mercredi 2 décembre 2009
Lycée de Valence d’Agen : refuser la mise en concurrence
Lycée de Valence d’Agen : refuser la mise en concurrence Comme nous nous y attendions, la création du lycée général de Valence d’Agen a été actée en deux temps, le premier par le collectif budgétaire décidé par le conseil régional et le deuxième par le rectorat et l’Inspection Académique qui a modifié sine die la répartition des collèges rattachés aux Lycées.
Devant le fait accompli sans concertation aucune avec les enseignants, ni avec les parents concernés du bassin Castel-Moissac-Valence, force est de supposer que cette nouvelle carte des formations post troisième se fera à moyens constants compte tenu de la période d’austérité forcée infligée à notre système éducatif. Autant, nous pouvons nous réjouir de l’augmentation de l’offre de formation, autant nous déplorons que cette offre contribue à la mise en concurrence des établissements en lieu et place d’une complémentarité que les communistes avaient souhaitée.
En fragilisant le lycée de Moissac, en ne mettant pas les moyens suffisants à Valence, les autorités académiques participent à la casse des outils de l’éducation nationale, favorisant ainsi les appétits du privé. Cette situation engendrera à court terme des heures de cours pris en charge par des professeurs ayant des temps partagés, le morcellement des équipes éducatives, des emplois du temps complexes, une course à la réussite laissant de côté les lycéens les plus en difficultés. Avec la désectorisation, c’est aussi un nombre plus grand de dérogations, des baisses d’effectifs, pour au final assister à l’étranglement d’un lycée, ou des deux. Cette spirale infernale doit cesser !
Nous proposons que les formations dispensées dans les 2 lycées soient complémentaires, qu’un pôle post-bac soit créé au sein du lycée de Moissac comme au sein du lycée de Valence d’Agen sous la forme de BTS pour des filières identifiées après concertation, que l’on abonde les deux établissements en dotations horaires suffisantes pour une mise en place cohérente des options et que l’on pérennise les structures non pas en opposition l’une à l’autre, mais bien dans le soucis constant de doter le nord de notre académie de formations de qualité. En matière d’éducation, avec les habitants de nos cantons, nous exigeons un investissement massif assorti de plus de moyens humains et financiers, pour répondre aux besoins d’avenir de nos enfants.
Maximilien Reynès-Dupleix
http://moissacaucoeur.elunet.fr/ind...
dimanche 29 novembre 2009
Une journée sans immigrés ? Chiche !

Lu sur le Post : "Le 1er mars 2010 pourrait être une journée historique. Un collectif « non partisan » appelle à un boycott économique en réaction aux propos méprisants de Brice Hortefeux et à la politique de l’insupportable ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. De Marseille à Lille, de Bordeaux à Nancy, en passant par Grenoble, Montpellier, Dijon, Orléans... des milliers de personnes issues de familles venues de tous les continents se déclarent prêtes à ne pas travailler et à ne pas consommer pour montrer ce que serait une France sans immigrés. Dans le même but, la communauté latino-américaine avait fortement perturbé les États-Unis pendant plusieurs semaines en 2006. Soutenu par divers réseaux, dont le réseau Éducation sans frontières (RESF), le mouvement du 1er mars se déclare « non communautariste ». Originaires d’Afrique, d’Asie, d’Europe ou des Amériques, non-immigré-e-s solidaires, toutes et tous se retrouveront donc à l’unisson autour du mot d’ordre : « 24 heures sans nous ! ». Nous reproduisons intégralement ci-dessous le manifeste du Collectif :
« Faisons du 1er mars une journée historique.
Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants. Rappelons qu’un immigré est celui qui est perçu comme tel par les autres au-delà même de ses origines. Nous voulons nous réapproprier et réhabiliter ce terme devenu péjoratif par la force de l’instrumentalisation politique.
Nous refusons les stéréotypes véhiculés qui menacent notre cohésion sociale. Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés qui ont toujours construit la France soient ainsi niés d’un trait. Et entendons par ailleurs qu’il nous appartient de les mettre en valeur.
Les immigrés et descendants d’immigrés ont manifesté à maintes reprises pour défendre leurs droits. Et en retour, ils n’ont reçu que mépris ! Aujourd’hui, puisqu’il est convenu que « la consommation est le moteur de la croissance », nous voulons agir sur ce levier pour marquer notre indignation.
Le 1er mars 2005 est entré en vigueur le « code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile » (CESEDA), plus communément appelé le code des étrangers. Cette loi symbolise une conception utilitariste de l’immigration, en d’autres termes, une immigration choisie sur critères économiques. Nous ne pouvions trouver de meilleur jour pour appeler à « une journée sans immigrés ». Nous, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport de l’immigration à notre pays, sommes tous des consommateurs et nous participons quotidiennement à la croissance de notre pays.
Notre action citoyenne a pour objectif la mise en valeur de l’apport de chacun d’entre nous à la prospérité générale. Nous avons tous le pouvoir d’agir sur notre avenir alors, prenons-le !
Le 1er mars 2010 : Agissons en cessant de consommer et/ou de travailler.
Durant 24 heures, participons à la non-activité économique dans les entreprises, dans les associations, dans la fonction publique, dans les écoles et les lycées, dans les universités, dans les hôpitaux, dans les associations, dans les commerces, dans l’industrie, dans le bâtiment, dans l’agriculture, dans les services, dans les médias, dans la politique…
Pour la première fois en France, nous décidons de ne pas participer à la vie de la Cité. Par cette absence, nous voulons marquer la nécessité de notre présence. »
Plus d’informations sur le site : http://www.lajourneesansimmigres.org/fr/
Et sur le blog : http://blog.lajourneesansimmigres.org/
À lire : À quoi sert « l’identité nationale » ? par Gérard Noiriel aux éditions Agone : http://atheles.org/agone/passepresent/aquoisertlidentitenationale/
Paco
vendredi 27 novembre 2009
Les couleuvres de M. Obama et de M. Kouchner
Condamnations, déclarations indignées... Une fois de plus, la décision israélienne de construire neuf cents logements à Gilo, une colonie israélienne au cœur de Jérusalem, a suscité les commentaires attendus de la communauté internationale. « Washington se dit “consterné” par la décision d’Israël d’autoriser neuf cents nouveaux logements à Jérusalem-Est », titre LeMonde.fr le 18 novembre.
Laurent Zecchini, le correspondant du Monde, écrit :
« Dans une réaction d’une rare sécheresse, le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a déclaré que les Etats-Unis sont “consternés par la décision prise”. “Au moment où nous nous employons à relancer les négociations (de paix), de tels agissements rendent nos efforts plus difficiles (...). Les Etats-Unis s’élèvent aussi contre d’autres pratiques israéliennes à Jérusalem, a ajouté la Maison Blanche, comme “la pratique constante des expulsions et démolitions de maisons palestiniennes”. »
« La position de Washington est claire, a rappelé le porte-parole de la présidence américaine, “le statut de Jérusalem relève de la question du statut permanent” découlant d’un éventuel accord israélo-palestinien. Ce ton très inhabituel de la Maison Blanche s’explique par la proximité de la dernière rencontre entre Benyamin Nétanyahou et le président Barack Obama. »
Au même moment, M. Bernard Kouchner se rendait en Israël et, comme le titre Le Canard Enchaîné du 18 novembre, sous la plume de Claude Angeli, « aval[ait] des couleuvres à Tel-Aviv et Kaboul ». Non seulement le ministre a rencontre le fasciste Avigdor Lieberman, mais, comme le souligne Angeli, il a accepté de se soumettre au diktat israélien, et donc de renoncer à la visite prévue à Gaza.
