Zapatistes se sont révoltés au Mexique en 1994 et que les peuples de l'Amazonie péruvienne ont fait de même en juin dernier. Et pour lutter contre la déforestation? Un des moyens les plus simples, efficaces, justes et économiques – une étude estime qu'il coûterait jusque 1000 fois moins que les marchés carbone usines-à-gaz qu'on propose de gérer depuis Wall Street – serait simplement de garantir les droits des peuples de la forêt, qui ont su y vivre en la respectant depuis des millénaires. Trop simple! Pour protéger la forêt, comme pour faire n'importe quoi de nos jours, il faut créer un marché juteux. C'est le projet REDD (Reduced Emissions from deforestation and degradation). Mais qui va bénéficier des crédits carbone générés? Pourquoi les grandes puissances ont-elles explicitement refusé d'y intégrer même la mention des droits des peuples indigènes reconnus par l'ONU? Et comment peut-on proposer d'y inclure les plantations industrielles d'arbres, alors que celles-ci captent cinq fois moins de carbone qu'une vraie forêt, ouvrant ainsi la voie non pas à moins, mais à encore plus de déforestation? Place aux arbres OGM! Encore une fois les propositions de Copenhague prolongent les politiques de l'OMC. Des réglementations précises, accompagnées de projets d'aménagement forestiers et agricoles basés sur le respect des droits des peuples indigènes et des paysans, financés par des fonds non dépendants du marché du carbone, comme cela a été proposé par de nombreuses organisations et gouvernements, permettraient le maintien et le développement de la biodiversité, des écosystèmes agroforestiers et la mise en oeuvre de la justice climatique. OMC/CJS OLiVIER DE MARCELLUS, CJS http://www.lecourrier.ch/index.php?name=News&file=article&sid=444073

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    Privatisation de La Poste : à quoi joue le PS ?

    La guérilla parlementaire contre le changement de statut de La Poste bat son plein au Sénat. 631 amendements ont été déposés. En cinq jours de joutes verbales et procédurières, les sénateurs en sont à discuter de l’article 2 d’une loi qui en compte 26. Objectif de l’opposition : retarder le plus possible l’adoption du texte pour accorder davantage de temps aux mobilisations citoyennes en faveur du maintien du service public et d’un référendum sur le sujet. Ce pari est en passe d’être gagné. Si les sénateurs de gauche (PS, PC, Verts, PG) tiennent jusqu’au dimanche soir 8 novembre, la discussion sur le texte pourrait être repoussée de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, à cause d’un calendrier parlementaire lourdement chargé.

    C’était sans compter sur un étrange rebondissement. Le 5 novembre, dans l’après-midi, les sénateurs socialistes décident curieusement de retirer une partie de leurs amendements, facilitant ainsi l’avancée des débats. Comme si, soudainement, ils abandonnaient le champ de bataille en pleine mêlée. Dans la foulée, un amendement déposé par les élus écologistes, propose d’instituer, dans le cas de sa transformation en Société anonyme, un droit de préemption de l’Etat sur toutes cessions d’actions de La Poste par d’autres actionnaires, comme la Caisse des dépôts ou les salariés. C’est une sorte de filet de sécurité si la loi est finalement votée, et une manière de tester la sincérité du gouvernement sur sa promesse de ne pas procéder à une privatisation, même partielle. Alors que l’amendement a des chances d’être voté, le gouvernement lâchant la bride à ses troupes de sénateurs, les 110 élus PS refusent de prendre part au vote… Laissant seuls les 24 communistes et les cinq verts.

    Michel Teston, sénateur socialiste de l’Ardèche, et chef de file du groupe PS dans cette guérilla postale,craint-il alors de soutenir un amendement qui aurait pu passer pour un compromis ? Ou les élus socialistes, après avoir, en début de semaine, fait mine devant les caméras de vouloir en découdre, souhaitent-ils passer un week-end au calme ? Une hypothèse inquiétante... La guérilla parlementaire pour défendre le service public postal se transformerait-elle en bal des hypocrites ?

    http://bastamag.net/

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    dimanche 8 novembre 2009

    « En Tunisie, le verrouillage policier et le culte de la personnalité rappelle la RDA de Honecker »

    La « réélection » du dictateur tunisien Ben Ali avec 89,6% des voix n’a pas suscité beaucoup d’émois en France. Elle a même été « saluée » par l’Elysée et certains dirigeants de l’UMP. Entretien sur le cas tunisien avec le militant des droits de l’Homme Moncef Marzouki et le sociologue Vincent Geisser, auteurs du livre « Dictateurs en sursis, une voie démocratique pour le monde arabe » (Editions de L’atelier).

