La Gauche Verte !

Journal d'informations alternatives.

dimanche 30 novembre 2008

Les suicides en prison ne peuvent que continuer

La série noire continue, la soi-disant série noire des suicides en prison… même si les médias préfèrent nous abreuver des péripéties de l’affrontement pour le titre de premier secrétaire du parti social-libéral. Lamentable spectacle, qui fait diversion : les administrés peuvent en oublier les effets de la crise et la prochaine récession, ou le mouvement actuel de défense du service public d’enseignement… Pour permettre à cette bataille de chiffonnières de trouver une fin quelque peu honorable, qu’il leur soit suggéré de se partager le pouvoir. Une direction bicéphale, voilà qui constituerait un premier pas vers une direction collégiale, en attendant bien sûr la démocratie directe…

Revenons à des choses plus sérieuses. Le 20 novembre, à la maison d’arrêt de Coutances, un homme de 26 ans s’est pendu au mitard. C’est la centième mort cette année, selon l’Observatoire des suicides dans les prisons françaises mis en place par l’association Ban public sur le site prison.eu.org. Un suicide ou mort suspecte tous les trois jours et demi en prison, sept fois plus qu’à l’extérieur. Mais, est-il précisé, « nous savons que ces chiffres ne reflètent pas la réalité », notamment parce qu’ils ne prennent pas en compte les personnes incarcérées qui décèdent à l’extérieur, à l’hôpital par exemple.

Donc la série noire continue, à un détail près : ce n’est pas une série, contrairement au discours habituel des médias – oui, encore – quand ils daignent en parler. C’est une constante, étroitement liée au fonctionnement du système pénitentiaire et judiciaire. Les chiffres le prouvent : 123 suicides en 2002, 120 en 2003, 115 en 2004, 122 en 2005, 96 en 2006, 97 en 2007.

Une mission de réflexion sur les suicides en prison avait été confiée en 2003 au psychiatre Jean-Louis Terra. Voici ce que nous en disions à l’époque : « Pour les suicidés, pas de commission d'enquête... mais une simple mission de réflexion créée en janvier 2003. Qu'en attendre de bon ? Les dés sont pipés car la mission, confiée à un psychiatre, va d'emblée considérer les choses sous l'angle de la maladie mentale. Mais le problème n'est pas fondamentalement psychiatrique, comme tentent de nous le faire croire certaines déclarations(1). Il est provoqué par des traitements inhumains, méritant pleinement le nom de torture : traumatisme de l'incarcération, longues peines, transferts incessants, placements en quartier d'isolement, mises au mitard, refus de parloir, rejet de libération conditionnelle... etc, etc.

Première embrouille : oser qualifier de psychopathologie le désespoir et les comportements qu'il induit. Seconde embrouille : faire porter tout le poids de cette souffrance extrême, de ce désespoir, à l'individu en niant la responsabilité de l'Administration Pénitentiaire, du système répressif dans son ensemble et de la société. »(2)

Ces propos sont encore plus d’actualité, car l’accroissement, ces dernières années, du nombre de prisonniers souffrant de troubles psychiques ne peut que renforcer la tentative de faire de la question des suicides en prison une affaire médicale. Après la mission de réflexion, les suicides continuent. Et sans l’abrutissement par les médicaments psychotropes, entre autres, leur nombre serait bien supérieur…

On peut fortement douter que la création des UHSA (Unités hospitalières spécialement aménagées), qui n’auront jamais qu’un nombre de places limité face à l’inflation carcérale, puisse mettre fin au « sursuicide » pénitentiaire. Mais au-delà de cette donnée matérielle, il importe surtout de s’interroger sur la tentation de transformer la prison en une prison psychiatrique… Maints éléments peuvent nous donner à penser que cette transformation est en cours, mue par les impératifs d’une politique de plus en plus sécuritaire et par les nécessités du maintien de l’ordre dans un enfermement de plus en plus destructeur…

Quant à parler de soins dans un tel contexte, cela relève du discours cache-misère et de l’alibi. Comme le déclare le psychiatre Evry Archer, « en prison, on ne peut pas soigner les gens ».

(1) Lire à ce sujet « Suicides en prison et médicalisation liberticide de la misère », mars 2003

(2) « Prison : pendant la mission de réflexion les suicides continuent », juin 2003

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Venezuela, une victoire au goût de… victoire

Commentaires mitigés dans nombre de médias après la consultation électorale du 23 novembre au Venezuela. Le président Hugo Chávez et ses partisans auraient perdu la main. Malgré leur victoire (difficile à occulter).

Après quasiment dix ans de pouvoir du chef de l’Etat, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) remporte dix-sept des vingt-deux Etats où le poste de gouverneur était en jeu. Dans un cadre démocratique, on pourrait faire beaucoup moins bien. Par ailleurs, le PSUV remporte deux cent trente-trois mairies (80 % des municipios), dont dix-huit des vingt-quatre capitales d’Etat.

L’opposition, pour sa part, a triomphé dans les Etats les plus riches : Zulia, Carabobo (ce qui, sociologiquement, ne manque pas de cohérence), ainsi que dans la Nueva Esparta, le Táchira et le Miranda (la zone métropolitaine de la capitale). Elle s’est également emparée de la mairie du Grand Caracas (qu’elle détenait déjà avant 2004). Il s’agit d’incontestables succès.

Pour autant, l’opposition a perdu 555 442 voix par rapport au référendum sur la proposition de réforme constitutionnelle rejetée l’année passée tandis que les « chavistes » progressent, eux, de 694 342 voix. D’autre part, le résultat a marqué un échec total de la « dissidence chaviste » de gouverneurs sortants – Sucre, Guárico, Trujillo, Aragua et Carabobo – qui avaient pris leurs distances avec le pouvoir. De sorte que, plutôt que d’avoir perdu des Etats, le pouvoir en a gagné (dix-sept au lieu de quinze avant les élections).

