La Gauche Verte !

Journal d'informations alternatives.

vendredi 27 novembre 2009

Une communauté indigène du Paraguay est menacée d’expulsion forcée et attaquée aux pesticides

Amnesty International condamne l’utilisation de pesticides vraisemblablement toxiques dans le but d’intimider une communauté indigène qui a résisté à l’expulsion forcée de ses terres ancestrales.

L’organisation a exhorté les autorités du Paraguay à intensifier leurs actions afin d’assurer la protection des membres de cette communauté, de leur prodiguer des soins et d’enquêter sur ces récents événements.

Vendredi 6 novembre 2009, plus de 50 hommes, qui représenteraient les producteurs de soja brésiliens revendiquant la propriété de ces terres, sont arrivés dans le district d’Itakyry, dans l’est du Paraguay, afin d’expulser les indigènes par la force. Ils ont riposté à l’aide d’arcs et de flèches.

Ce même jour, un avion a survolé leurs habitations et aurait déversé des pesticides utilisés habituellement pour la culture du soja. Plus de 200 personnes ont été touchées, souffrant notamment de vomissements et d’évanouissements. Au moins sept d’entre elles ont été conduites à l’hôpital.

Un autre événement a créé un précédent inquiétant quelques jours auparavant, lorsque la Commission des droits humains du Sénat paraguayen, organe qui a récemment entravé les tentatives visant à restituer leurs terres traditionnelles à une autre communauté indigène, les Yakyes Axas, a été utilisée comme une tribune pour promouvoir l’expulsion.

L’arrêté d’expulsion a été annulé par un procureur de district juste avant sa mise en application, le 6 novembre 2009. On croit savoir que les menaces pesant sur cette communauté constituent des mesures de représailles.

« La vie des populations indigènes est mise en péril par ceux qui sont censés les protéger, a déclaré Louise Finer, chercheuse sur le Paraguay à Amnesty International. Le risque encouru par les communautés d’Itakyry était prévisible. Les autorités paraguayennes n’ont pas pris les mesures nécessaires afin de les protéger contre les menaces subies lors de cette nouvelle tentative d’expulsion de leurs terres ancestrales.

« Les autorités - le gouvernement, le Congrès et la justice – doivent unir leurs efforts pour répondre aux besoins immédiats des communautés au lendemain de cette attaque, mais aussi pour veiller à ce que cela ne se reproduise pas », a ajouté Louise Finer.

Seuls quelques policiers locaux se trouvaient sur les lieux durant l’attaque, en dépit de la menace d’intimidation visant les communautés indigènes.

Malgré la promesse des autorités locales d’envoyer des ambulances pour aider les personnes souffrant notamment de vomissements et d’évanouissements, celles-ci ont dû attendre plusieurs heures avant de recevoir des soins médicaux.

Le président Fernando Lugo a fait des droits des populations indigènes du Paraguay un engagement majeur de sa campagne. Pourtant, les problèmes hérités de la période de dictature en matière d´appropriations frauduleuses et généralisées de terres sont loin d’être résolus.

La promotion du développement agricole dame souvent le pion à la sauvegarde des terres appartenant aux populations indigènes. Dans la pratique, le gouvernement n’a pas démontré sa ferme volonté de trouver une solution à leurs revendications foncières.

En mai, Amnesty International dénonçait le fait que la déforestation, les plantations de soja et l’utilisation de produits agrochimiques continuaient de compromettre la subsistance des communautés indigènes.

De récentes images satellites montrent que la déforestation dans le nord du Paraguay se poursuit au même rythme, malgré les contrôles mis en place par le gouvernement, mettant en péril des groupes indigènes isolés comme les Totobiegosode.

En octobre, Amnesty International a critiqué le refus du Congrès paraguayen d’adopter un avant-projet de loi qui aurait permis à l’État de rétrocéder leurs terres ancestrales aux Yakyes Axas. Au moins 90 familles ont ainsi été privées d’habitat.

Aux termes des instruments internationaux relatifs aux droits humains, le droit à leurs terres ancestrales est crucial pour les populations indigènes ; il constitue un élément vital de leur sens de l’identité et leur permet d’assurer leur subsistance et de perpétuer leur mode de vie

Source : Hacktivist news service

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samedi 21 novembre 2009

Mexique : Maíz santo ou Monsanto

Tandis que le blé, le riz et les autres céréales existaient déjà à l’état sauvage, et n’ont fait que bénéficier d’améliorations successives, la plupart des historiens de l’agriculture estiment que le maïs a été entièrement créé par l’homme, à partir d’une plante à la fois proche et fort éloignée : le téosinte. Les découvertes archéologiques les plus récentes concernent des épis de maïs (Zea mays) retrouvés dans les vallées centrales de l’Oaxaca, au Mexique, datés vers 7000 ans avant notre ère. On peut aisément imaginer le patient et probablement passionnant « travail » de sélection mené par les hommes et les femmes (1) de cette région du monde, et qui a dû précéder cette apparition pendant des siècles, voire des millénaires.

Résultant de ce labeur et des soins apportés depuis à leur invention, plusieurs dizaines de races et des milliers de variétés locales, adaptées à des conditions extrêmement variées de sols et de climats, ont apporté aux communautés amérindiennes, du nord au sud, le renforcement de leur autosuffisance alimentaire. On ne saurait donc s’étonner d’entendre des indigènes dire aujourd’hui que sans le maïs, leur civilisation aurait depuis longtemps disparu.

Pourtant, loin de revendiquer un quelconque droit d’auteur sur la plante, les indiens des Amériques ont fait exactement l’inverse, dans tous leurs mythes et légendes. Le Popol Vuh, livre sacré des mayas Quiché, nous rapporte que les dieux, après avoir tenté de créer les premiers hommes avec de la glaise (rapidement dissoute sous les averses tropicales), puis avec du bois (beaucoup plus résistant, mais pas vraiment idéal sur le plan de la sensibilité ou de l’intelligence), ont fini par pétrir les ancêtres des quiché dans une pâte faite de trois variétés de maïs. Les inventeurs du maïs se disent donc issus de celui-ci. Cette belle inversion laisse apparaître dans toute son ampleur la mesquinerie des entreprises agro-alimentaires, tentant, elles, de déposer des brevets sur la vie.

Là où ils disposent de terres en quantité suffisante, les indiens du Mexique (et d’ailleurs) continuent d’y vivre, et de démontrer leurs étonnantes capacités à cultiver pour nourrir convenablement leurs familles, les malades et les vieux des villages. La milpa, le champ de maïs, est au centre de la vie indígena. Il y pousse également, en étroite association, des haricots (qui profitent de la tige de la céréale et enrichissent le sol en azote), des calebasses (dont les larges feuilles rampantes retiennent l’évaporation de l’eau et ralentissent la croissance des herbes adventices), des tomates et des physalis, ainsi que tout une foule de plantes aromatiques.

Les préparations à base de maïs sont aussi variées que savoureuses et nutritives. Bouilli dans une eau additionnée de chaux (la nixtamalisation, celle-ci permettant d’améliorer la disponibilité des vitamines, notamment PP, et d’éliminer le risque de pellagre), écrasé ensuite sur une pierre ou moulu, il permet de fabriquer les célèbres tortillas, mais aussi le pozol (fermenté 24 heures dans une feuille de bananier, puis consommé dissout dans de l’eau), l’atole, les tamales... et les innombrables spécialités que possède l’art culinaire mexicain (tacos, enchiladas, chilaquiles, pozole, sopes, totopos, nachos, etc).

