La Gauche Verte !

Journal d'informations alternatives.

jeudi 30 avril 2009

La police épinglée

La commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), chargée de veiller au respect de la déontologie de la police (on ne rit pas !), vient de sortir son rapport 2008. Il est, qui l 'eut crû, accablant pour les forces de "l'ordre". C'est la première étude qu'elle publie depuis sa création en 2000 et elle pointe du doigt, entre autres, les "violences illégitimes" exercées de plus en plus souvent notamment contre les mineurs, leurs conditions de gardes à vue, l'enfermement des jeunes étrangers en centres de rétention, les recours abusifs à la fouille à nu, les menottages...

Ce rapport ne fait que confirmer celui d'Amnesty International, publié en mars dernier, sur les "Policiers au-dessus des lois". Le président Europe de cette ONG avait précisé pour l'occasion que "La France ne respecte pas ses obligations internationales en matière de respect du droit à la vie et de lutte contre la torture et les mauvais traitements ".

Amnesty en a d'ailleurs profité pour faire la demande de la création d'un comité d'enquête indépendant qui, on en est sûr, aboutira très rapidement dans une grande démocratie comme la Sarkosie. Qui en douterait serait assurément un représentant de l'Anti-France.

Source : l'En Dehors

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Interview de Gerardo Hernández, leader des Cinq Cubains prisonniers aux Etats-Unis, infiltré dans Alpha 66.

Cette conversation a eu lieu le 1er avril 2009. Le Département de justice a autorisé notre équipe d’enregistrement à parler avec « le prisonnier » en présence d’un gardien de sécurité dans la pièce. Avant sa détention en 1998, Gerardo Hernández dirigeait les opérations des autres agents de sécurité de l’Etat cubain infiltrés dans de dangereux groupes dans la région de Miami. Ils avaient pour objectif d’empêcher les attaques terroristes contre des sites touristiques à Cuba. Nous avons pris avec soin des notes détaillées.

Quelle était votre mission et pour quelles raisons ?

Aux Etats-Unis en général, et spécialement en Floride, de nombreux groupes organisaient et perpétraient des actes terroristes à Cuba. Notre mission était de rassembler des informations sur Alfa 66, Les Commandos F-4, la Fondation nationale cubano-américaine et Hermanos al Rescate. De nombreuses années ont passé et j’espère ne rien avoir oublié, mais je crois que ce sont les principaux groupes dans lesquels nous avons travaillé (nous étions infiltrés).

Quelles informations avez-vous tirées de votre infiltration ?

Ce qui m’a d’abord impressionné, c’est l’impunité dans laquelle ces groupes opéraient, alors qu’ils violaient les propres lois des Etats-Unis : les Lois de neutralité (de 1790) qui stipulent qu’aucune organisation ne peut utiliser le sol étasunien pour commettre des attentats terroristes contre un autre pays. Dans le cas d’Alfa 66, les agents embarquaient sur une vedette rapide et tiraient contre des objectifs le long des côtes cubaines. Quand ils revenaient à Miami, ils organisaient une conférence de presse et déclaraient ouvertement ce qu’ils venaient de faire. Si quelqu’un leur demandait : « Mais, ce que vous faites, ne viole-t-il pas les Lois de neutralité ? ». Ils répondaient : « En réalité non, parce que d’abord nous sommes allés sur un des cayos quelconque des Caraïbes et ensuite nous sommes allés à Cuba. Techniquement, nous ne sommes pas partis des Etats-Unis ». Ils faisaient cela publiquement et aucune agence étasunienne ne leur demandait des comptes.

En quelle année ?

Cela s’est passé ainsi depuis 1959. Personnellement, j’ai commencé à combattre contre cela dans les années 90. Depuis que je suis ici, à la prison de Victorville (Californie), depuis trois ans, il me semble qu’en 2005, un cubain a été arrêté dans ce même comté avec un arsenal, toute sorte d’armes chez lui. La première chose qu’il a dite a été : « Bon, je suis un membre d’Alpha 66 et j’utilise ces armes pour lutter pour la libération de Cuba ». Voilà ce que fut sa défense.

Les Cinq étaient-ils tous volontaires ? Comment se prépare-t-on pour infiltrer un groupe ennemi dans un pays ennemi ? Et ensuite, pour agir comme si tu étais ennemi de ton pays et un de leurs amis ?

Oui, nous sommes tous volontaires. Dans mon cas, je ne suis pas militaire de carrière. J’ai étudié la diplomatie. Il m’a fallu 6 ans pour terminer ma carrière dans les Relations politiques et internationales. Ensuite, je suis allé en Angola, en mission internationaliste volontaire. Alors que je me trouvais en Angola, il semble que j’ai attiré l’attention des services de renseignements cubains et à mon retour d’Angola, ils m’ont proposé cette mission. Ils m’ont dit : « Nous savons que vous avez étudié la diplomatie, mais vous connaissez la situation particulière dont souffre notre pays, du fait de l’activité de ces groupes terroristes qui viennent de Floride pour commettre toutes sortes de crimes et nous avons besoin de quelqu’un qui aille là-bas pour accomplir cette mission ».

J’aurais pu leur dire : « Non, j’ai étudié la diplomatie, je veux être diplomate », mais les Cubains, ceux qui ont grandi avec la Révolution, nous savons que pendant ces dernières cinquante années, notre pays s’est trouvé pratiquement confronté à une situation de guerre. À Cuba, celui qui ne connaît pas personnellement une victime du terrorisme, est au courant de l’avion qui explosa en plein vol au dessus de La Barbade et dans lequel sont mortes 73 personnes (octobre 1976). Qui n’est pas au courant de la bombe (en 1997) qui a tué Fabio di Celmo (un tourisme italien en vacance dans l’hôtel Copacabana à la Havane). La bombe avait été placée par un Salvadorien qui a affirmé avoir été engagé par Luis Posada Carriles, pour ne mentionner que ces deux exemples ? Une garderie d’enfants a également été incendiée avec une bonbonne de gaz. Ces événements font partie de la conscience collective cubaine. Si bien que j’ai répondu aux officiers de renseignements : « D’accord, je suis prêt à accomplir la mission ».

Comment avez-vous réussi à infiltrer ces groupes ? Comment avez-vous réussi à convaincre des personnes comme José Basulto (leader de Hermanos al Rescate), par exemple ?

Pour les Cubains dans ce pays tout est organisé. Les Cubains aux Etats-Unis ont de grands privilèges, des privilèges qu’aucun autre citoyen n’a dans le monde. Les Cubains peuvent arriver par n’importe qu’elle voie, y compris avec de faux passeports. La seule chose qu’ils doivent dire, c’est : « Je viens chercher la liberté », et immédiatement les Etats-Unis leur donnent tous les papiers dont ils ont besoin. Ainsi, dans le cas de Basulto, par exemple, un des nos collègues qui s’est infiltré dans le groupe Hermanos al Rescate avait préalablement « dérobé » un avion de Cuba. René Gonzalez (un des cinq Cubains) a volé jusqu’ici avec son petit avion et, comme à l’habitude, il a été reçu comme un héros. On s’est très bien occupé de lui et ensuite il a rejoint Hermanos al Rescate. Sa mission était de rassembler des informations sur cette organisation. Si vous me demandez comment, je vous dirais que la méthode pour nous infiltrer, c’est d’utiliser ces mêmes privilèges que reçoivent tous les Cubains quand ils arrivent dans ce pays, y compris ceux qui ont séquestré d’autres personnes avec eux, qui ont détourné des avions, ou qui ont mis un pistolet sur la tempe du pilote. Regardez des personnes comme Leonel Matias : (en 1994, il a détourné un bateau à Cuba et a tué un officier naval au cours de son action), il a assassiné une personne sur un bateau, il est arrivé ici dans ce bateau, avec ce pistolet et on a même découvert le cadavre. Et bien, malgré tout cela, il n’a eu à répondre de rien devant la justice étasunienne. À ces personnes, tout leur est pardonné automatiquement. Alors, en utilisant ce même type d’avantages, nous avons réussi à nous introduire à un certain niveau de ces organisations.