L’accent a été mis sur la défaite du PSUV dans le grand quartier populaire de Petare (Caracas). A juste titre, ce revers attire l’attention sur les carences de l’administration bolivarienne en matière de gestion locale – collecte des ordures, logement, insécurité. Néanmoins, Libertador, la plus peuplée des municipalités de Caracas, a voté en faveur de la révolution bolivarienne, de même que les quartiers populaires de tous les Etats régionaux ou mairies gagnés par l’opposition.

Enfin, on a exagéré le fait que l’opposition a gagné dans les Etats les plus peuplés. Il n’en demeure pas moins que, à l’échelon national, le camp « chaviste » a obtenu 5 073 774 voix contre 3 948 912 pour l’opposition (53,45 % contre 41,65 %), avec une participation exceptionnelle de 65,45 %.

Alors qu’il participait à son premier scrutin – il n’a que deux années d’existence –, le PSUV s’affirme, et de loin, comme la première force politique vénézuélienne.

De par le monde, beaucoup se contenteraient d’une victoire aussi « étriquée ».

Maurice Lemoine, Le Monde Diplomatique

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samedi 29 novembre 2008

Expulsion et occupation de toit à Marseille

« Nous ne revendiquons riens. On n'attend rien de personne. Face à la répression et à l'exploitation, organisons nous-mêmes la résistance. On aura ce qu'on prendra. On s'en fout du droit. »
Il est 23h50'54'' quand la petite troupe de gens massés au pied du 69 rue de la République reçoit ce SMS de revendication signé « les occupants du toit du globe».

Dans la journée du samedi 22 novembre, des banderoles (« ils investissent, nous aussi ») avaient été déployées depuis un immeuble occupé depuis quelques jours au moment où la manifestation pour le droit au logement passait sous les fenêtres du bâtiment.
Alors que les ministres du logement, de l'urbanisme, de l'aménagement du territoire et du développement durable devaient se réunir le lundi 24 à Marseille, un petit groupe de gens avait décidé de se réapproprier un de ces innombrables lieux vacants de la rue de la République.
Depuis des années, le patrimoine immobilier de cette rue comme de l'ensemble du périmètre Euromed passe de mains en mains: banques, fonds de pensions, etc. qui ont vidé le quartier de ces habitants à coups d'expulsions, d'intimidations, d'incendies, etc. Aujourd'hui, la moitié de la rue appartient à ATEMI dont la banque Lehmann brothers, largement actionnaire, est désormais en faillite. D'où ces quelques slogans criés sous les banderoles: « la rue de la république est vide, reprenons-la », « Lehmann brothers est mort, vive la crise! »
Le soir même, une discussion était proposée dans le lieu « pour construire ensemble les ripostes et solidarités à venir contre l'aménagement urbain et ses expulsions » (extrait du tract). Il s'agissait aussi d'emblée de faire vivre collectivement cet ancien hôtel avec son bar (le Globe) au rez-de-chaussée. Le projet n'était pas de faire une occupation spectaculaire et éphémère mais de prendre un espace pour habiter et vivre ensemble, créer un espace de discussions et de rencontres quipuissent faire émerger des solidarités concrètes face aux offensives des urbanistes.

Il est 20h30. Une soixantaine de personnes mangent et discutent entassés dans le bar quand les flics donnent l'assaut. Ils explosent la vitrine alors que des personnes se trouvent juste derrière. S'ensuit une course poursuite dans l'immeuble. Les gens refluent dans les étages en érigeant des barricades de fortune derrière eux pour ralentir l'avancée des gardes mobiles. Ce qui s'est révélé relativement amusant et efficace. Tout le monde se retranche au dernier étage et un petit groupe monte même sur le toit. Ce ne sont pas spécialement les habitants du lieu et le tout n'est pas vraiment prémédité. La cinquantaine de personnes restée au dernier étage se fait finalement sortir de l'immeuble et séquestrer dans la rue qui est bloquée mais les occupants du toit du globe demeurent.
Pendant ce temps, quelques personnes se regroupent dans la rue de la république et hurlent « non aux expulsions ». Peu à peu, des passants les rejoignent, le trafic est bloqué par un imposant dispositif policier: CRS, gardes mobiles, BAC. Sur le toit comme dans la rue, personne ne cède aux basses manœuvres des flics: chantage («descendez du toit et on libère tout le monde »), intimidations, pressions de la BAC... Une quarantaine de personnes de la caravane du logement (regroupement d'associations pour le droit au logement) débarquent. Les flics relâchent la cinquantaine de personnes parquées. Et tout le monde se regroupe.
Tout au long de la nuit, pleins de gens restent, arrivent ou se relaient. Il y a eu jusqu'à 150/200 personnes dans l'attroupement malgré le froid. Au début, la situation est un peu flottante:  la police est manifestement dans l'indécision. On imagine que ça téléphone dans tous les sens. les autorités se concertent.
Parallèlement, les occupants de la rue sont eux aussi dans l'expectative. Une poubelle flambe, une voiture de flic est caillassée et rien ne se passe. C'est l'attente.
A l'intérieur, les keufs tentent de mettre la pression aux occupants du toit et saccagent le lieu. Une ribambelle de négociateurs se relaient pour les faire descendre dont le commissaire divisionnaire et le sous-préfet mais rien n'y fait. En bas, la caravane du logement apporte des boissons chaudes et de la bouffe fort réconfortantes par ce temps de grand mistral. Des couvertures, de la nourriture et un mégaphone sont discrètement fournis aux occupants du toit, histoire que la détermination ne cède pas face aux assauts de la fatigue et du vent.
En bas, le groupe diminue mais l'ambiance est bonne. La rue de la République n'a jamais été aussi vivante depuis des années: chants et slogans qui se répondent entre en haut et en bas, partie de foot, spectacles... Cela dure toute la nuit.
Au petit matin, 12 cars de CRS arrivent en renfort et le GIPN prend position. Le préfet mal à l'aise sur le toit tente une ultime négociation. En vain. Il ne peut rien faire pour les revendications des occupants, à savoir :
- l'abolition de la société de classes, de l'état et du capital
- le relogement de tous les habitants de la rue de la République dans leurs anciens logements refaits à neuf
- ou à défaut le fait de garder la maison.
Pendant ce temps, des habitants du quartier (le peu qu'il reste) apportent café et croissants. Finalement, sur les coups de 10h, le GIPN procède à l'expulsion et les occupants sont placés en garde-à-vue au commissariat de l'Evêché où se déplace, lui aussi, le petit groupe de gens encore présents au pied de l'immeuble. La présence est continue jusqu'à 16h, heure de leur libération, à priori sans poursuites. A cette occasion, s'est encore une fois manifestée une solidarité concrète: des travailleuses de la maison de retraite ramènent du café et des petits gâteaux, des anciens habitants ont aussi été présents de longue.
Ce sont 24H aux cours desquelles quelque chose a été rompu et arraché à la normalité: un rapport joyeux à la rue, une détermination à ne pas se laisser intimider par l'occupation policière du territoire et tenter de faire vivre ensemble nos désirs. Le tout aura sans doute coûté très cher: l'important dispositif policier, le tram bloqué pendant une douzaine d'heures, et la rue encore quelques heures de plus.