Pour les mayas, par exemple, le maïs possède une âme (ch’ulel). Des récits racontent aux enfants que si l’on oublie de ramasser quelques épis de maïs, et qu’on les abandonne dans un coin du champ, ceux se mettent à pleurer, rappelant le paysan à son devoir. Dans les langues du Chiapas (tsotsil, tseltal) le verbe manger (ve’el, we’el) s’applique au maïs, le seul aliment capable de restaurer, de reconstituer l’individu. Pour la viande, les haricots, les fruits, on emploiera d’autres verbes. Car on est déjà dans une sorte de grignotage...

Mais pour nourrir les villes, ces monstres engendrés par la déraison d’un développement devenu incontrôlable, les belles histoires indiennes ne suffisent pas. Au contraire. D’autres mythes, ceux du progrès et d’une humanité tournée vers un futur radieux, urbain, technologique et soumis au « règne machinal », se font entendre bien plus fort. Ils exigent que l’on en finisse avec ces individus arriérés qui ne produisent quasiment rien pour le marché, occupent des terres que l’on verrait bien plus utiles à la production, disons, de bio-carburants, et refusent de devenir la main d’oeuvre compétitive et pas chère du tout dont les entreprises ont grand besoin, dans ce contexte de crise.

Jusque dans les années 1970-80, le Mexique était auto-suffisant en maïs (celui-ci constitue, on l’a vu, l’essentiel du bol alimentaire de la plus grande partie de la population). Des politiques gouvernementales désastreuses ont précarisé la situation des petits et moyens producteurs, qui fournissaient les villes. De hauts dirigeants (2) possèdent, il est vrai, des intérêts dans les trusts de l’agroalimentaire. En 1994, l’entrée du pays dans le TLC (Traité de Libre Commerce, appelé également ALENA, ou NAFTA), avec les USA et le Canada, a entraîné la suppression des barrières douanières avec ces pays, dont l’agriculture fortement subventionnée, mécanisée, s’appuie sur des arrosages intensifs, des intrants chimiques en quantité massive, des semences hybrides à haut rendement à l’hectare. Le TLC a précipité la crise des producteurs traditionnels, tandis qu’il a renforcé les secteurs de l’agro-industrie tournés vers l’exportation. La désertification des campagnes s’est accrue, augmentant au passage le poids de la dépendance des villes sur le plan alimentaire. Aujourd’hui, le Mexique doit importer le quart de sa consommation de maïs. On sait, par ailleurs, que les prix de la tortilla ont flambé, suite à la spéculation et la concurrence de la production de biocarburants. Pendant 10 ans, un moratoire avait empêché la culture de maïs transgénique. Même si l’on avait déjà observé des cas de contamination (notamment dans l’Etat de l’Oaxaca, berceau historique du maïs), le maïs OGM n’était jusqu’à ces derniers temps présent que dans la farine industrielle (la fameuse Maseca). La levée du moratoire, décrétée par le gouvernement de Felipe Calderón, suscite de vigoureuses réactions dans tout le pays. Les associations, les manifestations se multiplient. Une campagne (Sin maíz no hay país, Sans maïs pas de pays) a sillonné le Mexique. La chercheuse Silvia Ribeiro n’hésite pas à parler de maïcide (3). Mais Monsanto, le « libre-commerce » et tout un système économique et social reposant sur la diminution constante du nombre de paysans, sur l’urbanisation et l’aliénation massive de la population, auront le dernier mot.

L’objectif, ne l’oublions pas, est bel et bien l’appropriation et l’exploitation par une poignée de multinationales de l’ensemble des semences utilisées sur la planète. Les OGM, au-delà des quelques dégâts collatéraux sur la microfaune et la flore, sur la biodiversité et, peut-être, sur la santé humaine, sont la voie royale pour y parvenir.

Sur le terrain, c’est à dire sur leurs terres et territoires, les seuls qui mèneront la résistance jusqu’au bout seront très probablement des paysans indigènes4. Que ce soit les zapatistes tsotsil, tseltal, ch’ol, tojolabal ou zoque de l’EZLN au Chiapas, des zapotecos ou des mixtecos de l’Oaxaca, des p’urépecha ou des nahuas au Michoacán, il s’agit pour ces hommes et ces femmes de défendre ce dont ils sont faits. Ou leur création, comme l’on préfère : le Santo Maíz.

Jean-Pierre Petit-Gras, Le Grand Soir

1 Le rôle des femmes dans la sélection des semences, dans les sociétés traditionnelles, est bien connu. Au Mexique, cette tâche est toujours l’occasion de fêtes et de réjouissances.

2 La famille de Salinas de Gortari, par exemple, est liée au trust Gruma (Maseca), qui contrôle la fabrication de farine de maïs et de tortillas industrielles.

3 Silvia Ribeiro anime un groupe de recherche intitulé ECT. Lire en français www.legrandsoir.info/Mexique-mais-et-infamies-par-Silvia-Ribeiro

4 Au Chiapas, les zapatistes poursuivent la construction de leur autonomie, dans un contexte de guerre « de basse intensité »de plus en plus aigu. Ailleurs, dans l’Oaxaca, au Guerrero ou au Michoacán le processus de récupération des terres et de l’autonomie rencontre lui aussi la répression, les assassinats et une militarisation croissante.

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vendredi 20 novembre 2009

« Sans conditions préalables »...

Pendant quelques jours, la nouvelle a fait la Une de l’actualité au Proche-Orient. Elle aurait même été, selon la presse, au centre des entretiens entre les présidents Sarkozy et Assad le 13 novembre : le premier ministre israélien Netanyahou serait prêt à reprendre sans conditions préalables les négociations avec Damas. Il l’a affirmé au président Sarkozy lors de la rencontre entre les deux hommes le 11 novembre. Selon certaines informations, il aurait même remis au président français une lettre en ce sens. Au moment où le dossier palestinien est au point mort, ne serait-ce pas une avancée significative ?

D’autre part, selon le quotidien Haaretz du 12 novembre, le président Sarkozy aurait téléphoné à Mahmoud Abbas durant sa rencontre avec Netanyahou pour lui demander de répondre positivement à l’offre israélienne de reprise des négociations sans conditions préalables...

Selon Dan Margalit, dans le quotidien israélien Israel Hayom (12 novembre), Netanyahou aurait accompagné son message au président syrien sur la reprise des négociations d’un deuxième message, plus menaçant : Israël ne peut rester encore longtemps passif face au flot d’armes livrées au Hezbollah. Le quotidien Yedioth Ahronoth, pour sa part, publie des informations sur les capacités du Hezbollah à récolter des informations sur l’armée israélienne et à suivre à la trace à la fois les drones qui survolent le territoire libanais et les soldats qui patrouillent le long de la frontière.

Promesses de paix d’un côté, menaces de l’autre ?

En réalité, et malgré ce qui semble ressortir de nombreux commentaires de presse français, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les gouvernements israéliens successifs ont toujours été prêts à négocier, à rencontrer tel ou tel leader arabe. A une seule condition, si l’on peut dire : c’est qu’il n’y ait aucune condition. Cette mention (« sans conditions préalables ») n’a qu’une signification : le refus israélien du droit international comme base de négociations...

Prenons un exemple pour être clair. En 1990, l’Irak envahit le Koweït, la famille royale s’enfuit. Quelle aurait été la réaction internationale si Saddam Hussein avait annoncé qu’il était prêt à négocier sans conditions préalables avec la dynastie Al-Sabah ? Tout le monde aurait compris que c’était une manœuvre et que, compte tenu des rapports de force, ces négociations, si elles avaient eu lieu, n’auraient pu déboucher sur aucun accord.

