jeudi 5 novembre 2009
Qu’avons-nous fait de ces vingt ans ?
La chute du mur de Berlin, les réflexions qu’elle nous inspire sont évidemment incontournables pour un journal comme Regards. Le numéro que nous vous proposons n’est pas un recueil de souvenirs. La nostalgie n’a pas sa place ici. Si nous revenons sur l’événement lui-même, c’est d’abord parce qu’il s’éloigne de nous et devient quelque peu mythique, comme une image qui aurait perdu l’épaisseur de ses contradictions. Sur le moment même, elles étaient pourtant bien présentes : était-ce la fin du communisme ou la fin du soviétisme ? Serait-ce la seule Allemagne ou l’Europe de la « maison commune » qui seraient réunifiées ? Les Allemands qui voulaient en finir avec ce Mur avaient des idées diverses sur la suite de l’histoire à écrire. Nous nous en souvenons, quand bien même une seule vérité semble s’imposer à l’approche de la commémoration des vingt ans, celle univoque d’un mur dont la chute serait synonyme de liberté. Le regard sur ce que fut la réalité des pays de l’Est ne connaît ni la nuance, ni la complexité. Tout est mis en bloc au pilori, toute approche plus contrastée est suspecte et assimilée à la caution d’un régime abject, responsable de millions de morts. Et de fait, les unes des très nombreux suppléments ne parlent que d’une seule dimension de l’événement, réelle mais insuffisante, celle de la liesse d’une libération.
Une histoire s’impose, univoque et donc fermée. En 1989, alors adolescente, j’apprenais déjà dans les manuels scolaires les désastres du stalinisme, les goulags, la pénurie. Et ça n’a guère évolué depuis. Dans la seconde moitié des années 1990, la pensée libérale de la « fin de l’Histoire » laissait entendre que, pour avoir voulu dépasser le capitalisme, le communisme au pouvoir ne pouvait que devenir un totalitarisme mortifère. Sorti en 1997, Le Livre noir du communisme était bâti tout entier sur cette foi. Puisque le soviétisme n’avait pas réussi à le dépasser, le capitalisme était indépassable ; toute théorie de la révolution est, par fondation, une pensée « alibérale » et donc « totalitaire »… Comme la plupart de celles et ceux qui ont fait ce numéro, nous sommes trop jeunes pour avoir connu l’espoir que le communisme des pays soviétiques a pu incarner. Ce n’est donc pas la recherche d’un idéal perdu qui nous mobilise. Mais nous avons l’idée que cette longue expérience, qui a très péniblement échoué, était plus riche que ces simplifications. Même dans ses échecs. Nous pourrions nous en laver les mains. Nous dire que « nous n’avons rien à voir avec cette histoire ».
Et bien que trop jeunes, rarement communistes, nous pensons que nous avons de facto à voir avec cette histoire. Parce qu’elle fut la forme la plus aboutie, la plus pérenne d’une alternative au capitalisme. Nous avons donc eu envie de comprendre, d’en savoir plus. Déjà, en 2000, l’ouvrage collectif Le Siècle des communismes donnait une image plus complexe et plus complète d’un phénomène à plusieurs facettes qui ne s’est jamais réduit au seul soviétisme, a fortiori au seul stalinisme. Le communisme, le socialisme, tels que les ont imaginés des intellectuels engagés comme Marx ou des foules d’utopistes debout, ne peut être assimilé à la réalité de ce que furent ces régimes. Pour autant, nous avons à comprendre comment un ensemble d’idéaux, notamment portés au moment de la Révolution de 1917, ont pu déboucher sur la bureaucratie, l’autoritarisme et l’inefficacité au lieu de répondre aux besoins et aux aspirations populaires.
A l’occasion de ce moment – la chute du mur de Berlin – qui symbolise désormais la fin des pays de l’Est, nous avons voulu regarder comment des questions qui nous paraissent toujours cruciales ont été ou non abordées, résolues. C’est en pensant à aujourd’hui, à la difficulté d’inventer une alternative que nous avons préparé ce numéro. En 1989, un monde l’a emporté sur l’autre, en gagnant au final la longue confrontation de la guerre froide. Mais le capitalisme n’en a pas été légitimé pour autant.
Vingt ans après, nous cernons mieux les termes du dilemme. Les révolutionnaires du XXe siècle n’avaient pas tort de vouloir remettre en question les logiques fondamentales des sociétés du capital. Mais la manière dont ils s’y sont pris pour y parvenir les a placés au final devant un cuisant échec. En cela, ce que l’espace social, politique et intellectuel critique fera de cet héritage douloureux est l’une des clés de la redéfinition d’une alternative émancipatrice crédible et durable.
Mais pour commencer, il faudrait prendre la mesure de l’ampleur de cette expérience. Elle fut politique, économique, sociale, artistique. Elle fut nationale et internationale. Sur les questions cruciales qui nous hantent aujourd’hui encore, des réponses ont été apportées. Pourquoi ont-elles échoué, comment reprendre le sujet ? Quelques thèmes ont particulièrement suscité notre intérêt : quelle autre forme de motivation, de mobilisation des subjectivités que la consommation ou la menace ? Comment concevoir la radicalité des ruptures et le temps des êtres humains, nécessairement plus lent ? Comment mobiliser efficacement les ressources ? Que faire de l’Etat ? Comment assurer la sécurité de la vie et ne pas enfermer les uns et les autres dans des chemins étouffants ? Comment penser le changement ? Et quelle place pour l’utopie dans cette dynamique ? Qui dira que ces problématiques ne sont plus les nôtres ? Tout ne peut se résumer à la seule question du goulag, quelle qu’en soit l’abjection.
Qu’avons-nous fait de ces vingt ans ? Qu’avons-nous compris, retiré de cet événement international qu’a représenté la chute du Mur ? Il n’y a certes pas de leçons de l’Histoire. Reconnaître ses erreurs ne suffit pas à garantir contre le risque de leur répétition ; en sens inverse, avoir eu raison à un moment de l’histoire, ne donne aucune légitimité absolue pour comprendre les temps à venir. L’expérience du XXe siècle, dans ses lumières comme dans ses ombres, suggère ce qui ne peut plus être tenu pour une manière raisonnable de transformer la société jusque dans ses racines. On sait notamment qu’il est redoutable de contredire, même provisoirement, des valeurs que l’on veut imposer dans la longue durée. Même s’il n’y a pas de « leçons de l’Histoire », ne renonçons pas à la volonté collective de parler de l’histoire et d’en mesurer la complexité. Il y a l’histoire des historiens, avec ses règles et ses nécessaires prudences méthodologiques. Et il y a le regard citoyen sur l’histoire, le besoin légitime de jeter des ponts entre le passé, le présent et l’avenir que l’on veut construire. Dans tous les cas, sous toutes les formes, citoyennes ou savantes, remettre l’ouvrage sur l’établi n’est pas chose facile, vingt ans après l’un des événements les plus « chauds » du XXe siècle. Mais c’est un devoir citoyen
Clémentine Autain, Regards
dimanche 1 novembre 2009
Quel sens a « Acceptez d’abord les licenciements, après on discutera » ?
On peut lire cette phrase entre guillemets à la Une de La Jornada du 17 octobre 2009. Tout d’abord nous pouvons réfléchir sur le fait que l’on puisse dire cela sans avoir réellement conscience de la portée de ces mots. En effet on n´hésite pas à affirmer : « acceptez d’abord les licenciements ». Ainsi il est clairement dit que les membres du Syndicat Mexicain des Electriciens doivent accepter, avant toute chose, de ne plus être les salariés de la compagnie LFC déjà inexistante, et pour eux, avant toute négociation, de renoncer à ce que dit le droit en vigueur dans le cas d’une rupture d’une relation de travail. Il est clair que certains peuvent comprendre ces mots d’une autre manière : « Acceptez de vous suicider » car imposer ce préalable revient à faire perdre la vie à une personne en le poussant au suicide.
Ce que l’on peut remarquer aussi, c’est que l’expression utilisée, dans les faits, signifie deux choses en même temps, parce qu’un salarié d’une entreprise que l’on entend fermer, membre d’un syndicat dont l’histoire est liée à une longue tradition démocratique (ce qui est exceptionnel dans le syndicalisme ouvrier), en acceptant le licenciement, donne son accord au fait accompli imposé par l’Etat qui fait disparaître son poste de travail.
Celui qui accepte son licenciement confirme la liquidation de l’entreprise et par là même de son rôle de salarié : il « se liquide », c’est-à-dire qu’il signe sa propre disparition en tant qu’ouvrier et syndicaliste.
Dans une telle optique, nous ne pouvons pas nous empêcher de faire un parallèle avec le prétendu dialogue du président « de facto » du Honduras avec le président légitime. En effet, celui-ci entend imposer d’une manière unilatérale, avant tout dialogue, le fait que le président Zelaya ne puisse d’aucune manière retrouver l’exercice du pouvoir. Cette condition ferme toute possibilité de dialogue, elle exclut la base même de tout dialogue. C’est un peu comme si deux jeunes exprimaient la nécessité de discuter de la possibilité qu’ils se marient et que l’un d’entre eux impose à l’autre, comme condition de leur mariage, qu’il s’engage en premier à se marier. Cette condition rend totalement absurde toute possibilité de dialogue. Elle est absolument irrationnelle.
Résumons nous. Si l’on essaie de dialoguer autour de la disparition de la LFC et par là même du SME, c’est tout à fait irrationnel. Imposer la disparition du syndicat comme condition de la discussion, est la négation même de toute négociation possible. Le « après on discutera » signifie que le prétendu dialogue se résumera à discuter de la manière plus ou moins douce de suicider le salarié, de la quantité de fleurs à son enterrement, si son cercueil sera de piètre ou de très bonne qualité et qui assistera aux obsèques. C‘est simplement absurde, et l’usage de ce mot « dialogue » ne sert ici qu’a occulter le manque de respect vis-à-vis de l’autre partie qui essaie (parce que les choses avancent par la discussion) d’aboutir à un authentique dialogue accepté par les deux parties.