Quand je fais référence à Hermanos al Rescate, certains doivent penser : « c’est une organisation humanitaire qui va secourir les balseros ». Pas du tout, si leurs activités se limitaient à secourir les balseros, ils n’auraient aucun problème avec les autorités cubaines. Ce que les gens ignorent, c’est que José Basulto, leader de cette organisation, a un long passé de terroriste. Il a été entraîné par la CIA et s’est infiltré à Cuba dans les années 60. En 1962, il est arrivé à Cuba dans une vedette rapide de laquelle il a tiré contre la côte cubaine, y compris contre un hôtel. Même Basulto, avec cette histoire connue, n’avait pas de problèmes tant qu’il a limité ses actions à secourir les balseros. En 1995, cependant, les Etats-Unis et Cuba ont signé des accords migratoires, spécifiant que les embarcations interceptées en mer ne seraient pas amenées aux Etats-Unis mais qu’elles seraient rendues à Cuba. À ce moment-là, les gens ont cessé de donner de l’argent à Basulto et à son organisation. Ils disaient : « Pourquoi va-t-on donner de l’argent à l’organisation de Basulto si quand la garde côtière sera informée, les balseros seront renvoyés à Cuba ? » Basulto, voyant son négoce en danger, a inventé cette intrusion (en 1995) de l’espace aérien cubain, de façon à ce que les gens continuent de lui donner de l’argent. Cette preuve a été présentée à notre procès. Si la presse n’a pas voulu porter beaucoup d’intérêt au sujet, eh bien, c’est qu’elle ne veut pas toucher un tel matériel, cela n’est pas de son ressort. Je veux parler des medias corporatifs. Les documents montrent parfaitement comment Basulto et Hermanos al Rescate essayaient des armes artisanales pour les introduire à Cuba. Quand Basalto a témoigné à notre procès (2001), nos avocats lui ont demandé ce qu’il comptait faire avec ces armes. Tout se trouve dans les enregistrements du procès, bien que personne ne veuille y prêter attention. Les gens ont tendance à parler de Hermanos al Rescate comme si c’était une organisation humanitaire ; ils omettent la partie sur le terrorisme, de la même manière qu’ils omettent le fait que le FBI était lui aussi infiltré dans ces organisations. Le FBI avait également quelqu’un dans le groupe qui informait sur les activités de Los Hermanos. Pourquoi le FBI irait-il infiltrer une organisation humanitaire ?

Saul Landau

CounterPunch

Traduit de l’anglais par Rebelión et Tlaxcala par Ulises Juárez Polanco et revu par Caty R.

Traduit de l’espagnol par Gloria Gonzalez Justo

Saul Landau est écrivain, journaliste, réalisateur de documentaires et universitaire étasunien qui a centré son travail principalement sur l’Amérique latine. Actuellement, il réalise (avec Jack Willis) un documentaire sur les cinq Cubains. Ses travaux sont disponibles en DVD chez roundworldproductions@gmail.com. Il est membre de l’Institute for Policy Studies et auteur de A BUSH AND BOTOX WORLD (Counterpunch A/K).

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Les obstinés s'obstinent

Après les Motivés, voici venu le temps des Obstinés. A Toulouse, Rennes, Bordeaux, Strasbourg..., les universitaires tournent, nuit et jour à Paris, quelques heures par jour ailleurs. Les rondes se multiplient, n'en finissent pas de tourner. Et rien n'y fait, pas même les vacances. Un entêtement à l'image de cette crise: historique.

A Paris, la Ronde infinie des obstinés marche depuis plus d'un mois sur le parvis de l'Hôtel de Ville, l'ancienne place de Grève où la population venait voir les suppliciés sous l'Ancien régime. Les enseignants-chercheurs de Paris 8, qui ont lancé l'idée, espéraient tenir au moins une semaine, La ronde infinie des obstinés, Paris, 23 avril 09 015 peut-être même au delà. La Ronde va franchir le cap des 1000 heures dans la nuit du 3 au 4 mai.

Jeudi dernier, pour son premier mois (744 heures, photo ci-jointe), les universitaires ont marché en formant non pas un rond mais le signe de l'infini - un huit allongé. Certains avaient enfilé des cagoules, d'autres des passe-montagnes ou des masques pour marquer leur hostilité à la volonté de Sarkozy de poursuivre les manifestants encapuchonnés.

A Lyon, la ronde tourne depuis le 209 avril, de 8 heures à 20 heures, devant l'Hôtel de Ville. En moyenne 20 à 30 personnes y participent. "Une version diurne pour ne pas gaspiller trop d'énergie", expliquent les participants qui se préparent à une longue résistance.

Bordeaux est le théâtre d''une Ronde de défense des services publics place Pey-Berland, devant l'entrée de l'Hôtel de Ville. Le collectif Sauvons l'éducation 33, qui regroupe aussi des enseignants et parents du primaire et du secondaire, en est à l'origine.

"En marchant en cercle, les obstinés tenteront d'illustrer le symbole d'une figure infinie, sans début ni fin, sans premier ni dernier...", écrit-il dans son appel, "au centre de ce cercle seront placées des caisses de livres où chacun sera libre de venir puiser ou déposer un livre, afin de rappeler que l’accès de toutes et de tous au savoir et à la culture doit demeurer l’un des idéaux de notre société".

Grenoble aussi a élargi le cercle: une Ronde des obstinés pour la défense du service public et de l'emploi se tient dans la journée place F. Poulat, et à partir de 19 heures place Saint André.

A Rennes, la Ronde des obstinés tourne de 18 à 19 heures place de la Mairie. A Toulouse, place du Capitole, de 16 heures à 19 heures. A Clermont-Ferrand, une grande Ronde des obstinés est prévue aujourd'hui, jour de mobilisation, de 12 heures à 14 heures place de Jaude.

A Strasbourg, c'est une Ronde des lecteurs obstinés. Depuis le 14 avril, la population est invitée à se rendre chaque jour, ou le plus souvent possible, place Kléber entre 11 heures 30 et 13 heures, un livre à la main. Toujours le symbole d'une éducation pour tous désormais menacée par la culture du résultat et de l'efficacité économique.
 
Ronde des obstinés de Dijon (2) La Ronde dijonnaise (photo ci-jointe) a commencé, elle, le 7 avril. Elle a tourné tous les jours sauf le week-end de 16 heures à 19 heures place de la Libération face au Palais des Ducs (Hôtel de Ville). Suspendue pendant les vacances, elle reprend pour cette journée d'actons. Puis à la rentrée, le 5 mai.

"Chaque jour entre 25 à 50 personnes en moyenne sont venues tourner, raconte une enseignante de l'Université de Bourgogne. Un moment fort a été le 15 avril où Dijon était ville relais du "Tour de France de la Ronde des Obstinés" à  l'initiative de la FSU.

"L'avenir de notre ronde ? c'est l'obstination jusqu'au retrait" des décrets contestés, répond un universitaire qui tourne en rond à Dijon.

http://classes.blogs.liberation.fr/soule/2009/04/les-obstin%C3%A9s-sobstinent.html

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mercredi 29 avril 2009

1er MAI : UN ENTERREMENT DE PREMIERE CLASSE

--> Matière à réflexion

Ce texte est particulièrement déconseillé, pour raisons médicales, à celles et ceux qui vivent le rêve éveillé d’une victoire imminente d’une « insurrection générale » et de la « mise à mort – tout aussi imminente -du capitalisme par les masses exploitées »… Par contre il leur est tout à fait conseillé pour l’amélioration de leur conscience politique.

Depuis des mois, pour ne pas dire des années, la logorrhée verbale des organisations politico-syndicales nous joue la pièce éculée et mystificatrice de la « lutte finale ».

L’arrivée au pouvoir de la bande de néo conservateurs libéraux qui nous détruisent peu à peu tous nos acquis sociaux n’a rien changé à la stratégie ridicule de celles-ci…. Ce n’est plus une retraite, c’est une débandade.

LE SYMBOLE D’UN SYMBOLE….

… ou le syndrome du « serpent qui se mord la queue ».

Le 1er Mai qui arrive est un peu différent des précédents : en pleine crise économique, sociale, après des mois de liquidation des services publics, des licenciements, délocalisations, des suppressions de postes dans l’Education Nationale, privatisations massives, écroulement du pouvoir d’achat, progression de la pauvreté, répression du mouvement social, atteintes aux libertés,…

Le 1er Mai, se veut une fête, il le demeure, mais comme un enterrement qui est aussi une forme de « fête », de cérémonie au cours de laquelle on rend hommage au défunt et où l’on signifie que « la vie continue »….