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    Photo : Droits réservés

    Comment réagissez-vous au résultat des élections présidentielles en Tunisie ?

    Vincent Geisser : Il ne s’agit pas véritablement d’un scrutin où les électeurs seraient susceptibles d’exercer un quelconque choix, mais d’une opération politique totalement organisée et contrôlée par le régime. Nous sommes plus proches d’une cérémonie d’allégeance que d’une échéance électorale, au sens que l’on donne à cette notion dans les démocraties pluralistes. Contrairement à certains pays africains, il n’existe même pas d’enjeux liés à la fraude ou au comptage des voix. D’une certaine manière, la fraude est déjà établie avant l’élection. Ce qui permet au régime de ne pas bourrer les urnes ou d’acheter les voix. C’est pourquoi le terme d’élection est totalement impropre pour décrire les dernières échéances politiques en Tunisie.

    Moncef Marzouki : Ce n’est absolument pas surprenant. Tout dictateur - comme Ben Ali - ne peut plus reculer. Dès lors, il se condamne à rester au pouvoir. Ben Ali a modifié quatorze fois la constitution en vingt ans et il la modifiera une quinzième fois pour pouvoir se présenter de nouveau au-delà de l’âge limite actuel, qui est de soixante-quinze ans. Son seul choix semble de vouloir rester et mourir au pouvoir. La réélection de Ben Ali n’est donc en rien surprenante. Ce qui l’est, c’est la réaction des gens qui frôlent la naïveté quand certains croient qu’il aurait pu se dérouler un autre scénario en Tunisie. Dans ce pays, la surprise n’était en aucun cas dans les urnes.

    En quoi la situation de la Tunisie diffère de celle des autres pays du Maghreb ?

    Vincent Geisser : La Tunisie s’inscrit dans la même trame que les autres pays du Maghreb. Avec toutefois deux tendances plus prononcées : le verrouillage policier qui touche tous les secteurs de la société et le culte de la personnalité qui rappelle parfois la Roumanie de Ceausescu ou la RDA de Honecker. La Tunisie est devenue une sorte d’ « épure parfaite » du régime autoritaire, là où les autres pays du Maghreb connaissent des formes davantage mixtes et ambivalentes.

    Moncef Marzouki : Le système tunisien est un système que je qualifie des 3 P. Le « P » offert à l’extérieur, c’est le P de la politique, du gouvernement, du Parlement… Ensuite, il y a le « P » de la police. Celle qui organise en réalité la vie des autres partis. Ce sont ces 150.000 policiers qui font peser le joug sur les Tunisiens et qui impliquent qu’il n’y a pas d’opposition en Tunisie, mais une résistance. Résistance discrète, presque invisible mais qui, malgré tout se renforce peu à peu.

    Il y a enfin - et là je pèse mes mots - le « P » de la pègre. La Tunisie est devenue le terrain de tous les trafics de blanchiment de toutes les mafias (russe, italienne, etc.). Les mafias sont le noyau du système. Rappelons que Moncef Ben Ali, frère du président, a été condamné par contumace en France à 10 ans de prison [1], c’est ce que l’on a appelé la « couscous connexion » [2]. La Tunisie n’a rien à voir avec un Hassan II, roi absolutiste, ou un Boumediene, idéologue de son état. Non, elle se rapproche davantage de la dictature algérienne et du règne de ses mafias militaires.

    Comment expliquez-vous le fait qu’il y ait une grande mobilisation sur l’Iran et si peu sur la Tunisie ?

    Vincent Geisser : On constate une dénonciation à géométrie variable. Alors que la majorité des démocrates se sont émus - à juste titre – des manipulations du suffrage populaire en Iran, ils sont restés étrangement silencieux sur le cas tunisien. Cette politique de deux poids deux mesures contribue à affaiblir les idéaux démocratiques dans les pays arabo-musulmans. Les peuples comprenant mal qu’on critique les tripatouillages électoraux en Iran alors que l’on envoie des télégrammes de félicitation aux dictateurs arabes.