Lors de la conférence d’Annapolis de novembre 2007, bien oubliée malgré les « espoirs » qu’elle avait suscités dans les médias, une déclaration israélo-palestinienne avait été adoptée. J’expliquais alors : « Le plus inquiétant dans la déclaration commune, c’est l’absence de toute base juridique ou légale aux négociations. Il n’y a aucune référence au droit international, ni même à la résolution 242 du Conseil de sécurité et à l’idée d’échange de la paix contre les territoires. Les deux parties s’engagent à “des négociations bilatérales en toute bonne foi”. En toute bonne foi ? Mais que signifie ce terme ? Ehoud Olmert pense, “en toute bonne foi”, que Jérusalem, y compris sa partie arabe conquise en 1967, est “territoire israélien” ; il pense “en toute bonne foi” que les grands blocs de colonies doivent être annexés à Israël. Il pense aussi, “en toute bonne foi”, que la sécurité des Israéliens est plus importante que celle des Palestiniens. »

Aujourd’hui, Netanayhou pense, « en toute bonne foi », que la Cisjordanie est une partie d’Ertez-Israël et que les Palestiniens devraient émigrer dans un des multiples pays arabes. Il pense, « en toute bonne foi », que le Golan est essentiel à la sécurité d’Israël et qu’on ne peut s’en retirer.

Cela fait des années maintenant que les négociations entre Israéliens et Palestiniens sont dans l’impasse. Il existe un « processus », mais sûrement pas de paix. L’Autorité palestinienne a décidé de ne pas reprendre les négociations sans gel total de la colonisation. Mais, même dans ce cas, sur quelles bases reprendraient les négociations ? Quelles chances auraient-elles d’aboutir alors que le gouvernement israélien refuse la mise en œuvre du droit international, des résolutions de l’ONU ?

Lors d’une rencontre avec journalistes et intellectuels le 13 novembre, le président Assad est revenu sur la question des colonies. Il a souligné que l’arrêt de leur construction était « un pas positif mais sûrement pas final ». La question fondamentale était le contenu des négociations, et donc le retrait israélien des territoires occupés en 1967. La Syrie a toujours mis une condition à des négociations directes : l’acceptation par Israël du principe du retrait sur la ligne du 4 juin 1967. C’est parce qu’Itzhak Rabin avait accepté ce principe en 1994 que des négociations directes s’étaient déroulées entre les deux pays (« Quand Israël et la Syrie étaient au bord de la paix »). En 2007, des négociations indirectes avaient repris sous l’égide de la Turquie avec le gouvernement d’Ehoud Olmert (« Le nucléaire, la Syrie et Israël ») ; Damas demandait, pour passer au stade des négociations directes, qu’Olmert confirme l’engagement de Rabin. La situation n’a pas changé depuis l’arrivée de Netanyahou : si Israël souhaite des négociations directes, il faut accepter l’engagement de Rabin. La Turquie a confirmé qu’elle était prête à poursuivre sa médiation. Et le président Assad a demandé à la France de faire pression en ce sens. Ajoutant, avec un rien de perfidie, que puisque Sarkozy se targuait de ses bonnes relations avec Netanyahou, cela ne devait pas être impossible.

Un sujet sur lequel les bonnes relations entre Netanyahou et Olmert n’ont pas de conséquence, c’est celui de Salah Hamouri, citoyen franco-palestinien emprisonné depuis quatre ans en Israël, alors qu’il est pourtant « libérable » (« Le scandale Salah Hamouri »). Profitons-en pour saluer le courage du comédien François Cluzet, qui, lors de la présentation de son film sur France 2, a évoqué le cas de Hamouri, cas que le président du groupe UMP à l’Assemblé nationale Jean-François Copé, présent sur le plateau, affirmait ignorer totalement. Profitez-en pour aller voir le film A l’origine, où joue Cluzet : un excellent film social.

Al-Qaida contre le Hamas

Une excellente analyse de Jean-Pierre Filiu sur le conflit entre les Frères musulmans, le Hamas et Al-Qaida, intitulée « The Brotherhood vs. Al-Qaeda : A Moment Of Truth ? », en anglais, sur le site du Hudson Institute. Et qui explique l’impitoyable répression menée par le Hamas à Gaza contre les groupes se réclamant d’Al-Qaida. Notons qu’un récent sondage du quotidien israélien Haaretz (13 novembre) indiquait qu’une majorité d’Israéliens étaient favorables à un dialogue avec le Hamas (« 57% of Israelis support plan to talk to Hamas »). Dialogue que le gouvernement français, lui, refuse toujours...

Pour ceux qu’intéressent les débats internes et les évolutions des Frères musulmans, l’article de Husam Tammam, « Back to the future » (Al-Ahram Weekly, 29 octobre 2009). La crise de l’organisation comme reflet des blocages et de la fermeture totale du système de pouvoir égyptien.

Alain Gresh, Le Monde Diplomatique

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mercredi 18 novembre 2009

La commission électorale l’a recommandé à Mahmoud Abbas ; Pas d’élections générales le 24 janvier

Le porte-parole de la commission a argué du fait que le Hamas a empêché une délégation d’accéder à Ghaza pour y préparer les élections. C’est désormais officiel, les élections générales dans les territoires palestiniens n’auront pas lieu à la date prévue par la loi fondamentale, à savoir le 24 janvier 2010.

La commission électorale centrale palestinienne, présidée par Hanna Nasser, a annoncé, jeudi, avoir recommandé au président Mahmoud Abbas le report des élections législatives et présidentielles auxquelles il avait appelé le 23 novembre dernier en raison du refus du mouvement Hamas de permettre leur organisation dans la bande de Ghaza. « Nous nous sommes réunis aujourd’hui et nous avons décidé de dire au président, qui a appelé à ces élections, qu’elles ne peuvent avoir lieu à la date qu’il a choisie », a déclaré Hanna Nasser.

Il a précisé que son organisme indépendant avait tenté de se rendre dans la bande de Ghaza pour préparer les élections mais que le mouvement Hamas lui avait refusé l’accès au territoire qu’il contrôle depuis le mois de juin 2007. Le mouvement Hamas avait mis la main la semaine dernière sur les locaux qui abritaient tous les sièges de la commission électorale palestinienne et les a fermés jusqu’à nouvel ordre.

La décision de la commission électorale palestinienne était attendue car les conditions n’étaient pas réunies pour le succès de ces élections a déclaré Sami Abou Zohri, un porte-parole du mouvement Hamas qui avait déjà avertit qu’il ne permettra pas l’organisation d’élections dans la bande de Ghaza sans consensus national.Le mouvement Fatah, présidé par Abbas, a fait porter la responsabilité de la non- tenue des élections générales au mouvement Hamas qu’il accuse d’avoir fait échouer les efforts égyptiens visant à aboutir à la réconciliation nationale. Un accord de réconciliation élaboré par les autorités égyptiennes sur la base de multiples rounds de dialogue entre les différentes factions palestiniennes, et surtout entre le Fatah et le Hamas, avait été accepté et signé par le Fatah mais pas par le Hamas qui exige certaines « rectifications ».

Cet accord connu sous le nom de « document égyptien », prévoit de reporter la tenue des élections présidentielles et législatives au 28 juin 2010. Lors d’un discours, mercredi à Ramallah, à l’occasion du 5e anniversaire de la mort du leader historique Yasser Arafat, le président Abbas avait une nouvelle fois « tendu la main » au Hamas pour une « réconciliation nationale ».

Le plan de Abbas chamboulé

Un appel resté sans écho de la part des responsables du Hamas alors que la cause palestinienne traverse une période des plus difficiles. Nabil Abou Roudeina, porte- parole de la présidence a déclaré : « L’interdiction par le Hamas aux membres de la commission électorale centrale palestinienne de se diriger vers Ghaza pour prendre les mesures nécessaires à la tenue des élections confirme son non-attachement à l’unité du pays et à la réconciliation nationale. » « En conséquence, le président Mahmoud Abbas prendra la décision adéquate après un retour aux institutions et à la loi fondamentale », a ajouté Abou Roudeina.