Il est vrai que, comme dans une fête, ou un enterrement, on va sortir, en ce 1er Mai son plus beau costume, ses plus belles banderoles et drapeaux, comme on exhibe de magnifiques couronnes… les cortèges auront de la classe.

La « fête du travail » ? Mais de quel travail parle-t-on ?

S’il s’agit des droits des salariés, de leurs conditions de travail, de leurs rémunérations, de leur protection sociale, de leurs retraites, de l’avenir de leurs enfants,… alors ce n’est pas une fête qu’il faut. Ce n’est pas la joie qui doit dominer, mais la rage et le désespoir.

Tous ces acquis sont actuellement en perdition… Dans une génération ils auront quasiment disparus.

Le 1er Mai, nous nous trompons de fête. Nous fêtons des acquis que nous sommes incapables de défendre,… à fortiori d’en gagner de nouveaux.

Nous fêtons un symbole qui n’a plus aujourd’hui de sens dans la mesure où le capital n’est plus prêt à lâcher quoi que ce soit et que nous sommes bien incapables de lui imposer un rapport de force qui nous serait favorable. Nos formes de luttes sont aujourd’hui obsolètes et nous nous donnons l’illusion de la puissance avec un symbole qui ne correspond plus, ni à la situation économique actuelle, ni aux exigences qui devraient être les nôtres pour nous imposer face aux profiteurs et à leurs souteneurs.

La mobilisation dans la rue n’a aucun sens, elle n’est qu’un spectacle de plus auquel nous participons et qui fait les choux gras des bureaucraties syndicales et des journaux télévisés… le lendemain rien n’a changé. Elle permet juste de faire patienter.

Le 1er Mai devient l’expression des fantasmes des frustrés que nous sommes du fait de notre impuissance politique.


LA TENDANCE GENERALE EST A LA … CAPITULATION

Les voleurs d’espoir frappent à nouveau, en toute impunité, sur tous les écrans, sûrs de leur reconnaissance par les maîtres du Capital qu’ils rassurent,… et assuré d’une fidélité, par défaut, de la part d’un peuple en manque d’autonomie, d’imagination et de perspectives concrètes.

Les débris de la Gauche, qui n’a d’ailleurs jamais été capable de renverser le système en place,… et n’en a jamais eu l’intention, se dispersent aux quatre vents des débats stériles et des conflits de personnes.

Ces professionnels de la politique, de gauche, comme d’extrême gauche, nous « en mettent plein la vue » de part le monopole de fait et de droit qu’ils ont ; confortés par les gestionnaires du Capital, pour « organiser la fête »…. Le Pouvoir ne veut-il pas des syndicats « forts et respectés » ?

La création avec tambours, trompettes et médias du NPA qui nous promettait de « voir ce que l’on allait voir » n’a en rien bouleversé, ni les luttes, ni les perspectives, ni même les consciences,… pas même les gestionnaires du Capital qui, au contraire, jouent habilement de cette péripétie « à gauche ».… Cette organisation, qui ressemble comme une sœur jumelle à l’ex-LCR, prend peu à peu ses quartiers dans la « niche politique » laissée par le PCF en voie de disparition.

Quant au PCF justement, il s’estompe lentement, lâche prise en glissant dans les poubelles de l’Histoire, en produisant un compost qui alimente, malgré lui, les organisations et ambitions nouvelles pressées de prendre sa place.

Ne parlons même pas des élucubrations bureaucratico-électoralistes des écologistes et autres « refondateurs »(sic) de la « Gauche…

Toutes ces organisations, aux discours radicaux, à la gestuelle de tribune et aux leaders médiatico-pipolisés, sont sagement rentrées dans le rang et vivent au rythme des invitations de leurs leaders dans les émissions « de stars » de télévision, des sondages d’opinion et des résultats électoraux.

Les syndicats quant à eux ont depuis longtemps démissionné. Ils organisent les plans sociaux, tapent du poing sur la table, appellent au réalisme ( ?) et à la responsabilité ( ?) en organisant des manifestations, et promettant… de « nouvelles mobilisations »… autrement dit, rien.

Tout ce joli monde va appeler à un 1er mai « U-NI-TAI-RE », persuadé, ou le faisant croire, qu’il « va faire trembler le Gouvernement ».

AUX URNES CITOYENS !

A l’approche du gâteau électoral en perspective, en juin, toutes et tous se ruent, se bousculent, s’interpellent, s’invectivent,… espérant, par des promesses mirobolantes convaincre le chaland et le naïf qu’avec lui « les choses vont évidemment changer ».

Lors de ce 1er Mai, l’image, le look, de chaque organisation va compter énormément… ça va être un défilé de mode autant pour conclure « glorieusement » ( ?) une année sociale de mobilisation, qu’en vue du prochain scrutin le mois suivant.

La société du spectacle tant décriée concernant le capitalisme, déborde généreusement dans les manifestations de celles et ceux qui croient le combattre,… c’est d’ailleurs à cela que l’on peut mesurer leur degré de capitulation et d’intégration à celui-ci.

Ainsi ce 1er Mai, va être non seulement l’enterrement de toutes les mobilisations de ces derniers mois, mais aussi le prélude à la farce électorale des Européennes.

Au terme d’une année sociale dramatique – au cours de laquelle toutes les luttes ont échoué - et au seuil d’une nouvelle encore plus dramatique, ce 1er Mai, aux yeux des gestionnaires du Capital va être notre « chant du cygne », le dernier soupir des sacrifiés avant la capitulation dans les urnes et dans la torpeur de l’été.

Les politiciens et syndicats ne manqueront pas de « crier victoire » ( ?), et de promettre, comme chaque année, « une rentrée sociale agitée » ( ?).

Patrick MIGNARD

Voir aussi les articles :

« ILS NE CEDERONT PLUS RIEN ! »

« CES LUTTES… A BOUT DE SOUFFLE »

« ILS N’ONT RIEN LACHE ! »

« LA REVOLTE… ET APRES ? »

« MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE »

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L’Humanisme fracassant selon Eric Besson (RESF)

Eric Besson est un humaniste qui, trop modeste, n’apprécie guère le titre de ministre de la Rafle et du drapeau attaché à sa fonction. Et pourtant…

Et pourtant… La semaine dernière, expulsion de 50 Kosovars et Albanais sur un vol charter organisé en collaboration avec l’Autriche. Spectacle grandiose, propre à combler le ministre : 50 malheureux, certains avec leur baluchon, d’autres sans rien, menottés, entravés, attachés à leur siège, encadrés de deux policiers chacun. Ce devait être beau comme du Besson ! Pourquoi aucune photo n’a-t-elle été publiée dans le but de « dissuader les migrants » ?

Une rafle d’Afghans

Arrestations massives opérées à l’improviste par la police dans un quartier suspect : 200 Afghans arrêtés au petit matin à Calais au milieu d’un énorme déploiement de 500 policiers. Une rafle magnifique qui a sans doute tellement ravi le ministre qu’il s’est rendu à Calais quelques jours plus tard pour annoncer des récidives. 200 interpellations, sous prétexte de lutter contre les trafiquants. 200 personnes libérées le lendemain.

Deux enfants en prison, leur père en rétention…

Si M. Besson fait dans l’acharnement collectif, il fait aussi dans le traitement individuel sordide.

Bienvenu Mbelani a 34 ans, père de P. (10 ans) et de J. (8 ans). Il est congolais (RDC), un pays où les morts dus aux guerres civiles et aux violences politiques se comptent par millions. En 2006, il parvient à quitter le pays et demande l’asile en France. Débouté comme de bien entendu. Il se retrouve sans papiers et frappé d’un APRF (Arrêté préfectoral de reconduite à la frontière). Malgré cela, ses deux enfants sont envoyés en France pour le rejoindre. Ils atterrissent à Roissy le 10 avril avec des papiers qui ne sont pas en règle. Selon les procédures maintenues en place par le ministre Besson, les enfants (8 ans et 10 ans !) sont placés en zone d’attente, une prison pour étrangers, adultes mais aussi enfants, à qui on souhaite refuser l’entrée en France.