Cela n'aura duré que quelques heures.
Vivement la prochaine fois.

On n'est pas fatigué, on est déterminé.
Ni flic, ni fric, ni expulsions !

A la prochaine, pour notre meilleur et pour leur pire.

Rendez-vous pour un repas de quartier dimanche 30 novembre à 12H, rue Moisson.

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Gauche de gauche. Qu’est-ce qui fâche ?

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Gauche de gauche, qu’est-ce qui fâche ?

Les commentateurs mettent en avant les enjeux de pouvoir, les rivalités individuelles et les intérêts boutiquiers pour expliquer l’échec de la candidature unitaire antilibérale de 2007 et la difficulté à bâtir, pour les élections européennes et après, un front commun de la gauche digne de ce nom. Et si la querelle était plus profonde ? Pour résoudre l’équation, encore faut-il en connaître les termes. Cela suppose une mise à jour des enjeux de fond et de stratégie, pour définir ce qui peut et doit constituer la base commune et ce qui resterait du ressort des identités particulières composant le tout. Evidemment, chaque sensibilité, voyant midi à porte, considèrera que tel point est fondamental et tel autre contingent… C’est dans ce contexte que Regards démarre ici une série sur les chantiers qui clivent, aujourd’hui, l’espace de la gauche radicale. Dans ce numéro : les enjeux de stratégie et d’alliances. A suivre : la conception de la République, la forme parti… Manière d’entrer dans le dur des discussions.

Premier volet : stratégie et alliances.  Impossible de traiter le puits sans fond des enjeux stratégiques en quelques lignes… Tentons juste de saisir l’actualité du clivage tel qu’il s’exprime dans la galaxie de la gauche de gauche. Les militants connaissent par cœur la chanson opposant les « contestataires stériles » et autres « candidatures de témoignage », d’un côté, aux « supplétifs du PS » et autres « sociaux-traîtres, prêts à tout pour conserver leurs élus », de l’autre. Les clarifications d’orientation du Parti socialiste et la demande croissante d’alternative crédible amènent chacun à préciser sa stratégie et ses alliances pour transformer la société.

Parti de gouvernement » : la formule est lancée, élément d’identité fondatrice du Parti de Gauche initié par Jean-Luc Mélenchon. De quoi hérisser du côté du NPA, davantage enclin à s’autoproclamer « parti des luttes » et à identifier ici le désir de Mélenchon et de ses amis de retourner au gouvernement avec le PS dès que l’occasion se présentera. Toujours est-il que, à l’instar du PCF ou des Collectifs antilibéraux, le Parti de Gauche entend constituer une majorité politique, à même de gouverner le pays. D’où le renvoi d’Olivier Besancenot et ses troupes à ne pas vouloir « mettre les mains dans le cambouis » et du NPA à n’être qu’un « super-syndicat ». Souvenez-vous : la candidate à la présidentielle Marie-George Buffet voulait « changer la gauche » quand Olivier Besancenot proposait de « changer de gauche ». Nuance. Une gauche ou deux gauches ? La communiste Marie-Pierre Vieu « continue à essayer de penser la gauche dans sa globalité ». Visiblement, ça n’a pas l’air facile…

