L’antipsychiatrie selon Bockel
Ce n’est pas que le secrétaire Bockel nous paraisse un interlocuteur digne…
Ce n’est pas que la prose, intitulée « N’excluons pas la prison de l’espace de la délibération démocratique », qu’il a signée dans Le Monde daté du 14 octobre présente dans son ensemble quelque intérêt…
Il ne s’agit que d’un placard publicitaire vantant laborieusement les mérites de la loi pénitentiaire le jour même de son adoption. Le décodage de cette médiocre copie est aisé : le lecteur voulant se faire une idée assez juste de la réalité de la prison n’a qu’à prendre le contre-pied des affirmations péremptoires qui y figurent.
Mais il y a des limites à ne pas dépasser, que Bockel franchit allègrement quand il fait référence à l’antipsychiatrie en reprenant à son compte un argument fallacieux fréquemment proféré lors de débats sur la psychiatrie par les réactionnaires de tous poils : « L’abolitionnisme a pourtant réalisé son programme, dans un secteur particulier de la société, sous la pression de l’antipsychiatrie. Il est possible aujourd’hui d’en évaluer les dégâts. Les murs asilaires sont certes tombés, entraînant la destruction de 40 000 lits de psychiatrie en vingt ans. »
Il est nécessaire, devant une réinterprétation aussi grossière de l’histoire récente de la psychiatrie, de rappeler certains faits tendant à prouver que la « destruction » de ces 40 000 lits a été provoquée par la mise en place, à partir des années 1980, d’une nouvelle politique de gestion administrative et financière des hôpitaux, dont l’objectif était de réduire les dépenses de santé au maximum. « En octobre 1980, le ministre de la Santé, Jacques Barrot, (...) annonce sa décision de supprimer quarante mille lits en psychiatrie. Pour les remplacer par quoi ? Il ne le dit pas. Au début des années quatre-vingt, avec le IXe plan, on va officialiser l’« hôpital entreprise » – dont le souci principal doit maintenant être la rentabilité, la planification et l’évaluation – et la suppression des lits annoncée par Jacques Barrot. »(1)
Théoriquement c’est le secteur, avec entre autres des centres médico-psychologiques et des accueils ambulatoires, qui aurait dû constituer l’alternative aux lits des hôpitaux psychiatriques. Mais celui-ci n’aura jamais les moyens financiers nécessaires à son fonctionnement : « On pourrait dire de façon très lapidaire que le déclin de la psychiatrie de secteur – le déclin en termes de moyens budgétaires – a commencé au moment de son officialisation. (...). Au moment où on donne – enfin – les moyens(2) à la psychiatrie de secteur, commence parallèlement la politique de réduction des moyens, à l’époque on appelait ça la "rationalisation des choix budgétaires" »(3).
Ainsi le secrétaire d’état à la pénitentiaire, tout en dénonçant le « déni du réel », n’hésite pas à le pratiquer en attribuant à l’irresponsable antipsychiatrie les effets d’une lamentable politique de santé publique, dans le but premier de défendre la pénitentiaire et au-delà dans celui – soyons solidaire – de préparer une future réforme de la psychiatrie qui liquidera le secteur, accélèrera la privatisation du système de soins et parallèlement réenfermera psychiatriquement à moindre coût.
Petit recentrage carcéral pour conclure : donc « n’excluons pas la prison de l’espace de la délibération démocratique »… mais faisons en sorte que la dite délibération démocratique renforce le pouvoir de l’Administration pénitentiaire ! Sans doute ce que l’on appelle un espace clos.
1 Patrick Coupechoux, Un monde de fous, Seuil, 2006, p 143.
2 Par, en 1985, la légalisation du secteur et l’unification du budget intra et extra hospitalier.
3 Paul Machto, « Quel avenir pour la psychiatrie ? », entretien, juin 2005, à lire sur ce site (lien ci-dessous).






Si ça n'est pas pour le profit, dites moi ce qui fait que vous allez toujours dans le sens de certains psychiatres et ne pas écouter ce que nous vous déclarons? surement plus vrai que l'imaginaire ou la bétise d'un psy peut vous faire " gober !"
Il fallait que je dise ce que j'ai sur le coeur, je suis entière, intègre, respectable, mais pas respectée.
Dans l'attente de vos réponses.
Respectueusement Mme Guillard France.