L’apprenant, Bienvenu Mbelani se précipite en zone d’attente (sur les conseils de son avocat, paraît-il… Si c’est vrai, celui là ferait mieux de s’occuper d’autre chose que du droit des étrangers !) Il est arrêté sur le champ et mis en rétention. Papa en prison à Bobigny, les enfants en prison à Roissy. Le monde selon Besson est merveilleux.

Au quatrième jour de détention, les enfants sont présentés au Juge de libertés et de la détention de Bobigny, comme des grands, sur le banc des accusés, dans une salle bourrée de policiers en uniforme. Ils sont dans la même salle que leur père, lui aussi présenté au JLD, mais ils n’ont le droit ni de communiquer ni de l’embrasser. La classe ! 8 ans et 10 ans, le gibier de potence fourni à la justice par les services de M. Besson a de l’allure ! Heureusement quand même, le JLD ordonne la libération des enfants qui sont placés dans une famille d’accueil par l’ASE. Mais leur père n’a toujours pas pu les contacter.

On en est là.

Notre ministre humaniste a trois solutions. Renvoyer le père et les enfants dans un pays qu’ils ont fui et où il est fort possible que le père soit immédiatement emprisonné… si ce n’est pire car quoi qui ait pu se passer avant son départ, le simple fait d’avoir demandé l’asile en France le désigne comme un opposant. Les enfants seraient ainsi livrés à eux-mêmes, rendus quasi-orphelins au nom de la préservation de l’unité familiale à laquelle on sait que les services de M. Besson sont très attachés quand ça les arrange. La seconde solution serait de garder les enfants confiés à l’ASE en France et de renvoyer le père au Congo. Le coup du chassé-croisé (les enfants arrivent d’Afrique au moment où le père y est réexpédié) est original… Son caractère inédit séduira peut-être le ministre.

Reste enfin la seule solution humainement acceptable : que Bienvenu Mbelani soit libéré et régularisé et qu’il récupère ses enfants afin de leur donner enfin une vie décente. Trop simple et trop humaniste pour être possible ?

Père d’un enfant français, mari d’une handicapée française, en rétention !

Mohamed Allouche est tunisien, père d’un enfant français (sa femme est française). Il est arrivé en 2005 pour rejoindre sa femme et son fils. Outre le droit élémentaire de vivre en famille, la venue de Mohamed était d’autant plus nécessaire que la mère de son enfant est sourde et muette. Elle travaille dans une maison de retraite et a été la première femme atteinte de ce double handicap à obtenir le permis de conduire mais il n’empêche que la présence de son père est indispensable à Noufel (11 ans). Mohamed avait un récépissé provisoire de titre de séjour… sans autorisation de travail.

Mais, en août 2007, la préfecture de Nanterre faisait mener une enquête pour vérifier la réalité de la vie du couple. Pour un peu le ministère Hortefeux-Besson mériterait de s’appeler celui du trou de serrure ! Mohamed Allouche était contrôlé le 15 avril au métro Chatillon-Montrouge et placé en rétention après avoir reçu un APRF. Motif deux des nombreux documents fournis par le couple pour prouver leur vie commune portaient une adresse différente de leur adresse habituelle. C’est grave, ça, ça mérite de détruire une famille, de placer un individu en prison et sûrement de l’expulser… Sauf que l’adresse « suspecte » est celle des parents de l’épouse qui, pour une raison ou une autre avait jugé plus pratique de se faire expédier tel ou tel courrier chez ses parents. A se demander ce qui est le mieux partagé au ministère de M. Besson, la malveillance ou l’incompétence. Les deux peut-être ?

Il faut, naturellement, que Mohamed Allouche soit libéré, que le titre de séjour auquel il a droit lui soit immédiatement délivré, que les mauvais traitements qu’il a subis soient indemnisés et que le ministre lui présente des excuses."

http://www.educationsansfrontieres.org/article19395.html

Ministère de la Rafle et du Drapeau

Fax : 01 77 72 61 30 et 01 77 72 62 00 Standard 01 77 72 61 00

Ministre eric.besson@iminidco.gouv.fr 
Secrétaire général secretariat.general@iminidco.gouv.fr 
Directeur de cabinet : christian.decharriere@iminidco.gouv.fr 
Directeur adjoint du Cabinet : frank.supplisson@iminidco.gouv.fr

Matignon : http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_ministre/ecrire   
FAUGERE jean.paul.faugere@premier-ministre.gouv.fr ,
GOSSET-GRAINVILLE antoine.gosset-grainville@premier-ministre.gouv.fr 
KLARSFELD arno.klarsfeld@premier-ministre.gouv.fr 
LEVY myriam.levy@premier-ministre.gouv.fr   
MITROFANOFF igor.mitrofanoff@premier-ministre.gouv.fr

Elysée

Fax : 01 47 42 24 65 - http://www.elysee.fr/ecrire/index.html 
GUEANT claude.gueant@elysee.fr 
LOUVRIER franck.louvrier@elysee.fr 
Maxime Tandonnet (conseiller immigration) maxime.tandonnet@elysee.fr

RESF : communiqué du 24 avril 2009

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Brève chronologie des blocages, sabotages et séquestrations

--> « Doit-on, en signant nos contrats d’embauche nous sauvant de la misère, continuer à accepter que pour sauver notre peau il nous faille fermer les yeux sur le rôle final, potentiel ou immédiat, de ce que nous fabriquons ? »

- 29 janvier, Auxerre (Yonne) : Les salariés de l’usine Fulmen (Exide Technologies), fabricant de batteries, luttent contre la fermeture. En grève, ils contraignent physiquement le patron à manifester à manifester avec eux, l’ayant obligé à revêtir un tee-shirt portant le nombre de travailleurs licenciés.

- 5 mars, Auchel (Pas-de-Calais) : Les salariés d’une usine de l’équipementier automobile Faurecia se mettent en grève illimitée après l’annonce de sa fermeture d’ici fin 2010 (suppresion de 179 emplois sur 508, redéploiement des 329 autres postes vers deux autres sites). Le blocage des ateliers mettra en quasi arrêt la production des clients de l’équipementier, en particulier Toyota à Onnaing (Nord), Renault à Maubeuge (Nord) et Volvo à Gand (Belgique). En plus des indemnités légales de licenciement, ils obtiendront une prime de 3.000 euros par salarié et reprendront le travail le 23 mars.

- 12 mars, Clairoix (Oise) : Les salariés de l’usine Continental partent en grève sauvage, dénonçant le projet de fermeture du site en mars 2010, annoncé la veille. Plusieurs centaines des 1 120 salariés exigent que le directeur du site, Louis Forzy, vienne s’expliquer. A peine entré dans la salle, il est bombardé d’œufs (dont l’un le frappe en plein visage), le forçant à se casser. Les quelques 500 ouvriers, qui refusent de reprendre le travail, bloquent ensuite la circulation de la RN32. Le

- 16 mars à Reims, le comité central d’entreprise est suspendu après des jets d’oeufs, de chaussures et d’une bouteille sur la direction. Les salariés de Clairoix étaient venus en car pour manifester leur colère. Le 25 mars, tandis que les syndicalistes sont à l’Elysée, 1000 ouvriers (épaulés par ceux d’autres boîtes) en manif, bloqués par les flics, montent une barricade de pneus enflammés. Le 21 avril, mécontents qu’un tribunal déboute le CE de toutes ses demandes (dont invalider la fermeture), les salariés dévastent la sous-préfecture de Compiègne (bureaux, ordinateurs, fenêtres) puis le poste de garde de l’usine. Elle est mise en lock-out le lendemain.

- 13 mars, Pontonx-sur-l’Adour (Landes) : Lors du dernier comité d’entreprise avant la fermeture de l’usine (311 licenciements) prévue le 17 avril, le PDG de Sony France est séquestré toute la nuit. Il est relâché le lendemain en milieu de matinée afin de se rendre à la sous-préfecture de Dax pour une première réunion de conciliation. Deux semaines plus tard, les salariés obtiendront 13 millions d’euros supplémentaires d’indemnités de licenciement (10 000 euros en plus de l’indemnité légale et 45 000 euros de plancher) et de meilleures conditions de reclassement.