Peut-on former un gouvernement avec le Parti socialiste ? Ecoutons les leaders des deux formations a priori les plus éloignées sur les stratégies d’alliances. Pierre-François Grond, leader de la LCR et du NPA, prévient : « il faut tirer les leçons du passé et de la gauche plurielle. Dès que les constructions se sont retrouvées sous domination des idées social-libérales, il y a eu un renoncement politique et une déception populaire. On ne peut imaginer une alliance que s’il y a un changement de rapport de force. Si on change le rapport de force, alors les conditions d’alliance se posent différemment ». Il ajoute : « La condition du succès, c’est de peser à gauche. S’il n’y a pas de rassemblement, les chances de peser à gauche ne dépasseront pas le niveau du témoignage. Les 4% de Besancenot n’ont jamais fait une alternative qui bouscule la situation à gauche ». Si le rassemblement de la gauche de gauche est une « condition du succès », pourquoi Olivier Besancenot a-t-il accueilli si froidement la proposition de Jean-Luc Mélenchon de constituer un « front de gauche » aux européennes ? Apparemment, « la petite musique » autour de la création du Parti de Gauche ne sonnait pas suffisamment la rupture. Pourtant, dans un récent chat de Jean-Luc Mélenchon sur lemonde.fr, à la question « à quelles conditions pouvez-vous gouverner avec le PS ? », l’ancien ministre de Lionel Jospin répondait : « Pour gagner comme pour gouverner, il faut que notre gauche passe en tête de la gauche ». Point de vue partagé par Claire Villiers, du mouvement Alternative citoyenne : « c’est très différent si l’on est majoritaire ou si on ne l’est pas. Pour piquer l’hégémonie au social-libéralisme, version Gramsci, l’alliance avec le PS ne me dérange pas si on est majoritaires ». Elle pointe alors le désaccord « avec ce que semble être le NPA » : selon elle, « l’alliance avec le PS mérite d’être discutée, ça dépend du rapport de force ».

Si un consensus à l’échelle nationale – pas de gouvernement avec le PS dans le cadre du rapport de force actuel - paraît donc possible entre les différentes forces de la gauche de gauche, c’est bien l’enjeu des collectivités qui fait clivage. Encore faut-il l’affronter franchement. Communistes, gauche des Verts ou républicains sont aux manettes dans de nombreuses villes, départements et régions, dans des majorités avec le PS. De son côté, le NPA pourrait emprunter la même voie que la LCR, à savoir aucun exécutif commun avec des sociaux-démocrates, sauf peut-être dans quelques petites communes. Claire Villiers reconnaît que, à la Région Ile-de-France où elle est vice-présidente de Jean-Paul Huchon, « le bilan est mitigé ». La question du sens de la participation à des exécutifs locaux avec le PS mériterait sans doute d’être remise à plat et en débat, à partir d’un bilan critique. Pour quoi faire ? Quelles marges de manœuvre réelles ? Quelles politiques authentiquement alternatives en cas de majorité ?

Au fond, prendre part aux « institutions bourgeoises » ne va pas de soi pour tout l’espace de la gauche critique. Si Mélenchon déclare : « je crois au combat institutionnel et je ne me reconnais pas d’autre souverain que le suffrage universel », Besancenot aime à citer Louise Michel pour qui « le pouvoir donne des vertiges dès lors qu’il n’est pas partagé ». Mélenchon croit comprendre que le NPA propose en fait une stratégie de l’avant-garde. Or, dit-il, « je ne crois pas que la transformation de la société doive être l’œuvre d’une avant-garde mais celle de la société tout entière ». Pour Pierre-François Grond, « le suffrage universel ne suffit pas. Il faut une mobilisation pour de bon de la population contre tous les pouvoirs, politiques et économiques, avec une remise en cause par le bas ». En tout cas, selon Claude Debons, « on a une exigence de responsabilité qui passe par la nécessité d’offrir une autre perspective. Cette exigence n’épargnera pas le NPA, même s’ils ont un discours d’indépendance totale par rapport au social-libéralisme. »

Clémentine Autain, avec Emmanuelle Cosse et Marion Rousset

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"Non à l'ordre nouveau"

Alain Badiou, Daniel Bensaïd, Miguel Benasayag, Luc Boltantski, Judith Butler, Jean-Luc Nancy, Jacques Rancière, Enzo Traverso et bien d'autres personnalités du monde intellectuel et associatif ont signé une pétition qui dénonce l'inculpation de neuf personnes pour "association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste", accusées de sabotage de caténaires appartenant à la SNCF. Il n'existe en réalité aucune preuve matérielle contre elles. "Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations (...). Ils réfléchissent, ils lisent des livres". Leur délit? Des opinions qui font désordre... Voici le texte de l'appel publié dans Le Monde.

UNE OPÉRATION RÉCENTE, largement médiatisée, a permis d’arrêter et d’inculper neuf personnes, en mettant en œuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’État, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – à troubler l’ordre politique, économique et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L’inculpation pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste » est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi – et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.

LES PERSONNES INCULPÉES n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations – dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole. Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.

Premiers signataires

Giorgio Agamben, philosophe

Alain Badiou, philosophe

Jean-Christophe Bailly, écrivain

Anne-Sophie Barthez, professeur de droit

Miguel Benasayag, écrivain

Daniel Bensaïd, philosophe

Luc Boltanski, sociologue

Judith Butler, philosophe

Pascale Casanova, critique littéraire

François Cusset, philosophe

Christine Delphy, sociologue

Isabelle Garo, philosophe

François Gèze, éditions La Découverte

Jean-Marie Gleize, professeur de littérature

Eric Hazan, éditions La Fabrique

Rémy Hernu, professeur de droit

Hugues Jallon, éditions La Découverte

Stathis Kouvelakis, philosophe

Nicolas Klotz, réalisateur

Frédéric Lordon, économiste

Jean-Luc Nancy, philosophe

Bernard Noël, poète

Dominique Noguez, écrivain

Yves Pagès, éditions Verticales

Karine Parrot, professeur de droit

Jacques Rancière, philosophe

Jean-Jacques Rosat, philosophe

Carlo Santulli, professeur de droit

Rémy Toulouse, éditions Les Prairies ordinaires

Enzo Traverso, historien

Jérôme Vidal, éditions Amsterdam

Slavoj Zizek, philosophe

Pour signer la pétition envoyez un mail avec votre nom et votre profession a l'adresse :

petition.tarnac@gmail.com

Voir en ligne :

http:/...n=com_content&view=article&id=22&Itemid=17

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Les chiens policiers lâchés sur les élèves...qui témoignent !