Pourtant, le mouvement Hamas qui refuse la tenue des élections sans entente nationale a annoncé par la voix de Abdelaziz Douek un de ses hauts responsables en Cisjordanie occupée et président du conseil législatif palestinien au cours de son dernier discours à Ramallah qu’en cas de démission du président Abbas, les élections auront lieu dans les deux mois comme le prévoit la loi fondamentale, sans aucune citation d’un quelconque consensus national. Sans accord de réconciliation et un processus de paix dans l’impasse à cause des Israéliens et une position américaine totalement favorable à Israël, le président Mahmoud Abbas qui a exprimé son désir de ne pas se présenter aux prochaines élections présidentielles est devant des choix difficiles.

La dissolution de l’Autorité palestinienne et le retour à l’Organisation de libération de la Palestine, avec un nouveau programme basé surtout sur la résistance, ce qui pourrait entraîner la réoccupation par Israël de l’ensemble des territoires palestiniens est le choix le plus craint par les observateurs.

Publié par el Watan

http://www.elwatan.com/Pas-d-electi...

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mardi 17 novembre 2009

A Gaza, les "collaborateurs", enjeu d’une guerre secrète entre Israël et le Hamas

Quand un habitant de la bande de Gaza reçoit un appel avec la mention "numéro privé" inscrite sur l’écran de son téléphone portable, la prudence veut qu’il ne réponde pas. Depuis plus d’un an, le Shin Beth, le service de renseignements israélien, mène une opération de recrutement de collaborateurs au moyen d’une campagne massive d’appels téléphoniques.

Chacun ou presque des habitants de Gaza connaît un ami, un parent ou un collègue ayant fait l’objet d’appels plus ou moins explicites, dans un arabe plus ou moins châtié. "C’est la nouvelle technique d’approche des Israéliens, dit Fadi Hussein, le pseudonyme d’un ancien policier du Fatah reconverti dans le trafic d’armes. Ils appellent tous azimuts parce que le blocus de Gaza les prive d’un contact direct avec les Palestiniens."

Il y a quelques mois, Fadi a reçu une offre de services d’un certain "Nidal". Il croit d’abord à un canular. Mais, quand il entend son interlocuteur pianoter sur un clavier puis lui décliner les prénoms de ses six filles et trois garçons, Fadi se fige. Et il comprend. Avec son implantation dans le quartier de Shujaya, l’une des places fortes du Hamas située en lisière de la frontière, et sa connaissance des gangs militaro-mafieux de Gaza, il est une cible de choix pour les experts du Shin Beth.

Mais Fadi est un malin. Après deux ou trois appels faussement badins, au bout desquels "Nidal" lui transmet son numéro de portable, il raccroche, change de puce et demande à tous ses amis d’inonder l’agent pas très secret de coups de téléphone. "Ils se sont mis à l’insulter ou à lui proposer de collaborer avec la branche armée du Hamas, raconte Fadi. Au bout de quelques jours, il a éteint son portable."

Avec Abou Rachid, le Shin Beth fut plus chanceux. Début 2008, ce trentenaire oeuvrait le jour comme apprenti dentiste et la nuit comme milicien du Jihad islamique. Un jour, il reçoit un appel d’un certain "Abou Brahim". L’homme explique dans un arabe parfait qu’il appelle "depuis l’autre côté" et connaît les activités clandestines de son interlocuteur. Pour lever le moindre doute, il récite l’organigramme militaire du Jihad et fournit le numéro de carte d’identité d’Abou Rachid. Puis il lui propose de collaborer. "J’ai aussitôt averti la direction du Jihad islamique, mais mes chefs m’ont demandé de continuer afin d’en savoir plus sur les techniques du Shin Beth", jure Abou Rachid.

Après la troisième conversation, sur les indications de son recruteur israélien, il récupère une enveloppe contenant 1 000 shekels (200 euros), dissimulée dans les toilettes d’une mosquée. "Je l’ai transmise à mes chefs et peu après, conformément à leurs consignes, poursuit-il, j’ai détruit ma puce téléphonique."

Agent double, Abou Rachid ? La police du Hamas, maître de la bande de Gaza, n’a pas cru à cette version. Condamné à dix ans de prison en septembre de cette année, le dentiste-milicien croupit aujourd’hui dans un pénitencier bricolé par les islamistes sur les ruines d’une ancienne base militaire du Fatah.

Au commissariat central de Gaza, Abou Omar, le chef des relations publiques, écoute ces récits avec une mine entendue. "Avant, les Israéliens avaient l’embarras du choix pour trouver des collabos, dit-il. Ils pouvaient faire chanter les Palestiniens qui voulaient un permis de travail en Israël ou qui devaient se faire soigner à l’étranger. Ils pouvaient aussi organiser des réunions discrètes dans les colonies. Et les services de sécurité du Fatah n’hésitaient pas à leur filer des tuyaux. Avec le blocus et la prise de pouvoir du Hamas, ces contacts se sont rompus. C’est pour cela que le Shin Beth mise beaucoup sur le téléphone et Internet."

Bien entendu, les anciennes filières de recrutement fonctionnent toujours, même au ralenti. Les ONG de défense des droits de l’homme israéliennes disposent de témoignages de malades à qui le Shin Beth a fait miroiter une hospitalisation en Israël ou en Cisjordanie en échange d’un peu de "bonne volonté".

Israël a toujours démenti se livrer à de tels marchandages. Des étudiants, admis dans une université étrangère, ont renoncé à voyager après avoir appris qu’ils auraient à subir un "entretien" au terminal d’Erez, le point de passage avec Israël. Ce fut il y a peu le cas de deux boursiers du ministère des affaires étrangères français, qui ont finalement pu quitter Gaza en passant par Rafah, la frontière avec l’Egypte.

En réaction à cette menace, le Hamas a développé une campagne de prévention. Une brochure, intitulée Le Piège de Satan, est distribuée dans les universités et les écoles. De son côté, le site de recherche pro-islamiste Al-Majd met en garde, témoignages à l’appui, contre les dangers des réseaux sociaux comme Facebook et l’emprise de ces correspondants téléphoniques trop affables pour être honnêtes.

Une des preuves favorites des islamistes est l’enregistrement d’une conversation entre un agent israélien et Abou Saïd, le patronyme d’un chef des Comités de résistance populaire, l’un des groupes impliqués dans la capture du soldat franco-israélien Gilad Shalit. Benjamin Barthe Mise en ligne sur le site de l’aile militaire du Hamas, la bande audio fut l’un des "tubes" de l’Internet gazaoui. "L’Israélien parlait mieux arabe que moi, raconte Abou Saïd, rencontré à Rafah. Il citait des noms et des histoires pour prouver qu’il contrôlait mon existence. Mais à quoi cela sert-il ? Ont-ils réussi à libérer Shalit et à renverser le Hamas avec leurs informations secrètes ?"

http://www.lemonde.fr/proche-orient...

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vendredi 13 novembre 2009

Solidarité avec la Fédération Anarchiste Gaucha contre la répression d’État au Brésil

--> Rassemblement le samedi 14 novembre 2009 à 15 heures consulat du Brésil, 11 bis rue St Ferréol, 1er ardt Marseille

Lu sur Alternative libertaire : "Le jeudi 29 octobre 2009, la police civile de Rio Grande do Sul (région du brésil), commando au service de la Gouverneure Yeda Crusius, a fait irruption au local de la Fédération Anarchiste Gaucha (organisation libertaire Brésilienne). La police a saisi du matériel divers, comme des affiches, des procès-verbaux de réunions, la CPU d'un ordinateur, et même les poubelles du local. Elle a aussi tenté d'intimider ceux qui ne faisaient qu'apporter leur solidarité et qui se trouvaient enregistrés sur le site web de l'organisation. Il y a deux compañeros inculpés.

Cela fait des années que les compagnons de la FAG luttent contre l'exclusion et la précarité, en défendant la justice et des conditions de vie dignes. Leur travail avec les chiffonniers et cartonniers, avec les sans toit, avec les sans terre, est bien connu. En définitive, un travail qu'ils mènent depuis des années avec ceux d'en bas.