Bien sûr, comme M. Obama, M. Kouchner a condamné la décision israélienne de construire dans la Jérusalem occupée. Selon l’Agence France-Presse, il a « regretté » la décision israélienne. C’est bien peu... Rappelons que le statut de la Cour pénale internationale considère comme un « crime de guerre » « le transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante d’une partie de sa population civile, dans le territoire qu’elle occupe, ou la déportation ou le transfert à l’intérieur ou hors du territoire occupé de la totalité ou d’une partie de la population de ce territoire » (article 8). Mais, pour la France comme pour les Etats-Unis, le gouvernement israélien est autorisé à commettre impunément des crimes de guerre...
AJOUT 20 novembre. J’avais surestimé la réaction de M. Kouchner. Il a affirmé que la construction de neuf cents logements à Gilo n’était pas « politique et ne devait pas faire obstacle à la reprise des négociations (sic !) ».« Kouchner : Gilo construction won’t necessarily hinder peace talks » (Ynet, 18 novembre.)
On pourrait dresser une encyclopédie de centaines de volumes comprenant toutes les déclarations des Etats-Unis, de la France, de l’Union européenne condamnant la politique de colonisation. Et pourtant, on compte aujourd’hui 300 000 colons en Cisjordanie et 200 000 à Jérusalem-Est. Malgré cela, c’est sur l’Autorité palestinienne que l’on fait pression pour obtenir la relance de négociations dont on sait pertinemment qu’elles ne peuvent aboutir, et cela pour une raison simple : Israël refuse d’accepter les résolutions des Nations unies qui prévoient son retrait des territoires occupés en 1967. En l’absence de pressions réelles, il est peu probable que Tel-Aviv modifie ses positions. C’est ce qu’a compris le mouvement de solidarité qui appelle à des sanctions. Récemment, des organisations palestiniennes ont demandé aux pays arabes, notamment à ceux du Golfe, de boycotter les sociétés française Veolia et Alstom pour leur implication dans la construction d’un tramway dans Jérusalem occupée. « Plea to boycott firms with Israel link Group urges GCC states to shun Alstom and Veolia involved in Occupied Jerusalem projects », par Abbas Al Lawati, Gulf News, 17 novembre 2009).
M. Kouchner a trouvé le temps de rencontrer les parents de Gilad Shalit, mais évidemment pas ceux de Salah Hamouri, un citoyen français emprisonné depuis plus de quatre ans par les autorités israéliennes. Pendant ce temps, selon une dépêche de l’AFP du 18 novembre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel se penchait sur les déclarations de François Cluzet concernant Hamouri. « Le groupe de travail de déontologie du CSA examine actuellement les propos de M. Cluzet. Une décision devrait intervenir lors d’une plénière du CSA, dont la date n’est pas encore fixée. Traditionnellement, les problèmes de déontologie se solvent par une simple lettre d’avertissement ou une mise en demeure ou une sanction financière et, dans les cas les plus extrêmes, par un retrait de fréquence. France 2 va diffuser un reportage sur l’affaire Salah Hamouri dans le cadre de l’émission “13H15” dimanche 22 novembre, a précisé la chaîne à l’AFP. »
Alain Gresh, Le Monde Diplomatique
jeudi 26 novembre 2009
L'incroyable histoire de Monsieur SARKO - La fabrication du Président Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy. Né en 1955, il est le fils d'un noble hongrois, Pal Sarkösy de Nagy-Bocsa, réfugié en France après avoir fui l'Armée rouge, et d'Andrée Mallah, une juive originaire de Thessalonique.
Après avoir eu trois enfants (Guillaume, Nicolas et François), le couple divorce. Pal Sarkösy de Nagy-Bocsa se remarie avec une aristocrate, Christine de Ganay, dont il aura deux enfants
> > > (Pierre-Olivier et Caroline). Nicolas ne sera pas élevé par ses seuls parents, mais balloté dans cette famille recomposée.
Sa mère est devenue la secrétaire d'Achille Peretti. Après avoirco-fondé le SAC, le garde du corps de De Gaulle avait poursuivi une brillante carrière politique. Il avait été élu député et maire de Neuilly-sur-Seine, la plus riche banlieue résidentielle de la capitale, puis président de l'Assemblée nationale.
Malheureusement, en 1972, Achille Peretti est gravement mis en cause.
> > > Aux États-Unis, le magazine Time révèle l'existence d'une organisation criminelle secrète « l'Union corse » qui contrôlerait une grande partie du trafic de stupéfiants entre l'Europe et l'Amérique, la fameuse « French connection » qu' Hollywwod devait porter à l'écran.
> > > S'appuyant sur des auditions parlementaires et sur ses propres investigations, Time cite le nom d'un chef mafieux, Jean Venturi, arrêté quelques années plus tôt au Canada, et qui n'est autre que le délégué commercial de Charles Pasqua pour la société d'alcool Ricard.
> > > On évoque le nom de plusieurs familles qui dirigeraient « l'Union corse », dont les Peretti. Achille nie, mais doit renoncer à la présidence de l'Assemblée Nationale et échappe même à un « suicide ».
En 1977, Pal Sarközy se sépare de sa seconde épouse, Christine de Ganay, laquelle se lie alors avec le n°2 de l'administration centrale du département d'État des États-Unis. Elle l'épouse et s'installe avec lui en Amérique. Le monde étant petit, c'est bien connu, son mari n'est autre que Frank Wisner Jr., fils du précédent. Les fonctions de Junior à la CIA ne sont pas connues, mais il clair qu'il y joue un rôle important. Nicolas, qui reste proche de sa belle-mère, de son demi-frère et de sa demi-sœur, commence à se tourner vers les États-Unis où il « bénéficie » des programmes de formation du département d'État.
À la même période, Nicolas Sarkozy adhère au parti gaulliste. Il y fréquente d'autant plus rapidement Charles Pasqua que celui-ci n'est pas seulement un leader national, mais aussi le responsable de la section départementale des Hauts-de-Seine.
En 1982, Nicolas Sarkozy, ayant terminé ses études de droit et s'étant inscrit au barreau, épouse la nièce d'Achille Peretti. Son témoin de mariage est Charles Pasqua. En tant qu'avocat, Me Sarkozy défend les intérêts des amis corses de ses mentors. Il acquiert une propriété sur l'île de beauté, à Vico, et imagine de corsiser son nom en remplaçant le « y » par un « i » : Sarkozi.
L'année suivante, il est élu maire de Neuilly-sur-Seine en remplacement de son bel-oncle, Achille Peretti, terrassé par une crise cardiaque.
Cependant, Nicolas ne tarde pas à trahir sa femme et, dès 1984, il poursuit une liaison cachée avec Cécilia, l'épouse du plus célèbre animateur de télévision français de l'époque, Jacques Martin, dont il a fait la connaissance en célébrant leur mariage en qualité de maire de Neuilly. Cette double vie dure cinq ans, avant que les amants ne quittent leurs conjoints respectifs pour construire un nouveau foyer.
Nicolas est le témoin de mariage, en 1992, de la fille de Jacques Chirac, Claude, avec un éditorialiste du Figaro. Il ne peut s'empêcher de séduire Claude et de mener une brève relation avec elle, tandis qu'il vit officiellement avec Cécilia. Le mari trompé se suicide en absorbant des drogues. La rupture est brutale et sans retour entre les Chirac et Nicolas Sarkozy.
En 1993, la gauche perd les élections législatives. Le président François Mitterrand refuse de démissionner et entre en cohabitation avec un Premier ministre de droite. Jacques Chirac, qui ambitionne la présidence et pense alors former avec Edouard Balladur un tandem comparable à celui de De Gaulle. Pompidou, refuse d'être à nouveau Premier ministre et laisse la place à son « ami de trente ans », Edouard Balladur. Malgré son passé sulfureux, Charles Pasqua devient ministre de l'Intérieur. S'il conserve la haute main sur la marijuana marocaine, il profite de sa situation pour légaliser ses autres activités en prenant le contrôle des casinos, jeux et courses en
> > > Afrique francophone. Il tisse aussi des liens en Arabie saoudite et en Israël et devient officier d'honneur du Mossad. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est ministre du Budget et porte-parole du gouvernement.