    Moncef Marzouki : La Tunisie est un pays où l’on ne pose pas des bombes. Il y a une dictature perverse qui est au service des pays occidentaux avec les soi-disant luttes contre le terrorisme et contre l’immigration clandestine. Rappelez-vous que Kadhafi était un dictateur infréquentable il y a encore quelques années, jusqu’à ce qu’il accepte de lutter contre le terrorisme et l’immigration pour le compte des pays dits démocratiques.

    Quel rôle jouent la France et l’Europe ?

    Vincent Geisser : Attention de ne pas croire que ces régimes ne tiennent que parce qu’ils sont tenus par l’Europe. C’est la bonne vieille thèse tiers-mondiste de régimes qui seraient entièrement entre les mains de puissances occidentales. Il est trop facile de crier au néo-colonialisme. Ce qui est une manière de déculpabiliser les élites locales. Certes, nous devons en tant que citoyens de la société européenne faire pression pour que nos gouvernements ne donnent plus de chèques en blanc à ces régimes autoritaires, mais nous devons admettre aussi que la solution à la dictature ne pourra être qu’interne. D’où la nécessité d’appuyer et de développer des partenariats avec les oppositions indépendantes dans ces pays où l’on souffre de l’autoritarisme.

    Moncef Marzouki : Le rôle endossé par la France et l’Europe est un rôle totalement en contradiction avec leurs valeurs affirmées. Les chefs d’Etat des principaux pays du contour méditerranéen, à l’instar des présidents Sarkozy et Chirac, vont en Tunisie juste pour jeter des fleurs aux dictateurs. Les intérêts de la France sont protégés à court terme puisque les dictateurs sont considérés comme des « gouverneurs » des provinces du sud. Cependant, leurs intérêts à moyen et long terme sont mis en danger. Les peuples arabes nourrissent une détestation grandissante de cet occident. Ils ne supportent plus ces pays dits démocratiques qui soutiennent ces dictatures. Cela offre un terreau fertile au nationalisme arabe et au terrorisme. Les dictateurs sont responsables de la dégradation des conditions de vie de ces pays. Ils sont donc responsables de l’immigration massive qui s’en suit. L’absence d’alternative démocratique est telle, qu’elle pousse à la violence des populations qui n’y sont pas portées originellement. Ces politiciens, en soutenant Ben Ali, sont responsables des convulsions des deux côtés des rives de la Méditerranée.

    Propos recueillis par Eros Sana, http://bastamag.net/

    Notes

    [1] En 1992. Le frère de Ben Ali est décédé en 1996 sans avoir purgé sa peine.

    [2] Un trafic de drogues dont le réseau s’étendait en France, en Italie, au Maroc et en Tunisie

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    Juan Barahona, leader populaire : "Le Honduras est un grand champ de luttes"

    Je sais, je vais paraître répétitive mais vraiment les assemblées du dimanche du STIBYS (Syndicat des Travailleurs de l’Industrie de Boissons et dérivés) à Tegucigalpa, peuvent exciter la personne la plus froide de la planète. Explosion de joie de résister, de chants, de slogans, aliments préparés par des mains volontaires pour permtettre aux résistants de tenir bon.

    C’est l’occasion de connaître Juan Barahona, coordinateur du Front National contre le Coup d’État au Honduras, qui depuis l’école secondaire, lorsqu’il était encore adolescent, a consacré sa vie à la lutte avec les pauvres, avec les plus pauvres.

    Ce mouvement national qu’il coordonne me surprend par sa capacité d’agglutiner, de forger un accord entre forces progressistes, celles-là même qui avant le 28 juin, restaient incapables de dialoguer entre égaux.

    En parlant avec Juan, un homme plein d’optimisme et de bonne humeur, les chansons de la Résistance tapissent le fond de l’interview. C’est la piste sonore des jours historiques, douloureux, pleins d’espoir et de souffrance, de colère et d’impuissance face à la violence gratuite du gouvernement putschiste de Gorilletti, pardon, Micheletti et ses employés serviles.

    "Honduras, le peuple est avec toi"... "Honduras, un peuple qui en se tait pas//Honduras résiste dans la bataille//pour que revienne José Manuel Zelaya", tels sont les mots de l’Hymne de la Résistance, écrit et offert au peuple hondurien par Abiayala, un groupe vénézuélien, une maniére d’aider les rebelles à lutter contre le terrible, violent coup d’État du 28 juin qui a vu l’enlévement et la déportation du président démocratiquement élu Manuel Zelaya Rosales.