- 16 mars, Dijon, Chevigny-Saint-Sauveur (Côte d’Or) et Appoigny (Yonne) : Trois jours avant le dernier comité central d’entreprise, occupation des deux usines et du centre logistique d’Amora-Maille (Unilever) avec piquets de grève. Leur fermeture (244 emplois supprimés) a été annoncée le 20 novembre 2008. A Chevigny, un stock de 22 000 palettes de produits est conservé en guise de “trésor de guerre”. Le 27 mars, ils obtiendront une prime de préjudice de 50 000 euros pour tous, en plus des indemnités légales de licenciement, et reprendront le travail le 30.

- 20 mars, Pithiviers (Loiret) : Grève illimitée des salariés de 3M Santé (qui fabrique aérosols, comprimés et patches). La suppression de 110 emplois sur les 235 que compte le site est annoncée pour septembre. L’après-midi du 24, le directeur industriel France de ce groupe américain est séquestré. Il est relâché le lendemain, près de trente heures plus tard. Le 2 avril, les salariés obtiendront un plancher d’indemnités de licenciement de 30 000 euros par personne, un congé mobilité allongé à 15 mois et un report des licenciements à novembre 2010.

- 30 mars, Mantes-la-Jolie (Yvelines) : Vers 10 heures, une petite centaine de salariés en grève depuis le 24 février avec occupation de l’usine envahissent le siège social de FCI Microconnections, à Versailles. Le PDG et le DRH sont séquestrés quatre heures. Les salariés veulent des garanties contre un projet de délocalisation à Singapour. Le 10 avril après de nouvelles tractations, les 400 salariés obtiennent un sursis de deux ans avec l’engagement des patrons qu’il n’y aura pas de plan social avant 2011. Ils reprennent le travail le 14.

- 31 mars, Paris : Une cinquantaine de salariés de la Fnac et de Conforama, où 1.200 suppressions de postes sont prévues, bloquent le PDG du groupe, François-Henri Pinault, pendant une heure dans un taxi à la sortie d’une réunion. Pendant que Pinault est bloqué, les salariés scandent “ Pinault sale escroc, la crise elle a bon dos ”, et barrent la rue avec des poubelles. Les forces de l’ordre interviennent pour libérer le véhicule.

- 6 avril, Onnaing (Nord) : 400 des 1700 salariés de l’usine Toyota se mettent en grève illimitée. Le 16 au soir commence un blocage du site, plus aucune Yaris ne sort. Puis ce sont les fournisseurs de pièces détachées qui seront bloquées. Ils réclament le paiement intégral des jours de chômage partiel. Le 20, levée des piquets contre le paiement à 90 %.

- 7 avril, Bellegarde-sur-Valserine (Ain) : Quatre cadres de Scapa, fabricant britannique spécialisé dans les adhésifs pour l’automobile, sont séquestrés à l’issue d’une séance de négociations. Cette usine doit fermer, laissant 60 salariés sur le carreau. Le directeur des opérations européennes du groupe, le directeur financier, la directrice du personnel et le directeur général de Scapa France sortiront le lendemain après-midi pour aller négocier en mairie, escortés par les salariés. Ils obtiendront que la prime de départ passe de 890 000 à 1,7 millions d’euros et reprendront le travail le 9 avril.

- 9 avril, Brières-les-Scellés (Essonne) : Des salariés des bureaux d’étude de l’équipementier automobile Faurecia séquestrent trois cadres dirigeants lors du Comité central d’entreprise (CCE). Un plan social a été annoncé le 11 décembre (1 215 licenciements entre 2009 et 2011). Le directeur du site de l’Essonne, le DRH, et le directeur des Affaires sociales sont ressortis cinq heures après sans rien lâcher. Le CCE est suspendu jusqu’au 28 avril.

- 9 avril, Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) : Des ouvriers d’une des cinq usines (182 salariés) du groupe Rencast (850 salariés), en liquidation judiciaire depuis le 18 mars et en grève depuis le 24, spécialisé dans la fonderie en aluminium pour l’automobile, remettent dans le fourneau en fusion 3400 pièces destinées à Renault pour la fabrication de la Twingo et 80% de la production destinée à PSA le lendemain. Reprise du travail le 14 contre une prime de 30 000 euros en sus des indemnités et le paiement des jours de grève.

- 16 avril, Woippy (Moselle) : 125 salariés du centre logistique Faure et Machet, FM Logistic (condition d’imprimantes), séquestrent trois cadres pendant douze heures - et deux autres qui ont été relâchés plus tôt. Cette usine doit être délocalisée en Malaisie en mai 2010 (483 licenciements). Les négociations continuent le lendemain à la préfecture de Metz.

- 20 avril, Villemur/Tarn (Haute-Garonne) : Des salariés de Molex, équipementier de connectique automobile, séquestrent deux cadres, le co-gérant et la DRH, pendant vingt-six heures. La fermeture du site, annoncée en octobre 2008 suite à une délocalisation en Slovaquie, est prévue pour juin (286 licenciements). La négociation qui suit en préfecture est bloquée (suivante le 24), l’usine est mise en lock out.

Aperçu de la lutte à Caterpillar

- 17 février : La direction de Caterpillar dépose un plan de réorganisation prévoyant la suppression de 733 des 2.800 emplois sur les sites d’Echirolles et de Grenoble (Isère).

- 26 février : Journée de négociation au comité d’entreprise extraordinaire. 400 grévistes devant l’usine, les cadres qui sortent en voiture se prennent des oeufs, des insultes et même un fumigène. Les ouvriers sont rejoints par une partie du cortège étudiant le soir. Une trentaine de personnes tente de pénétrer dans le bâtiment administratif.

- 27 février : L’usine est bloquée, les piquets de grèves tiennent toute la journée qui se termine par la venue des flics.

- 2 mars : Journée de semi-blocage des deux sites par 200 grévistes pendant la négociation. Dehors, un fumigène atterit dans un bureau et cinq véhicules de non-grévistes ont les pneus crevés.

- 18 mars : Pour forcer la négociation, jets d’oeufs sur les caméras de surveillance et les fenêtres des bureaux, puis occupation en force du site de Grenoble après baston avec les vigiles. Les « anarchistes de l’extérieur » se font virer de l’AG par les syndicalistes sur demande officielle des flics. La préfecture nomme un médiateur.

- 24 mars : Blocage de la gare pendant trente minutes, puis de la circulation.

- 25 mars : 200 manifestants (étudiants, ouvriers de Caterpillar, etc.) tentent une autoréduc’ à Monoprix. Elle échoue avant d’avoir commencé, faute de détermination et grâce au sabotage sur place de la CGT-Caterpillar.

- 28 mars : 400 ouvriers manifestent jusqu’à la Chambre de commerce avec une banderole « nous ne paierons pas leur crise », bloquant au passage la gare. 30 mars : La direction boycotte le Comité d’Entreprise, demandant d’abord la levée de la grève qui a repris ce jour.

- 31 mars : Quatre cadres, le directeur de l’usine de Grenoble, un responsable du service du personnel, un responsable des produits européens et un responsable des achats sont séquestrés 24h au siège du groupe (un cinquième, directeur des ressources humaines mais cardiaque, a été relâché sous les huées au bout de neuf heures). A leur sortie contre le paiement des 3 jours de grève, ils repartent négocier à la direction départementale du travail (DDT).

- 6 avril : Sous la pression de la base, les délégués syndicaux renoncent à se rendre à l’Elysée.

- 7 avril : Nouveau round de négociation à la DDT, sous la pression de 200 manifestants lançant oeufs et pétards, qui avaient auparavant fait une opération péage gratuit. La direction propose désormais 600 licenciements (dont 400 secs) et 50 millions d’euros pour le plan social en échange d’un aménagement du temps de travail.

- 15 avril : Les ouvriers rejettent le plan en AG et installent des piquets de grève, plus un campement devant l’usine à Echirolles malgré les flics.

- 16 avril : Les salariés empêchent les élus du CE de se rendre à une énième réunion avec la direction. Neuf ouvriers du site de Grenoble passent au tribunal en référé pour « entrave à la liberté du travail ». A Echirolles, l’usine est désormais protégée par les CRS.

