jeudi 27 novembre 2008
Aéroport de Biarritz, samedi matin : honte à nous.
Samedi matin 10 h 30 la famille RRUSTA arrive à l’aéroport de Biarritz
Parme, les parents et leurs quatre enfants.
La Police aux Frontières veille et garde l’accès , impossible d’acceder
aux deux véhicules où se trouve la famille.
Des bénévoles RESF de Pau sont venus avec la poussette du petit dernier,
des manteaux, de l’argent et tentent sans succès depuis deux heures de
pouvoir rencontrer la famille une dernière fois pour leur remettre leurs
affaires.
La Police aux frontières ne veut rien entendre, pas plus à l’aéroport
qu’au centre de rétention où ils ont été éconduits.
L’attente est longue, on parle aux parents au téléphone, l’institutrice
parvient à joindre les enfants, signes des mains, de loin... grillage et
uniforme empêchent tout contact physique, pourtant l’émotion d’un côté
et la tension de l’autre sont perceptibles et se font face.
Les appels se multiplient, les démarches s’enchaînent comme une ultime
tentative désespérée de faire cesser le mouvement, de stopper cette
machine cruelle, absurde, et honteuse : c’est une famille que l’on
expulse, un père une mère et quatre enfants auxquels un traitement de
faveur a été réservé, un avion gouvernemental leur est spécialement
destinée, comme un préfet en déplacement officiel.
Peut-être un ministre prendra place après eux sur ces mêmes sièges,
honte à lui et aux lois qu’il applique.
Honte à nous qui laissons chaque jour se commettre les mêmes atrocités
que nous condamnons sans réserves, commise par nos grands-parents, par
cette France de Vichy.
Qu’y a-t-il de différent ce matin ?
Un gendarme finira par convaincre la police de prendre les affaires de
la famille.
Un à un, en bout de piste les enfants montent dans l’avion, le bébé dans
les bras d’un policier, les parents ensuite.
Honte à nous qui une fois encore, avons oublié Janusz Korczak, et les
enfants de l’orphelinat du ghetto de Varsovie avec lesquels il a été
déporté de son plein gré pour ne pas les abandonner et qui est à
l’origine de la Convention Internationnale des Droits de l’Enfant.
On referme la porte, les moteurs se mettent en marchent et le Kosovo
comme ligne de mire s’annonce, inéluctable.
Il fallait être là pour ne pas leur laisser croire que la tâche est
banale, juste et honorable.
Il faudra continuer à être là, pour témoigner, pour dénoncer, pour ne
pas s’habituer.
Pour le Groupe Local de la CIMADE
Laurence Hardouin
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