    Juan Barahona raconte. Le Front National contre le coup d’État est né le 29 juin exactement alors que le peuple hondurien en pleine révolte se répandait dans les rues, encore secoué par le putsch et cependant la décision était déjà prise : la lutte viserait le retour du président Zelaya et l’Assemblée Constituante, jusqu’á la victoire.

    Ce jour de juin ls gens ont commencé à se rendre compte qu’ils avaient besoin d’une structure qui leur permette de réaliser la coordination – celle qui actuellement rassemble les secteurs populaires, les indigènes, les maîtres, les féministes en résistance, la population afrodescendante "Garifuna", les médecins, les syndicalistes, les paysans, les travailleurs, une partie des petites et moyennes entreprises, des jeunes et des étudiants, un secteur de l’Église Catholique et évangélique contre le coup d’État, les artistes contre le coup d’État, les avocats contre le coup d’État - et de construire une stratégie de dialogue avec la Coordination du Parti Libéral contre le coup d’État et avec le Parti d’Unificación Democrática.

    Personnellement, je suis très intéressée par ce que me dit Juan Barahona de la stratégie du Front, qui se base sur une structure horizontale, participative, plus typique des mouvements sociaux que des partis politiques traditionnels. Les gens sont fatigués de l’élection de représentants corrompus, qui ne respectent pas les promesses faites pendant les campagnes électorales ni leurs engagements, une fois conquis leur "petit" espace de pouvoir.

    Le fait nouveau est que certains de ces partis politiques traditionnels sont d’accord avec le changement et le travail au coude à coude avec le Bloc Populaire, le secteur du Front qui rassemble ce peuple hors des partis politiques.

    Juan me dit que le coup d’État ne les a pas pris au dépourvu : la rapidité de l’organisation est due aussi à un travail en profondeur dans les quartiers et dans les lieux de travail, dans les assemblées populaires pour informer, préparer la population, qui a permis la projection nationale du Bloc Populaire né le 2 mai 2000, avec ses caractéristiques d’anti-mouvement, anti-systéme et anti-modéle.

    La confrontation avec le gouvernement néo-libéral a été très difficile dès le début. En août 2003 le Bloc Populaire a "gagné la rue" en réussissant à convoquer une grève nationale dans la capitale, phénomène qui réussit à paralyser les quatre entrées de la ville. Dans d’autres occasions tout le pays a été paralysé par les bloquages des routes principales du Honduras.

    La chose qui m’impressionne beaucoup est le fait que la communauté rebelle considére Zelaya comme un leader indiscutable. Juste avant la conversation avec Juan, le président démocratiquement élu et assiégé dans l’Ambassade du Brésil à Tegucigalpa depuis le 21 septembre, a téléphoné à Barahona et a salué son peuple, au milieu de nombreuses marques d’affection et de joie.

    "Nous devons continuer à crier nos vérités, les putschistes tentent de nous faire taire pour perpétrer leurs crimes en toute impunité mais nous ne pouvons pas le permettre, je suis la solution au coup d’État, et non le problème comme dit Micheletti" dit Zelaya.

    Réellement, je crois malheureusement que la communauté internationale n’agit pas avec la fermeté suffisante pour obtenir une solution démocratique ; par exemple, une délégation de l’Union Européenne qui s’est réunie pour signer un Accord d’Association entre Amérique Centrale et Europe, a préféré "étudier" depuis le... Costa Rica ! ce qui se passe au Honduras. Sa seule préoccupation était de résoudre le problème du contrat bananier sans trop se rapprocher des rebelles, histoire d’éviter une mystérieuse fièvre progressiste.

    Intriguée et fascinée par l’appui au Président, je demande si le Bloc Populaire a appuyé Zelaya dès le début de sa campagne électorale. Sincére, Barahona m’explique que les gens se méfiaient de son origine bourgeoise et que le rapprochement ne s’est opéré qu’a partir d’accords concrets tels que la réduction du prix de l’essence, l’ouverture à l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique) et plus particuliérement la hausse du salaire minimum.

    Lorsque Mel comme l’appellent affectueusement ses partisans, a proposé la consultation sur la "quatrième urne" (pour que le peuple se prononce sur la possibilité de convoquer une assemblée constituante), l’ensemble du mouvement s’est disposé à continuer la lutte ensemble. Et comme l’explique Juan "nous sommes disposés à mener de plus belle la lutte, pacifiquement, jusqu’au bout , fidèles á tous les nôtres qui sont tombés, leur mort ne fut pas vaine".