Qu’est-ce qu’un véritable dialogue et comment gagne-t-il en crédibilité pour justifier la légitimité politique d’une décision ? S`il existe une volonté véritable d’aboutir à une décision légitime, fruit d’un dialogue démocratique, on ne peut recourir à la manière forte, parce que la violence (dixit Habermas) élimine toutes possibilités d’un accord rationnel entre des êtres humains libres et responsables.
L’usage de la violence pour imposer une décision prive celle-ci de légitimité ou, d’une autre façon, d’une conviction pleine et entière d’une des parties concernées. La démocratie n’est rien d’autre qu’un système de légitimation où s’articule le principe subjectif de légitimité (la conviction que les autres sont vos égaux et qu’ils utilisent un langage de raison pour aboutir à un accord) avec les institutions créées pour la participation des citoyens qui pour cela acceptent les prérogatives des autorités (les représentants élus pour l’exercice du pouvoir de ces mêmes citoyens qui conservent leur véritable souveraineté).
Pour tout dire, c’est un système de légitimation qui a des conditions subjectives et objectives. Sans légitimité, l’Etat perd l’exercice effectif du pouvoir et s’affaiblit. La légalité la plus élémentaire (dans l’application d’une loi qui peut être injuste et appliquée par un juge qui peut être corrompu) n’a ni la dignité, ni l’importance de la légitimité. La légitimité relie et unit la conviction subjective du citoyen avec les institutions objectives qui mettent en cause la réalisation des actions retenues. La légalité la plus ordinaire peut être froide, injuste, formaliste.
Hidalgo a été fusillé sous le mandat légal des Rois des Indes, ce fut donc « légal », mais dans le même temps ce fût un acte illégitime aux yeux des patriotes, des futurs mexicains.
« Acceptez d’abord les licenciements » se révèle être un acte violent alors que la force publique doit interveneir et s’exercer avec l’accord des citoyens, contre ceux qui s’opposent à la loi (tels ceux qui ne payent pas d’impôts sur de gigantesques bénéfices, des criminels, des délinquants sexuels etc…etc… ) et non contre les mouvements sociaux qui luttent dans le cadre de la loi (légitimement) en faveur des victimes. L’usage de la violence contre le peuple pauvre est un exercice illégitime de la violence de l’Etat qui le transforme en tyrannie et en despotisme antidémocratique.
Le « après on discutera » s’apparente au dialogue des franciscains avec les Sages aztèques en 1525 dans la prise et la quasi destruction de Mexico-Tenochtitlan. Une fois détruites les armées aztèques, ses élites guerrières défaites, les franciscains entamèrent un « dialogue »avec les sages autochtones. Le prétendu « dialogue » fit long feu. Ensuite ils organisèrent le plus simplement de monde un véritable endoctrinement sans aucun respect pour les traditions ancestrales du peuple aztèque. Le prétendu « dialogue » ne servit qu’à donner bonne conscience aux espagnols. Ce fut un acte hypocrite vis-à-vis des vaincus.
Ce qui se passe, en fait, c’est que le peu de syndicalisme démocratique qui existe au Mexique continuera de lutter contre la violence de l’Etat (parce que la force publique lorsqu’elle est tournée contre les justes revendications de son propre peuple, se transforme en violence d’Etat, manifestation de son propre fétichisme).
« Acceptez d’abord les licenciements, après on discutera » est la formule froide, indifférente et méprisante face à la souffrance de 44000 familles à qui, « la raison d’Etat »( favorable à bien peu) qui cherche à se donner un peu de temps, propose un « dialogue » que la violence nie depuis son origine même. Le dialogue devrait se développer avant la prise de décision. C’est-à-dire qu’il devrait se penser ainsi : « Tout d’abord dialoguons, et ensuite nous verrons ». Le contraire exacerbe la conscience des opprimés, qui se transforme en un ressentiment qui devient un état de rébellion ou en luttes fratricides nourries par le caractère antidémocratique de la décision. La violence d’Etat est mauvaise conseillère et, de plus, l’histoire jugera durement ceux qui n’ont qu’un « cœur de pierre » selon la tradition aztèque. Ces méfaits resteront dans la mémoire du peuple. Dans les textes des pyramides égyptiennes, les noms de nombreux pharaons (toujours ensevelis dans un sarcophage exprimant leur divinité) et la représentation de leurs visages furent effacés de la pierre à tel point qu’il est difficile, aujourd’hui pour certains d’en trouver des traces. Ceux-là furent rejetés par l’Histoire.
Enrique DUSSEL
http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article536&lang=fr
Traduction Michel Veysset, pour www.larevolucionvive.org.ve
1 Philosophe (www.enriquedussel.org)
2 Voir "20 tesis de política".
Source : http://www.jornada.unam.mx/2009/10/...
jeudi 22 octobre 2009
Le glas sonne pour le dollar
L’Empire a dominé le monde plus à travers l’économie et le mensonge que par la force. Il avait obtenu le privilège d’imprimer les devises convertibles à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il monopolisait l’arme atomique, il disposait de la quasi-totalité de l’or du monde et il était le seul producteur à grande échelle mondiale d’équipements de production, de biens de consommation, de denrées alimentaires et de services. Il se heurtait toutefois à une limite quand il voulait faire fonctionner la planche à billets : leur garantie en or aux prix constants de 35 dollars l’once Troy. Il en fut ainsi pendant vingt-cinq ans, jusqu’au 15 août 1971 où, par décret présidentiel de Richard Nixon, les Etats-Unis rompirent unilatéralement leur engagement international et escroquèrent le monde. Je ne me lasserai pas de le répéter. C’est de la sorte qu’ils firent retomber sur l’économie mondiale les frais de leur réarmement et de leurs équipées bellicistes, en particulier la guerre du Vietnam qui, selon des calculs au plus bas, a coûté non moins de 200 milliards de dollars et la vie de plus de 45 000 Etasuniens. Ils larguèrent sur ce petit pays du Tiers-monde plus de bombes que toutes celles qui furent utilisées durant la dernière guerre mondiale, tuant et mutilant des millions de personnes. Une fois abandonné l’étalon-or, le gouvernement étasunien put imprimer à sa guise autant de dollars qu’il voulait, sans rapport avec une valeur constante. Les bons et billets du Trésor continuèrent de circuler comme devises convertibles ; les autres Etats continuèrent de nourrir leurs réserves de ces billets qui servaient pour une part à acheter des matières premières, des propriétés, des biens et des services n’importe où dans le monde et, de l’autre, privilégiaient les exportations étasuniennes face à toutes les autres économies de la planète. Les politiques et les universitaires ne cessent de mentionner le coût réel de cette guerre réel de cette guerre génocide, admirablement décrite dans le film d’Oliver Stone. Les gens ont l’habitude de faire des calculs comme si les millions étaient égaux, sans se rendre compte que les millions de dollars de 1971 ne sont pas l’équivalent des millions de 2009. Un million de dollars, aujourd’hui que l’or – un métal dont la valeur a été la plus stable au fils des siècles – dépasse mille dollars l’once Troy, vaut environ trente fois plus que quand Nixon supprima l’étalon-or. 200 milliards de 1971 représentent 6.000 milliards en 2009. Sans en tenir compte, les nouvelles générations n’auront pas idée de la barbarie impérialiste. De même, quand on parle des 20 milliards de dollars investis en Europe à la fin de la Deuxième Guerre mondiale – au titre du Plan Marshall qui visait à relever et à contrôler les économies des principales puissances européennes qui possédaient la force de travail et la culture technique requises pour développer rapidement la production et les services – les personnes ignorent d’ordinaire que cela représenterait de nos jours 600 milliards de dollars et ne se rendent pas compte que 20 milliards permettraient à peine maintenant de construire trois grandes raffineries de pétrole capable de fournir 800 000 barils d’essence par jour, en plus d’autres dérivés du pétrole. On ne saurait expliquer l’apparition en une si brève période historique des sociétés de consommation, avec leur gaspillage absurde et capricieux d’énergie et de ressources naturelles qui menace de nos jours la survie de notre espèce, si l’on ne connaît pas la façon irresponsable dont le capitalisme développé à son stade suprême a régi les destinées du monde. C’est un gaspillage si effarant qui explique pourquoi les deux pays les plus industrialisés au monde, les USA et le Japon, ont des dettes d’à peu près 20 000 milliards de dollars. Le Produit intérieur brut de l’économie étasunienne, il est vrai, frôle les 15 000 milliards de dollars par an. Les crises du capitalisme sont cycliques, comme le prouve irréfutablement l’histoire de ce système, mais il s’agit maintenant de quelque chose de plus : une crise structurelle, comme l’expliquait le professeur Jorge Giordani, ministre vénézuélien de la Planification et du Développement, à Walter Martinez à son programme de TeleSur hier soir. Les dépêches de presse d’aujourd’hui, vendredi 9 octobre, apportent des données qui sont indéniables. Une dépêche de l’AFP en provenance de Washington précise que le déficit budgétaire des USA pour l’exercice fiscal 2009 se monte à 1 400 milliards de dollars, soit 9,9% du PIB, « ce qui est sans précédent depuis 1945, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale ». Le déficit de 2007 avait été le tiers de ce chiffre-ci. On s’attend à de forts déficits en 2010, 2011 et 2012. Cet énorme déficit s’explique essentiellement par les sommes que le Congrès et le gouvernement ont dégagées pour sauver les grandes banques, empêcher le chômage de passer la barre des 10% et sortir le pays de la récession. Si vous inondez votre nation de dollars, les grandes chaînes commerciales, logiquement, vendront plus de marchandises, les industries augmenteront leur production, moins de citoyens perdront leur logement, la marée du chômage refluera, et les actions de Wall Street repartiront à la hausse. Ce fut la forme classique de résoudre la crise. Mais le monde ne sera plus le même. Paul Krugman, prestigieux Prix Nobel d’économie, vient d’affirmer que le commerce international a subi sa pire chute, plus