C'est là le motif pour lequel la police de l'État du Rio Grande do Sul a exercé la répression contre les compagnons de la FAG, un État plongé dans des scandales de corruption et qui adopte une attitude répressive face aux collectifs et organisations qui exercent simplement leur liberté d'expression pour critiquer les différentes politiques antipopulaires du gouvernement. C'est là la réponse gouvernementale face au refus social. Et la FAG n'est pas la première agressée, il faut rappeler l'assassinat du paysan sans terre Elton Brum ou la mort de Marcelo Cavalcante en février dernier.

A la suite d'un appel de différentes organisations libertaires internationales, nous tenons à faire part de notre condamnation énergique de ces actes répressifs. Nous voulons dénoncer l'incongruité de la politique gouvernementale brésilienne, une politique de droite avec un discours de gauche. Une politique qui est régie par les mêmes paramètres économiques que dictent les multinationales, et qui applique par conséquent les mêmes tactiques militaristes et répressives.

Non seulement nous condamnons la répression gouvernementale, mais nous voulons aussi manifester notre solidarité et notre soutien aux compañeros et compañeras de la FAG pour le travail qu'ils réalisent avec les gens simples de leur peuple, un travail constant et tenace que les pouvoirs gouvernementaux ont prétendu faire cesser au moyen de la terreur, de l'intimidation et de la répression, mais nous sommes certains qu'ils ne vont pas y parvenir.

En ces moments, nous considérons que les marques de soutien et de solidarité sont importantes, c'est pourquoi nous appelons à manifester devant le consulat du Brésil.

Alternative Libertaire Marseille

Federação Anarquista Gaúcha

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jeudi 12 novembre 2009

Agro-Business : Le Mur de la Honte…

Les libertés publiques ne sont plus enserrées dans des murs en béton. Depuis la chute du symbole de l’étouffement des libertés qu’était Le Mur de Berlin.

Du moins, sous nos latitudes…

En Palestine, il est deux fois plus haut et plus solide. Il ne cesse de s’étendre.

Ailleurs, coups d’Etat, tortures, exécutions, enlèvements, élections truquées, bombardements, occupations militaires, en sont un substitut encore plus atroce. Mais, il convient de ne jamais l’évoquer…

Vingt ans !… Ne cessent de s’extasier les médias, célébrant cette disparition en chœur. Coordination, déploiement, ratissage, impeccables. Gros budgets. Tambours et trompettes. Pluies diluviennes d’euros et de dollars…

Nous l’avons tous compris. Une de leurs grandiloquentes campagnes de propagande. Nous agrippant par les oreilles et le col, nous matraquant dès le petit-déjeuner, pour endormir les citoyens que nous sommes.

Nous convaincre de notre état paradisiaque de « citoyen libre ».

Restons lucides.

Dans nos pays « riches », « développés », les progrès techniques de communication et de désinformation rendent obsolètes, archaïques, ces excroissances de béton et de fil de fer barbelé.

Pour étouffer la liberté d’expression et l’esprit critique, s’élèvent des murs virtuels qui ne se perçoivent pas à première vue. Encore plus efficaces.

Lentement, implacablement, s’érigeant dans le silence complice des politiciens. Pour ne pas changer…

De nombreux piliers pour le soutenir. Dont l’architecture et la mise en œuvre sont élaborées par des officines spécialisées qui ne font que cela à longueur d’années. Concevoir stratagèmes, désinformations et contrevérités.

Nous faire croire que la lune est carrée, qu’un dictateur sanguinaire est un démocrate. Qu’un dirigeant régulièrement élu est un dictateur, à partir du moment où il n’accepte pas ce qu’une « grande puissance » lui dicte. Qu’il y a des élections truquées où il n’y en a pas. Ou, vice-versa, qu’il n’y en a pas, là où il y en a. Même si l’arnaque crève les yeux, comme on vient de le voir en Afghanistan.

L’étape ultime étant « la censure ».

Censure déguisée, bien sûr. Nous sommes en « démocratie ». Comment transformer des citoyens en consommateurs, muets et autant que possible apeurés ? La peur renforçant leur mutisme.

Pour les castes au pouvoir, « la peur » n’est pas le commencement de la sagesse des sujets qu’ils gouvernent. C’est l’instrument qui leur cloue le bec.

Un des meilleurs artifices, pour étouffer liberté d’expression et esprit critique, est « l’arsenal juridique ». Sans cesse travaillé, modernisé, actualisé. Avoir la « justice » avec soi, pour bâillonner son peuple, le rêve de tout autocrate…

Connaissez vous le SLAPP ?… Une pandémie, dans nos pays occidentaux.

Le Strategic Lawsuit Against Public Participation. On pourrait traduire par : Action Judiciaire Stratégique contre la Mobilisation Citoyenne.

Ce sont des actions en justice, dont le modèle est anglo-saxon à l’origine, destinées à intimider, dissuader, entraver, bloquer les actions menées par des groupes de citoyens, de consommateurs, de médias, qui ont le courage de dénoncer des produits, ou des services, qu’ils estiment contraires aux intérêts de la collectivité.

Notamment, sur le plan des risques sanitaires que font prendre des groupes financiers de l’Agro-Business, de l’Industrie, de la Grande Distribution. Publics ou privés.

L’objectif premier est d’étrangler financièrement, par le coût des procès à répétition et l’enjeu des sommes demandées, l’action des citoyens ou des médias se mobilisant pour une cause, dans l’intérêt d’une collectivité.

Dans mon billet précédent, je vous ai cité un cas, Afrique : Pillage et Pollution… Il mettait en cause une société britannique pratiquant la mondialisation de la pollution.. (1)

Je vous présente un autre cas, en France. Symbolique de la dégradation en cours, de nos libertés se délitant.

Il y a un an, des associations de cinq pays européens, dont le MDRGF (Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures) pour la France, ont fait tester par un laboratoire allemand certifié des raisins de table, vendus dans des magasins relevant de 16 enseignes différentes. (2)

Cette étude internationale examinait la politique de la « grande distribution » en matière de résidus de pesticides dans les produits alimentaires. Elle a été publiée le 24 novembre 2008.

Conclusions accablantes…

Non seulement la quasi-totalité des raisins analysés, issus de l’agriculture intensive, contenaient des résidus de pesticides à un niveau élevé. Mais les doses analysées dépassaient largement les limites autorisées, dans la plupart des cas.

Pire : des produits interdits, en tant que pesticides, ont été trouvés sur ces produits « frais »…

Inacceptable.

Qu’ont fait les professionnels, en France ? Une contre-étude ? Une action immédiate pour remédier à cette situation ? Une réflexion commune, producteurs - grande distribution – consommateurs, pour élaborer les mesures à long terme garantissant qualité et sécurité alimentaires ?

Non.

Le 2 février 2009, devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, la Fédération Nationale des producteurs de Raisin de table (FNRT) a assigné en justice le MRDGF pour avoir « … dénigré le raisin de table ».

Réclamant :

=> 500.000 euros de dommages et intérêts

=> La publication du jugement dans dix médias nationaux

=> La suppression du dossier sur son site Internet.

Evidemment, l’association ne dispose pas des moyens et sommes demandées. Le but est clair : censurer l’information, tuer dans l’œuf toute résistance et action de ce type.

Même réactions de ces milieux, que lors des études publiées sur les OGM, le sucre, le sel, etc. : intimider, menacer... Plus vite que son ombre...

Que faire ?…

Devant l’inaction des politiciens ? L’occultation des médias ?