Lundi 17 novembre 2008, 10h30,Ecole des Métiers du Gers.

Descente musclée de la gendarmerie dans les classes.

Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon travail 4 gendarmes décidés, accompagnés d’un maître-chien affublé de son animal.

Personne ne dit bonjour, personne ne se présente.

Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe.

Les élèves sont extrêmement surpris.

Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas, j’insiste, on me fait comprendre qu’il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l’ambiance est lourde, menaçante, j’ouvre une fenêtre qu’un gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.

Le chien court partout, mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d’un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à l’élève de sortir.

Je veux intervenir une nouvelle fois, on m’impose le silence.

Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d’une ironie douteuse fusent.

Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d’une heure.

Une trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon.

Parmi les jeunes, il y a des mineurs.

Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte.

Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! »

Il y a des allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un gendarme en poste devant les classes.

J’apprendrais par la suite qu’aucun évènement particulier dans l’établissement ne justifiait une telle descente.

La stupeur, l’effroi ont gagné les élèves. On leur dira le lendemain, dans les jours qui suivent qu’ils dramatisent. Ils m’interrogent une fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction pour le moins très complaisante.

Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser rafler et conduire à l’abattoir sans réagir : l’effet surprise laisse sans voix, l’effet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace, scie les jambes.

Ensuite, dans la journée, je m’étonne de ne lire l’indignation que sur le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au bout du compte.

Certains ont même trouvé l’intervention normale, d’autres souhaitable.

Je me dis qu’en 50 ans (dont 20 comme prof), je n’ai jamais vu ça. Que les choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés subissent l’assaut d’une idéologie dure.

Ce qui m’a frappé, au-delà de l’aspect légal ou illégal de la démarche, c’est l’attitude des gendarmes : impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr il n’y a que des garçons, les félicitant d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». A vrai dire des marlous, de vrais durs n’auraient pas agi autrement.

C’est en France, dans une école, en 2008.

Je me dis que ces gens-là, les gendarmes, devraient accompagner les gens, les soutenir, qu’ils devraient être des guides lucides et conscients. Au lieu de ça, investis d’un drôle de pouvoir, ils débarquent, on dirait des cow-boys, et terrorisent les jeunes.

*** O.P.A http://www.myspace.com/orchestrepoetique

Lu sur Bellaciao

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vendredi 28 novembre 2008

Matraques contre caméras

Le 14 octobre dernier, vers 22 heures, Ladj Ly, réalisateur professionnel qui a travaillé, entre autres, pour Envoyé Spécial sur France 2, filme une intervention policière dans un immeuble de la rue Picasso à Montfermeil. Montfermeil fait partie des banlieues « chaudes ».

« La police lancée à la poursuite d’une voiture ayant grillé un feu rouge “a subi ce soir-là des tirs de mortiers de feu d’artifice et des jets de pierre”, raconte-t-il, et “il y a comme par hasard une caméra” et “quelqu’un cherche à prendre la police par défaut”. »

Cette déclaration prêterait à sourire si elle ne provenait pas du directeur départemental de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis. En la lisant attentivement, j’ai été frappée par la qualité « cinématographique » du langage de M. Jean-François Herdhuin. D’un côté la police (les gentils) lancés à la poursuite d’une voiture (les méchants) qui a enfreint le code la route en brûlant un feu rouge (le motif). Les gentils veulent rattraper les méchants pour les punir (la quête). Mais les méchants sont de vrais méchants et il s’ensuit des tirs de mortiers et des jets de pierre (la montée dramatique). Le gentil s’en sortira-t-il ? Suspens... et voilà que sort de l’ombre le gros méchant avec sa caméra (l’opposant). Clameurs et frissons dans la salle. La tension est à son paroxysme.

En tant que scénariste, cela mérite vingt sur vingt. Non, dix-neuf car, dans ce contexte-ci, on ne dit pas prendre par défaut mais prendre en défaut. Par contre, M. Herdhuin aurait pu opter par défaut pour la carrière de scénariste advenant que la police n’ait pas voulu de lui ou qu’il s’en soit lassé.

Ce qui m’interpelle, une fois de plus, c’est la collusion entre forces de police et monde politique. Les forces de police sont par définition au service de l’État mais l’État, quant à lui, est (devrait être) au service des citoyens. Il est vrai que tous les policiers ne sont pas des bruts et que beaucoup font sérieusement un travail qu’ils ont choisi, avec les risques que cela comporte. Mais il y en a aussi qui usent et abusent de leur force et pouvoir. Je n’étais pas à Montfermeil et ne peux donc analyser la situation qu’à partir des éléments dont nous disposons. Les déclarations des témoins et des habitants de l’immeuble convergent. Il y a eu violence policière. Deux policiers ont été suspendus et mis en examen. L’IGS enquête, c’est parfait.

Un policier blessé à la main a un arrêt de travail d’un mois. Le jeune homme, menotté, qu’il frappait avec sa matraque, a un arrêt de travail deux jours. La main d’un policier doit être plus fragile que la tête d’un jeune de vingt ans. Le directeur départemental de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis remet en question la véracité de la vidéo de Ladj Ly, l’accusant de vouloir « prendre la police par défaut ». Il prend soin de ne pas mentionner le nom du réalisateur et de se contenter d’utiliser le « on », renvoyant ainsi la vidéo au rang des vidéos amateurs. Il accuse ensuite le réalisateur d’avoir « restreint » son film « aux scènes mettant en cause la police ». M. Herdhuin prépare ainsi, avec zèle, l’entrée en scène de Christian Demuynck qui reprend la balle au bond en déclarant : « Tout le monde, ou presque, peut devenir Spielberg grâce à son téléphone portable ou son caméoscope ». Ce dernier apporte donc son soutien à l’idée lumineuse du directeur départemental de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis d’embaucher un caméraman pour filmer les interventions policières. Selon M. Demuynck « C’est le meilleur moyen d’éviter les vidéos bidonnées d’apprentis SPIELBERG qui remettent en cause, de façon injuste, le travail de nos policiers. Ce dispositif, largement généralisé aux États-Unis, ne peut apporter que plus de transparence aux actions menées par les forces de Police. Préventif, il permettrait ainsi d’éviter tout dérapage, toute polémique et toute escalade inutile ».