grave encore que celle de la Grande Dépression, et il doute d’une prompte relance. On ne peut inonder le monde de dollars et penser que ces papiers sans contrepartie en or conserveront leur valeur. D’autres économies ont vu le jour, plus solides. Le dollar a cessé d’être la réserve en devises de tous les États, et ses détenteurs préfèrent plutôt s’en débarrasser, tout en évitant dans la mesure du possible qu’il se dévalue avant qu’ils puissent s’en libérer. L’euro de l’Union européenne, le yuan chinois, le franc suisse, le yen japonais – malgré les dettes de ce pays – et même la livre sterling ont fini, aux côtés d’autres devises, par occuper la place du dollar dans le commerce international. L’or métallique redevient une importante monnaie de réserve internationale. Il ne s’agit pas d’une opinion personnelle capricieuse, et je ne tiens pas à calomnier cette monnaie. Un autre Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, a affirmé selon une dépêche de presse : « Il est probable que le billet vert continuera sa chute. Les hommes politiques, pas plus que les discours, ne décident pas des taux de change. » Il l’a affirmé le 6 octobre à l’Assemblée mixte annuelle du FMI et de la Banque mondiale qui s’est tenue à Istanbul. Une ville où l’on a pu constater une violente répression, la réunion ayant été saluée par des bris de vitrines de magasins et des incendies provoqués par des cocktails Molotov. Selon d’autres dépêches, les pays européens redoutent l’effet négatif du dollar faible face à l’euro et ses retombées sur les exportations européennes. Le secrétaire étasunien du Trésor ayant déclaré que son pays « était intéressé par un dollar fort », Stiglitz s’est moqué de cette déclaration officielle, selon EFE : « Les USA ont gaspillé leur argent en sauvant les banques à coups de centaines millions et en poursuivant la guerre en Afghanistan », et « il a insisté sur le fait qu’au lieu de dépenser 700 milliards de dollars pour aider les banquiers, les USA auraient pu en destiner une partie pour aider les pays en développement, ce qui aurait à son tour donné un coup de fouet à la demande globale ». Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, avait tiré la sonnette d’alarme quelques jours avant : le dollar ne pourrait pas conserver indéfiniment son statut de devise de réserve. Un éminent professeur d’économie de l’Université d’Harvard, Kenneth Rogoff, a affirmé que la prochaine grande crise financière concernera « les déficits publics ». Selon la Banque mondiale, « le Fonds monétaire international (FMI) a montré que les banques centrales du monde ont accumulé moins de dollars au second semestre de 2009 qu’à aucun autre moment des dix dernières années et ont augmenté leur possession d’euros ». Le 6 octobre, selon l’AFP, l’or a battu le record de 1 045 dollars l’once, à cause de l’affaiblissement du dollar et de la peur de l’inflation. Selon le journal londonien The Independent, un groupe de pays pétroliers envisage de remplacer le dollar dans leurs transactions commerciales pour un panier de devises qui inclurait le yen, le yuan, l’euro, l’or et une future monnaie commune. Cette nouvelle, résultat d’une fuite ou d’une déduction logique, a été démentie par certains des pays censément intéressés par cette mesure de protection, qui ne souhaitent pas l’effondrement du dollar, mais qui ne tiennent pas non plus à continuer d’accumuler une monnaie qui a perdu trente fois sa valeur en moins de trente ans. Je ne peux m’empêcher de rapporter une dépêche d’EFE, une agence que nul ne saurait accuser d’anti-impérialiste, mais qui transmet dans les circonstances actuelles des opinions particulièrement intéressantes : « Des experts de l’économie et des finances ont affirmé aujourd’hui à New York que la pire crise depuis la Grande Dépression avait conduit les USA à jouer un rôle moins significatif dans l’économie mondiale. « Du fait de la récession, le monde a modifié son regard sur les USA. Notre pays pèse moins qu’avant, et nous devons le reconnaître, a affirmé David Rubenstein, président-fondateur de Carlyle Group, la plus grosse société de capital à risque au monde, dans son intervention au World Business Forum. « Le monde financier va être moins centré sur les USA. […] New York ne sera jamais plus la capitale financière du monde, ce rôle devant être distribué entre Londres, Shanghai, Dubaï, Sao Paulo et d’autres villes, a-t-il affirmé. « … il a passé en revue les problèmes auxquels les USA se heurteront quand ils sortiront d’"une grande récession" qui "va encore durer au moins deux mois". « … "l’énorme endettement" public, l’inflation, le chômage, la dévaluation du dollar comme devise de réserve, les cours de l’énergie… « L’administration doit réduire les dépenses publiques pour se colleter avec le problème de la dette et prendre une mesure généralement guère appréciée : la hausse des impôts. « Jeffrey Sachs, économiste de l’Université de Columbia et conseiller spécial de l’ONU, est d’accord avec Rubenstein que la prédominance économique et financière des USA "s’amenuise". « Nous avons laissé un système centré sur les USA pour un système multilatéral… « …vingt ans d’irresponsabilité, d’abord de l’administration Clinton puis de l’administration Bush", ont cédé aux pressions de Wall Street… « … les banques négociaient avec des actifs toxiques pour obtenir de l’argent facile, a expliqué Sachs. « Ce qui est important maintenant, c’est de relever le défi sans précédent qu’implique un développement économique durable et en accord avec les règles physiques et biologiques de base de cette planète . » Par ailleurs, les nouvelles provenant directement de notre délégation à Bangkok, la capitale thaïlandaise, n’étaient absolument pas encourageantes. Notre ministre des Relations extérieures a informé ce qui suit : « Le point essentiel en discussion, c’est la ratification ou non du concept de responsabilités communes mais différenciées entre les pays industriels et les économies dites émergentes, essentiellement la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, et les pays sous-développés. « La Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Bangladesh, le Pakistan et l’ALBA sont les plus actifs. Les pays du Groupe des 77 maintiennent dans leur majorité des positions solides et correctes. « Les chiffres de réduction des émissions de carbone en cours de négociation ne correspondent pas à ceux que calculent les scientifiques si l’on veut maintenir la hausse des températures à moins de 2ºC : 25-40%. En ce moment, la négociation tourne autour d’une réduction de 11-18%. « Les USA ne font vraiment aucun effort spécial. Ils n’acceptent qu’une réduction de 4% par rapport à 1990. » Le monde a appris ce matin, vendredi 9, qu’« Obama le bon », pour reprendre l’énigme posée par le président vénézuélien Hugo Chavez aux Nations Unies avait reçu le Prix Nobel de la paix. Je ne partage pas toujours les positions de cette académie, mais je dois reconnaître que c’est une mesure positive dans les circonstances actuelles. Elle compense le revers essuyé par Obama à Copenhague quand Rio de Janeiro, et non Chicago, a été désigné comme organisatrice des Jeux olympiques de 2016, ce qui a provoqué de violentes attaques de la part de ses adversaires d’extrême droite. Beaucoup jugeront qu’il n’a pas gagné pour l’instant le droit de recevoir une telle distinction. Je souhaite voir dans cette décision, plutôt qu’un prix au président étasunien, une critique de la politique génocidaire suivie par nombre de présidents de ce pays qui ont conduit le monde au carrefour où il se trouve aujourd’hui, une exhortation à la paix et à la recherche de solutions qui permettrait à notre espèce de survivre. Fidel Castro Ruz
vendredi 16 octobre 2009
Le Nobel, rationalité monstrueuse et morale de singe.
Avec ce prix Nobel surprise délivré à Obama, je ne peux m’empêcher de regarder les manipulations de la raison dans notre société postmoderne.
En effet, il est deux formes d’effritement de la raison : la pathologique et l’idéologique. Nous savons déjà que la psychose, la schizophrénie et ses pics extrêmes de démence sont des illustrations ultimes, pathologiques de la « déraison » par l’altération de la personnalité des individus. Mais nous oublions souvent le miroitement de fausses valeurs dans l’idéologie morale d’un système social du mal, qui est quant à lui, la déraison programmée par une société autoproclamée rationnelle, l’altération de la conscience collective par le mensonge officiel qui atteint ses bas-fonds dans des sortes d’acting out étatico-sociaux comme l’invasion d’ « états voyous » au nom du système jugé juste et bon, le lancement d’un mode de crédits exponentiels, la consommation sans borne satisfaisant des besoins sans limites dans un monde aux ressources pourtant limitées près de la saturation...
L’indécence de l’institution sociale est d’arguer de bien et de justice lors même où elle méduse les masses par des hallucinations du mérite voire de la pureté.
L’idéologie morale de la société est donc l’hallucinogène d’une certaine humanité en déroute de sens. La désignification sociale, en somme, n’est pas la mort du sens mais l’appel à un semblant de sens fondé sur les pires excentricités des « élites » économiques, politiques et morales dont la mégalomanie et la domination peuvent se permettre toutes sortes de destructions du sens collectif et social pour les restituer sous formes de reflets par des symboles et des icônes aux cohues médiatiques, suspendues aux basques et matoiseries des médias du système.
Entre la percée néolibérale, la politique-spectacle et la désignation plus ou moins scandaleuse aux prix Nobel, le monde contemporain ressemble à une vaste farce où les histrions investis de l’ordre dominant se moquent du sens en mimant son institution par la force de la manipulation structurelle. Idéologisé, le sens se dilue en son contraire et la raison collective s’efface dans la raison unique de la propagande officielle. Le mérite, l’honneur en deviennent l’ironie de la vérité. Ironie qui masque la réalité exactement contraire de ce qui est projeté artificiellement. La désignification de l’action politique publique est justement toute cette mise en scène pour voiler l’horreur de l’ordre socioéconomique violent, belliciste intronisé par la politique des ploutocrates au pouvoir.