Devant les atteintes délibérées et répétées contre la liberté d’expression, le droit des consommateurs à une pluralité et une fiabilité de leur information, et le droit à la santé de la population ?…

Les choix sont multiples, l’essentiel étant l’action citoyenne. Pour le cas présent :

i) Faire circuler l’information autour de vous, pour franchir l’obstruction des médias

ii) Adhérer au MDRGF : www.mdrgf.org

iii) Soutenir l’association de solidarité avec le MDRGF, constituée pour lutter contre l’intimidation et les menaces qu’elle subit : http://www.generations-futures.org/

iv) Bombarder, par mail, téléphone, ou courrier, le député et le sénateur de votre circonscription pour les sortir de leur assoupissement, via leurs permanences électorales ou leurs bureaux au Parlement, en exigeant leur intervention

v) Bombarder, par mail, téléphone, ou courrier, les antennes des partis politiques de votre circonscription, de la majorité et de l’opposition, pour les sortir de leurs tripatouillages et de leurs guerres des chefs, en exigeant leur intervention.

Que les élus, et ceux qui ambitionnent de l’être, sachent que leurs actions, actuelles et futures, seront jugées électoralement sur des actes, des principes et non pas sur des combines de notables à base de bla-bla-bla.

Qu’ils sentent que les citoyens n’accepteront pas de voir les institutions politiques de leur nation gangrenées par les lobbies, au service exclusif de ceux qui souhaitent étouffer la liberté d’expression et d’information pour tondre confortablement la laine sur le dos de moutons amorphes.

Dans l’enclos dont rêvent cyniquement ces nouveaux autocrates du TAF, « Totalitarisme de l’Argent Facile », détournant “l’Etat de droit” voulu par les citoyens en un nouveau …

… Mur de la Honte.

Georges Stanechy

(1) http://stanechy.over-blog.com/artic...

(2) MDRGF, 40 rue de Malte, 75011 Paris, tel. : 01 45 79 07 59, www.mdrgf.org

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dimanche 8 novembre 2009

« En Tunisie, le verrouillage policier et le culte de la personnalité rappelle la RDA de Honecker »

La « réélection » du dictateur tunisien Ben Ali avec 89,6% des voix n’a pas suscité beaucoup d’émois en France. Elle a même été « saluée » par l’Elysée et certains dirigeants de l’UMP. Entretien sur le cas tunisien avec le militant des droits de l’Homme Moncef Marzouki et le sociologue Vincent Geisser, auteurs du livre « Dictateurs en sursis, une voie démocratique pour le monde arabe » (Editions de L’atelier).

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Photo : Droits réservés

Comment réagissez-vous au résultat des élections présidentielles en Tunisie ?

Vincent Geisser : Il ne s’agit pas véritablement d’un scrutin où les électeurs seraient susceptibles d’exercer un quelconque choix, mais d’une opération politique totalement organisée et contrôlée par le régime. Nous sommes plus proches d’une cérémonie d’allégeance que d’une échéance électorale, au sens que l’on donne à cette notion dans les démocraties pluralistes. Contrairement à certains pays africains, il n’existe même pas d’enjeux liés à la fraude ou au comptage des voix. D’une certaine manière, la fraude est déjà établie avant l’élection. Ce qui permet au régime de ne pas bourrer les urnes ou d’acheter les voix. C’est pourquoi le terme d’élection est totalement impropre pour décrire les dernières échéances politiques en Tunisie.

Moncef Marzouki : Ce n’est absolument pas surprenant. Tout dictateur - comme Ben Ali - ne peut plus reculer. Dès lors, il se condamne à rester au pouvoir. Ben Ali a modifié quatorze fois la constitution en vingt ans et il la modifiera une quinzième fois pour pouvoir se présenter de nouveau au-delà de l’âge limite actuel, qui est de soixante-quinze ans. Son seul choix semble de vouloir rester et mourir au pouvoir. La réélection de Ben Ali n’est donc en rien surprenante. Ce qui l’est, c’est la réaction des gens qui frôlent la naïveté quand certains croient qu’il aurait pu se dérouler un autre scénario en Tunisie. Dans ce pays, la surprise n’était en aucun cas dans les urnes.

En quoi la situation de la Tunisie diffère de celle des autres pays du Maghreb ?

Vincent Geisser : La Tunisie s’inscrit dans la même trame que les autres pays du Maghreb. Avec toutefois deux tendances plus prononcées : le verrouillage policier qui touche tous les secteurs de la société et le culte de la personnalité qui rappelle parfois la Roumanie de Ceausescu ou la RDA de Honecker. La Tunisie est devenue une sorte d’ « épure parfaite » du régime autoritaire, là où les autres pays du Maghreb connaissent des formes davantage mixtes et ambivalentes.

Moncef Marzouki : Le système tunisien est un système que je qualifie des 3 P. Le « P » offert à l’extérieur, c’est le P de la politique, du gouvernement, du Parlement… Ensuite, il y a le « P » de la police. Celle qui organise en réalité la vie des autres partis. Ce sont ces 150.000 policiers qui font peser le joug sur les Tunisiens et qui impliquent qu’il n’y a pas d’opposition en Tunisie, mais une résistance. Résistance discrète, presque invisible mais qui, malgré tout se renforce peu à peu.

Il y a enfin - et là je pèse mes mots - le « P » de la pègre. La Tunisie est devenue le terrain de tous les trafics de blanchiment de toutes les mafias (russe, italienne, etc.). Les mafias sont le noyau du système. Rappelons que Moncef Ben Ali, frère du président, a été condamné par contumace en France à 10 ans de prison [1], c’est ce que l’on a appelé la « couscous connexion » [2]. La Tunisie n’a rien à voir avec un Hassan II, roi absolutiste, ou un Boumediene, idéologue de son état. Non, elle se rapproche davantage de la dictature algérienne et du règne de ses mafias militaires.

Comment expliquez-vous le fait qu’il y ait une grande mobilisation sur l’Iran et si peu sur la Tunisie ?

Vincent Geisser : On constate une dénonciation à géométrie variable. Alors que la majorité des démocrates se sont émus - à juste titre – des manipulations du suffrage populaire en Iran, ils sont restés étrangement silencieux sur le cas tunisien. Cette politique de deux poids deux mesures contribue à affaiblir les idéaux démocratiques dans les pays arabo-musulmans. Les peuples comprenant mal qu’on critique les tripatouillages électoraux en Iran alors que l’on envoie des télégrammes de félicitation aux dictateurs arabes.

Moncef Marzouki : La Tunisie est un pays où l’on ne pose pas des bombes. Il y a une dictature perverse qui est au service des pays occidentaux avec les soi-disant luttes contre le terrorisme et contre l’immigration clandestine. Rappelez-vous que Kadhafi était un dictateur infréquentable il y a encore quelques années, jusqu’à ce qu’il accepte de lutter contre le terrorisme et l’immigration pour le compte des pays dits démocratiques.

Quel rôle jouent la France et l’Europe ?

Vincent Geisser : Attention de ne pas croire que ces régimes ne tiennent que parce qu’ils sont tenus par l’Europe. C’est la bonne vieille thèse tiers-mondiste de régimes qui seraient entièrement entre les mains de puissances occidentales. Il est trop facile de crier au néo-colonialisme. Ce qui est une manière de déculpabiliser les élites locales. Certes, nous devons en tant que citoyens de la société européenne faire pression pour que nos gouvernements ne donnent plus de chèques en blanc à ces régimes autoritaires, mais nous devons admettre aussi que la solution à la dictature ne pourra être qu’interne. D’où la nécessité d’appuyer et de développer des partenariats avec les oppositions indépendantes dans ces pays où l’on souffre de l’autoritarisme.