> > >
> > > À Washington, Frank Wisner Jr. a pris la succession de Paul Wolfowitz comme responsable de la planification politique au département de la Défense. Personne ne remarque les liens qui l'unissent au porte-parole du gouvernement français.
C'est alors que reprend au sein du parti gaulliste la tension que l'on avait connu trente ans plus tôt entre les gaullistes historiques et la droite financière, incarnée par Balladur. La nouveauté, c'est que Charles Pasqua, et avec lui le jeune Nicolas Sarkozy, trahissent Jacques Chirac pour se rapprocher du courant Rothschild. Tout dérape. Le conflit atteindra son apogée en 1995 lorsque Édouard Balladur se présentera contre son ex-ami Jacques Chirac à l'élection présidentielle, et sera battu..
Rien ne va plus dans le parti gaulliste où les amis d'hier sont près de s'entretuer. Pour financer sa campagne électorale, Edouard Balladur tente de faire main basse sur la caisse noire du parti gaulliste, cachée dans la double comptabilité du pétrolier Elf. À peine le vieux Étienne Léandri mort, les juges perquisitionnent la société et ses
> > > dirigeants sont incarcérés. Mais Balladur, Pasqua et Sarkozy ne parviendront jamais à récupérer le magot.
La traversée du désert
> > > Tout au long de son premier mandat, Jacques Chirac tient Nicolas Sarkozy à distance. L'homme se fait discret durant cette longue traversée du désert. Discrètement, il continue à nouer des relations dans les cercles financiers. En 1996, Nicolas Sarkozy ayant enfin réussi à clore une procédure de divorce qui n'en finissait pas se marie avec Cécilia. Ils ont pour témoins les deux milliardaires Martin Bouygues et Bernard Arnaud (l'homme le plus riche du pays).
Dernier acte
> > > Bien avant la crise irakienne, Frank Wisner Jr. et ses collègues de la CIA planifient la destruction du courant gaulliste et la montée en puissance de Nicolas Sarkozy. Ils agissent en trois temps : d'abord l'élimination de la direction du parti gaulliste et la prise de contrôle de cet appareil, puis l'élimination du principal rival de droite et l'investiture du parti gaulliste à l'élection présidentielle, enfin l'élimination de tout challenger sérieux à gauche de manière à être certain d'emporter l'élection présidentielle.
Pendant des années, les médias sont tenus en haleine par les révélations posthumes d'un promoteur immobilier. Avant de décéder d'une grave maladie, il a enregistré pour une raison jamais élucidée une confession en vidéo. Pour une raison encore plus obscure, la «cassette » échoue dans les mains d'un hiérarque du Parti socialiste, Dominique Strauss-Khan, qui la fait parvenir indirectement à la presse.
Si les aveux du promoteur ne débouchent sur aucune sanction judiciaire, ils ouvrent une boîte de Pandore. La principale victime des affaires successives sera le Premier ministre Alain Juppé. Pour protéger Chirac, il assume seul toutes les infractions pénales. La mise à l'écart de Juppé laisse la voie libre à Nicolas Sarkozy pour
> > > prendre la direction du parti gaulliste.
Sarkozy exploite alors sa position pour contraindre Jacques Chirac à le reprendre au gouvernement, malgré leur haine réciproque. Il sera en définitive, ministre de l'Intérieur. Erreur ! À ce poste, il contrôle les préfets et le renseignement intérieur qu'il utilise pour noyauter les grandes administrations.
Assassinat du préfet Erignac
> > > Il s'occupe aussi des affaires corses. Le préfet Claude Érignac a été assassiné. Bien qu'il n'ait pas été revendiqué, le meurtre a immédiatement été interprété comme un défi lancé par les indépendantistes à la République. Après une longue traque, la police parvient à arrêter un suspect en fuite, Yvan Colonna, fils d'un député socialiste. Faisant fi de la présomption d'innocence, Nicolas Sarkozy annonce cette interpellation en accusant le suspect d'être l'assassin.
> > > C'est que la nouvelle est trop belle à deux jours du référendum que le ministre de l'Intérieur organise en Corse pour modifier le statut de l'île. Quoi qu'il en soit, les électeurs rejettent le projet Sarkozy qui, selon certains, favorise les intérêts mafieux. Bien qu'Yvan Colonna ait ultérieurement été reconnu coupable, il a toujours clamé
> > > son innocence et aucune preuve matérielle n'a été trouvée contre lui.
> > > Étrangement, l'homme s'est muré dans le silence, préférant être condamné que de révéler ce qu'il sait.
Nous révélons ici que le préfet Érignac n'a pas été tué par des nationalistes, mais abattu par un tueur à gage, Igor Pecatte, immédiatement exfiltré vers l'Angola où il a été engagé à la sécurité du groupe Elf. Le mobile du crime était précisément lié aux fonctions antérieures d'Érignac. Il était responsable des réseaux africains de Charles Pasqua au ministère de la Coopération.
Une nouvelle affaire éclate : de faux listings circulent qui accusent mensongèrement plusieurs personnalités de cacher des comptes bancaires au Luxembourg, chez Clearstream. Parmi les personnalités diffamées : Nicolas Sarkozy.
Il porte plainte et sous-entend que son rival de droite à l'élection présidentielle, le Premier ministre Dominique de Villepin, a organisé cette machination. Il ne cache pas son intention de le faire jeter en prison.
> > > En réalité, les faux listings ont été mis en circulation par des membres de la Fondation franco-américaine, dont John Negroponte était président et dont Frank Wisner Jr. est administrateur.
Ce que les juges ignorent et que nous révélons ici, c'est que les listings ont été fabriqués à Londres par une officine commune de la CIA et du MI6, Hakluyt & Co, dont Frank Wisner Jr. est également administrateur.
Villepin se défend de ce dont on l'accuse, mais il est mis en examen, assigné à résidence et, de facto, écarté provisoirement de la vie politique. La voie est libre à droite pour Nicolas Sarkozy.
Reste à neutraliser les candidatures d'opposition. Les cotisations d'adhésion au parti socialistes sont réduites à un niveau symbolique pour attirer de nouveaux militants. Soudainement des milliers de jeunes prennent leur carte. Parmi eux, au moins dix mille nouveaux adhérents sont en réalité des militants du Parti trotskiste «lambertiste » (du nom de son fondateur Pierre Lambert). Cette petite formation d'extrême gauche s'est historiquement mise au service de la CIA contre les communistes staliniens durant la Guerre froide (Elle est l'équivalent du SD/USA de Max Shatchman, qui a formé les néoconservateurs aux USA). Ce n'est pas la première fois que les «lambertistes » infiltrent le Parti socialiste. Ils y ont notamment placé deux célèbres agents de la CIA : Lionel Jospin (qui est devenu Premier ministre) et Jean-Christophe Cambadélis, le principal conseiller de Dominique Strauss-Kahn.
> > > Des primaires sont organisées au sein du Parti socialiste pour désigner son candidat à l'élection présidentielle. Deux personnalités sont en concurrence : Laurent Fabius et Ségolène Royal. Seul le premier représente un danger pour Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn entre dans la course avec pour mission d'éliminer Fabius au dernier moment. Ce qu'il sera en mesure de faire grâce aux votes des militants « lambertistes » infiltrés, qui portent leurs suffrages non pas sur son nom, mais sur celui de Royal. L'opération est possible parce que Strauss-Kahn, d'origine juive marocaine, est depuis longtemps sur le payroll des États-Unis. Les Français ignorent qu'il donne des cours à Stanford, où il a été embauché par le prévôt de l'université, Condoleezza Rice. Dès sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy et Condoleezza Rice remercieront Strauss-Kahn en le faisant élire à la direction du Fonds monétaire international.