Le Nobel, institution morale démoralisatrice…
La morale sociale n’est que l’argutie du bien-alibi faussement transcendant pour faire croire à une pureté possible au cœur d’un système socioéconomique et politique d’exploitation des richesses du monde par quelques familles. CLM
Le cas d’Obama, prix Nobel de la paix, prix dont une horreur incarnée comme Kissinger fut d’ailleurs lauréat en ses heures de monstruosité, est sans conteste la plus méchante nique, la plus ironique singerie dédiée par cette institution présumée « gardienne du mérite » au monde entier. Car depuis son accession au pouvoir qu’a fait Obama pour la paix et pour l’humanité ? Et, que peut le président d’un empire belliciste - dénaturant de l’économie mondiale, pollueur à l’extrême et bêtement arrogant - pour la paix qu’il détruit en attisant les clivages et violences sous toutes formes et de toutes sortes ? Hormis les banques, les compagnies automobiles, qu’est-ce que le monde mis en crise par quelque banquiers étasuniens, a-t-il jusque-là obtenu d’Obama et de l’empire dont il est le figurant dans cette iconographie figurative que se joue le système en crise. Et enfin, mis à part sa rhétorique contre l’Iran, son attitude démagogique face au coup d’État au Honduras et le renforcement de la guerre en Afghanistan, quelle paix poursuit la politique obamaïque ?
L’establishment mondial, via le comité Nobel, a réussi un coup de maître en intronisant un singe politique, dieu de paix pour la jungle planétaire exterminatrice de l’humanité potentielle des hommes.
Ah ! honorable comité du prix Nobel, autorité morale planétaire s’il en est, votre morale de cirque a le cinglant mérite de réinventer le Bien - cette essence et quête idéale de la morale - en esbroufe politique rendue vertu cardinale par votre institution-icône ! Vous, de véritables démiurges de l’improbable aux dépens de la naïveté désarmante des cohues de la désinformation !
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE, Le Grand Soir
jeudi 15 octobre 2009
Le Prix Nobel de la Paix : « Une décoration prématurée »
La Paix, la Paix…Plutôt que d’en parler, il faut la faire !
Hier on titrait : « La Chambre des représentants accorde 680 milliards au Pentagone » [1]
Les démocrates sont au pouvoir. Ce ne sont plus les faucons républicains. Où est la différence ? En tout cas, pas dans le budget militaire. Le Pentagone a obtenu au-delà de ses espérances !
Et Obama dans tout ça ?
Il est nettement prématuré d’accorder le prix Nobel de la PAIX, à ce président. Jusqu’ici, la Paix s’est avérée n’être qu’un vœu pieux. Les mains tendues se retirent une à une et l’arrogance de l’empire se poursuit comme si rien n’avait changé à la présidence des États-Unis.
Je crois que cette attribution du prix Nobel de la PAIX est un voile qu’on nous met sur la réalité. Il aurait fallu attendre en fin de mandat et voir si vraiment la Paix est plus réelle. Pour l’instant, c’est plus de 75 millions par heure (plus d’un million à la minute) que l’on continue à dépenser aux États-Unis dans l’industrie de la guerre et de la mort. Rien de très reluisant comme réussite pour Obama-Nobel-de-la-Paix,.
Kissinger aussi avait eu le prix Nobel de la Paix. Ce personnage qui manigança combien de tueries, entre autres le Coup d’État au Chili et l’assassinat de Salvador Allende.
Jusqu’ici, on dirait qu’Obama marche dans les pas de cette crapule de Kissinger. Kissinger met au point la politique de la détente avec l’Union soviétique. Il négocie ainsi le traité SALT I limitant le nombre de bombes nucléaires des deux superpuissances (la réduction du bouclier à missiles pour Obama). De même, en juin et en octobre 1971, pour la première fois, il entre secrètement en contact avec la Chine communiste (la main tendue) puis accompagne Nixon lors de sa visite officielle (la première d’un président américain) en 1972.
… jetant les bases du retrait américain du Viêt Nam (Irak pour Obama), il reçoit le prix Nobel de la paix, en 1973, l’année même qu’il orchestre le sanglant Coup d’État au Chili et l’assassinat de son président élu.
Il est NETTEMENT PRÉMATURÉ d’accorder le Prix Nobel de la Paix à Obama. Ce prix devrait se mériter sur des faits tangibles et non sur les mains (hypocritement ?) tendues et les beaux discours.
Serge Charbonneau
Québec
dimanche 11 octobre 2009
Les leçons de la droite
Sous la ferme conduite de Nicolas Sarkozy, la droite s’organise et se réunit. Autour du vaisseau amiral UMP se range la flottille des petites embarcations. Les régionales en 2010 et la présidentielle de 2012 sont déjà lancées. La machine de guerre pour assommer l’adversaire est en piste. Créée par Jacques Chirac en 2002, l’UMP a désormais acquis une réelle consistance. Nicolas Sarkozy a réussi une synthèse entre les différentes traditions qui constituaient depuis deux siècles sa famille. Dans un alliage de modernisme et d’autoritarisme, avec une équation personnelle forte, la droite française opère une mue profonde. Le travail a été entrepris au lendemain de la hasardeuse dissolution de 1997. Déjà, Sarkozy à la manœuvre affirmait vouloir « décomplexer la droite » et décidait de la sortir de son enclavement réactionnaire et ringard. Tout y est passé : travail de projet, travail idéologique et culturel, réflexions sur la forme parti et ses relations avec la société… Pour ne citer que les initiatives récentes : écologie, territoire, Internet, discours contre la finance mais aussi ouvertures bien ciblées, transformation du parti et des formes de militance, non-cumul des mandats, diversité au gouvernement… Le très important aggiornamento est toujours en cours : on en mesure la redoutable efficacité.Regarder le camp d’en face aide à réfléchir. C’est le sens du dossier de ce numéro. L’UMP n’est pas devenue attractive par le seul fait d’unifier divers courants : le PS unit une diversité de points de vue mais, faute de débats et d’élaboration collective en son sein, il peine à faire de cette diversité un attrait et demeure divisé. La droite a retrouvé son attractivité grâce à un travail profond de refondation que la gauche n’a pas entrepris. 1997 a été le début du sursaut de la droite. 2002 n’a rien provoqué à gauche. Dans aucun parti. Nous le payons lourdement.
Selon nous, la droite ne gagne donc pas seulement par défaut de gauche. La gauche ne peut espérer l’emporter en attendant l’usure et le retour du balancier. Elle doit impérativement procéder à ce travail de remise en mouvement des idées, des militants, des partis. Pourtant, une partie de la gauche n’imagine pas d’autre alternative que de constituer une grande coalition anti-Sarkozy : du Modem aux communistes avec les Verts et le PS. Ce projet a aujourd’hui le vent en poupe. Il est le plus facile. Pour gagner, il suffirait de remettre un peu d’ordre dans les partis, dans les modes de désignation du candidat pour 2012, d’introduire quelques têtes neuves. Même ceux qui au PS font mine de résister à cette perspective n’opposent que de faibles arguments. Martine Aubry attend de savoir si Bayrou est de gauche… mais négocie déjà dans la région Nord-Pas-de-Calais pour des alliances avec le Modem.
Le PS a également le projet stratégique de réunir toute la gauche sous son toit. Cela a des allures de bon sens face à l’unification des droites. Certes, étendre à toute la gauche l’incapacité du PS à dégager une perspective laisse perplexe. Surtout cette idée relève d’une fausse lecture du mouvement de la droite : elle s’est réunie parce que la République est désormais acquise pour tous ces courants et que plus personne n’est gaulliste. Les différences politiques se sont éteintes. La gauche, elle, reste diverse ; sa réunification serait son carcan. Nous avons moins besoin d’ordre que d’invention et de dynamisme.
Partout en Europe, la social-démocratie est enlisée. Le communisme, essoufflé, ne s’est pas refondé. Toute la gauche a besoin de se renouveler en profondeur. Le défi est de taille : inventer une alternative au capitalisme mondialisé en temps de crise écologique et démocratique ! Nous avons la conviction que cette invention naîtra d’expérimentations en France et ailleurs ; qu’elle se nourrira de la nouvelle vitalité intellectuelle en philosophie, en droit, en économie. Cette perspective sera aussi le fruit de confrontations politiques entre des approches qui restent vivantes, celle de la redistribution au sein du système et celle d’une autre logique. Pour que cette confrontation ait lieu, il faut qu’existent tous les protagonistes. Hélas, l’autre gauche qui nous est chère, n’a pas encore de crédibilité. Elle doit travailler à son renouvellement tous azimuts autant qu’à sa propre existence politique. Cela passe sans doute par une relativisation des différences au bénéfice d’un travail commun et d’une construction politique moins éclatée. La droite a conduit d’un même pas la mise en mouvement des idées et son renouveau partisan. Nous ne pouvons pas faire moins.
Catherine Tricot
Paru dans Regards n° 65, octobre 2009
mercredi 7 octobre 2009
Le quotidien au lycée : enfermement et soumission
« L’école est une prison », clame Catherine Baker*. Ces mots peuvent prêter à sourir. Pourtant, il s’agit bien d’une privation de liberté, autant physique qu’intellectuelle.
Cette année, j’ai effectué ma rentrée dans un nouveau lycée. Etant loin de chez moi et sans ressources financières, je suis donc interne dans ce bunker (murs de 2,5m, caméras de surveillances, gardiens … etc).