- 17 avril : Huit ouvriers du site d’Echirolles passent au tribunal pour « occupation illicite des locaux ». Tous sont condamnés à 200 euros par infraction.

- 20 avril : Le pré-accord bouclé la veille entre syndicalistes et direction au ministère des Finances est présenté à la maison du CE. La colère explose, ils sont insultés. A 14h30, 200 ouvriers empêchent physiquement les délégués du CE de revoir la direction à la DDT, à coups d’oeufs et de pétards dans la gueule. 400 salariés au chômage partiel reprennent aussi le travail ce jour-là, quelques autres sont en grève. Le référendum sur le pré-accord est suspendu.

Chooz, 1982.

[A Paraître dans Cette Semaine n°98, printemps 2009, p32]

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mardi 28 avril 2009

La télécratie contre la démocratie, de Bernard Stiegler.

Bernard Stiegler est un penseur original (voir son parcours personnel atypique). Ses opinions politiques personnelles sont parfois un peu déroutantes, comme lorsqu’il montre sa sympathie pour Christian Blanc, un personnage qui, quels qu’aient été ses ralliements successifs, s’est toujours fort bien accommodé du système dénoncé par lui. J’ajoute qu’il y a un grand absent dans ce livre : le capitalisme financier.

Cet ouvrage a pour but de montrer comment et pourquoi la relation politique elle-même est devenue un marché parce que l’appareil télécratique, nous dit l’auteur, a « développé un populisme industriel qui engendre, à droite comme à gauche, une politique pulsionnelle qui a détruit le désir. »

En Europe, entre un tiers et deux tiers des enfants ont désormais la télévision dans leur chambre (les trois-quarts dans les milieux défavorisés en Angleterre). Aux États-Unis, dès l’âge de trois mois, 40% des bébés regardent régulièrement la télévision. En 2004, Patrick Le Lay, ancien directeur de TF1 expliquait que le populisme industriel était devenu la loi de notre époque, les citoyens s’étant effacés devant « le temps de cerveau disponible ». Les consommateurs de la télécratie sont ainsi, et se sentent, irrémédiablement tirés vers le bas, ce qui provoque une réelle souffrance. Ils souffrent d’être seuls devant leur télé, tout en ayant le sentiment d’appartenir à une « foule artificielle d’où surgissent des processus d’identification régressive. »

Court-circuités en tant que représentants d’organisations sociales par le temps réel et le direct des médias de masse (ce qui les conduit à produire une pensée sous forme de slogans, par exemple), les représentants politiques ont tendance à court-circuiter à leur tour les organisations politiques qui les ont mandatées. Les présidentiables, nous dit Stiegler, recherchent les faveurs du quatrième pouvoir, en osmose désormais totale avec le pouvoir industriel et capitalistique, en « faisant de la télé-réalité politique, cultivant leurs personnages et leurs discours dans le sens de ce qui détruit l’opinion et avec elle la démocratie. Le peuple n’existe plus : il est remplacé par une population en attente de spectacles.

C’est parce que les liens sociaux ont été détruits par la télécratie que la répression est vouée à proliférer. Les politiques ne traitant jamais les causes des comportements déviants “ barbares ” (y compris ceux des patrons voyous) mais leurs effets. Les blogs des politiques sont des simulacres qui imposent des modalités de fonctionnement inspirées des techniques de communication mises en œuvre par les industries de programmes. Ces blogs ne proposent pas des programmes politiques (on utilise désormais le mot “ logiciel ” en lieu et place de programme), mais des réponses individualisées. Ce qui renforce tous les communautarismes, pas seulement ceux spécifiquement “ ethniques ”. La défense de la consommation, du “ pouvoir d’achat ” devient alors le commencement et la fin de la “ politique”. Le marché, explique Stiegler, est désormais « l’unique horizon de toute identification collective ». La commercialisation (le marketing, pour parler la langue du dollar) crée du manque qu’il comble par un autre manque, ce qui débouche sur une consommation addictive, y compris pour la politique passée par le tamis de la télécratie. Tous les « segments de l’existence humaine » sont devenus des marchés. Les politiques ont intériorisé cet état de fait en ne voyant pas que leur « impuissance publique » n’était que la traduction de leur impuissance (acceptée) politique.

Cette télécratie est le corollaire superstructurel de la société de marché, cette société qui, bien sûr, creuse les inégalités et qui, selon l’auteur, « pose comme principe fondamental que l’individu se fait par le marché ». Stiegler dénonce, dans ce contexte, « l’explosion de l’espace et du temps publics ». Le consommateur, qui n’est pas un citoyen, n’a plus aucune prise sur ce qu’il utilise : transports privatisés, nourriture industrielle, thérapies géniques, services médicaux etc. Il tend à ne plus y avoir, prévient Stiegler, d’action publique.

Les privatisations (sans parler des délocalisations) renforcent la division industrielle du travail. Étant progressivement dépossédé de la responsabilité de son savoir, le travailleur n’est plus un ouvrier qui « ouvre le monde ». L’objet lui échappe en tant que sa fabrication.

Bernard GENSANE

La télécratie contre la démocratie, Bernard Stiegler - Paris, Flammarion, 2008

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Séquestrations et mise à sac : la classe dangereuse renaît de ses cendres

Il y a quelque chose. Un point de rupture. Un basculement. Un changement essentiel de perspectives. Un truc qui donne au saccage de la sous-préfecture de Compiègne par des salariés de Continental une dimension particulière.

Cela reste très vague, pourtant. Pas de quoi agiter le drapeau rouge ou noir de l’insurrection générale, sortir de chez soi pour édifier une barricade ou exhumer du grenier le vieux Lebel que tonton Marcel a caché en 1940. Pas encore.

Alors ? Ce n’est pas seulement une question de degré supplémentaire dans la violence et la colère, des grèves aux séquestrations, des séquestrations à la mise à sac d’une sous-préfecture ; chasseurs, pêcheurs et indépendantistes ont déjà, par le passé, commis de semblables destructions sans que leur portée ne dépasse la simple exaspération ponctuelle. Ce n’est pas seulement - non plus - ce choix instinctif des infrastructures de l’État comme cible : la sous-préfecture a beau symboliser parfaitement l’autorité d’un régime impuissant à protéger les salariés de Continental de la crise autant qu’il l’avait été à atténuer l’étau du néo-libéralisme (depuis la fin des années 1990, mise en concurrence mondiale des usines du groupe, pression constante sur les salariés, retour sur les acquis sociaux au prétexte de la compétitivité…), il est probable que la colère et le désarroi des futurs chômeurs se seraient exprimés de façon aussi violente en quelques lieux qu’ils aient appris la mauvaise nouvelle du jugement du tribunal de Sarreguemines.

Non, il faut d’abord voir dans le "coup de sang" des salariés de Continental l’affirmation d’un phénomène sociologique discrètement à l’œuvre depuis la fin des années 1980 : le grand retour de la classe dangereuse. Celle-là même qui effarouchait tant les bourgeois et les puissants à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Et qui les a tellement effrayé qu’ils ont fini par lui concéder des acquis et des droits - de 1936 à 1981, en passant par le programme du Conseil national de la résistance et les accords de Grenelle de 1968 - , progrès sociaux pour garantir une certaine paix civile.

« Cette double dimension d’amélioration des conditions de vie et de maintien de l’ordre social explique le succès des politiques sociales, renforcé après la Seconde Guerre mondiale par la montée du dirigisme d’Etat, par l’existence d’un mouvement ouvrier fort et structuré, et par la croissance économique encadrée par les gouvernements », remarque ainsi le chercheur Laurent Bonelli, dans un article paru dans Le Monde Diplomatique.

Mais voilà : engoncés dans le confort et la quiétude, confortés par une idéologie libérale si puissante qu’elle a balayé toute crainte des prolétaires et des pauvres, rassurés de constater que l’époque ne cessait de consacrer leur tout-puissance et de légitimer leur position, les privilégiés ont oublié que les moins bien lotis pouvaient être un danger. Ont arrêté de leur refiler quelques miettes, histoire de les apaiser. Ont cru qu’ils avaient désormais toute latitude pour leur ôter le peu de droits et de sécurité qu’ils possédaient. Et ont pensé - enfin - que la peur avait définitivement changé de camp, la hantise du chômage chez les opprimés se substituant ad vitam eternam à la crainte d’un mouvement de révolte chez les possédants.

