dimanche 7 septembre 2008
Les Caraïbes sous les eaux
Haïti compte ses morts après le passage des puissants ouragans Gustav et Hanna, et l’aide internationale se renforçait sur place alors que l’ouragan Ike pourrait encore déverser des trombes d’eau sur l’île d’ici quelques jours.
Cuba demande à Washington la levée de son embargo ;
Haïti comptait ses morts samedi, après le passage des puissants ouragans Gustav et Hanna, et l’aide internationale se renforçait sur place alors que l’ouragan Ike pourrait encore déverser des trombes d’eau sur l’île d’ici quelques jours.
Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), plus de 500 personnes ont été tuées à Haïti par le passage d’Hanna et le bilan augmente "d’heure en heure". Il y a huit jours, Gustav avait déjà fait 77 morts, dans ce pays qui est l’un des plus pauvres de la planète.
Quelque 250.000 personnes ont besoin d’assistance humanitaire sur les 350.000 qui vivent aux Gonaïves, ville du nord du pays la plus touchée par les intempéries, a souligné une porte-parole d’OCHA.
L’Unicef a annoncé pour sa part que 650.000 personnes dont 300.000 enfants avaient été affectés par les tempêtes Fay, qui a fait une quarantaine de victimes il y a deux semaines, Gustav et Hanna.
Le survol de la côte nord-est du pays en avion permettait samedi de se faire une idée des dégâts au sol : des rivières couleur de boue, sorties de leur lit pour déborder sur des villages entiers, labouraient le paysage de larges coulées beige. Dans les zones sinistrées du pays, particulièrement sujet aux inondations et glissements de terrain en raison d’une large déforestation, seuls les toits émergeaient d’immenses nappes de boue.
La situation est "catastrophique" aux Gonaïves, a indiqué le sénateur Yuri Latortue, représentant ce port déjà victime de la tempête tropicale Jeanne, qui avait fait 3.000 morts il y a quatre ans. "Quelque 200.000 personnes n’ont rien mangé depuis trois jours", a-t-il ajouté.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé samedi qu’il acheminait "de la nourriture, de l’eau et de l’aide humanitaire" par bateau et par avion.
Mais le calvaire d’Haïti pourrait ne pas être terminé, car l’ouragan Ike de catégorie 4 (sur 5) et jugé "extrêmement dangereux" devrait passer aux abords de l’île selon le Centre National des Ouragans (NHC).
Sur les radios haïtiennes, des messages d’alerte passaient en boucle samedi pour mettre en garde la population contre les risques causés par Ike dès dimanche matin. Le nord, où se trouve Gonaïves, était spécifiquement visé par une "alerte rouge".
Des Casques bleus intervenaient samedi dans la ville pour évacuer plusieurs milliers de personnes menacées par Ike, a indiqué à l’AFP une responsable de la protection civile sur place, Youdeline Joseph.
Parallèlement, des ambulances récupéraient des cadavres dans les rues de la ville. "Il n’y a pas de morgue dans la ville privée d’électricité. Alors, ceux qui trouvent le corps d’un proche, d’un parent, le portent en terre tout de suite", a témoigné Mme Joseph.
"Il y a une odeur désagréable dans la ville", a indiqué à l’AFP Charlie Rowley de l’organisation humanitaire Oxfam, même s’il a assuré ne pas avoir vu lui-même de cadavres.
Les organisations humanitaires avaient le plus grand mal à acheminer les vivres vers les villes touchées, certaines s’inquiétant des conditions de sécurité. Samedi toutefois, Oxfam, Médecins sans frontières, l’ONU et la Croix rouge se trouvaient aux Gonaïves.
"Les gens qui sont sur la route se sentent abandonnés et ne veulent pas que toute l’aide soit focalisée sur Gonaïves", a expliqué à l’AFP Kone Amara, coordinateur humanitaire en Haïti d’Oxfam.
L’ONG britannique Christian Aid s’est dit de son côté particulièrement inquiète des risques d’émeutes dans les prochaines semaines car la vallée de l’Artibonite (nord), où 80% du riz est produit, a été entièrement inondée.
Haïti avait connu de violentes émeutes de la faim début avril, après une brusque envolée des prix des produits alimentaires.
Selon l’OCHA, les Nations unies vont lancer dans les prochains jours un appel financier d’urgence pour venir en aide à 600.000 personnes sur une durée de six mois. De nombreux pays de la communauté internationale ont également offert leur aide.
La Défense civile cubaine a décrété samedi la "phase d’alerte cyclonique" pour les provinces orientales de Guantanamo, Santiago de Cuba, Granma, Holguin, Las Tunas et Camaguey, afin de permettre l’évacuation des zones risquant d’être inondées, selon la télévision nationale cubaine.
Cuba a appelé les Etats-Unis à lever leur embargo
Cuba a appelé les Etats-Unis à lever leur embargo pour permettre aux sociétés américaines d’ouvrir des crédits et aider les Cubains affectés par l’ouragan Gustav, alors que les provinces orientales de l’île ont été placées en état d’alerte à l’approche de Ike.
Ike doit frapper dimanche ces régions avec des vents de 215 km/h avant de balayer tout le centre de l’île jusqu’aux environs de la station balnéaire de Varadero (centre), selon les météorologues.
"Si le gouvernement des Etats-Unis a la volonté réelle de coopérer avec le peuple cubain face à la tragédie causée par l’ouragan, il lui est demandé de (…) lever l’embargo qui empêche les sociétés américaines d’offrir des crédits commerciaux privés" à Cuba "pour acheter des denrées alimentaires aux Etats-Unis", a indiqué un communiqué du ministère cubain des Affaires étrangères.
Une semaine après le passage de l’ouragan Gustav qui a dévasté l’ouest du pays, Ike "représente une menace sérieuse" pour Cuba alors qu’il a atteint la catégorie 4 sur l’échelle Saffir-Simpson qui en compte 5, en "s’approchant de la côte Nord orientale de Cuba" avec des vents soutenus de 215 km/h, a indiqué le Centre de météorologie de Cuba (Insmet) dans un communiqué. Les autorités cubaines avaient "remercié" plus tôt samedi Washington pour ses "regrets" pour les graves dégâts causés il y a une semaine par Gustav, tout en dénonçant son embargo, mais sans dire explicitement, dans leur communiqué de presse, si elles refusaient ou non l’aide financière offerte par les Américains.
Washington avait annoncé vendredi avoir offert le 3 septembre une aide d’une valeur de 100.000 dollars à Cuba, qui serait délivrée à travers une ONG.
Les Américains avaient aussi offert d’envoyer une mission d’évaluation des dégâts, selon les autorités cubaines.
Washington maintient un embargo depuis 1962 contre l’île communiste, sauf pour les produits pharmaceutiques et alimentaires.
L’ouragan Gustav a détruit ou endommagé plus de 100.000 bâtiments dans l’ouest de Cuba, mais n’a cependant fait aucun mort sur l’île, selon la Défense civile cubaine.
Les autorités cubaines ont accepté les offres d’aide de plusieurs pays, dont celle de la Russie qui a déjà dépêché sur place deux avions d’aide humanitaire.
Gustav a fait plus de 100 morts ailleurs dans les Caraïbes et dans le sud des Etats-Unis.
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