Moncef Marzouki : Le rôle endossé par la France et l’Europe est un rôle totalement en contradiction avec leurs valeurs affirmées. Les chefs d’Etat des principaux pays du contour méditerranéen, à l’instar des présidents Sarkozy et Chirac, vont en Tunisie juste pour jeter des fleurs aux dictateurs. Les intérêts de la France sont protégés à court terme puisque les dictateurs sont considérés comme des « gouverneurs » des provinces du sud. Cependant, leurs intérêts à moyen et long terme sont mis en danger. Les peuples arabes nourrissent une détestation grandissante de cet occident. Ils ne supportent plus ces pays dits démocratiques qui soutiennent ces dictatures. Cela offre un terreau fertile au nationalisme arabe et au terrorisme. Les dictateurs sont responsables de la dégradation des conditions de vie de ces pays. Ils sont donc responsables de l’immigration massive qui s’en suit. L’absence d’alternative démocratique est telle, qu’elle pousse à la violence des populations qui n’y sont pas portées originellement. Ces politiciens, en soutenant Ben Ali, sont responsables des convulsions des deux côtés des rives de la Méditerranée.

Propos recueillis par Eros Sana, http://bastamag.net/

Notes

[1] En 1992. Le frère de Ben Ali est décédé en 1996 sans avoir purgé sa peine.

[2] Un trafic de drogues dont le réseau s’étendait en France, en Italie, au Maroc et en Tunisie

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samedi 7 novembre 2009

L’eau de l’oppression coloniale

AFPS Amnesty International a publié mardi 27 octobre 2009 un rapport qui s’inscrit dans le cadre de sa campagne mondiale « Exigeons la dignité ». Il y souligne l’utilisation de l’eau -et sa confiscation-par Israël comme une arme contre les Palestiniens. Les Palestiniens des Territoires palestiniens occupés n’ont le droit d’utiliser que 20 à 70 litres d’eau par jour. Quelque 500 000 colons consomment en moyenne 300 litres par jour et utilisent autant, sinon plus d’eau que l’ensemble de la population palestinienne de Cisjordanie (2,5 millions), alors que 200 000 Palestiniens n’ont même pas accès à l’eau courante. Dans la bande de Gaza, la situation est pire puisque la totalité de la nappe phréatique est contaminée, impropre à la consommation , que le système d’assainissement a été de nouveau ravagé par l’offensive militaire israélienne de l’hiver dernier et qu’Israël interdit aussi bien l’importation d’eau de Cisjordanie que l’entrée du matériel pour reconstruire le système d’assainissement. Ce rapport d’Amnesty -organisation "défenseur des droits humains universellement reconnus de tous"(AI) et qui se veut non politique-,violemment récusé par le gouvernement israélien, ne fait que mettre en évidence une réalité connue et dénoncée depuis longtemps par tous ceux qui luttent pour la reconnaissance et la réalisation des droits nationaux du peuple palestinien. Il s’agit de mettre à genoux et de contrôler le peuple palestinien et de s’en approprier les ressources. Déjà en 1941 Ben Gourion considérait qu’il faudrait que les eaux du Jourdain et du Litani soient comprises à l’intérieur des frontières de l’Etat israélien lequel, dès 1953, a commencé à accaparer l’eau du Jourdain. Avec l’occupation israélienne des territoires palestiniens, la politique de colonisation se met en place après la guerre de 1967, et impose des interdictions drastiques à la population (ordonnance militaire numéro 158 du 30 octobre 1967). Les colonies, elles, s’installent sur les meilleures terres au-dessus des nappes phréatiques et rejettent leurs eaux usées dans les cultures et les sources palestiniennes. Dans la Vallée du Jourdain où 95% de la terre et 98% de l’eau ont été accaparées par les colonies israéliennes, la population palestinienne est réduite à la misère ou à l’exil. La construction illégale du réseau de murs en Cisjordanie, condamnée par la Cour internationale de justice (CIJ), vise aussi, pour Israël, à pérenniser la confiscation des sources aquifères palestiniennes. L’eau est un instrument de punition, de discrimination, d’expropriation, de nettoyage ethnique. Les restrictions imposées par Israël sont un obstacle au développement économique et privent les Palestiniens du droit de vivre une vie normale, notamment « de disposer d’une nourriture, de logements et de soins suffisants, » (Donatella Rovera auteur du rapport d’Amnesty international). La France, l’UE, l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité de l’ONU ne peuvent impunément laisser assoiffer le peuple palestinien ni tolérer plus longtemps ce vol de ressources vitales palestiniennes par la puissance occupante. Il faut faire pression sur les autorités israéliennes. Pour ce qui est de l’AFPS : nous exigeons que la France agisse pour la suspension de l’accord d’association Union européenne-Israël jusqu’au respect par Israël du droit international nous nous inscrivons pleinement dans la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions), nous appelons à participer à la marche de la liberté qui se déroulera le 1er janvier 2010 à Gaza pour exiger la levée du blocus de Gaza ;

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mercredi 4 novembre 2009

Les Palestiniens, les Séfarades, les Mizrahim... et le Sionisme

Tanya Reinhart soulignait que depuis l’occupation de 1967, les responsables politiques et militaires israéliens débattaient de la meilleure façon de conserver le maximum de terres avec le minimum d’arabes. Israël avait en effet réussi à coloniser le Golan, la Cisjordanie, la bande de Gaza et le Sinaï. Le Golan peu peuplé était une proie facile pour l’annexion. Sur ses 100 000 habitants, 90 % s’enfuirent ou furent chassés pendant la guerre, et les colonies établies là par Israël s’implantèrent sur une terre vidée de sa population. Le 14 décembre 1982, la Knesset vota une loi mettant le Golan sous la législation et l’administration israéliennes, ce qui équivalait à une annexion pure et simple qui ne comportait aucun risque.

La Cisjordanie et la bande de Gaza surpeuplées posaient et posent jusqu’à nos jours un tout autre problème : L’annexion pure et simple aurait transformé les Palestiniens qui y vivent en citoyens israéliens à part entière, ce qui aurait provoqué un désiquilibre démographique, tant redouté. Pour surmonter cette difficulté, deux solutions différentes furent élaborées.

Le premier plan consistait à annexer 30 à 40 % des territoires. le reste étant placé soit sous souveraineté jordanienne, soit sous une forme quelconque d’autodétermination. Dans une interview de 1983 Rabin déclarait : "J’affirme que nous sommes prêts à abandonner environ 65 % de la Cisjordanie et toute la bande de Gaza". Ce plan représentait l’avantage de grignoter une bonne partie des territoires occupés, d’ émousser la lutte armée et de garantir l’équilibre démographique. L’expulsion de masse,sur le modèle de 1948 ne leur semblait plus réalisable vu l’évolution de l’opinion publique internationale...

L’autre approche était celle de Sharon et des milieux militaires, elle consistait d’abord à briser la résistance palestinienne en détruisant toute forme d’organisation, toute base de pouvoir, comme il fut le cas au Liban en 1982. Le deuxième volet du plan visait le transfert du plus grand nombre possible de Palestiniens des territoires occupés vers la Jordanie par exemple.

Avec Oslo, c’est la première approche qui semblait l’emporter. Rabin était partisan de cette ligne. En échange de l’engagement pris par Arafat de contrôler son peuple et de garantir la sécurité d’Israël, il était prêt à accepter que l’Autorité palestinienne régisse ses enclaves sur le mode de l’autodétermination. De là, la fameuse solution des deux états : un état-seigneur et un état-vassal, un état coiffant un peuple de maîtres et un état sous-traitant des masses d’esclaves.

Depuis l’arrivée de Sharon au pouvoir et jusqu’à aujourd’hui nous assistons à une combinaison des deux approches. D’un coté l’état à la tête des bantoustans continue à vivoter avec un pouvoir éxecutif, vidé de toute substance, transformé en garde-chiourme au service de l’occupant. De l’autre coté l’assassinat d’Arafat a provoqué le vide politique tant escompté, Jérusalem-Est est presque vidée de sa population palestinienne alors que 500 000 colons ont progressivement investi la Cisjordanie, repoussant, asphyxiant les palestiniens qui tentent de survivre comme ils peuvent sur les 22% des terres qui leur restent... en attendant le pire...