Les classes supérieures ont ainsi remplacé la carotte par le bâton social (le chômage) et par la matraque sécuritaire, assez idiots pour imaginer qu’ils pourraient refonder sur ces bases biaisées un ersatz de pacte social :

« La crise économique, les mutations du capitalisme postfordiste adossées aux programmes de réforme libérale de l’Etat ont largement redéfini, sans doute sans le vouloir, les conditions de cette discipline, poursuit Laurent Bonelli. Et, de la même manière que les réformateurs sociaux du XIXe siècle essayaient d’asseoir un nouvel ordre social, les réformateurs sécuritaires du début du XXIe siècle recherchent dans l’extension de l’intervention policière, judiciaire et du contrôle, les moyens de contrarier les effets des dérégulations multiples qui affectent les classes populaires. Théorie de la ’vitre brisée’, couvre-feux pour les mineurs, vidéosurveillance, arrêtés antimendicité, mais aussi responsabilisation des parents, ne sont rien d’autre que des exemples de ces nouvelles technologies de gouvernement dont on attend qu’elles garantissent une paix sociale. »

Opprimés : combien de divisions ?

Dans un tel système, il ne saurait être question de laisser les asservis découvrir qu’il partagent un même destin. Au contraire : tout doit être fait pour les diviser, les sectoriser, les pousser à l’affrontement et nier leur communauté d’intérêts. Ceux que Marx réunissait sous le terme "prolétaires" sont devenus des immigrés, des travailleurs pauvres, des jeunes, des habitants de cités, des chômeurs, des fonctionnaires grévistes, des marginaux, des précaires, des licenciés, de "la racaille", des clandestins, etc… Autant de mots pour dire une même exclusion tout en déniant son évidente proximité.
C’est ainsi qu’il faut appréhender la déshérence du terme "ouvrier", lui qui a presque complètement disparu de la circulation, prétendue adaptation à des temps modernes où nous serions tous fournisseurs de services ou entrepreneurs indépendants. On nous serine sur tous les tons que l’industrie n’est plus, quand elle représente encore quatre millions d’emplois en France. Nulle autre ambition, ici, que de nier toute appartenance de classe, tout sentiment de collectif ouvrier.

« C’est certain qu’il y a une très forte conscience de classe chez les plus riches et qu’elle a été totalement détruite chez les plus pauvres. Il y a un énorme déséquilibre, expliquait récemment Mona Chollet en un entretien accordé à Article11. Dans le miroir, les riches ont droit à un reflet ultra valorisant ; par contre, dans ce même miroir, les classes populaires ou moyennes ne voient plus rien, ou alors une sorte de reflet brouillé. On leur agite des modèles de réussite trompeurs qui débouchent sur la culpabilisation et l’oubli de leur identité. L’enjeu serait de retrouver des images plus valorisantes. »

[1]

Mieux : pour bien faire comprendre à la caste des opprimés qu’elle ne saurait se réunir sous un même drapeau, on a érigé ses membres les plus désespérés en repoussoirs. Les chômeurs ? Des profiteurs, gens qui ne veulent pas travailler. Les jeunes exclus des cités ? Des casseurs sans foi ni loi, de "la racaille". Les grévistes du secteur public ? Des "preneurs d’otage" ne se souciant que d’eux-mêmes et de leurs intérêts catégoriels. Les activistes ? Des "terroristes", qu’il faut traiter comme tels, avec pour dernier avatar les "anarcho-autonomes". Autant de sous-genres qui ont eu pour fonction, médiatique et politique, de discréditer toute idée de combat commun.

C’est cette illusion-là qui est aujourd’hui en train de se dissiper. La multiplication des séquestrations et de rudes moyens d’action ne dit pas seulement la colère, elle démontre aussi que la radicalité n’est pas œuvre de marginaux, qu’elle n’est pas le fait de quelques excités peu représentatifs. Que des travailleurs de longue date, gens souvent parfaitement intégrés et consciencieux, aient recours à ces moyens de pression montre qu’il ne faudrait pas grand chose pour que Pierre-Paul-Jacques et Madame Michu se donnent la main et édifient des barricades en bas de chez eux. En s’attaquant à la sous-préfecture de Compiègne, c’est le mythe du casseur idiot et asocial, figure patiemment construite par le régime, que mettent à bas les ouvriers de Continental. Et le Premier ministre, François Fillon, a beau pointer des « violences inacceptables », s’en prendre à « cette petite minorité qui rend les choses très difficiles » - ce que conteste un article de Rue89 - et annoncer des poursuites judiciaires, il sait bien qu’il a déjà perdu la partie. La fiction d’une frange radicale a vécu, monsieur-et-madame-tout-le-monde sont désormais susceptibles de basculer du côté obscur de l’insurrection. C’est cela le grand retour de "la classe dangereuse".

Répression ? Ils vont en chier…

Dès lors, les choses s’annoncent coton pour un régime qui ne peut plus se permettre de réprimer à tout-va et d’embastiller en masse. Pas question de faire intervenir l’armée et d’instaurer l’état de siège, ainsi que ça avait été la cas lors des émeutes des banlieues de 2005. Pas question - non plus - d’emprisonner au mépris du respect des règles de droit quelques individus, comme ça été fait contre les prétendus meneurs de "la mouvance anarcho-autonome". Pas question - même - de rameuter les forces de l’ordre en masse et de lâcher les CRS en leur donnant quartier libre, à l’image de ce qui s’est produit récemment à Strasbourg. Logique : les agressions contre des ouvriers licenciés et désespérés ne seront plus perçues comme des opérations de basse-police dont la majorité du pays se fiche, mais comme une façon de faire taire ceux qui souffrent et sont victimes, cette vaste classe des opprimés qui est en passe de s’affirmer comme telle.

Le pouvoir l’a bien saisi, lui qui ne veut surtout pas mettre le feu aux poudres. Et si Sarkozy s’indigne faussement - « Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’aller séquestrer les gens ? On est dans un Etat de droit, je ne laisserai pas faire les choses comme ça ! » - , tout le monde a compris que, pour l’instant, il s’en tiendra à ces rodomontades.

Il faut ici exhumer Georges Sorel et ses Réflexions sur la violence :

Une des choses qui me paraissent avoir le plus étonné les travailleurs, au cours de ces dernières années, a été la timidité de la force publique en présence de l’émeute : les magistrats qui ont le droit de requérir l’emploi de la troupe n’osent pas se servir de leur pouvoir jusqu’au bout et les officiers acceptent d’être injuriés et frappés avec une patience qu’on ne leur connaissait pas jadis. Il est devenu évident, par une expérience qui ne cesse de s’affirmer, que la violence ouvrière possède une efficacité extraordinaire dans les grèves : les préfets, redoutant d’être amenés à faire agir la force légale contre la violence insurrectionnelle, pèsent sur les patrons pour les forcer à céder ; la sécurité des usines est, maintenant, considérée comme une faveur dont le préfet peut disposer à son gré ; en conséquence, il dose l’emploi de sa police pour intimider les deux parties et les amener adroitement à un accord.

(…)

Que l’on approuve ou que l’on condamne ce qu’on appelle la « méthode directe et révolutionnaire », il est évident qu’elle n’est pas près de disparaître ; dans un pays aussi belliqueux que la France, il y a des raisons profondes qui assureraient à cette méthode une sérieuse popularité, alors même que tant d’exemples ne montreraient pas sa prodigieuse efficacité. C’est le grand fait social de l’heure actuelle et il faut chercher à en comprendre la portée.

D’un siècle à l’autre, les choses ne changent guère (Réflexions sur la violence a été publié en 1908). Pis : tout est à recommencer. Reconstruire un rapport de force. Susciter à nouveau la peur et la crainte chez les privilégiés. Redevenir une classe dangereuse, une vraie, homogène et combative. Se faire lion, enfin. Mordre.

par JBB

SOURCE : Article XI

Notes

[1] Image piquée sur l’excellent blog du peintre et dessinateur Mathieu Colloghan. Je ne lui ai rien demandé, mais j’escompte bien qu’il me pardonnera.