> > >
> > > Premiers jours à l'Élysée
> > > Le soir du second tour de l'élection présidentielle, lorsque les instituts de sondages annoncent sa victoire probable, Nicolas Sarkozy prononce un bref discours à la nation depuis son QG de campagne. Puis,
> > > contrairement à tous les usages, il ne va pas faire la fête avec les militants de son parti, mais il se rend au Fouquet's. La célèbre brasserie des Champs-Élysées, qui était jadis le rendez-vous de « l'Union corse » est aujourd'hui la propriété du casinotier Dominique Desseigne.
Il a été mis à disposition du président élu pour y recevoir ses amis et les principaux donateurs de sa campagne. Une centaine d'invités s'y bousculent, les hommes les plus riches de France y côtoient les patrons de casinos.
> > > Puis le président élu s'offre quelques jours de repos bien mérités.
> > > Conduit en Falcon-900 privé à Malte, il s'y repose sur le « Paloma », le yacht de 65 mètres de son ami Vincent Bolloré, un milliardaire formé à la Banque Rothschild.
> > > Enfin, Nicolas Sarkozy est investi président de la République française.
Le premier décret qu'il signe n'est pas pour proclamer une amnistie, mais pour autoriser les casinos de ses amis Desseigne et Partouche à multiplier les machines à sous.
> > > Il forme son équipe de travail et son gouvernement. Sans surprise, on y retrouve un bien trouble propriétaire de casinos (le ministre de la Jeunesse et des Sports) et le lobbyiste des casinos de l'ami Desseigne
> > > (qui devient porte-parole du parti « gaulliste »).
Nicolas Sarkozy s'appuie avant tout sur quatre hommes : Claude Guéant, secrétaire général du palais de l'Élysée. C'est l'ancien bras droit de Charles Pasqua. François Pérol ( qui vient de prendre du galon) , secrétaire général adjoint de l'Élysée. C'est un associé-gérant de la Banque Rothschild. Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique, fils de l'ancien directeur de l'Agence juive. Ambassadeur de France à l'ONU, il fut relevé de ses fonctions par Chirac qui le jugeait trop proche de George Bush. Alain Bauer, l'homme de l'ombre. Son nom n'apparaît pas dans les annuaires. Il est chargé des services de renseignement. Petit-fils du Grand rabbin de Lyon, ancien Grand-Maître du Grand Orient de France (la principale obédience maçonnique française) et ancien n°2 de la National Security Agency états-unienne en Europe, et surtout grand escroc sous couvert d‘ «expert » en sécurité !
Frank Wisner Jr., qui a été nommé entre temps envoyé spécial du président Bush pour l'indépendance du Kosovo, insiste pour que Bernard Kouchner soit nommé ministre des Affaires étrangères avec une double mission prioritaire : l'indépendance du Kosovo et la liquidation de la politique arabe de la France.
> > > Kouchner, un juif d'origine balte, a débuté sa carrière en participant à la création d'une ONG humanitaire. Grâce aux financements de la National Endowment for Democracy, il a participé aux opérations de Zbigniew Brzezinski en Afghanistan, aux côtés d'Oussama Ben Laden et des frères Karzaï contre les Soviétiques. On le retrouve dans les
> > > années 90 auprès d'Alija Izetbegoviç en Bosnie-Herzégovine. De 1999 à 2001, il a été Haut représentant de l'ONU au Kosovo.
> > > Sous le contrôle du frère cadet du président Hamid Karzaï,l'Afghanistan est devenu le premier producteur mondial de pavot. Le suc est transformé sur place en héroïne et transporté par l'US Air Force à Camp Bondsteed (Kosovo). Là, la drogue est prise en charge par les hommes d'Haçim Thaçi qui l'écoulent principalement en Europe et accessoirement aux États-Unis. Les bénéfices sont utilisés pour financer les opérations illégales de la CIA. Karzaï et Thaçi sont des amis personnels de longue date de Bernard Kouchner, qui certainement
> > > ignore leurs activités criminelles malgré les rapports internationaux qui y ont été consacrés.
Pour complèter son gouvernement, Nicolas Sarkozy nomme Christine Lagarde, ministre de l'Économie et des Finances. Elle a fait toute sa carrière aux États-Unis où elle a dirigé le prestigieux cabinet de juristes Baker & McKenzie.
> > > Au sein du Center for International & Strategic Studies de Dick Cheney, elle a co-présidé avec Zbigniew Brzezinski un groupe de travail qui a supervisé les privatisations en Pologne. Elle a organisé un intense lobying pour le compte de Lockheed Martin contre l'avionneur français Dassault.
> > > Nouvelle escapade durant l'été. Nicolas, Cécilia, leur maitresse commune et leurs enfants se font offrir des vacances états-uniennes à Wolfenboroo, non loin de la propriété du président Bush. La facture, cette fois, est payée par Robert F. Agostinelli, un banquier d'affaires italo-new-yorkais, sioniste et néo-conservateur pur sucre qui s'exprime dans Commentary, la revue de l'American Jewish Committee.
La réussite de Nicolas rejaillit sur son demi-frère Pierre-Olivier.
> > > Sous le nom américanisé « d'Oliver », il est nommé par Frank Carlucci (qui fut le n°2 de la CIA après avoir été recruté par Frank Wisner Sr.) directeur d'un nouveau fonds de placement du Carlyle Group (la société commune de gestion de portefeuille des Bush et des Ben Laden).
> > > Devenu le 5e noueur de deals dans le monde, il gère les principaux avoirs des fonds souverains du Koweit et de Singapour.
La côte de popularité du président est en chute libre dans les sondages. L'un de ses conseillers en communication, Jacques Séguéla, préconise de détourner l'attention du public avec de nouvelles «people stories ». L'annonce du divorce avec Cécilia est publiée par Libération, le journal de son ami Edouard de Rothschild, pour couvrir les slogans des manifestants un jour de grève générale. Plus fort encore, le communiquant aidé de Pierre Bergé, organise une rencontre avec l'artiste et ex-mannequin, Carla Bruni. Quelques jours plus tard, sa liaison avec le président est officialisée et le battage médiatique couvre à nouveau les critiques politiques. Quelques semaines encore et c'est le troisième mariage de Nicolas. Cette fois, il choisit comme témoins Mathilde Agostinelli (l'épouse de Robert) et Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur devenu associé-gérant chez Rothschild.
À petit feu ou plus brutalement, la prison tue
Lu sur le Post : "Début novembre, l’association pour le respect des proches de personnes incarcérées (ARPPI) a mené une série d’actions contre l’univers carcéral. Un reportage retrace l’événement. Pas vu à la télé !
Que se passe-t-il dans les « poubelles de la France », comme les appelait De Gaulle ? Eh bien, dans les prisons, la situation est insoutenable. De Paris à Marseille en passant par Toulouse, Saint-Etienne, Lyon, Valence, Grenoble, Châlons-sur-Saône…, des débats, des projections, des concerts, des manifs ont dénoncé les rouages assassins de la machine pénitentiaire et judiciaire.
En lien avec de nombreux collectifs, associations, familles et individus, l’ARPPI veut interpeller ce Peuple Français au nom duquel les tribunaux condamnent à des peines qui surfent sur l'inconscient collectif pour fabriquer à la demande des croquemitaines, des ogres ou des monstres. L’immense majorité des personnes incarcérées, prévenues ou condamnées n’a pourtant rien à voir avec Hannibal Lecter !
« Un homme, une femme, un enfant incarcéré est avant tout le survivant d’un long laminoir né de l’indifférence de chacun, soutient l’ARPPI. Un laminoir au bout duquel, ses proches, famille et amis, sont happés par les tentacules de la prison au cœur même des familles qui se retrouvent plongées, du simple fait d’aimer ou d'assister leur conjoint (ami, frère, sœur, père, mère incarcéré), dans un contexte de semi-liberté. Le corps en liberté, mais l'esprit en prison. La prison se partage en famille à part égale lorsque l’un de ses membres est touché. »
L’ARPPI en appelle à l’intelligence humaine pour en finir avec les longues peines, « mort lente par pourrissement », avec tout ce qui tue brutalement ou à petit feu. Finissons-en avec l’idéologie carcérale et avec les machines à broyer.