Chaque matin, à 7h, la lumière criarde des néons suspendus au plafond de la chambre (16m2 pour 4 personnes) me réveille. Je vais ensuite prendre ma douche (froide) dans une cabine de piscine puis prendre mon petit-déjeuner. Un petit pain, un morceau de beurre fade, un bol d’un café infect et un minuscule gobelet de jus de fruit. Voilà mon premier « repas » de la journée. La sonnerie, une sirène incendie, nous ordonne de rentrer en cours. Nous devons laisser à l’entrée de la classe nos pensées, nos discussions et notre dignité afin d’être totalement réceptifs pour assimiler les valeurs du travail intensif et de la concurrence entre nous. La carotte (les bonnes notes) et le bâton (les sanctions) sont appliqués avec volontarisme par des professeurs plus ou moins zélés.
La journée s’écoule ainsi, sonnerie assourdissante puis cours lobotomisant, entrecoupés par le repas de midi, mélange de légumes en plastique et de viande en carton, le tout dans une odeur nauséabonde.
Le soir venu, nous avons la « liberté » d’aller acheter des sodas au hard-discount situé à proximité.
La soirée à l’internat n’est qu’une interminable attente. Nous restons allongés, catatoniques, sur nos lits, fixant les lézardes du plafond en écoutant les dernières merdes musicales. Puis vient l’heure du diner, des restes de midi réchauffés. Suite à ce festin, quelques jeunes jouent au foot, pratique encouragée avec vigueur par l’administration scolaire. En effet, quand on est occupé par le sport, on risque moins de réfléchir à nos conditions d’existence … Pour les autres, l’attente continue, jusqu’à la fermeture automatique et centralisée des volets et de la lumière. Toute évasion, même par la pensée, nous est interdite. La nuit s’écoule, dans notre petit lits, jusqu’au lendemain, ou tout recommence.
Soumission, enfermement et déshumanisation sont les maitres mots de ce quotidien. Après tout, nous sommes à l’école afin de devenir de braves employés serviles et mal payés, pas pour vivre heureux.
Fabien Bon, directeur du journal "La Gauche Verte"
- Solidaires, Ecologistes et Libertaires (www.graindesel.fr.gd)
*Insoumission à l'école obligatoire, éd. Bernard Barrault
lundi 28 septembre 2009
« Leurs » crimes et les « nôtres »
Le 24 septembre, l’International Herald Tribune publiait un article sur la situation de l’électricité en Irak (« Iraq’s economic development minefield », par Steven Lee Myers). Le journaliste montre le délabrement de l’équipement électrique dans ce pays, et les difficultés de sa remise à niveau. Une phrase et un oubli m’ont fait bondir. « Les industries étatiques qui dominent l’économie irakienne sont aussi pléthoriques et inefficaces qu’elles l’étaient sous Saddam Hussein, peut-être même plus. » Et comme solution, le texte, bien évidemment, défend la privatisation... Il ne mentionne pourtant pas un fait majeur : que l’industrie électrique irakienne fonctionnait relativement bien avant 1990, et que les coupures d’électricité étaient alors rares. En réalité, sa destruction a été le résultat de la première guerre d’Irak (1991 — et, surtout, de la terrible politique de sanctions imposées par les Etats-Unis et leurs alliés dont la France (lire « Des sanctions qui tuent », par Denis Halliday, Le Monde diplomatique, janvier 1999). Cette politique a été à l’origine de la destruction de l’Etat irakien durant les années 1990 et explique son effondrement lors de l’invasion américaine de 2003. La plupart des responsables et commentateurs occidentaux le reconnaissent aujourd’hui et, pourtant, ce fait a disparu de nos mémoires. Nous nous souvenons, à juste titre, des crimes de Saddam Hussein ; pas des crimes commis par les alliés. Qui paiera pour l’invasion et la destruction de l’Irak depuis 2003 ? Nombre de gouvernements réclament des sanctions contre Kadhafi ou Ahmadinejad ; lesquels en ont fait de même pour le président Bush, qui porte la responsabilité de la destruction d’un pays et de dizaines de milliers de morts ? Pour éviter les malentendus, je pense que Saddam Hussein et Kadhafi sont des dictateurs et, comme je l’ai écrit ici, qu’Ahmadinejad a truqué l’élection présidentielle de juin. Mais les crimes commis par un leader élu démocratiquement sont-ils moins terribles pour ses victimes ? Et la destruction de tout un pays est-il un crime moindre ? Ce qui se passe à Gaza, par exemple. Indépendamment de ce que l’on peut penser du Hamas (et de ses atteintes aux droits individuels, à ceux des femmes ou à ceux des opposants), comment expliquer le silence sur l’étranglement de ce petit territoire, de l’étranglement de sa population, du fait que la rentrée des classes s’est faite dans des conditions épouvantables ? Pas un mot des gouvernements européens, pas un geste... Les médias s’intéressent à ce territoire quand il s’agit de savoir si le Hamas impose le foulard aux jeunes filles dans les écoles ! « Nous » avons oublié Gaza. En Europe et aux Etats-Unis, nous tournons la page des massacres que nous commettons avec une grande facilité. On parle beaucoup de la repentance, mais on ne la voit nulle part. Les Etats-Unis ont voulu ramener le Vietnam à l’âge de pierre dans les années 1960 ; l’agent orange, un puissant défoliant, a été déversé massivement sur pays et continue, plus de trente ans après, à tuer et à mutiler des milliers de personnes, qui s’en soucie ? Les plaignants vietnamiens ont été déboutés devant des tribunaux américains (lire « Au Vietnam, l’“agent orange” tue encore », par Francis Gendreau, janvier 2006). En revanche, les victimes américaines d’attentats terroristes commis à l’étranger obtiennent des tribunaux américains d’importantes indemnisations. Nelson Mandela est devenu une icône reçue dans le monde entier. A écouter les dirigeants américains ou français (et aussi les médias), on peut croire que les Etats-Unis ou la France ont été toujours contre le régime de l’apartheid. Il n’en est rien. Dans les années 1970, Henry Kissinger organisait la coopération avec Pretoria pour combattre le terrorisme (lire « Regards sud-africains sur la Palestine », août 2009) et le président Valery Giscard d’Estaing soutenait activement l’Afrique du Sud. Tout cela, bien sûr, au nom de la lutte contre le communisme. Nous avons ainsi longuement contribué à la survie d’un régime raciste (alors que l’Union soviétique et Cuba étaient du bon côté !). Si cela est oublié dans les capitales occidentales, cela ne l’est pas à Pretoria où, malgré les pressions, se maintient une solidarité tant avec les Palestiniens qu’avec les peuples d’Amérique latine. De nombreux crimes sont commis dans les pays du Sud. De nombreuses atteintes aux droits de la personne aussi. Mais « nous » les voyons quand cela nous arrange. Nicolas Sarkozy dénonce le trucage de l’élection en Iran, mais il le fait depuis le... Gabon ! Enfin, il a fallu bien des efforts pour que la France reconnaisse que les élections en Afghanistan ont été truquées ; en revanche, elle reste silencieuse sur ce qui se passe en Tunisie. Alain Gresh, Le Monde Diplomatique
samedi 26 septembre 2009
La conscience en paix.
Je ne tenais pas à critiquer durement une société consacrée à la production d’équipements médicaux (voir La Double Trahison de Philips - NdR) qui fait des profits non en fabriquant des armes pour tuer, mais en combattant les maladies, la souffrance et la mort. Aussi ai-je toujours traité respectueusement les compagnies de ce genre et j’aimais échanger avec elles au sujet de leurs avancées scientifiques.
Je ne peux m’empêcher toutefois de penser avec amertume à des pays qui ne disposent pas de ces équipements et avec encore plus de tristesse au fait qu’un peuple du Tiers-monde soit bloqué dans ses efforts par la mesure stupide qu’un pays riche et puissant impose au fabriquant : interdire les livraisons de pièces détachées.
Entre le Venezuela et Cuba, les spécialistes cubains en cardiologie disposent de vingt-huit échocardiographes Philips sans lesquels aucun diagnostic précis et absolument sûr n’est possible. Pour chaque appareil ne fonctionnant pas, cinq cents patients par mois cessent de recevoir ce service vital.
Dans notre patrie, les cardiopathies constituent la première cause de décès ; au Venezuela, c’est à peu près pareil. Les défibrillateurs sont l’instrument par excellence pour intervenir d’urgence, réanimer quelqu’un souffrant d’un arrêt du cœur et le sauver de la mort. Des 3 553 défibrillateurs achetés à Philips, 2 000 étaient de ce genre et ils étaient utilisés dans les polycliniques cubaines et dans les centres de diagnostic d’Au Cœur du quartier au Venezuela. (Au coeur du quartuer - Barrio Adentro - programme cubano-venezuelien de développement des services de santé dans les quartiers pauvres au Venezuela - NdR)
Les douze équipements Philips différents achetés au prix de 72 762 694 dollars étaient tous indispensables pour offrir des services de haute qualité à Cuba et dans les programmes Au Cœur du quartier 1 et 2 au Venezuela, où nos médecins et spécialistes prêtent service. Ils ont été achetés et payés par notre pays, selon l’accord préalable.
Les équipements Siemens, sauf certains envoyés en Bolivie, prêtaient service à Cuba et dans les deux programmes vénézuéliens. Leur coût : 85 430 000 dollars. En plus de ces deux sociétés, d’autres d’Europe et du Japon ont livré d’importants équipements additionnels pour les vingt-sept centre de diagnostic de pointe d’Au Cœur du quartier 2.
Philips ne conteste pas les données que j’ai offertes. C’est fin 2006 qu’elle a cessé totalement de livrer des pièces détachées, soit depuis maintenant presque trois ans.
Elle reconnaît que les exigences de l’administration étasunienne ont paralysé les livraisons, jusqu’à ce qu’elle ait accepté de payer récemment une amende de cent mille euros, une somme dérisoire comparée aux soixante-douze millions que valaient les équipements achetés. Cela n’impliquait, que je sache, aucune violation des normes imposées au monde par l’Empire : il s’agit d’appareils de médecine destinés à sauver des vies, pas d’armes de guerre.