    Tandis que Juan prononce cette phrase, un rebelle du Front l’entend et crie dans mon enregistreur un slogan parmi tant d’autres : "Sang des martyrs, semence de liberté". Mais... toute cette énergie, cette conviction et ce dévouement absolu pour la nation, comment sont-il nés chez Juan ?

    Le dirigeant syndical, dans un sourire franc, honnête, me dit que dès la secondaire il était jeune militant. Il suivait les cours au Collège le plus grand du Honduras mais aussi de toute l’Amérique Centrale, l’Institut Central Vicente Cáceres. Ici il a aussi appris à lutter dans la rue pour défendre les droits des étudiants. "Cet institut est célèbre pour avoir formé des leaders qui ont lutté pour les causes justes des années 70 et 80 et qui poursuivent aujourd’hui la bataille, puisque nous sommes entrés en résistance. Ils ont enseigné á leurs étudiants á défendre l’école publique, á garder la force, le courage et la volonté de défendre leur pays et d’exiger une nation nouvelle". Tandis que Juan me parle, je me dis qu’il faut réellement envier la force de cet homme, qui a eu récemment 55 ans, le 12 juillet, et n’a pu fêter tranquillement son anniversaire avec les siens parce qu’il était dans les rues, entouré de l’affection de tout un peuple.

    Je fixe mon regard sur le béret avec l’image du Che Guevara, un symbole de Barahona, qui permet de le reconnaître de maniére rapide parmi les centaines de "marcheurs" comme on appelle les résistants, lorsque nous nous retrouvons sur les lieux de la réunion tous les matins.

    Un symbole si emblématique que, dans le dialogue entre les deux délégations, l’une de Zelaya et celle des putschistes, mené dans un hôtel 4 étoiles et très snob, il lui est resté fidèle. Le compagnon Barahona n’a pas abandonné le Che Guevara ni ses jeans ; c’est pour cela qu’il est apprécié à ce point par les membres du Front : tout leader d’un mouvement est aimé dès qu’il est cohérent avec ses idéaux.

    "Compañera, puisque vous avez ce badge de Mel je suppose que vous êtes de la résistance, alors s’il vous plaît dites à Juan Barahona, qu’il m’a ému lorsque j’ai vu comment il était vêtu dans cet hôtel des riches. Il ne portait pas de veston ni de cravate et le Che Guevara a été présent dans le dialogue, dites-lui que les gens l’aiment parce qu’ils n’aiment pas les apparences vides" dit le chauffeur de taxi qui me ramène à la maison oú je logeais. Quand je lui ai rapporté ces propos, Juan m’a regardée avec son large sourire et m’a dit : "je me sens heureux quand les gens comprennent pleinement ma façon de penser, je serai toujours avec eux ; chère amie je suis heureux de ce que vous nous accompagniez dans ces heures difficiles, la presse internationale progressiste est celle qui nous permet de vivre, d’avoir une voix pour crier dans les oreilles des sourds du monde. Le tyran veut nous jeter à l’oubli, au silence, pour que personne ne sache rien des viols, des tortures, des abus de pouvoir que subit le peuple hondurien".

    "Les choses qui se sont passées ici sont la cause de la présence du peuple hondurien dans la rue, et il le restera aprés le retour du président Zelaya au pouvoir, et aprés la formation de l’Assemblée constituante, dés que nous pourrons l’organiser".

    "Les honduriens ont finalement opéré un tournant dans leur vie, les hommes d’aujourd’hui, ceux d’après le 28 juin, ne sont plus les mêmes que ceux d’avant le 28 juin, nous avons appris à lutter beaucoup plus dans ces derniers quatre mois que dans les dernières 90 années".

    Je me rappelle les mots de Fidel Castro au sujet du Honduras : "Nous avons vu naître une nouvelle conscience dans le peuple hondurien. Toute une légion de militants sociaux a blanchi sous le harnais de cette bataille. Zelaya a tenu sa promesse de rentrer. Il a le droit d’être rétabli au gouvernement et de présider les élections. De nouveaux et d’admirables cadres sont en train d’émerger des mouvements sociaux combatifs, et ils sont devenus capables de guider ce peuple sur les voies difficiles que doivent frayer les peuples de Notre Amérique. Une révolution y est en gestation."

    Ida Garberi
    responsable de la page web en italien de Prensa Latina.

    http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article629

    Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

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