dimanche 16 mars 2008
DOCTEUR AMOS ET MISTER OZ
Troublant personnage que cet écrivain prestigieux dont nul ne conteste le talent. Le « sabra » né Jérusalem en 1939 d’une famille émigrée de Russie est devenu un véritable porte-parole du mouvement « La PAIX MAINTENANT » (Shalom Archav). Sa littérature est populaire et c’est avec constance que AMOS OZ milite « pour un état palestinien », après avoir diagnostiqué la folie des faucons et la faiblesse des colombes (voir son plaidoyer « Aidez-nous à divorcer » ).
Une interview récente à la veille de l’ouverture du salon du livre dont Israël est « invité d’honneur » à Paris, semble pourtant de nature à décourager tous ceux qui se veulent encore optimistes (1 ) pour croire en la capacité de ce peuple à partager demain autre chose que des larmes avec ses voisins en deçà ou au-delà du mur.
LE DOCTEUR AMOS a un temps laissé entendre son irritation et même imaginé de bouder le salon du livre à Paris (du 14 au 19 mars 2008) ; mais il vient de se raviser : « Mais non, je suis enchanté de venir. Israël invité d’honneur du salon du livre à Paris, c’est pour moi un événement très significatif » (In TJ, Tribune Juive nos 35 – mars 2008, p 10-16 ). Le « docteur AMOS » de « la paix maintenant » confirme son image tolérante en répondant au questionnement de TJ : « Alors pourquoi cette polémique ? On vous a dit fâché avec les organisateurs »…AO : « J’ai considéré en effet que davantage d’écrivains arabes israéliens et palestiniens méritaient d’être invités. Et je l’ai dit. Certes il y aura bien Sayed Kashva et peut-être un autre, mais, pour moi, ce n’est pas assez. Je persiste et signe ». Voici donc le bon docteur AMOS du côté de tous ceux qui se sont indignés pour ce choix, même s’il ne donne pas clairement une signification politique à cette ségrégation, à l’heure de la commémoration des soixante ans de l’existence de l’état d’Israël.
Mais là, patatras ! le docteur Amos a déjà trop parlé et « MISTER OZ » intervient ; il poursuit : « Tous ceux qui écrivent en HEBREU auraient du être invités » (sic !) . Tout est dit ici de la nature profonde et des limites de la pensée d’une partie au moins du groupe « Shalom Archav » qui prône la paix sans désavouer la guerre et qui voudrait « ébraïser » malgré eux même ceux des palestiniens qui sont nés sur cette terre et n’ont pas encore été expulsés des frontières d’Israël. Le « bon arabe » est celui qui parle hébreu ; la culture en Israël ne s’exprime qu‘en hébreu ; aucun autre héritage culturel, spirituel ou historique ne « mérite » l’invitation au salon du livre que celui qui s’exprime en hébreu. Etre né arabe dans les frontières de la « ligne verte » et s’exprimer en arabe ou même en Français comme plusieurs auteurs palestiniens, « ne suffit pas » pour « mériter » cette invitation à Paris.
Docteur Amos le savait et Mister Oz ne pouvait l’ignorer, il est même des arabes qui pensent et qui écrivent dans une autre langue que celle d’Amos Oz ! Il le savait lui qui a tant réfléchi à l’abomination de ces intolérances croisées ; mais il a choisi son camp ! Son camp est celui d’un état juif pour les juifs de langue hébraïque exclusive et peut-être de quelques exceptions totalement assimilées acceptant de penser et écrire dans la langue du conquérant et de l’occupant. Les autres, tous les autres, même francophones n’ont rien à faire à cette tribune parisienne à la gloire d’Israël !
Le même MISTER OZ qui rappelle « enseigner la littérature à l’université Ben Gourion » désavoue sans doute quelques-uns de ses propres élèves qui auraient voulu approcher la pensée juive sans faire le choix d’en adopter la langue. Le Professeur OZ se justifie : « Pour moi l’hébreu est ma lyre, l’instrument de musique qui soutient ma pensée. Je ne suis pas chauvin pour tout ce qui IDENTIFIE mon pays, mais je le suis pour ma langue. La dessus, on ne me fera jamais changer d’avis ». Pour Mister OZ l’affirmation se renforce, « l’identité d’Israël » c’est sa langue hébraïque…Avec une telle « caution » d’un représentant du « camp de la paix » on peut craindre le pire venant de tous les nationalistes et religieux intégristes qui rêvent du « grand Israël » et du « transfert » des populations arabes pour les chasser d’un état juif, pour les seuls juifs, dont ils réclament même désormais la reconnaissance internationale !