La suite en images :
Dans le sillage des actions de l’ARPPI contre les longues peines et les mitards, pour la libération des malades, des handicapés..., une déambulation est organisée par un collectif anti-carcéral à Toulouse le samedi 21 novembre. Rendez-vous devant la prison Saint-Michel à 14h. Un rassemblement-concert est également annoncé devant la prison de Muret, à 17h30.
Plus d’informations sur le site de l’ARPPI : http://www.arppi.info/
Et sur le site du journal L’Envolée : http://lejournalenvolee.free.fr/
Pacomercredi 25 novembre 2009
OBÉISSANT BESSON !
J’AIME QUANT À MOI, je l’avoue, de Maurice d’Éric Besson, du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, non seulement son avenant abord, mais, de surcroît, cette façon qu’il a de très souplement se plier, sans se laisser emmerder par les convenances droits-de-l’hommistes, aux injonctions de sa hiérarchie.
Le chef de l’État français lui ordonne de bouter chaque année 26 000 sans-papiers ? Le gars les boute, d’enthousiasme, et se frotte les mains quand il arrive à en chartériser quelques-un(e)s de plus, genre, téma, chef, comment que j’ai même devancé vos plus âpres désirs, téma comment que j’ai scoré : j’en ai lourdé trois de plus que vous n’exigiez, nach Kaboul.
Le chef de l’État français lui commande itou –avant que d’invoquer rituellement « la terre », comme aimait aussi faire un sien (lointain) prédécesseur– un débat sur l’identité nationale ? Dans l’instant, le fidèle Besson balance un débat sur l’identité nationale – sous les applaudissements nourris d’un burlesque barbichu de presse : Laurent Joffrin, of course.
En cela, Maurice Éric Besson est bel et bien représentatif d’un aspect de notre identité et de notre mémoire nationales (non forcément le plus ravissant, mais à l’impossible nul(le) n’est tenu(e)) : l’obéissance aux ordres venus de la chefferie de l’État français. Leur scrupuleuse exécution, quand ces ordres sont de rafler des pas- Françai(se)s, afin que de les regrouper dans des centres, puis que de les convoyer vers des ailleurs de cauchemar, pleins de bruit et de fureur.
En cela, disais-je : Maurice Éric Besson tient son rang, de son plein gré – et avec même, dirai-je, une forme d’arrogance – au sein d’une looooongue lignée de zélés serviteurs de l’État français, reconnaissables dans l’Histoire à leur crâne refus de se laisser détourner de l’accomplissement de leur mission par des considérations humanistes qui, certes, font très joli sur le papier, hein,mâme Dupont ? Mais qui, pour ce qu’on en sait, ne remplissent pas les wagons navions. (Alors moi je veux bien tout ce qu’on veut, mâme Dupont, mais si y avait pas des gens comme nous, est-ce qu’on tiendrait le rythme ? Est-ce qu’on arriverait à lourder 26 000 gueux l’an ? Vous savez bien que non. Dès lors, siouplé : un peu de respect.) Si j’étais bouddhiste, et si par conséquent je croyais à la réincarnation ? Je supposerais que ce mec-là se mitonne depuis quelques mois un karma aux petits oignons, du genre qui te fait renaître sous la forme effilée d’un ver solitaire au fond du côlon d’un chacal – histoire de voir ce que ça fait, d’être parqué pour de bon dans un espace de rétention.
Article publié dans CQFD N°72, novembre 2009, actuellement en kiosques.
« VIVE LE FEU ! » - Affable chronique des temps sarkoziques de Sébastien FONTENELLE
dimanche 22 novembre 2009
LES VOIES IMPÉNÉTRABLES DE LA CIVILISATION
Calais, 22 septembre : démantèlement de « la jungle » annoncé par Monsieur Immigration-Désintégration. Quand notre correspondante arrive, ce n’est déjà plus qu’un terrain vague où trois bulldozers finissent d’arracher arbres, bâches et autres affaires humaines. « Pour rendre le terrain à son état naturel », selon Besson… Le lendemain soir, les visages excédés se dérobent aux caméras, la nervosité est palpable. Et pourtant de la vie, des rires… À croire que la barbarie des gouvernements ne viendra jamais à bout de ceux qui font exploser les frontières. Salman, réfugié politique en France,a accompagné son petit frère : « Un oncle lui a payé le passage. » Et lui ? « Je suis pachtoun. J’étais joueur de cricket et je suis venu avec l’équipe en Europe. Je me suis échappé, j’ai vécu en Hollande. » En plus du pachtou, ourdou, dari, hindi, il parle bien le néerlandais. Et la France ? « Les Français sont gentils… » Ah… Et l’Afghanistan ? « Avant, la vie était facile… » Avant quoi ? Les Soviétiques, les talibans, l’OTAN… ? Il reste vague. « Le problème, c’est qu’il y a trop de pétrole, trop de pavot, trop de pierres précieuses… » On n’est pas un pays plein de ressources impunément… Sur les docks, on trouve un peu du monde entier : des Soudanais, des Tunisiens, des Palestiniens. Vers minuit, deux activistes no-border déboulent. La police est passée à l’acte : arrestations, menaces, des fachos ou des flics en civil ont gazé le squat des Érythréens. Nous voilà sous les ponts : quatre Afghans ramassés d’un côté, trois Irakiens de l’autre, au hasard… Des enfants sortent de l’ombre :10 et 12 ans, les yeux cernés, le visage tendu. Comment sont-ils arrivés là ? Leurs compagnons sont un peu éméchés. « Ils ont fait le voyage en trois jours, les talibans ont coupé la tête de leurs parents », rigole l’un, tandis qu’un autre affirme que leur père les attend à Londres… On leur donne des couvertures, on leur dit de faire attention. « À quoi ? Si la police est déjà passée… » À ne pas tomber dans le canal. À l’aube, quelques militants traversent la ville avec du thé chaud. Je vais chez les Soudanais, intouchables : ils sont sur un terrain privé, pour l’instant le proprio ne porte pas plainte, une aubaine. Quelques hommes autour du feu réchauffent des frites surgelées. Le campement se dessine dans le petit jour : une tente multicolore peuplée d’absences (ils cavalent la nuit durant derrière leur « passage »), au bord des rails. De l’autre côté, un sentier où passent les enfants du coin pour aller à l’école, sans même avoir peur… Un homme du Darfour raconte : « J’avais presque fini mes études d’ingénieur… J’ai été arrêté et placé dans un camp parce que j’étais communiste. On nous battait.J’ai réussi à m’enfuir. » À évoquer ces souvenirs, la douleur des côtes cassées se réveille. « En Libye, j’ai payé un passage depuis Zouara jusqu’à Marseille, comme tous ici. » Et puis Marseille-Calais. À ma droite, un monsieur silencieux : visage de marbre noir et mains pansées, béquilles : « Il s’est arraché les mains en tombant d’un train. » Tous les moyens sont bons : trains de fret, Eurostar jusqu’au tunnel, camions où il faut grimper au moment d’un virage, dix secondes : le temps de l’angle mort. Dans l’après-midi de ce 24 septembre, Besson revient, escorté de TF1. Il va à la PAF s’émerveiller du bon déroulement de l’opération. Les premiers migrants libérés des CRA sont de retour eux aussi. Et maintenant… ? Des couvertures, des chaussures, l’Angleterre encore et toujours, en attendant les charters vers l’Afghanistan qui décolleront bientôt, les derniers scrupules de l’Europe de Vichy ne sauraient durer. Un Pachtoun est ravi d’apprendre qu’étant fille de musulman je peux l’épouser. Il demande : « Tu veux pas retourner avec moi en Afghanistan ? » Drôle de question, à quelques nuits clandestines de l’Eldorado, à quelques vies de son pays… À croire que l’Europe commence vraiment à le dégoûter. Article publié dans CQFD N°71, octobre 2009.
