L’ABSTENTION, LA PETITE BETE QUI MONTE !....
--> MATIERE A REFLEXION
Un spectre hante la classe politique, le spectre de l’abstention….
Peu en parlent mais tous y pensent, partagés entre l’incrédulité devant
le refus de ce qui est présenté comme un symbole de la démocratie et la
hantise de la désertion en masse de celles et ceux qui sont censés
fonder la légitimité de l’élu.
La
classe politique fait « comme si… » préférant se concentrer plus sur
ses éternelles promesses que sur le scepticisme qui gagne peu à peu
l’ensemble
du « corps électoral », faisant confiance à l’influence des médias
pour limiter les dégâts.
LE CHAMP DE L’ABSTENTION
Il
est en dehors de celui de la
politique (mais pas du politique)… il
en est même la négation.
L’abstention
est un phénomène qui se développe en dehors de toute militance… On peut
certes,
appeler à l’abstention, mais c’est un appel un peu particulier et qui ne
couvre
d’ailleurs pas le champ de celles et ceux qui s’abstiennent. Autrement
dit,
personne ne peut se revendiquer du « refus de voter »… contrairement
à celles et ceux qui appellent à voter pour un candidat et qui, de ce
fait,
peuvent parler de « leurs » électeurs. Les abstentionnistes
n’appartiennent à personne. Mais, dans tous les cas, ils sont
l’illustration
même de la faillite du processus dit « démocratique »… Se
désintéresser à ce point, voire refuser, ce qui nous est présenté comme
la
quintessence du processus démocratique, en dit long sur les carences de
celui-ci. La dégénérescence « du »
politique, en ce que l’on appelle « la »
politique aboutit à la négation même de la citoyenneté, et en sa
régénérescence
dans un refus et une opposition à cette dérive. Autrement dit, l’abstentionniste
est aujourd’hui
certainement plus conscient politiquement que le « dévot qui vote pour
son
idole ».
En
effet, le phénomène de l’abstention n’est plus aussi systématiquement le
fait
de personnes « apolitiques », péjorativement qualifiées de
« pêcheurs à la ligne »( ?). La faillite du « modèle
démocratique marchand » directement lié à la décadence du système
marchand
fait tomber les illusions. On ne
s’abstient plus par négligence ou inintérêt, mais par dégoût et ras de
bol
d’être pris pour un imbécile par des profiteurs du pouvoir.
L’abstention
n’est pas une idée, pas plus qu’une opinion ou une doctrine,… elle est
une attitude, certains diront une posture, et en ce sens,
que l’on ne s’y
méprenne pas, elle est éminemment
politique… et les politiciens commencent à s’en rendre compte.
Cette
attitude, très « en creux », de l’engagement politique serait-elle
méprisable ? Certainement pas. Le refus, la résistance, même s’ils ne
sont
pas des engagements précis pour l’avenir sont avant tout les
prémisses d’une prise de conscience.
QUELS ENJEUX POUR L’ELECTION ?
Bien
naïf celle ou celui qui croit qu’il y a véritablement un enjeu sérieux
pour
l’élection. Globalement, tout est joué
d’avance…. Il suffit de regarder les précédents scrutins,… même
quand la
« Gauche » est passée.
La mécanique politique et électorale,
la stratégie des partis, le rôle des institutions, la manipulation de
l’opinion
par les médias, les intérêts à courts, moyens et long terme d’une classe
politique profiteuse et parasite,… font que, malgré une apparente
démocratie,…
rien ne change et rien ne peut changer…. Et on va le voir dans les mois
prochains, rien ne changera.
C’est
cette situation, complètement bloquée, sans espoir d’avenir et seulement
animée
par des marionnettes médiatiques qui s’agitent dans des débats sans
intérêt qui
entraîne peu à peu les citoyens à se détourner de l’élection.