C’est en janvier 2007 que l’administration Bush a nommé secrétaire d’Etat adjoint John Negroponte, le bourreau du peuple nicaraguayen dans la sale guerre déclenchée contre les sandinistes en 1982 depuis la base yankee de Palmerola au Honduras. Son état de services dans les guerres d’agression contre le Vietnam et l’Iraq est bien ténébreux. Il a été aussi directeur de la puissante Agence nationale de renseignements. Il accompagnait le président étasunien en juillet 2007 à la conférence de la Maison-Blanche où l’on parla tant d’éducation et de santé. Tous deux savaient que nos spécialistes utilisaient des équipements Philips à Cuba et au Venezuela. Ils ont exercé des pressions sur la société hollandaise et sont arrivés à leurs fins : empêcher les livraisons de pièces détachées.
Les programmes sociaux du Venezuela sont le fruit de la Révolution bolivarienne. Je n’ai pas besoin de vanter les relations historiques étroites entre nos deux peuples et les liens de fraternité qui nous unissent.
J’ai déjà expliqué la décision du président Hugo Chávez qui a donné naissance à nos programmes de coopération. C’est aussi de là qu’est née, début 2007, l’idée d’ajouter aux deux autres déjà existants le programme Au Cœur du quartier 3 : dans ce cas, le Venezuela devait acheter les équipements et les médecins vénézuéliens les faire fonctionner.
C’est parce qu’il connaissait notre longue expérience de négociations avec les fabricants d’équipements médicaux et les excellents prix que nous obtenions grâce aux gros volumes d’achat que Chávez a demandé à notre pays d’acheter les équipements, les instruments et les accessoires médicaux pour des centaines de millions de dollars. Il s’agissait par ces investissements de permettre à un grand nombre de centres hospitaliers de prêter les services déjà offerts au peuple vénézuélien par Au Cœur du quartier 1 et 2. Ce qui s’ajoutait au programme de formation à Cuba de milliers de jeunes Vénézuéliens pour en faire des médecins capables de prêter service partout, dans leur pays et ailleurs. Les diplômés de l’École latino-américaine de médecine sont la preuve encourageante de leur esprit de sacrifice. Par ailleurs, Cuba contribuait à former au Venezuela même plus de vingt mille élèves de médecine.
Notre personnel est donc entré de nouveau en contact avec les meilleures sociétés d’équipements, de dispositifs et de mobilier médicaux, exception faite, en bonne logique, des sociétés étasuniennes auxquelles il est strictement prohibé de vendre quoi que ce soit à Cuba.
Bien que les équipements médicaux étasuniens soient de bonne qualité, ils sont bien souvent abusivement chers. Il existe sur le marché international des sociétés spécialisées dont les équipements sont jugés les meilleurs au monde. Il est parfaitement possible de se passer des équipements étasuniens si l’on veut éviter les risques d’un blocus criminel à l’instar de celui qui est appliqué à Cuba depuis cinquante ans. Dans les hôpitaux du Japon, un pays dont la population atteint les moyennes de vie les plus élevées, l’immense majorité des équipements sont de fabrication nationale ; le reste est importée d’Europe ou des USA.
Dans les pays les plus industrialisés de la vieille Europe, où les indicateurs de santé sont plus élevés qu’aux États-Unis, à peine 30 p. 100 des équipements proviennent du Japon ou des USA, car ils préfèrent les leurs. Au Japon comme en Europe, les normes de qualité sont bien plus exigeantes qu’aux USA.
Je suis satisfait de constater que la ligne suivie par la société cubaine spécialisée dans l’achat d’équipements médicaux s’est ajustée rigoureusement aux principes vérifiés dans les achats antérieurs.
Plus de cinquante sociétés connues y sont intervenues. Je ne signalerai que celles qui ont rivalisé en qualité et en prix. Le plus gros volume d’achat a correspondu à la société allemande Siemens : 73 910 000 dollars ; puis venaient Drager : 37 277 000 dollars ; Toshiba : 36 123 000 dollars ; Nihon Kohden : 30 516 000 dollars. Les sociétés Olympus, Karl Storz, Aloka, Carl Zeiss, Pressure et d’autres bien connues par nos spécialistes ont aussi signé des contrats, toutes reflétant l’avancée révolutionnaire de la technologie médicale ces vingt dernières années.
La société néerlandaise Philips, qui avait été envisagée et incluse dans les principales compte tenu de ses normes de qualité et de ses prix, devait vendre des équipements pour 63 065 000 dollars, mais ceci a coïncidé avec le moment où elle a arrêté de livrer des pièces détachées pour ses équipements installés à Cuba et au Venezuela, si bien qu’il a fallu bien entendu interrompre l’élaboration du contrat correspondant.
Bien que tous les équipements, instruments et dispositifs contractés pour le Venezuela ne soient pas arrivés, le total se chiffre pour l’instant à 271 millions de dollars. Ceci implique un effort spécial de la part des Cubains et des Vénézuéliens pour développer à fond l’important programme Au Cœur du quartier 3, qui complète et articule l’un des plans sociaux les plus importants et les plus humains de la Révolution bolivarienne. Nos deux pays sont conscients de cette obligation.
Nous nous sommes proposé de consentir les efforts requis pour porter Au Cœur du quartier 1 et 2 à des niveaux sans précédent, en y incorporant plus de deux mille cinq cents étudiants des dernières années de médecine en formation à Cuba, lesquels y travailleront auprès des spécialistes de médecine générale intégrale qui leur donneront en même temps des cours.
Le traitement optimal des patients a toujours été la raison d’être des centres de consultation, des centres de diagnostic et des autres services auxquels participe Cuba. La réponse des coopérants de la santé cubains à mes Réflexions antérieures a été excellente : ils affirment à juste titre que l’impérialisme ne gagnera pas la bataille contre Au Cœur du quartier.
Question production et commerce d’armes destinées à la guerre et à la destruction, aucun pays ne rivalise aujourd’hui avec les USA qui monopolisent, fruits du complexe militaro-industriel, les deux tiers du commerce mondial d’armements. Cette puissance impériale, non contente de consommer le quart de l’énergie fossile tout en ne représentant même pas 5 p. 100 de la population mondiale, pollue l’atmosphère, détruit l’environnement, menace le monde de ses armes d’extermination et s’avère le plus gros producteur et vendeur d’armes. Mais elle est pourtant incapable de garantir la santé de quasiment le quart de sa population !
Nous ne fermerons les portes à aucune société qui souhaite produire et vendre des technologies médicales. Nous accepterons avec joie toute rectification. L’humanité a de très gros problèmes à régler. Qu’aucun désastre, donc, ne détruise notre espèce et que nous soyons beaucoup à avoir la conscience en paix pour avoir fait le maximum afin de l’éviter !
Fidel Castro Ruz
mercredi 23 septembre 2009
Les 114 000 liens entre la CIA et une ONG française.
Bonne nouvelle pour : tous les allergiques aux manigances de la CIA, les contribuables français qui veulent savoir où passent leurs impôts, les journalistes, les reporters sur les champs de bataille, les amoureux de la-presse-libre-de-dire-la-vérité, les syndicats de journalistes, les consommateurs de médias et, globalement, tous les braves gens fatigués d’être enfumés par une fausse ONG qui lape dans les abreuvoirs de l’Oncle Sam. Dans la première semaine de septembre 2009, RSF a (enfin !) publié ses comptes 2008. Et les indicateurs sont au rouge. En effet, malgré le renfort financier de deux nouveaux sponsors US dont le pâle vernis laisse transparaître le sigle CIA, c’est le recul, voire la dégringolade. Seule la vente de tee-shirts anti-chinois a permis d’éviter un méchant déficit. Mais RSF peut-elle décemment réclamer une organisation annuelle des J.O. à Beijing ? Les Chinois accepteraient-ils d’offrir tous les ans à la meute chauffée à blanc par Robert Ménard une jeune handicapée protégeant la flamme olympique ? (1) Et cela, pour que RSF puisse continuer à financer ses luxueux locaux parisiens, pourvoir à son ruineux fonctionnement et au train de vie de ses cadres ? On peut en douter. D’où l’on conclura que les comptes 2008 de RSF amorcent ce qui n’est que le début d’une déconfiture due à ce que fut RSF de Robert Ménard. Compte tenu de ce qu’elle est (de terriblement ressemblant) avec son nouveau patron, Jean-François Julliard, la décrue ne pourra que se poursuivre. L’heure de payer l’addition est arrivée. Dans son livre « Des libertés et autres chinoiseries » (2008, Robert Laffont) Ménard se plaint : « Si vous tapez sur Google : « Robert Ménard + CIA », le site de recherche vous propose … 114 000 liens ». Vérification faite ce jour (toujours vérifier ce que dit Ménard, c’est la règle N° 1 du chasseur de mensonges), le chiffre est inférieur, mais très élevé cependant). Ce déferlement qui aurait dû alerter RSF avant d’atteindre un tel niveau ne saurait tarir. En effet, depuis ce constat, dans une folle fuite en avant visant à compenser les défections nationales, RSF est passée de quatre à six entreprises financées par des officines liées à la CIA, parfois en osmose fusionnelle puisqu’on a vu certains des dirigeants de ces paravents ajourés diriger directement la fameuse agence de renseignement états-unienne que personne ne peut qualifier de philanthropique. Quelques chiffres du budget de 2008. • Le total des recettes qui était, en 2007, de 5 842 326 euros, chute en 2008 à 4 874 443 euros, soit près d’un million de moins (967 883 euros exactement), soit moins 16,55 %. • L’engouement du public pour les calendriers et les trois albums de RSF a faibli. Les chiffres totaux des ventes