OMME SI TOUT BOSQUET était à l’origine un parking… « Ils ont détruit la mosquée, l’épicerie », me souffle une militante vue à la télé – image choc de sa séparation d’avec le jeune Afghan qu’elle protégeait. Les journaleux descendus de l’hélico derrière Éric Besson étaient venus pour ça.Et maintenant ? La question est sur toutes les lèvres.Maintenant, la « présence massive » des CRS assure la sécurité des pelleteuses, certains migrants sont entassés dans des bus aux destinations inconnues, d’autres continuent à errer…
À la distribution du dîner par l’association Salam, il y a moindre affluence :une petite centaine de « migrants », surtout afghans, dont certains arrêtés le matin même : « On a dit qu’on avait la gale, ils ont eu peur, ils nous ont envoyés à l’hôpital, d’où on s’est tirés. » Galeux mais libres. On se marre, ils en ont vu d’autres… Fuyant les Talibans et l’OTAN venue les sauver à coup de bombes, d’abord vers n’importe quel pays européen, puis cap sur l’Angleterre. Pourquoi l’Angleterre ? Ahmad : « J’ai un ami qui a été placé en centre d’accueil, on lui a donné de l’argent jusqu’à ce qu’il trouve un travail… » Un autre : « J’ai de la famille qui peut m’accueillir, ils sont arrivés en 2002, quand c’était encore facile de passer… »
Facile… Il faut bien aller quelque part. L’Angleterre reste le paradis où l’on n’est pas contrôlé, où le travail ultraprécaire abonde. Apprenant que leur jungle a disparu, ils restent perplexes. « They destroyed the jungle but they haven’t destroyed the Afghani… » L’obstination des journalistes à filmer jusqu’aux miettes de leur repas leur donne quelque espoir… En attendant, ils n’ont même plus où dormir. Ça doit remplir l’objectif de Besson : « Apporter une aide humanitaire aux migrants les plus fragiles »…
Une pétition pour "décriminaliser" les putes
Nous vivons dans un pays où, officiellement, nous sommes libres de disposer de nos corps. Dans la réalité, c’est interdit. Les lois qui soi-disant protègent les prostitué(e)s ne font que rendre leur vie impossible. Le mois dernier, une escorte s’est fait arrêter. Son seul crime: elle possédait un site internet.
“Arrêtez de criminaliser les travailleur(se)s du sexe !”. Le Strass (Syndicat du travail sexuel) lance une pétition contre les lois “hypocrites” notamment mises en place par Sarkozy.
vendredi 20 novembre 2009
France : régression pour le droit à l'IVG
Trente-quatre ans après le vote de la loi Veil, les fermetures de centres IVG se multiplient en France dans un contexte de recul idéologique inquiétant.
Témoignages de deux femmes qui ont vécu une expérience difficile.
Elle a été « révoltée » et même « horrifiée » par l’accueil à l’hôpital. Mathilde [1], vingt-quatre ans, a subi un avortement il y a deux ans dans un hôpital de province. Son expérience illustre, trente-quatre ans après l’adoption de la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), toute la fragilité de cet acquis. Aujourd’hui menacé par les restrictions budgétaires et un retour insidieux de l’ordre moral. Á l’époque, le corps de Mathilde lui avait fait « une entourloupe ». Tombée enceinte sans l’avoir désiré, sa décision d’avoir recours à une IVG ne lui a posé aucune difficulté. Son parcours pour la mener à bien, beaucoup plus. « C’est un droit mais beaucoup de gens essayent de nous faire changer d’avis », résume-t-elle.
Tout commence sur Internet, dans les forums féminins vampirisés par les lobbies anti-avortement. « Ils essayent de dissuader celles qui viennent demander conseil pour avorter avec des réponses assez dures. » Mathilde, elle, a pris sa décision. Un tour par le planning familial, puis au bout de deux semaines, arrive le jour de son intervention. Là, surprise. L’ambiance à cet étage de l’hôpital est tout sauf rassurante. Sol dégoûtant, peinture écaillée et, surtout, un personnel désinvesti, voire désagréable. « Ils étaient indifférents, avec l’air de penser que les femmes font ça avec désinvolture. » Comble du mépris, on place Mathilde dans une pièce d’ou elle entend distinctement les cris des femmes qui accouchent… Des minutes insupportables. « Un médecin s’est même permis de montrer l’échographie du fœtus. Une image qui a profondément choqué mon compagnon. »
Les années ont passé, mais Mathilde conserve « une trouille bleue » que ça lui arrive à nouveau. « Je vérifie cinq fois par jour que j’ai bien pris ma pilule, quitte à me relever la nuit. » Elle le sait : son témoignage ressemble à d’autres, symboles de la difficulté de reconnaître l’avortement comme un acte médical classique. Pour preuve, en cas d’IVG, le curetage est trois fois moins payé pour le praticien qu’en cas de fausse couche. Pas de quoi motiver une jeune génération de médecins qui n’a pas été sensibilisée par les luttes de la loi Veil.
Élodie, elle, ne s’est pas rendue à l’hôpital. Mais elle a ressenti le même malaise lorsqu’elle entrée dans le cabinet de sa gynécologue pour demander une pilule abortive. « Elle a été plus que limite. Quand elle a vu la nationalité de mon compagnon, j’ai même eu droit à un : “Et, en plus, c’est un étranger”. Odieux. Elle ne m’a rien expliqué de cette pilule. Elle s’est juste contentée de me la donner avec un verre d’eau en me disant de revenir dans deux jours. Comme si c’était honteux ! »
Évidemment, ces témoignages ne valent pas généralité. Mais cette défiance larvée à l’égard de l’avortement ne peut qu’inquiéter. Surtout dans un contexte ou le discours politique exalte la « famille traditionnelle » et reste indifférent aux fermetures de plusieurs unités d’IVG dans les hôpitaux publics. Á Paris, trois centres (Broussais, Tenon et Jean-Rostand) ont dû mettre la clé sous la porte, alors qu’ils assuraient le quart des IVG d’Île-de-France.
Professionnels et militants sont inquiets. « L’avortement, c’est la dernière roue du carrosse », tempête Christophe Prudhomme (CGT), urgentiste à l’hôpital Avicenne ou l’unité IVG est elle aussi menacée. « On profite des regroupements d’hôpitaux pour rogner sur les droits des femmes », résume, de son côté, Jean-Marie Sala (SUD santé-sociaux). Et de rappeler que ce service concerne souvent des femmes de milieux défavorisés qui n’ont pas les moyens de s’offrir une place en clinique.
Cécile Rousseau‚ et Anne Roy, l'Humanité
Le collectif unitaire du 20e arrondissement de Paris organise une marche qui partira ce samedi à 10 h 30 de l’hôpital Trousseau.
Notes :
[1] Les prénoms ont été modifiés
jeudi 19 novembre 2009
La fracture sociale de la « mobilité
M. Christian Blanc, secrétaire d’Etat chargé du développement de la Région capitale, a comme grand projet un métro automatique ultra rapide reliant les aéroports parisiens Roissy et Orly au centre de Paris. Une fois encore, les responsables politiques privilégient les cadres dynamiques des multinationales et les passagers VIP par rapport aux autres salariés et habitants : car, pour l’instant, rien n’est fixé concernant les déplacements de banlieue à banlieue. Pourtant, aujourd’hui, l’exigence de mobilité dans le monde du travail et l’étalement des emplois dans les agglomérations pénalisent doublement les classes populaires. Une situation d’autant plus paradoxale pour le département de Seine-Saint-Denis qui concentre quartiers en difficulté sociale et zones économiques engagées dans la compétition économique mondiale.
Inexorablement, les agglomérations s’étendent et les distances de trajet augmentent. En 1960, un actif parcourait trois kilomètres par jour en moyenne. En 1975, il en parcourait vingt. Aujourd’hui il en sillonne près du double. Et désormais, seul un actif sur quatre travaille dans la commune où il habite.