Les
seuls véritables enjeux sont en fait la variation
des rapports de forces entre partis
politiques,… Comment ceux-ci vont se partager
le pouvoir et ses privilèges. Pour ce qui est des « différences
politiques »,… il suffit de voir comment ils se comportent une fois au
pouvoir… Que reste-t-il de l’ « expérience de la Gauche au
pouvoir » ?...
pas de commentaire.
L’ « affrontement »
entre le PS et l’UMP est comparé, dans les médias, à une compétition
sportive
auquel on invite les spectateurs à s’intéresser, à compter les coups, à
choisir
son champion… Sans parler des dérives constantes qui transforment la
campagne
électorale en déballage de poubelles. Ca montre un peu les bas-fonds et
la
débilité dans lesquels est tombée « la » politique.
Quant
aux partis dits « contestataires », voire dit
« révolutionnaires », qui s’agitent dans les médias et devant les
préfectures, ils n’ont, et ils le savent, aucune chance de se faire
entendre.
Ils peuvent donc faire des promesses dont ils sont sûrs qu’ils n’auront
pas à
rendre de comptes. Ils en profitent aussi pour placer à des postes
politiquement, voire financièrement, intéressants de jeunes loups en
pleine
croissance ou des vieux chevaux de retour en manque de situation stable
(des
noms ?).
Autrement
dit les élections vont passer, les
problèmes vont rester.
L’ABSTENTION,… ET APRES ?
Là
est la vrai question. L’abstention ne réglant rien, il est nécessaire de
concevoir une autre stratégie.
D’abord
le faux débat qui consiste à dire : « l’importante abstention ne
change rien, tout se passe sans en tenir
compte »,… et de prendre comme exemple les USA où à peu près un
électeur sur deux ne vote pas… et où
il ne se passe rien de déterminant.
C’est vrai aux USA, mais on peut faire l’hypothèse, qu’en France – la
culture
politique étant tout à fait différente qu’outre atlantique - et même
dans
d’autres pays européens, une importante abstention, à un moment donné,
va être
insupportable, créer un malaise collectif et être génératrice d’une
interrogation générale sur sa signification.
Ensuite
la culpabilisation classique : « c’est
un droit pour lequel certains ont donné leur vie »… Ce à quoi on
peut
répondre qu’ils n’ont pas donné leur vie
pour que des profiteurs, des parasites, voire des escrocs, s’en servent
pour tout
bloquer et se gaver de privilèges.
Enfin : que faire ? « La » politique
n’a plus rien à voir avec « le » politique. Les vrais problèmes, les
vraies questions ne sont que des prétextes auxquels, dans le meilleur
des cas,
on fait rapidement allusion, pour ne s’en tenir qu’au marketing
politique : le look et autres balivernes…
Redécouvrir,
réinvestir « le » politique c’est fuir « la » politique,
son spectacle et ses dérives…
A
la passivité, bêtise et servilité imposées par les politiciens il faut
opposer
des pratiques sociales nouvelles qui n’ont rien à voir avec les
magouilles de
« la » politique mais qui inaugurent de nouveaux rapports sociaux,
aussi bien dans les luttes avec la prise en charge collective des
entreprises
que dans l’organisation de relations nouvelles entre producteurs et
consommateurs. Ce n’est qu’à ces conditions que nous affaiblirons un
système
marchand qui nous conduit à la catastrophe.
Pas
en jouant son jeu électoral, qui est piégé. Pas en l’affrontant
frontalement –
protégé qu’il est par ses chiens de garde et ses mercenaires, face
auxquels
nous n’avons aucune chance.
Nous
devons accroître et favoriser son pourrissement, sa décomposition en
développant des alternatives qui le rendront obsolète et inacceptable,
et qui
offrent des perspectives nouvelles de changement social.
Les
élections ne sont aujourd’hui qu’un leurre pour nous détourner de cette
tâche
historique, pour nous asservir avec des pratiques dérisoires, pour nous
inciter
à abandonner toute initiative et à faire confiance à des individus plus
soucieux de leurs intérêts personnels qu’au bien public.
Le
champ de l’action politique est ailleurs, réinvestissons le.
Mars 2010 Patrick MIGNARD