tombent à 160 000 exemplaires contre 225 000 en 2007. Perte de recette : 24 %. • Les recettes publicitaires des albums ont chuté de 30%. • Le mécénat a diminué du fait de « l’absence de recettes non récurrentes » (sic). Du coup, les rentrées à ce poste-là sont passées de 20 % à 10%. • La part de nos impôts que RSF a reçue et qu’elle appelle « financements publics » (ministères et Office français pour la francophonie) a baissé d’un tiers en passant de 9% de son budget à 6 %. • Quant à la part de cotisations par ses maigres troupes adhérentes (moins de 1500), elle est si faible que RSF ne la fait pas apparaître dans ses bilans. Des locaux luxueux à payer. Or, RSF doit payer l’acquisition en 2007 de son superbe siège social à Paris, ce qui a impacté cette année son budget « à hauteur de 285 K€ » (285 000 euros, mais RSF écrit 285 K€, c’est mieux pour minimiser) avec prévision du même coût pour les années à venir. Par bonheur, « la vente de milliers de tee-shirts » et la redevance de la licence de RSF ( ?) sont venues abonder de 41% les recettes propres de RSF. Quoi qu’il en soit, si les gogos ont acheté des tee-shirts, les « décideurs » n’ont pas aimé cette agitation. En terme d’image de marque, cette campagne anti-chinoise a donc été coûteuse pour RSF et on ne fait que commencer à en voir les effets. L’un d’eux est que Robert Ménard a été démissionné, prié de l’annoncer un vendredi, de vider son bureau le lundi et de se tenir au large. Auparavant, et en quelques mois, il avait créé un schisme profond entre la France et la Chine (pour la plus grande joie de Bush qui se pavana près d’une semaine à Pékin pendant les J.O.), il avait dénoncé la « lâcheté » de l’UNESCO, regretté que cette organisation internationale se soit « déculottée », remarqué que le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, est un « lâche et un salopard » et accusé Nicolas Sarkozy, pour qui il dit avoir voté, de participer à une « coalition de lâches » dans laquelle nul n’a remarqué qu’il incluait le locataire de la Maison Blanche d’alors, bourreau de l’Irak et de l’Afghanistan, chef des tortionnaires de Guantanamo. Sur ces mâles paroles, il a filé vendre sa force de travail humaniste au Qatar, une dictature où la presse n’a pas le droit de critiquer le monarque, ses femmes, sa famille, sa politique, les pratiques de la flagellation et de la torture, le quasi-esclavage des immigrés, etc. Là-bas, grassement payé de son propre aveu, il s’est trouvé à la tête d’un budget de 3, puis 4 millions de dollars pour faire fonctionner un prétendu Centre d’hébergement de journalistes exilés. Dans ce havre de liberté, qui resta d’ailleurs quasiment vide, il était interdit aux hommes et aux femmes de se rencontrer, ce qui obligea à créer en vérité deux lieux distincts. Le caractère autoritaire de Ménard (« dictatorial », dit Rony Brauman) et sa prétention à gérer seul l’argent offert par l’émir firent monter la tension. Le monarque qatarie prétendait qu’un de ses parents, membre du conseil d’administration du Centre ménardo-misogyne devait aussi regarder où passait l’argent. Echouant à devenir là-bas ce qu’il avait été à Paris, c’est-à-dire le seul maître à bord, Ménard s’est tardivement aperçu que le Qatar n’était pas une démocratie et que la presse était brimée. Il est alors parti en fustigeant les défauts liberticides de son ex-maître et en oubliant (et tous nos médias avec) les propos flatteurs qu’il tenait quelques mois auparavant sur le « seul pays arabe où l’on peut créer un tel Centre pour la liberté ». La presse courbée en a fait ses titres virils : « Robert Ménard claque la porte du Qatar ». Sur les raisons qui le poussèrent à aller offrir ses services à cette dictature liberticide où les journalistes ont intérêt à la fermer, nos médias eurent la discrète élégance de ne pas questionner le planétaire donneur de leçon. Ce qui laisse à la grande âme qui a caressé un moment l’espoir de devenir député européen sur une liste du MODEM (Bayrou, alerté par ses conseillers, l’a éconduit) du temps pour préparer le point de chute dont il rêve tous les matins en se rasant : la mairie de Béziers. Mais partout, le doute est né sur RSF et son co-fondateur. Qui finance ou aide encore RSF en France ? Qui finance ? Nous tous, que cela nous plaise ou non, par une partie de nos impôts et de l’argent que nous donnons à des entreprises privées en faisant nos achats. Le tout va renflouer RSF et ralentir son nécessaire déclin. On a vu que les sponsors privés de RSF deviennent plus pingres. Toujours adepte du camouflage, RSF écrit dans sa rubrique « Comptes 208 » : « Les entreprises qui ont aidé Reporters sans frontières en 2008 sont principalement ... ». Le « principalement » indique qu’elles ne sont pas toutes listées là où nous les cherchons. Tiens, pourquoi ? Les entreprises françaises dont le nom est présent dans le bilan comptable sont : la Fnac, Carrefour, Casino, Monoprix, Cora, les sites Internet alapage.com, fnac.com, amazon.fr, A2Presse et plus de 300 librairies qui continuent à proposer la camelote de l’épicerie compassionnelle à leurs clients. Un complément à la liste des entreprises et partenaires qui ne figurent pas dans la rubrique « Qui sommes-nous ? » sous rubrique « Comptes 2008 » est discrètement entreposé dans la rubrique « Agir avec nous », sous-rubrique « Etre partenaire ». Rubrique « Agir avec nous. Etre partenaire ». 1. Entreprises qui aident à renflouer les caisse de RSF avec les albums de photographies : les NMPP, le SNDP, l’UNDP, Relay, la Maison de la presse, Mag Presse, Intermarché, Auchan, la Fnac, CFAO, France Loisirs, A2Presse, Métrobus, AAP, PROMAP, SEDDIF et Interforum Editis qui diffuse gracieusement les albums à la Fnac, chez Virgin, Cultura, Carrefour, Casino, Monoprix, Intermarché et Auchan, sur une quarantaine d’e-librairies dont Amazon.fr, Fnac.com, Chapitre.com et Cultura.com et « dans près de 600 librairies » (ce dernier chiffre s’envole d’une page à l’autre chez RSF : dans la rubrique « Comptes 2008 » elles étaient « plus de 300 ». Ô Rigueur comptable ! 2. Entreprises partenaires des campagnes politiques de RSF : AFP, Air France, American Express, Arte, Baume & Mercier, Veronica Magazine, la Caisse des dépôts et consignations, Digit Access, Soleil Production, Oxford (Société Lecas), le Cabinet d’avocat Jean Martin, Datapresse, Leica Camera, Radio France, Sanyo, Solidaripresse. Et Saatchi & Saatchi, une agence basée aux USA. Elle compte 7 000 employés et 138 bureaux dans 82 pays. Elle travaille pour 60 des 100 plus importants annonceurs du monde. Jusqu’en octobre 2004 (forum du Nouvel-Observateur), RSF a prétendu que RSF payait ses prestations. Nous lisons aujourd’hui sur le site RSF : « Depuis 2002, Saatchi & Saatchi réalise gracieusement toutes les campagnes de communication de Reporters sans frontières »). Ô, amour du vrai ! 3. Ville et festival : la ville de Bayeux, le festival Visa pour image. 4. Fondations (sic) : la Fondation EDF Diversiterre, la Fondation Ford, National Endowment for Democracy, Open Society Institute, Sigrid Rausing Trust. Ici RSF oublie le Center for a free Cuba et la Overbrook Foundation, cachés ailleurs. 5. Partenaires qui distribuent nos impôts à RSF : le ministère français des Affaires étrangères, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Premier ministre français. 6. Autre : l’UNESCO, qu’on est surpris de voir là. On se rappelle en effet que les formes de la campagne anti-chinoise de RSF au printemps 2008 ont conduit l’UNESCO à une rupture spectaculaire avec RSF. Des sources diplomatiques de l’UNESCO avaient alors informé l’agence de presse Prensa Latina que « la décision avait été prise en raison des fautes réitérées d’éthique commises par RSF dans le seul but de discréditer un certain nombre de pays ». « Les agissements de RSF ne répondent ni aux critères ni aux objectifs de l’UNESCO et montrent une fois de plus qu’il ne poursuit que le sensationnalisme en voulant s’ériger en grand inquisiteur des nations en voie de développement, relèvent les médias consultés » ajoutait l’agence de presse avant de conclure : « Pour cette raison et d’autres antécédents, l’UNESCO a choisi de rompre ses relations avec RSF et de l’exclure de toute forme de coopération dans l’avenir ». Qui finance RSF de l’étranger ? Rubrique « Comptes 2008 ». « Les entreprises qui ont aidé Reporters sans frontières en 2008 sont principalement Sanofi Aventis et le CFAO, tandis que la liste des fondations privées contient le Center for a Free Cuba, la National Endowment for Democracy, le Sigrid Rausing Trust, la Overbrook Foundation ». Ici, ce sont l’Open Society Institute et la Fondation Ford qui ont été oubliés mais que nous avons remarqués plus haut, ce qui permet de faire un total. Sous le règne de Robert Ménard, c’étaient quatre sociétés écrans de la CIA qui mêlaient leur argent aux entreprises françaises. Sous le règne de son successeur, elles sont six. Le nouveau patron de RSF, J.F Julliard, fonctionne donc comme son ancien patron, mais en pire. Ce qu’on croyait impossible. Examinons les six mécènes qui camouflent (si mal !) la CIA. 1 - Le Center for a free Cuba (CFC). Pendant des années, RSF a touché de l’argent du CFC sans le faire apparaître dans ses comptes. Motus et comptes cousus (de fil blanc). Le CFC a pour unique mission d’aider à la réalisation du vieux rêve du gouvernement états-unien et de la maffia cubano-états-unienne de Miami : renverser le gouvernement cubain, reprendre tous les biens qui étaient les leurs avant la révolution (en gros : l’essentiel des terres, usines, minerais, logements, hôtels, commerces, etc.). 