Si j’analyse les propos du directeur de la sécurité publique et du sénateur de l’UMP, il ressort que les principales victimes dans cette affaires sont les policiers, qu’on s’efforce de salir alors qu’ils sont les innocentes victimes d’une conspiration de la population qui organise des descentes avec des caméras. Comme l’a déclaré, à juste titre, M. Jean-François Herdhuin, les agressions contre les policiers, c’est inadmissible. Certes. Mais que dire de la violence policière, notamment de celle montrée dans la vidéo du fameux soir à Montfermeil. On y voit clairement les coups de matraques pleuvoir sur un jeune homme de vingt ans. La police représente l’ordre et la force. Elle devrait utiliser cette force seulement à des fins de maintien de la sécurité publique et de la sécurité des individus. Investir une entrée d’immeuble, menotter et tabasser un jeune ne me semble pas répondre à ces critères. En judo, il y a une règle d’or : utiliser la force de l’adversaire pour le maîtriser et non pour l’anéantir. Sur un tatami, un judoka peut tuer facilement, les étranglements sont mortels. Mais il sait s’arrêter avant. L’adversaire vaincue sait aussi baisser les armes avant de se faire tuer. Tout est question de maîtrise et de respect de part et d’autre. Bien sûr, les policiers n’exercent pas leurs fonctions sur un tatami. Mais leur métier a aussi des règles et ils sont tenus à un code de déontologie. Sang-froid et intelligence sont deux qualités essentielles que devraient avoir les membres des forces de police. Malheureusement, nombre d’entre eux se laissent griser par le pouvoir que leur confère leur position. Pouvoir et force. Un bon policier armé n’utilisera son arme (matraque ou arme à feu) que dans les situations qui l’exigent et avec discernement. Tel ne semble pas avoir été le cas à Montfermeil.

Deux poids deux mesures. J’aime cette expression car elle illustre parfaitement la société d’aujourd’hui et plus particulièrement la société française avec d’un côté les nantis et de l’autre les petites mains. Les premiers ne sont pas forcément riches mais ils ont une place dans la société, un chez eux, un travail et un avenir tranquille. Parmi eux, il y a ceux qui, à l’instar de Messieurs Herdhuin et Demuynck, occupent une place privilégiée avec tout le pouvoir que cela leur confère. Ils représentent la France et l’ordre. Les petites mains travaillent, vivent dans des HLM et ont forcément tort.

Pourriez-vous nous expliquer M. Herdhuin en quoi le film de Ladj Ly, dont vous avez tous les rushes entre votre possession, seraient moins objectif que le film que tournera un caméraman au service de la police, engagé par vos soins ? Vous avez oublié de préciser, lors de votre point de presse, que les images de l’altercation de Montfermeil ont été prises par un professionnel. Ladj Ly a plusieurs films à sont actif, dans lesquels il a fait preuve d’impartialité. Selon vos dires et les écrits du sénateur, seule la police mérite notre confiance. Elle seule dit la vérité. Quant à nous, les apprentis Spielberg, mettant sur Internet des vidéos bidonnées, contentons-nous de regarder les belles images diffusées par la police. Elles ne seront ni partielles, ni partiales, la police ne théâtralisera pas ses exploits, ne « buzzera » pas ses vidéos et il n’y aura donc pas d’escalade de la violence. Je suis certaine que la police ne restreindra pas ses films « aux scènes qui mettent en cause la police ». Je mettrais ma main au feu, qu’elle redonnera sa place à la « vérité », la vérité des banlieues violentes, des ghettos noirs et magrébins où la police se fait tabasser. Des commissariats où les marches sont un peu trop abruptes, où les annuaires téléphoniques tombent malencontreusement sur la tête des personnes interrogées…

Quant à M. Demuynck, il a de toute évidence su tirer les leçons des grands frères américains. Les films de Spielberg l’ont marqué et la police américaine est son modèle. Mais je me permets de lui suggérer la lecture d’un excellent ouvrage publié conjointement par la National Lawyers Guild, la Anthony Baez Foundation et la October 22nd Coalition to Stop Police Brutality, Repression and the Criminalization of a Generation. Il s’agit d’un ouvrage regroupant plus de 2 000 cas de violence policière ayant abouti à la mort d’un individu. Les noms, les circonstances et les lieux sont soigneusement décrits et appuyés par des témoignages. Où étaient les caméras de la police américaine lors de ces événements ? Deux mille décès causés par la violence policière entre 1990 et 1999, sans compter ceux qui n’ont pas été répertoriés en raison de l’immensité de la tâche. Une mise à jour pour la troisième édition est en cours.

Je pense que ni le directeur départemental de la sécurité publique de Seine-Saint-Denis ni le sénateur de l’UMP ne pourront remettre en question la crédibilité de la National Lawyers Guild (une association du barreau œuvrant pour les droits civils). Quant aux deux policiers suspendus, je crains qu’ils ne soient utilisés qu’à titre d’exemple. Ils font partie des petites mains. Bien sûr que leur comportement est inexcusable mais il faudrait remonter beaucoup plus haut pour trouver les vrais responsables. Parmi les hautes sphères du pouvoir, là où tout est permis à condition que cela ne se sache pas.