Avec la délocalisation des entreprises loin des centres urbains, les salariés ont à parcourir des distances de plus en plus importantes pour se rendre sur leur lieu de travail. Parallèlement, les temps partiels, les CDD et l’intérim se multiplient, les horaires sont éclatés avec le travail de nuit, ou le dimanche. Au gré de ses missions, un intérimaire peut travailler d’une semaine sur l’autre à deux extrémités d’une ville ou d’un département. Et, au final, les précaires et les chômeurs sont les premiers pénalisés par ce double éclatement.
Le permis de conduire : sésame obligatoire
« Du fait des horaires décalés, et du manque de transports en commun, avoir le permis B est un prérequis absolu pour les employeurs de Roissy, y compris sur des métiers où il n’est pas nécessaire de savoir conduire une voiture… constate Chantale Rivet, responsable pédagogique au centre de formation Camas à Tremblay-en-France. Résultat, n’ayant pas le permis, et encore moins la voiture, plein de jeunes sont de fait exclus. Alors que plusieurs dizaines de milliers d’emplois de premier niveau sont proposés à Roissy, on refuse des milliers de candidature à cause de ça ».
L’aéroport Roissy-Charles De Gaulle et sa zone d’activité constituent en effet le deuxième pôle d’emploi de l’Ile-de-France, après la Défense : 100 000 emplois en tout. Et avec 3 000 emplois créés en 2003, c’était l’un des plus dynamiques avant la crise. « Or, nous travaillons avec une population qui a rarement la possibilité de se payer un permis B. A Tremblay, on subit les nuisances de l’aéroport, sans bénéficier des avantages ». Et si le permis est un sésame obligatoire pour travailler à Roissy, c’est que l’offre de transports publics est inadaptée.
En effet, l’activité du fret, avec des rotations d’avions cargo, est concentrée la nuit. Résultat, 20 % des salariés de Roissy travaillent entre minuit et 4 heures du matin. 8 000 salariés arrivent à 5 heures du matin, et près de 6 000 à 7 heures. Ce qui n’empêche pas le service de bus de fonctionner principalement entre 7 heures et 9 heures… Sans compter qu’après 20 heures, de nombreux quartiers ne sont pas desservis car, suite à des agressions, certains chauffeurs refusent de « s’y risquer ».
Il est donc loin le temps où les entreprises assuraient d’elles-mêmes le ramassage de leurs ouvriers. « Pourquoi les entreprises ne seraient-elles pas capables d’assumer des services de bus ? », se demande Chantale Rivet. Et même si les questions de discrimination sont également à prendre en compte, seuls 19 % des salariés du pôle d’emploi de Roissy viennent de Seine-Saint-Denis.
Injonctions à la mobilité
Les problèmes de « mobilité » jouent ainsi comme un démultiplicateur d’inégalités : « Parce que la capacité de mobilité, et le plus souvent de mobilité autonome via l’automobile, est devenue une norme sociale, un prérequis, au même titre que lire, écrire ou compter, elle tend à marginaliser ceux que la vie a le moins bien dotés en capacités de mobilité », analyse Jean-Pierre Orfeuil, professeur à l’Institut d’Urbanisme de Paris.
Dans les « zones urbaines sensibles », la durée moyenne de chômage est diminuée d’un quart pour ceux qui ont le permis de conduire. Car, depuis trente ans, les usines qui étaient installées à côté de ces « grands ensembles » ont fermé les unes après les autres. Et aujourd’hui, la variation des lieux d’emploi au cours d’une carrière professionnelle oblige de plus en plus à l’expérience de la mobilité. Autrement dit, l’entreprise qui déménage demande à ses ouvriers de la suivre. « Et ce n’est pas qu’une question de transport, estime le sociologue Eric le Breton. Or, longtemps, l’enjeu de la mobilité n’a été traité que sur le mode des équipements de réseaux routiers et ferré, public ou individuel. C’est très loin de suffire. »
De fait, ces injonctions à la mobilité expriment aussi la volonté d’adapter la population active à la demande d’un appareil productif sans cesse plus flexible. Et dans ce nouveau jeu, il y a rapidement des gagnants et des perdants. En Ile-de-France, les emplois des cadres sont plus centraux (11 km du centre de Paris), et par conséquent plus concentrés que ceux des employés (13 km) ou des ouvriers (17 km). Dans son étude sur les disparités socio-spatiales d’accès au marché de l’emploi en Ile-de-France, Sandrine Wenglenski, maître de conférences à l’université Paris-Est de Marne-la-Vallée, montre qu’un cadre résidant à Paris intra muros accède en moyenne, en une heure de déplacement, à 82 % de l’emploi cadre francilien, contre 75 % de l’emploi régional pour un employé, et 67 % de pour un ouvrier.
« Au delà de la pratique habituelle de déplacement de ceux qui occupent un emploi, c’est le potentiel de mobilité de ceux qui perdraient leur emploi, l’ont perdu ou voudraient en changer qui distingue le plus les actifs », analyse Sandrine Wenglenski. Et ceux qui sont les plus mal lotis sont les habitants des zones périurbaines (notamment les quartiers pavillonnaires qui ont poussé comme des champignons ces dernières années), car extrêmement dépendants de la voiture. Ces personnes peuvent être actuellement dans une situation acceptable par rapport à leur emploi, mais ne disposent, pour de pures raisons spatiales, que de réserves très maigres d’emplois de remplacement. Pour les plus modestes d’entre-eux, il suffit d’une rupture (licenciement, divorce…) pour que la spirale d’exclusion se mette en place.
Sentiment d’illégitimité
L’aptitude à la mobilité n’est donc plus seulement une conséquence du niveau de vie, mais devient une condition de l’accès à l’emploi, et aux ressources urbaines. Résultat, en plus de traduire des inégalités, le type ou le défaut de mobilité peuvent conduire à leur reproduction. D’autant plus qu’il existe un réel sentiment d’illégitimité à occuper un espace non familier et à le parcourir. Les lieux de transit sont propices à l’expression de l’insécurité sociale. Et quand on ne sait pas lire un plan de métro ou qu’on n’a pas de voiture, on se satisfait rapidement des ressources de proximité, accessibles à pied.
Les communes de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil se situent à 15 kilomètres de Roissy. Or, le taux d’utilisation des transports en commun y est le plus faible du département 46,1 % contre 50,2 % en Seine-Saint-Denis. En général, parmi les personnes que leurs conditions économiques rendent éligibles aux tarifs privilégiés qui se développent localement, on évalue à la moitié ceux qui y recourent effectivement.
« Il est nécessaire de prendre en compte la dimension globale de la mobilité, car celle-ci est autant culturelle que logistique, explique Esther Dubois, directrice mobilité et prospective de la Communauté d’agglomération de Clichy-sous-Bois/Montfermeil. Nous n’avons pas seulement pris en compte les déplacements de travail, et nous avons réalisé une enquête auprès de 900 collégiens, à propos notamment de leurs activités extra-scolaires… Et nous nous sommes aperçus qu’à force d’attente, un mécanisme d’auto-exclusion s’installait. » Pour donner accès aux gens à cette logique de mobilité, pour qu’ils s’approprient leur territoire, Clichy-sous-Bois et Montfermeil ont ainsi organisé des ateliers auprès de la population, et mis en place une carte expérimentale de bassin de vie.
Reste que dans ces deux villes, la pénurie de transport est criante : le réseau de bus est totalement inadapté, et le RER difficilement accessible. Le temps moyen pour rallier le centre de Paris est de 1 heure 30. « Et quand il faut entre 3 heures et 5 heures aller-retour pour faire des services de 2 heures à 3 heures à Roissy, les gens se découragent », raconte Esther Dubois. C’est pourquoi des liaisons directes avec Roissy et les gares sont prévues. Dans le cadre du plan « Espoir Banlieue », qui vise notamment à désenclaver « les quartiers » (1), le gouvernement a annoncé que le plateau de Clichy-sous-Bois-Monterfermeil sera relié à une nouvelle ligne de tramway évaluée à 150 millions d’euros (50 % Etat / 50 % région). Mais ce projet n’est programmé qu’à l’horizon de 2016 !