2 - La National Endowment for democracy (NED), omiprésente partout où l’on peut écarter du pouvoir ceux qui servent leur pays et non les intérêts de l’Empire. Au Venezuela, son budget a été multiplié par quatre à la veille du coup d’Etat d’avril 2002. Un rédacteur de ses statuts, un de ses vice-présidents, le New York Times, ont avoué que la NED était un paravent de la CIA (2). Plusieurs dirigeants de la CIA ont d’ailleurs siégé au CA de la NED. 3 - L’Open Society Institute de George Soros, partenaire du célèbre Carlyle Group, nid de Républicains et d’anciens membres de la CIA, dont l’un, Frank Carlucci, en fut le sous-directeur. Soros a sauvé George W. Bush de la faillite quand ce dernier dirigeait une société de prospection pétrolière. On ne compte plus les pays où l’Open Society Institute est intervenu en Amérique latine et en Europe de l’Est, pour favoriser la mise en place des dirigeants pro-états-uniens. 4 - Sigrid Rausing Trust (nouveau sponsor) : Société de lobbying. Dans son conseil d’administration, on remarque la journaliste Christine Ockrent, membre du conseil d’Administration de RSF et épouse de Bernard Kouchner qui est à l’origine de la honteuse décoration de Robert Ménard (Légion d’Honneur). Décoration dont Ménard avoue naïvement qu’elle ne lui fut pas accordée sans réticence : "... C’est Bernard Kouchner qui a proposé mon nom. Il a même dû insister me racontera-t-il." (« Des liberté et autres chinoiseries »). Sigrid Rausing Trust est associée au financement d’organismes comme International Crisis Group, une ONG fondée en 1994 par… George Soros. 5 - L’overbrook Foundation : son fondateur, Frank Altschul travailla à Radio Free Europe pour la CIA avec William Donovan, fondateur de l’OSS, l’ancêtre de cette CIA dont un directeur fut William Casey, instigateur de la NED, ce sponsor de RSF et paravent de la CIA. 6 - La Fondation Ford (nouveau sponsor). Raymond Aron, le philosophe ennemi intime de Jean-Paul Sartre, a écrit dans ses mémoires qu’il a découvert à la fin des années 60, que le « Congrès pour la liberté de la culture » qu’il animait, était financé par la CIA via la fondation Ford. Qui s’étonnera encore des milliers de liens Internet qui relient RSF à la CIA ? Où va l’argent ? A la rubrique « Consultation des comptes : comptes annuels au 31/12/2008 », le lien « Utilisation des fonds » renvoie à « Aide financière de Reporters sans frontières aux journalistes et médias en danger ». Et là, RSF enfume les citoyens de belle manière. L’épicerie de luxe se livre à une lourdingue diversion par une longue énumération des aides dont le détail, non chiffré, est destiné à masquer la maigreur. Pitoyable astuce ! Après avoir fait traîner la publication de ses comptes 2008 jusqu’en septembre 2009, l’organisation nous livre ses aides aux journalistes pour l’année 2008 ET pour 2009 (de janvier à mai). Au passage, notons que la date d’arrêt des comptes de RSF est ainsi indiquée (mai 2009). On se demande pourquoi ils n’ont été publiés qu’en septembre au lieu de juin, comme l’année précédente. Il semblerait que quatre mois ont été nécessaires pour les rendre présentables au public. Présentables étant ici synonyme d’opaques. C’est-à-dire, aussi globaux que possibles. En 2009 (janvier à mai). RSF a dépensé notre argent ainsi (pas de chiffres donnés par RSF pour cette énumération) : attributions de bourses à des journalistes, aide à la scolarisation d’enfants de journalistes, aide à un jeune blogueur, soutiens financiers, bourses d’assistances, accueil à Paris de journalistes, aide financière et administrative, prise en charge de frais d’avocat, achat de matériel informatique pour un journal, aide financière aux familles de journalistes en prison. En 2008, outre le même type de prestations (toujours non chiffrées), RSF a aidé des journalistes à obtenir des logements en France, financé un rapatriement, versé une allocation pour aider à l’enregistrement d’un concert commémoratif de l’assassinat de journalistes, aidé un journaliste à retrouver sa famille, contribué à la préparation d’une conférence au Maghreb, payé les frais d’hospitalisation à Damas d’une journaliste, contribué aux frais d’hospitalisation d’un journaliste à Dubaï. Camouflage et poudre aux yeux. Le gogo dira : c’est beaucoup. Le lecteur attentif rétorquera : attrape-nigaud, tour de passe-passe, mystification. Voici comment RSF cache que seules des miettes de son budget vont aux journalistes : 1- Le montant total des sommes versées aux journalistes en 2008 n’est pas divulgué (on va comprendre pourquoi). 2- la longue énumération des aides 2008, gonflée par celle de 2009, masque une réalité : la plupart de ces aides ne dépassent pas quelques dizaines d’euros. 3- Chaque fois que le montant dépasse 100 euros (et dans ces cas-là seulement) RSF donne fièrement le chiffre, pariant sur le phénomène dit « effet de halo » qui incitera le lecteur à déduire que les dépenses non chiffrées sont de la même hauteur que celles qui le sont. Voyons donc les quelques chiffres divulgués : Si l’on n’oublie pas que, en 2008, des organismes publics et privés ont alloué à RSF (ou aidé RSF à recueillir) presque cinq millions d’euros pour secourir des journalistes, on sera atterré par le faible montant des sommes qui sont reversées et par l’affligeante tentative d’en dissimuler le total. En 2009 (janvier à mai), Reporters sans frontières a octroyé une bourse de 500 euros, à un journaliste et poète azerbaïdjanais, 500 euros à un jeune blogueur égyptien, 400 euros à un journaliste iranien. Si l’on fait le total des sommes annoncées (les plus grosses, donc) on obtient 1400 euros. En 2008, 400 euros ont été versés à un journaliste iranien, 600 euros à un journaliste éthiopien, 1000 euros à une fondation, 1500 euros aux familles de journalistes géorgiens, 600 euros à une journaliste russe, 700 euros à un caricaturiste bangladeshi, 1000 euros à l’épouse d’un journaliste en prison au Niger, 600 euros à un journaliste colombien, 4000 euros aux journalistes et à leurs familles affectés par un cyclone en Birmanie, 2000 au Working Group on Press Freedom and Free Expression (WGFENA), organisateur d’une conférence, 1000 euros à un journaliste chinois, 1200 euros pour la parution d’un journal au Tchad. Le total affiché est de 14 600 euros. En pourcentage du budget de RSF, le montant total avoué des sommes reversées aux journalistes en 2008 stagne à moins de 0,3% du budget (1400 euros sur 4 874 443). Pour espérer faire grimper à 1% du budget de RSF le chiffre des sommes reversées aux journalistes, il faudrait y ajouter la cinquantaine de versements minimes dont le montant n’est pas révélé. Or, à regarder la nature des contributions ou aides dans des pays du tiers monde où les salaires mensuels dépassent rarement les quelques dizaines d’euros, on comprend le timide silence de RSF qui ne peut décemment pas écrire : « Nous avons versé 20 ou 50 euros à tel journaliste du tiers monde et il est bien content : avec ça, il vit un mois en famille, ou il paie son avocat, ou il scolarise son fils ou tout ça à la fois… ». Les braves gens qui croient aider les journalistes en finançant RSF ignorent que les frais de fonctionnement de cette boutique se montent à 33% de son budget (ils varient entre 5 et 10% pour d’autres ONG). En 2003, 93 % du budget de RSF étaient absorbés par les frais de fonctionnement, de propagande et les salaires, ne laissant que 7% pour accomplir la mission première : l’aide directe aux journalistes. Les restitutions ultérieures des comptes ne donnent plus ce « détail ». On imagine donc que le pourcentage versé aux journalistes a encore baissé. Les extrapolations ci-dessus accréditent cette hypothèse, sans pour autant la confirmer irréfutablement. Il appartient donc à RSF de la démentir, chiffres à l’appui, si elle le peut. L’obsession de l’argent. Cette répugnance à laisser sortir de l’argent hors du circuit de RSF va de pair avec l’obsession d’en faire entrer par tous les moyens. En quelques clics sur la première page du site de RSF vous saurez comment faire un don, vous abonner à leurs revues, acheter des albums, B.D., calendriers, sacs à appareils photos, Tee-shirts, comment verser une cotisation, leur offrir votre assurance-vie, faire une donation et même un « legs universel » par lequel vous donnez à RSF la totalité de vos biens, comme à une secte dont le gourou vous aurait subjugué. Gageons que quelques pauvres hères s’y laisseront prendre encore quelque temps. Mais en faisant connaître autour de nous cette face cachée de cette drôle d’ONG, nous pouvons sonner le glas de l’imposture. Maxime VIVAS PS. RSF est une « organisation reconnue d’utilité publique » qui reçoit à ce titre des subsides publics. En contrepartie, elle est tenue de fournir à qui les demande les informations sur, par exemple, le détail des sommes reçues des USA, le détail des sommes versées aux journalistes, le détail des frais de fonctionnement, la composition de son conseil d’administration, le coût de son siège, les salaires, etc. Le lecteur curieux pourra donc se renseigner par mail ou courrier. (1) Il m’est difficile, et vous me le pardonnerez, de ne pas citer chaque fois que possible, la croustillante anecdote suivante : dans les mêmes jours où RSF ameutait l’opinion sur la liberté d’expression en Chine, son responsable parisien du « bureau Asie » intervenait en vain auprès de la Sorbonne pour faire supprimer mon nom et toute référence à mon livre (« La face cachée de RSF ») qui figuraient dans une étude universitaire. (2) Pour plus de détails, voir mon livre « La face cachée de Reporters sans frontières. De la CIA aux Faucons du Pentagone » (Ed. Aden, 2007) où plusieurs pages documentées sont consacrés aux sponsors étrangers (et étranges) de RSF.