L’enchevêtrement des deux approches a le mérite de camoufler la réalité des faits : Israel continue une politique d’épuration ethnique sur le modèle de 1948 tout en présentant aux yeux du monde la fausse image de deux états souverains. Il faut reconnaître que ce gros mensonge fut l’arme la mieux fourbie par Israel et les puissances occidentales pour liquider de manière définitive et subtile la cause palestinienne. L’autorité palestinienne, cependant, ne semble pas encore se rendre compte. Depuis 1993, de négociation en négociation, de concession en concession, elle offre à Israel le moyen de continuer sa besogne. Même Hamas est tombé dans le piège en participant au "pouvoir" et en s’entre-tuant avec Fatah pour un mirage, ce qui a permis, entre autre, aux sionistes de se dégager de leur responsabilité de pays colonisateur.

Il est donc clair que la politique israelienne n’a pas varié d’un iota par rapport à 1948 et qu’elle reste fidèle à ses "principes" : "Un peuple sans terre pour une terre vidée de son peuple". Les deux approches sionistes offrent en fait aux palestiniens le choix entre l’expulsion et les murs de l’apartheid. Toute la mascarade de ce processus de paix qui perdure sert en réalité à entériner le fait accompli.

Ce qui distingue cette forme de colonialisme, c’est sa frénésie à éliminer physiquement et de manière systématique le colonisé. Des massacres comme ceux de Dir Yassine, de Sabra et Chatila, de Jenine et de Gaza... ne sont que quelques exemples des crises de folie meurtrières qui ont jalonné et jalonneront encore le parcours de cette entité. A chaque fois l’horreur qu’ils suscitent à travers le monde est vite éludée grâce à l’énorme appareil de propagande et aux grands médias occidentaux. L’épuration ethnique est doublée d’une sorte d’élimination magique : Depuis la création d’Israel et pendant plus de trente ans, les mots Palestine et Palestiniens ont totalement disparu du vocabulaire politique et médiatique en Europe et aux Etats Unis. Seules quelques tribus arabes nomades presque préhistoriques parsèment les contrées arides de cette "terre sans peuple". Encore aujourd’hui, les palestiniens restés à l’intérieur de la ligne verte après la colonisation continuent à être appelés "arabes israeliens".

Si le monde se rend de plus en plus compte du traitement barbare infligé aux palestiniens, il ne nous vient jamais à l’idée que la societé israelienne, ce modèle parfait de démocratie implanté au beau milieu de la barbarie arabo-musulmane soit autre chose qu’un espace de rassemblement, de retrouvailles et de fraternité entre les différentes ethnies juives qui ont tant et tant souffert de l’injustice des autres. Non, malheureusement, les sionistes, majoritairement d’origine européenne, ne l’entendent pas de cette oreille. Ce sont bien eux qui ont semé la terreur en Palestine depuis les années trente ; c’est toujours eux qui continuent l’oeuvre de Ben Gorian et qui détiennent bien qu’ils soient minoritaires presque tous les pouvoirs. Tout le dédain, le mépris et la persécution dont ont souffert les juifs en Europe a produit chez certains d’entre eux un sentiment ambivalent fait de haine et d’admiration à l’encontre de leurs persécuteurs. Ils s’empressent d’adherer à l’idéologie coloniale, adoptant sa mythologie du progrès, ses hiérarchies ethniques et épistémologiques. Leurs mépris à l’égard des non-européens n’a d’égal que la haine qu’ils ont d’eux-même, de leur image, de leur origine. Si l’attitude haineuse et raciste à l’égard des palestiniens peut s’expliquer comme faisant partie d’une stratégie coloniale, ce qu’endurent les juifs Séfarades et les juifs Mizrahim, deux éthnies de culture orientale, peut-il avoir un sens ?

Oui, les sionistes s’apparentent plus à leur culture européenne et à l’idéologie coloniale euro-centrée et raciste qu’à leur judaïté.

Les faits sont d’une clarté aveuglante :

Le professeur Michel Abitbol, de l’Université hébraïque de Jérusalem cite dans son livre "Le Passé d’une discorde" un article du quotidien Haaretz, datant de 1949, qui parle des juifs de l’Afrique du nord, où l’on peut lire : « Race primitive et ignorante, sans aucune spiritualité, dont le niveau général n’est guère plus élevé que celui des Arabes, des nègres ou des Berbères de chez eux, sans racine juive très profonde... Leurs demeures sont immondes : ils s’y adonnent aux jeux de cartes, à la boisson et à la prostitution. Ils sont des fainéants chroniques et détestent le travail manuel ».

Un discours aux relents ô combien évocateurs !...

Rien qu’en septembre 2008, l’écrivain et chercheur Elana Maryles Sztokman publie un article(1) à propos du système éducatif en Israel. Elle dit entre autre :

"... Ce qui se passe dans l’école de Beit Ya’acov n’est rien de moins qu’une officialisation du racisme. Ici, l’école applique une politique qui ne permet pas aux filles Séfarades d’être dans une même classe que des filles Ashkénazes ou Hassidiques. Elles ont des enseignants différents , des classes différentes et même des heures de récréation différentes et une clôture entre leurs cours de récréation pour s’assurer que les deux groupes ne se mêlent pas pendant les pauses..."

David Benchetrit, juif séfarade d’origine marocaine, réalisateur du film “Rouah Kadim – Khronika marokaït” (Vent d’Est – Chronique marocaine) raconte l’histoire des Juifs séfarades, de leur émigration vers Israël dans les années cinquante et soixante à nos jours. Benchetrit lève un voile cruel sur les maabarot [camps de transit], les enfants marocains aspergés de DDT à leur arrivée en Israël, les émeutes séfarades du Wadi Salib et des manifestations des Panthères Noires israéliennes, un mouvement de contestation de juifs Mizrahim.

Commentant son film, David Benchetrit dit :

"... la plupart des sionistes sont des êtres poursuivis par le démon de la persécution, par la malédiction historique de l’Europe orientale : l’antisémitisme et le racisme. Ce démon n’existe pas chez les Orientaux. Leur persécution est directement le fruit du mouvement sioniste. Ce mouvement voulait bâtir ici un endroit normal et sain. Mais tout ce qu’il est parvenu à créer, c’est un monde aliéné où tout ce qui est différent est persécuté : Palestiniens, Orientaux, Haredim et Bédouins. Tant que l’élite ashkénaze donnera le ton, cet endroit continuera à vivre dans la haine de soi et dans la schizophrénie..."

La sociologue juive mizrahim d’origine irakienne, Ella Habiba Shohat, se dit être une arabe juive. Dans son livre "Le sionisme du point de vue de ses victimes juives elle souligne la haine qu’éprouvent les sionistes pour l’orient et son impact sur les juifs orientaux :

"... En niant l’Orient arabe, musulman et palestinien, le sionisme a nié les juifs orientaux qui tout comme les palestiniens ont eux aussi été spoliés du droit à la représentation..."

Au train où vont les choses, les sionistes finiront peut-être par se débarrasser des palestiniens, mais il y a une chose dont ils ne pourront jamais se débarrasser : c’est la haine qui les habite, la haine de soi qu’ils plaquent sur l’altérité !

A qui donc le tour après les palestiniens ?!

Si les opprimés pouvaient se reconnaitre au lieu de se renier, ils verraient que les vrais clivages sont ailleurs. Ils s’apercevraient alors qu’ils représentent une force extraordinaire : une force morale, la seule capable d’éradiquer ce mal qui gangrène l’Orient.

Fethi GHARBI, Le Grand Soir

1) http://www.ism-france.org/news/arti...

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