Trajets de banlieue à banlieue
Or, le temps presse : par rapport aux autres pays européens, la France dispose d’une desserte en transport public particulièrement modeste (22 % des Français sont sans accès aux transports publics, contre 13 % dans les pays nordiques, et 15% en Grande-Bretagne). En Ile-de-France, alors que 70% des trajets se font de banlieue à banlieue, il est urgent que des programmes s’engagent. Car pour « rétablir l’équilibre » à l’égard des quartiers populaires, une offre plus élevée et surtout plus diversifiée, dans l’espace et dans le temps, est indispensable.
« En Ile-de-France, la carte des réseaux de transports collectifs recoupe largement la carte des zones les plus riches. La concentration de l’emploi au centre, bien desservi par des moyens de transports rapides, économiques, est préférable même pour les résidents en périphérie », estime de son côté Laurent Davezies, spécialiste en développement territorial. Pour le chercheur, la solution passe donc par l’arrêt de l’étalement des emplois. Car, entre 1975 et 1999, Paris a perdu 300 000 emplois, et a continué à en perdre entre 2001 et 2005 (- 5,3 %). En attendant, le réseau francilien de transport public est totalement saturé.
La ligne 13 du métro en est le parfait symbole : 555 000 voyageurs par jour, 24 000 voyageurs aux heures de pointe, et un taux de charge record de 116 % (soit plus de quatre personnes au mètre carré). En 1989 déjà, les autorités annonçaient le dédoublement de la ligne. Près de vingt ans plus tard, rien n’a été fait.
Le métro automatique du « Grand Paris »
Depuis que le président de la République a évoqué un « Grand Paris » dans son « discours de Roissy » de juin 2007, M. Christian Blanc, le secrétaire d’Etat chargé du développement de la Région capitale a le projet de lancer une ligne de métro automatique reliant les aéroports parisiens à différents « pôles » d’activité de la métropole parisienne : la Défense, Saclay, le centre de Paris…
Mais ce plan transport de l’Etat qui cherche à desservir de manière express les pôles régionaux ne pose pas la question de l’accès à ce réseau des populations traversées. Le risque est pourtant grand que ce soient les personnes qui bénéficient déjà des transports en commun qui voient leur accessibilité améliorée, quand les habitants actuellement non desservis par les modes lourds sentiront seulement les métros passer sous leurs pieds.
M. Blanc annonce en effet une double boucle de 130 kilomètres de long, comptant quarante stations, soit une station tous les trois à quatre kilomètres, pour atteindre une vitesse moyenne de 60 km/h. Résultat, sur le plan urbain, les effets induits par une rocade express seront concentrés sur les seuls pôles de développement identifiés. Ceci aura pour effets :
— une flambée des prix du foncier des sites concernés et l’obligation de réaliser des opérations à haut rendement financier (tertiaire, logement de standing) pour rendre viables les opérations. Quid du logement social ? Du logement étudiant ? Des activités artisanales ? Des équipements publics ?
— la concentration des flux domicile-travail vers ces quelques pôles à l’image de ce qui se produit aujourd’hui vers la Défense avec la saturation du RER A et du RER E, et donc une disqualification de l’usage des transports en commun ;
— le creusement des inégalités avec l’oubli total des territoires traversés (sans arrêts) qui ne pourront pas mettre en place une politique de renouvellement urbain crédible, et dont les populations déjà lésées le seront encore plus après la mise en service de la rocade.
« Faire vite » ou « faire ville » ?
A moins qu’un système de rabattement complet et efficace sur ces fameuses stations (bus à haut niveau de service, tramway) soit mis en place. M. Christian Blanc aurait d’ailleurs l’idée de confier cette mission aux collectivités territoriales… Mais, du côté de l’Etat, aucun financement n’a été prévu.
Des solutions alternatives existent pourtant : en 2010, un grand débat public commencera ainsi sur le projet « Arc Express » (une rocade de métro en proche couronne parisienne, maillant l’ensemble des lignes de transports collectifs existantes) porté par le syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF). Dans cette perspective, les collectivités locales du Val-de-Marne, réunies au sein de l’association « Orbival, un métro pour la banlieue », portent également un projet de métro, baptisé Orbival, reliant toutes les lignes de métro et de RER existantes et desservant les quartiers aujourd’hui oubliés des transports en commun.
Une personne responsable du projet nous en explique la teneur : « Le projet de Christian Blanc ne nous apporte pour le moment aucune garantie sur la desserte réelle du territoire, avec un chiffre potentiel de six stations, quand le projet Orbival en compte environ une douzaine. La rocade proposée par le Val-de-Marne ne privilégie pas uniquement la vitesse, contrairement à celui de M. Blanc, mais cherche à concilier des temps de déplacement raisonnable à l’échelle régionale (30 minutes pour traverser le Val-de-Marne quand il faut actuellement 49 minutes et deux changements pour aller de Val de Fontenay à la Préfecture de Créteil, en prenant le RER A, le RER D, puis le bus 181) et une desserte fine du territoire avec une station tous les 1,5 km pour faciliter l’accès des habitants aux transports en commun et générer du renouvellement urbain et de la densification ». On retrouve là les propos de l’urbaniste Marc Wiel quand il oppose « faire vite » et « faire ville »…
Chiffres clés du transport en Ile-de-France
83 minutes : durée moyenne consacrée quotidiennement par un francilien aux déplacements. Source : INSEE.
70 % : part des déplacements de banlieue à banlieue dans le nombre de déplacement total (plus de 30 % des déplacements se font en marchant, et 30 % sont motorisés). Source : EGT (DREIF/INSEE, 2003).
79 % : c’est la proportion des emplois régionaux potentiellement accessibles pour un cadre résidant Paris en une heure de déplacement en transports en commun, contre 74 % en voiture. Source : EGT 2002 ; DREIF 2000, RGP 1999, CRETEIL/Institut d’Urbanisme de Paris, 2002
15 % : c’est la proportion des emplois régionaux potentiellement accessibles pour un employé résidant en grande couronne en une heure de déplacement en transports en commun, contre 46 % en voiture. Source : EGT 2002 ; DREIF 2000, RGP 1999, CRETEIL/Institut d’Urbanisme de Paris, 2002.
40 % : c’est la proportion des emplois régionaux potentiellement accessibles pour un ouvrier résidant en petite couronne en une heure de déplacement en transports en commun, contre 62 % en voiture. Source : EGT 2002 ; DREIF 2000, RGP 1999, CRETEIL/Institut d’Urbanisme de Paris, 2002.
105,20 euros : c’est le coût de l’abonnement mensuel pour un usager de grande couronne résidant en zone 5 qui se rend quotidiennement à Paris (zone 1) en transport collectif pour travailler (contre 53,5 euros pour un usager résidant travaillant à Paris intra muros). Source : STIF, 2007.
Sept milliards d’euros : c’est le coût d’investissement de l’ensemble des projets de transports collectifs inscrits au Contrat de Plan État-Région 2000-2006, les collectivités publiques ne s’étant engagées qu’à hauteur de trois milliards d’euros environ pour les financer. Source : CPER, 2000-2006.
Marc Endeweld, Le Monde Diplomatique
(1) En juin 2008, le comité interministériel des villes (CIV) a précisé la mise en œuvre du volet transports du plan « Espoir Banlieues », qui concernera 215 quartiers en difficulté : un protocole d’accord entre l’Etat, la région Ile-de-France et le Syndicat des transports d’Ile-de-France a permis de mobiliser (seulement) 40 millions d’euros pour améliorer immédiatement la desserte des quartiers par des transports publics déjà existants. Il a aussi été décidé de lancer un appel à projet doté de 260 millions pour désenclaver les 152 quartiers prioritaires hors Ile-de-France.