Claude Jacqueline Herdhuin
Scénariste, assistante-réalisatrice, auteure

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Un étudiant de Toulouse raflé et expulsé

Cet étudiant est kurde et inscrit en première année de CPLF (Certificat Pratique de Langue Française). Il est père de trois enfants scolarisés et d’un bébé né en France. Mardi 18 novembre, Rahmi sortait de son cours à l’Université du Mirail un peu après 16 heures. Alors qu il s apprêtait à rentrer chez lui, raccompagné en voiture par un camarade, il a été arrêté, suite à un contrôle d’identité sélectif des occupants du véhicule, conducteur et passager, au rond-point situé derrière la station de métro, puis expulsé au bout de deux jours vers la Turquie.

Kurde débouté du droit d’asile, il avait entamé une procédure de recours contre l’obligation de quitter le territoire qui le frappait, recours devant donner lieu à un jugement le 9 décembre prochain, et portait d ailleurs la convocation sur lui lors de son arrestation.

Arrêté par les CRS, il a été conduit au commissariat, puis de là à la Police de l’Air et des Frontières, et enfin au Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu. Ses proches n’ont pas pu lui rendre visite. Sa famille a été prévenue vendredi à quatre heures du matin qu’il fallait lui apporter des vêtements pour le voyage : il a été expulsé vers la Turquie avant même que le Juge des Libertés et de la Détention ait pu se prononcer sur son maintien en rétention, comme c’est normalement le cas après deux jours.

Sous couvert d’une prétendue sécurité des biens et des personnes, c’est au contraire une insécurité maximale qui est instituée, pour ceux qui pourraient être amenés à ne plus fréquenter les cours, par peur d’être à leur tour contrôlés « au faciès ».

Bernard Gensane

Posté par redacteurs à 07:56 - Ils ont osé ! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Rennes : Rassemblement de soutien aux neuf inculpés de tarnac

Le 11 novembre, 150 policiers de la brigade anti-terroriste envahissent un village de Corrèze et des appartements à Rouen et à Paris pour y arrêter 9 personnes soupçonnées d’avoir commis des dégradations sur des lignes de chemins de fers SNCF. Après une garde-à-vue de 96h, cinq d’entre elles sont placées en détention provisoire. Les quatre autres sont sous contrôle judiciaire pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».
Voilà pour les faits.
Mais nous ne sommes pas dupes que, derrière le flou entretenu autour du terme terroriste et l’absence évidente de preuves permettant de les incriminer, se cache une attaque envers tous ceux qui luttent. Ce dont il s’agit ici, c’est d’une opération politique pour fabriquer non des coupables, mais des ennemis. En effet, ce qui en jeu pour l’Etat ce n’est pas de trouver qui a fait les sabotages, mais tenter d’unir tous les (supposés) loyaux citoyens à leurs gouvernants. Et en ces temps de crises économiques et politiques, le consensus se forge grâce à l’artillerie lourde. C’est donc grâce aux polices, aux armes médiatiques, et aux lois d’exceptions que l’on fait des personnes assumant leurs oppositions au capitalisme, des terroristes. Par là même on rappelle haut et fort à ceux qui pourraient penser le contraire que le capitalisme est un horizon indiscutable. De la même manière que les cheminots sont traités de preneurs d’otages lorsqu’ils font grève, les étudiants de khmers rouges quand ils se mettent en mouvement, ceux qui ont un dossier politique un peu chargés à la DCRI peuvent être suspectés de terrorisme. Peu à peu l’Etat rend toutes les formes de luttes effectives illégales.
Soutenir les personnes mises en examen et incarcérées pour cette histoire, c’est donc affirmer que nous ne resterons pas paralysés par la peur mais qu’au contraire nous continuerons de plus belle nos combats.
Retrouvons-nous samedi 29 novembre, à 15h place Hoche, à Rennes, pour discuter de nos moyens d’actions pour faire face à cette attaque et pour déambuler dans la ville.

LIBERATION DES INCARCERES ET ARRET DES POURSUITES

Posté par redacteurs à 07:54 - Anti-UMP - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 27 novembre 2008

L'appel pour déterrer l'écologie-politique‏

La compréhension (enfin !) de l’urgence environnementale s’accompagne
d’une ignorance toujours plus grande des propositions que
l’écologie-politique fait à la société depuis les années 1970, entre les
premières vélorutions, les Amis de la Terre, les écrits d’Ivan Illich et
le verre d’eau de René Dumont. La recomposition du paysage électoral
apportera-t-elle du nouveau ? Nous sommes jeunes et impatient-e-s, nous
préférons agir dès maintenant pour faire renaître une culture à
proprement parler écologiste.

La révolte commence dans l’imaginaire

Travailler-consommer est un impératif majeur dans notre société. C’est
surtout le fruit de l’imaginaire capitaliste sur lequel notre
civilisation est basée. Il nous impose une façon unique de penser, de
s’accomplir, bref d’exister. Mais il ne s’agit pas d’un horizon
indépassable, puisque tous les imaginaires sont possibles pour
construire une société. L’écologie-politique a pour ambition de
ré-inventer une utopie émancipatrice pour tou-te-s.

Elle souhaite mettre fin à toute forme de domination : racisme, sexisme,
(néo-)colonialisme, nationalisme… C’est que l’hétérogénéité de ces
phénomènes sociaux n’est qu’apparente. Toutes ces formes d’oppression
nous apparaissent indissociables de la domination de l’être humain sur
son semblable (aujourd’hui par le capitalisme), elle-même inséparable de
la domination de l’être humain sur la nature. L’écologie-politique mène
ces deux combats de front.