Pourtant Docteur Amos et Mister Oz ne cessent de s’interpeller l’un l’autre, à propos de la politique du gouvernement israélien : « Chaque mois, je me dois d’écrire un article…pour dire au gouvernement d’aller au diable. Mais ils ne m’écoutent pas (rires) »…Ce rire est-il celui d’un Machiavel ? Son amitié confirmée pour Shimon Peres ne révèle pas de désaccord si profond avec la politique du pire menée à Gaza à la veille du salon…Pour ce qui est du « divorce nécessaire entre Israéliens et Palestiniens » la question lui a été encore posée et la réponse fut claire : « Je pense qu’il n’y a pas d’autre alternative…deux peuples différents cohabitent : des arabes palestiniens, des juifs israéliens…Il n’y a pas d’autre choix que la séparation…La Palestine pour les Palestiniens et Israël pour les Israéliens ». Le docteur Amos est bien pour la paix, mais mister Oz veut pouvoir ignorer demain que ses pieds foulent une terre sur laquelle sont nés des arabes aussi, auxquels il refuse toute légitimité à la cohabitation. Etrange conception de la paix que celle là qui satisfait les espérances les plus folles de la droite israélienne. Et Mister OZ ne s’en cache pas : « Je suis sioniste, même si je considère que les promesses des origines n’ont pas été accomplies…Si je devais envoyer un seul message aux juifs de la diaspora, je leur dirais : apprenez l’hébreu…Seule une langue commune nous rattachera à la même culture, la même littérature et les mêmes créations artistiques. Sionistes de tous les pays, apprenez l’hébreu ! »
C’est CELA, c’est exactement cela le salon du livre à Paris en mars 2008 ; une manifestation qui se veut pour certains (sans doute pas tous) à la gloire du sionisme et de sa langue.
Si la paix n’est défendue que par ceux qui ont une vision aussi étriquée de leur propre identité, en référence au seul sionisme, il conviendra sans doute de chercher ailleurs les sentiments universalistes et tolérants qui la rendront possible. C’est cela, exactement cela qui peut et doit être débattu dans et autour ce salon du « livre » si singulier. Pour nous, universalistes et internationalistes, la langue de la paix ne peut être la langue d’un seul.
Comme l’écrit dans le même numéro de Tribune Juive Ivan Lévai, directeur de la publication « les peuples qui lisent sont dangereux » (page 18)…Ceux qui écrivent aussi dit-il plus loin ; mais ce n’est pas l’absence des auteurs arabes qu’il regrette, seulement celle d’une jeune auteure dont Shimon Peres a « adoré le roman »…Flatterie et cécité vont souvent de pair…
NB : Dans le même numéro (p 32 33) Michel Taubmann nous parle « du spectre d’un nouvel Aushwitz avec les moyens d’Hiroshima » et confirme selon lui le péril iranien, tandis que « l’état hébreu ne menace absolument personne » (sic !) …Mais « il est évident que si les Israéliens possèdent la preuve qu’un danger vital pèse sur leur pays, ils n’auront pas d’autre choix que d’attaquer les installations iraniennes. Dans ce cas, il faudra les soutenir » (Michel Taubmann est aussi rédacteur en chef de la revue « Le meilleur des Mondes » dont le dernier numéro, le numéro six, est un « Spécial Israël – soixantième anniversaire » développant largement ce thème visant à banaliser la « guerre préventive »). Cette position est aussi soutenue par un article de Georges Amsel (p 34 –35) qui met en doute les capacités d’appréciation de l’AIEA en Iran.
Mais ceci est un autre sujet ? ….Pas si sur.
Jacques Richaud, http://www.oulala.net/Portail/artic...
(1) Frères pourtant ; http://socio13.wordpress.com/2008/0...
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