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lundi 27 avril 2009

Accéder aux médias dominants ? À quelles conditions ?

En ces temps de crise économique, il arrive, plus souvent qu’à l’accoutumée [1] (mais pas trop souvent, on s’en doute…) que des économistes critiques soient invités à s’exprimer dans les médias dominants. Que doivent-ils faire ? Comment, plus généralement, les contestataires peuvent-ils envisager leurs relations avec ces médias ?

Le Jeudi 5 février 2009, invité dans le cadre des « Jeudis d’Acrimed », Frédéric Lordon, après une intervention sur « Les médias et la crise » (que l’on peut découvrir ici même en vidéo) répondait aux questions de l’assistance.

En prenant pour exemple son expérience, en tirant quelques leçons de celle-ci, en s’interrogeant de façon plus générale sur l’opportunité de chercher à accéder aux médias dominants (et sur les conditions à poser pour répondre positivement à des invitations), il proposait quelques réflexions à partager (Acrimed)

À la question « comment réagissent les médias à vos critiques ? », il est possible de répondre par l’expérience de quelques invitations et d’en tirer une première leçon : savoir refuser.

Dès lors la question « Comment accéder aux médias dominants » ? s’efface devant celle-ci : « Faut-il accéder aux médias dominants ? » Et dans la mesure où la réponse peut être positive : « A quelles conditions ? »

Frédéric Lordon, Acrimed

Notes

[1] Voir ici même : « Les voix enchanteresses de l’économie sur France Inter » et « Les voix enchanteresses de l’économie sur France Culture ».

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Israël, la paix et le cheikh Yassine

Le quotidien israélien Haaretz a publié le 18 avril, sous le titre « “Israel could have made peace with Hamas under Yassin” », un entretien de Kobi Ben-Simhon avec le Dr Zvi Sela, un responsable de la police israélienne et psychologue. Du milieu des années 1970 à la fin des années 1990, le Dr Sela a occupé différents postes dans la police, le dernier étant, entre 1995 et 1998, celui de chef du renseignement dans les prisons israéliennes. Durant cette période de trois ans, il a eu des conversations hebdomadaires avec le cheikh Ahmad Yassine, le fondateur du Hamas.

« C’était fascinant. Il n’y avait pas d’attentat terroriste ou d’enlèvement durant ces années-là qui n’était pas planifié, organisé, décidé de l’intérieur des prisons. C’était là que l’on trouvait les principaux responsables du Hamas, y compris Yassine. Il avait les jambes et les bras paralysés et n’était capable que de bouger la tête, mais c’était une personnalité très forte. Il exerçait un contrôle total sur ce qui se passait à l’intérieur et à l’extérieur de la prison. »

Chargé de récolter des informations sur les cellules clandestines palestiniennes, le Dr Sela se rappelle que le cheikh Yassine était emprisonné à Hadarim, près de Natanya, et qu’il vivait dans des conditions très difficiles. « Nous lui rendions les choses difficiles. Il n’avait pas le droit de recevoir des visites (...) Nous le gardions dans une petite cellule où la température dépassait 45° en été et où il gelait en hiver. Ses couvertures étaient sales et sentaient mauvais. C’est ainsi qu’il vivait. Je l’ai trouvé très intelligent et aussi convenable (decent). Nous nous sommes engagés dans une guerre des esprits et nous savions qu’après chaque bataille quelqu’un mourrait, soit dans mon camp, soit dans le sien. » (...)

« Je lui disais toujours : “Arrêtez de faire sauter des bus, arrêtez de tuer des femmes et des enfants.” Il me répondait : “Tzvika, écoute, nous avons eu de bons professeurs : vous avez créé votre Etat grâce à votre force militaire. Les morts que je vous cause sont pour créer un Etat, mais vous vous tuez des femmes et des enfants pour défendre l’occupation. Vous avez déjà un Etat. Vous êtes sales et hypocrites. Je n’ai aucune volonté de vous détruire, tout ce que je veux est un Etat.” »

Etonné, le journaliste demande au Dr Sela si le cheikh lui avait dit qu’il reconnaîtrait Israël ?

« Oui. C’était un homme intelligent et courageux. Cruel, mais crédible. Il a donné sa vie pour la liberté de son peuple. J’ai tendance à penser que si nous avions essayé de faire la paix avec lui, nous aurions réussi. Il pensait que la raison pour laquelle les Israéliens négociaient avec Arafat était que nous étions très intelligents, parce que nous savions que cela n’aboutirait pas. Selon lui, Arafat était profondément corrompu. »

Le Dr Sela raconte ensuite un épisode. Il est chargé de demander à Yassine l’emplacement du corps du soldat Ilan Sa’adon. En échange, Israël serait prêt à libérer le cheikh. Le cheikh lui répond que cela serait déshonorant pour lui d’échanger sa liberté contre un cadavre. « Je vous donnerai le corps parce que vous me le demandez. Je comprends la douleur de la famille, mais promettez-moi de ne pas me libérer en échange. Et promettez-moi de dire à ma famille, si je meurs en prison, combien je les ai aimés, combien j’ai rêvé de respirer leur parfum. »

Le Dr Sela revient sur un autre épisode, celui de l’échange de prisonniers entre le gouvernement israélien et le Hezbollah, en juin 2008, qui a abouti à la libération de Samir Qantar, accusé d’avoir tué, trente ans auparavant, les membres d’une famille d’un kibboutz, dont une fillette de cinq ans.

« Nous avons fait de Samir Qantar je ne sais quoi, le meurtrier de Danny Haran et de sa fille Einat, l’homme qui avait fait éclater la tête de la fillette. Ceci est absurde, c’est une affabulation. Il m’a dit qu’il ne l’avait pas fait et je le crois. J’ai fait une enquête sur l’événement dans le cadre d’un livre que je prépare sur les prises d’otage. »

« Il m’a dit : “Si j’avais voulu tuer Danny et sa fille, je les aurais tués dans la maison. Je les ai emmenés au bateau parce que je voulais des otages. Je n’avais aucun intérêt à leur faire du mal. Après que je les ai emmenés au bateau, des coups de feu ont éclaté et je suis revenu en arrière pour aider mon commando sur la plage. Danny, le père, n’arrêtait pas de crier, “arrêtez de tirer, bande d’idiots”. Lui et sa fille ont été trouvés morts dans le bateau. J’étais sur une petite colline, tirant sur vos soldats, et le bateau était à 20 mètres, avec Danny et la fille.” »

L’archipel de Palestine orientale

La carte « L’archipel de Palestine orientale », publiée dans L’Atlas du Monde diplomatique 2009 (et qui sera reproduite sur une pleine page du Monde diplomatique de mai) a suscité un intérêt immense, et a été reprise sur plusieurs sites arabes et européens. Le site Strange maps la reproduit avec un commentaire de son créateur, Julien Boussac, qui explique : « La carte doit être prise pour ce qu’elle est, une illustration de la fragmentation en cours de la Cisjordanie fondée, au départ de manière provisoire, sur la division en zones A, B et C, issue des accords d’Oslo. Pour être clair, les zones “sous la mer” sont les zones C et la partie Est de Jérusalem, c’est-à-dire des zones qui sont restées officiellement sous contrôle et occupation israéliens à la suite des accords d’Oslo. »

Tramway de Jérusalem

Une importante décision concernant la construction du tramway de Jérusalem et l’implication de sociétés françaises dans cette entreprise illégale. Le tribunal de Nanterre s’est déclaré compétent sur la procédure engagée par l’Association France-Palestine solidarité (AFPS) contre les sociétés Veolia transport, Alstom et Alstom transport (Communiqué de l’AFPS concernant la construction et l’exploitation d’un tramway à Jérusalem-Est publié le 21 avril 2009).

Journal of Palestine Studies

L’excellente revue trimestrielle publiée à Washington, Journal of Palestine Studies, propose, dans sa dernière livraison (hiver 2009), un article de Jean-Pierre Filiu sur François Mitterrand et les Palestiniens, un autre de Yuval Ben-Bassat sur les premiers contacts entre sionistes et villages arabes à la fin du XIXe siècle et un dossier spécial qui reprend les principales déclarations de Barack Obama sur le conflit israélo-arabe.

Alain Gresh, Le Monde Diplomatique

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