L’autonomie à la base

L’une de ces dominations, et la moins mise en cause, est celle des États
sur les peuples. L’élection a créé une classe politique qui
s’auto-entretient et prétend nous représenter. Mais nous ne débattons
plus. Les classes dominantes s’appliquent à ce que nous n’ayons plus que
des idées préconçues qui guideront ensuite l’action politique. Aucun
temps à consacrer à la vie de la cité, des médias manipulateurs : cela
concourt à confisquer le pouvoir au peuple.

Sur la question environnementale par exemple, nous sommes tenu-e-s
d’accepter la mise en place d’une gestion autoritaire, centralisée et
technicienne des ressources naturelles et des contraintes qui
l’accompagnent. La contrainte est soit subie à travers les politiques
publiques (de l’énergie nucléaire, de l’agriculture…), la fiscalité «
verte », etc. Soit elle est intériorisée, avec le renforcement d’une «
éco-citoyenneté » bien-pensante. N’est-ce pas seulement ralentir la
vitesse à laquelle on dégrade l’environnement, pour se donner bonne
conscience ?

L’écologie-politique passe par une démocratie directe. Elle n’accepte
pas que le désastre environnemental justifie un renforcement de
l’autorité. L’autonomie et la liberté, qui sont au cœur de notre pensée,
nous permettent non seulement de garder notre humanité mais aussi de
construire une société écologique.

Remettre l’économie à sa place

Le fonctionnement de la société productiviste nous impose le travail
comme rouage central de notre vie : organisation de notre temps,
éducation, situation et reconnaissance sociale, accès aux besoins vitaux
comme à ceux créés artificiellement.

Ce travail fonctionne sur des relations de domination. C’est donc une
activité imposée, aliénante, spécialisée, contrainte par un système
extérieur. Plutôt que d’être partagées, les tâches les plus pénibles
sont peu rémunérées et réservées à une population mise à la marge.

Ce travail aliénant, nous le refusons. Nous lui préférons l’activité
autonome et librement choisie, dans laquelle plaisir, émancipation et
reconnaissance de chacun s’équilibrent avec satisfaction des besoins de
tou-te-s. Pour répondre à ces besoins, remettons l’économie à sa place,
en tant qu'activité de production et de répartition des richesses et des
ressources. Cette activité humaine ne doit pas faire l'objet d'un dogme
postulant la croissance comme un but en soi.

La prédominance de cette vision totalisante de l’économie engendre des
désastres sociaux et environnementaux que les dominants tentent de
résoudre par des solutions techniques, sans remettre en cause nos modes
de vie et de production. De surcroît, une croissance infinie, impossible
sur une planète aux ressources finies, repose en grande partie sur
l’exploitation des pays du Sud.

L’écologie-politique, au contraire, invite à une relocalisation de la
production, et de la décision collective qui doit l’accompagner. Cette
démarche permet de décider localement, démocratiquement et en toute
connaissance de ce que l’on produit et comment, en fonction des besoins
réels, des ressources disponibles et des possibles nuisances.

Graines d’alternatives

L’écologie-politique s’oppose aux violences physiques, psychologiques et
symboliques : violence militaire internationale exportée, explosion des
inégalités de pouvoir et de conditions socio-économiques, imposition
d’un modèle de bonheur marchand. La dénégation du conflit, de la
contestation, le refus de laisser place à la minorité et à l’«
anormalité » sont autant de violences que nous rejetons.

Le conflit est humain, il résulte de l’altérité. Réhabilitons le
conflit, son expression et sa régulation. Moteur de notre action
collective, il est un point essentiel de la démocratie.

La jeunesse, notamment, ne doit pas réprimer son esprit critique. Elle
est porteuse d’un regard nouveau, conciliant curiosité, convivialité et
enthousiasme. Elle est une force indispensable à la construction d’une
société écologique. Cette force doit rester indépendante des pouvoirs et
des bureaucraties, afin de conserver ses qualités intrinsèques pour
participer à l’essor de l’écologie-politique.

Et après ?

Nous n’appelons pas à la formation d’une nouvelle organisation
centralisée, qui épuiserait nos énergies et effacerait notre diversité.
Mais l’écologie-politique risque, sous les coups de boutoir du
développement durable à la mode et du capitalisme « vert », de voir sa
grille d’analyse oubliée au profit de celles, réductrices à nos yeux, de
l’extrême-gauche traditionnelle ou de la simplicité volontaire. Elle a
besoin, pour gagner en visibilité, d’être portée plus fortement que par
les groupes atomisés dont nous faisons partie. A nous de créer un espace
propre à l’écologie-politique ; réseau ou « désorganisation », cela
dépendra de nos envies communes.

Faisons vivre cet appel ! Réunissons-nous localement pour le discuter,
le compléter, le faire évoluer, le diffuser, l'afficher, le déclamer...
Et préparons une rencontre nationale, le samedi 24 janvier (lieu à
définir ensemble). Prenons contact avec les jeunes d'autres groupes
écologistes, et aussi avec nos potes pas forcément militant-e-s mais
convaincu-e-s qu'il faut faire vivre cette idée.

Appel initié par des jeunes se reconnaissant de l’écologie-politique,
parlant en leur nom propre et militant pour certain-e-s dans les groupes
(par ordre alphabétique) :
Chiche ! jeunes écolos alternatifs solidaires, Déboulonneurs, EcoRev’,
Fac verte, Groupe décroissance de Lille, Jeunes alternatifs, Jeunes
verts, Le Pas de côté (groupe décroissance de Bordeaux), Mouvement de la
paix, Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC), Rêvolutives,
Souris verte Picardie, Sud-Solidaires, Vélorution !, Virage-énergie en
Nord Pas-de-Calais… et toi ?

ecologie-politique(a)ouvaton.org
http://ecologiepolitique.wordpress.com

Posté par redacteurs à 08:00 - Gauche de la gauche : ambitions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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